Publié par : Ann & Stéphane | 5 avril 2016

19.03 au 01.04.2016 – Traversée de l’Atlantique Sud (2è partie): 1.800 milles – 13 jours.

Mon Dieu, mon Dieu comme cela fait du bien lorsqu’enfin tout s’arrête de bouger autour de soi ! Quand on ne l’a pas vécu, on ne peut comprendre comme l’être humain n’est fait que pour vivre sur le plancher des vaches … et nulle part ailleurs !

Au vu de la monotonie de cette seconde partie de traversée, notre livre de bord se présentera sous la seule forme de commentaires qui éclaireront certainement autant … si pas plus, le lecteur sur ce à quoi il doit s’attendre s’il lui venait l’idée saugrenue d’entreprendre cette traversée.

Mal au dos.

A « Cape Town », je me suis fait terriblement mal au dos en répondant à la sollicitation du technicien venu réparer notre guindeau, de serrer à fond quelques écrous … et le pire, c’est qu’en agissant ainsi je m’en doutais !

Durant toute la première partie de traversée, j’en ai souffert et lorsque nous étions à « Sint Helena », le mal s’est bizarrement déplacé à hauteur du côté droit de ma hanche !! Cela traînait depuis si longtemps que si j’en avais eu la possibilité, j’aurais été consulter un spécialiste.

Deux jours après notre départ … mon mal de dos disparaissait comme par enchantement ! Quel soulagement incroyable.

Etat d’esprit – moral.

En toute traversée océanique (c’est notre quatrième …), le moral est ce qui compte le plus et Dieu sait que celui-ci fut fort mis à mal en le cadre de cette seconde moitié de traversée !!!! Pourquoi ? Difficile à en cerner les causes profondes mais je peux suggérer des « pistes » qui peuvent éclairer cet état de fait. : la plus évidente réside en le fait que nous avons tiré des bords, de jour comme de nuit, durant toute la traversée sans entrevoir le moindre plus petit espoir que le vent veuille changer de direction !!!

Mais il ne s’agit pas de la seule « piste » … peuvent également être évoquées la monotonie de cette traversée (jamais une traversée ne m’a paru aussi longue), l’extrême proximité des deux traversées ou encore la perspective d’avoir à encore remonter jusqu’aux « Petites Antilles » (2.000 milles).

Tirer des bords.

Jamais, jamais de toute notre vie de marins, nous n’avons connu un vent aussi stable en sa direction (SE) et sur une zone aussi étendue ! Nous ignorons s’il s’agit d’un phénomène « local », « saisonnier » ou « exceptionnel » mais c’est réellement impressionnant.

Il en est résulté puisque le vent venait pile poil sur notre arrière que soit nous sortions le spi symétrique, soit nous mettions les voiles en ciseaux, soit nous marchions sur seul génois … soit nous tirions d’inlassables bords.

Sortir le spi symétrique (256 m²) était inimaginable en équipage réduit … et même si nous avions eu les enfants à bord, je ne pense pas que nous aurions osé le sortir !

Placer les voiles en ciseaux (la GV sur un bord et le génois sur l’autre bord avec un tangon), même s’il s’agit de l’option la plus souvent retenue par l’ensemble des plaisanciers, ne nous a jamais attirés car les voiles battent énormément … et s’abîment, le roulis en est accentué  et la manipulation de notre tangon bien qu’en carbone, se révèle « délicate ».

Marcher sous seul génois (certains plaisanciers ne connaissent que cette manière de naviguer !) ne s’intègre pas dans notre conception de la navigation … même si je dois bien avouer que la formule nous avait assez séduite lorsque nous naviguions dans les eaux cubaines, à la suite de problèmes avec notre GV.

Nous avons donc opté pour tirer des bords (marcher en zigzag) soit 34 bords qui nous ont rallongé le trajet initial de 1.800 milles … de 324 milles !!!! Pour éviter que notre moral ne sombre corps et biens, il est rapidement apparu qu’il fallait se fixer une règle aussi raide que la justice : jamais ne descendre en-dessous de la ligne idéale et tirer des bords de 30 milles. Difficile au départ à respecter surtout lorsque nous étions contraints de tirer un bord en pleine nuit, la règle nous a permis d’éviter le naufrage moral.

Moyenne journalière.

En raison des bords auxquels nous avons été contraints et en ne tenant compte que de notre progression par rapport à la « route idéale », celle-ci s’échelonnait entre 130 et 140 milles.

Au départ, cette moyenne plutôt faible n’a pas contribué à renforcer notre moral fragile … mais à y regarder de plus près, cela n’était pas si mal : la moyenne journalière enregistrée pour « S.A.S.³ » s’étale dans le temps, entre 112 et 203 milles, avec une certaine propension à se fixer entre 150 et 160 milles.

Si nous n’avons pas relevé de courant positif (est-ce que cela existe un courant « positif » ???), le speedo n’est quasiment jamais descendu en-dessous de 7 – 8 nœuds, montant même souvent jusque 9 – 10 nœuds.

Vent.

Comme déjà indiqué, celui-ci n’a pas quitté – un seul instant- le secteur SE.

Sa force a évolué en cours de traversée : première moitié de traversée, le vent réel s’est établi entre 15 et 25 nœuds avec des pointes jusque 31 nœuds et des chutes jusque 10 nœuds. En seconde moitié de traversée, le vent réel s’est carrément bloqué entre 18 et 21 nœuds !!

Le fait d’avoir un vent dont le cap et la force ne se modifient pour ainsi dire, jamais, pourrait justifier cette fois, l’appellation de « traversée les doigts de pied en éventail » !

Bosses de ris.

Au soir de la première journée de traversée, nous avons pris deux ris dans la GV pour nous assurer une nuit tranquille … et ceux-ci sont restés en place dix jours d’affilée !! Pourquoi ?? D’une part parce que notre prise de ris était parfaite (je suis même monté dans la bôme pour mettre correctement la voile en place …) et d’autre part parce que nous avons constaté que notre nouveau système de prise de ris nécessitait des « doigts de fée » pour éviter la casse : peu compatible avec une pris de ris en pleine nuit noire alors que le vent et la mer sont déchaînés.

Face à un système de prise de ris trop compliqué et à un ensemble mât/bôme incompatible à tout autre système que celui d’origine, la mort dans l’âme, nous avons décidé de tout remettre en le pristin état !!!

Etat de la mer.

Quand nous avons quitté notre mouillage de « Sint Helena », j’ai tout d’abord été consterné de relever que la mer était d’huile à seulement quelques encablures de notre mouillage … qui n’a jamais connu cet état paradisiaque !!!

A 5-6 milles de distance de l’île, nous avons assez rapidement mais sans aucune brusquerie redoutée, retrouvé le même état de mer que celui que nous avions connu en le cadre de notre première moitié traversée c’est-à-dire une mer bien formée avec des très beaux creux par moments. Autant dire que nous avons été assez secoués. Joie … elle me manquait celle-là !

Un peu avant d’atteindre la moitié du trajet, la mer s’est calmée d’un bon cran et sans jamais connaître l’état d’un lac, elle s’est montrée nettement plus praticable avec de temps en temps de mauvaises réminiscences que rien ne pouvait expliquer.

Cargos.

Nous n’en avons pas vu un seul durant les premiers jours de traversée au point de nous angoisser un peu à l’idée que nous serions bien seuls s’il nous arrivait quelque chose : « Marick », catamaran Outremer de 49’, perdait l’un de ses deux safrans, 24 heures seulement après avoir quitté « Sint Helena » !!! Il a malgré tout pu atteindre « Salvador de Bahia » (Brésil)  avec un seul safran, après 12 jours de mer un peu stressant …

Assez significatif cet échange VHF avec « Challenger », cargo américain de plus de 200 mètres, qui entendant notre appel, était persuadé que nous avions besoin d’aide !

Par la suite, nous avons vu les AIS de trois à quatre cargos par jour, leur nombre augmentant de manière plus sensible à mesure que nous approchions des côtes brésiliennes.

Température.

Si au départ de « Sint Helena », il faisait encore un peu frisquet durant la nuit, très rapidement les températures ont sensiblement augmenté (nous nous rapprochons de l’Equateur) au point que l’intérieur du bateau est devenu  insupportable et qu’Ann retrouvait les bienfaits du cockpit ! A l’arrivée de « Jacare », nous avions plus de 32° à l’intérieur du bateau …

Une fois encore, aux abords de la moitié du trajet, on franchissait comme une « frontière » entre deux mondes : l’avant et l’après moitié.

Soleil.

Si nous n’avons pas été gratifiés tous les jours de ses bienfaits, le soleil était fortement présent et … beaucoup plus dangereux que nous n’aurions pu le croire : bien que protégés par notre bimini, nous nous sommes tapés quelques coups de soleil incroyables … par simple réverbération !

Grains.

Ceux-ci sont apparus deux ou trois jours après notre départ : le mercredi 23 mars fut un véritable festival ! Comme à ce moment là, nous avions encore des vents réels de 15 à 25 nœuds, le passage du grain ne s’est pas trop fait ressentir au niveau de l’augmentation du vent … quant à la pluie, elle ne fut jamais très abondante.

Les grains d’Atlantique ne sont jamais très longs dans le temps.

Après avoir atteint la première moitié de la traversée, nous avons connu plusieurs jours sans grain … ce qui ne signifie pas que nous n’en avons pas vu !

Nourriture à bord.

Pour éviter le scorbut … nous buvions chaque matin, un jus de citron pour Ann et de pamplemousse pour votre serviteur. Un vrai délice.

Depuis que nous vivons sur le bateau, nous mangeons beaucoup moins qu’avant et en navigation, encore moins ! Les conditions de mer étant nettement plus favorables que tout ce que nous avons connu jusqu’à présent (surtout en deuxième moitié de traversée) … Ann m’a préparé encore plus de bons petits plats : j’ai pris 2 kilos sur la balance qui commence réellement à me faire peur (je grossis avec une parfaite constance !) alors que Ann en perdait 6 !!! Pas de folie les filles … j’ai déjà vendu tous les tickets pour notre prochaine traversée.

Avec l’augmentation des températures, nos provisions de Coca-Cola, de Fanta et de bières (!) ont été beaucoup plus largement entamées que d’ordinaire.

E.T.A. (heure d’arrivée estimée par le GPS).

Même si l’E.T.A. varie beaucoup car elle est calculée en fonction de la vitesse instantanée du bateau, elle est relativement précise et plus encore que l’on se rapproche de la destination … off course !

Pourtant cette fois, nous avons eu toutes les peines du monde à croire que la date du 31 mars voire même celle affichée plus tard, du 1er avril soit … du domaine du possible !! Selon nos calculs, nous aurions dû arriver le 2 voire le 3 avril !!

Et pourtant … contre toutes nos attentes … nous avons embouqué le chenal  menant à la marina de « Jacare Village », le vendredi  1er avril à 13.45 heures (heure locale) et nous amarrions le bateau pour 15 heures !!

Consommation en diesel.

Nous avons consommé 260 litres correspondant à 10 heures de moteur et 105 heures de groupe électrogène … ce qui place la barre de consommation du groupe à moins de 2 litres/heure !

Par comparaison, nous avons consommé 350 litres correspondant à 27 heures de moteur et 102 heures de groupe électrogène lors de la première partie « Cape Town » – « Sint Helena ».

Pourquoi « Jacare Marina » ?

Comme vous très certainement, nous n’avions jamais entendu parler de « Jacare Marina » au préalable mais … tous les tour-du-mondistes considèrent cette escale comme la plus profitable car elle se situe déjà dans le Nord du Brésil (près de la ville de Recife, à quasi hauteur du « museau » du Brésil soit 7° 02 146’ S – 34° 51 353’ W) que la marina, tenue par deux Français, recueille les meilleures notes, que celle-ci  est établie sur un large rio lui assurant une protection maximale et que l’on peut y laisser son bateau en toute sécurité … ce qui n’est pas exactement le cas partout au Brésil. Je confirme l’excellence de ce choix même … si la marina est située en pleine pampa et qu’elle n’a rien de comparable avec celle de « V&A » de « Cape Town ».

A notre arrivée, nous y avons retrouvé « Imagine » (D), « Evita » (GB) et «  Sarama » (L).

Chenal d’arrivée.

Dans l’estuaire du « Rio Paraiba » est implanté le port commercial de « Cabedelo » qui accueille de gros navires. Un profond chenal a donc été aménagé en conséquence mais … celui-ci s’arrête une fois le port commercial dépassé !

En principe, pour remonter le rio où le courant peut se révéler très fort (2,5 à 3 nœuds en général mais pouvant atteindre 5 nœuds en période de vives-eaux et de fortes pluies) il faut profiter de la marée montante sauf … que  celle-ci se terminait  le jour de notre arrivée, à 11 heures !!

Grâce à un coefficient très faible de 40/120, nous avons remonté le rio sans le moindre problème en suivant une série de waypoints  renseignés dans tous les guides nautiques : profondeur minimale enregistrée de  4.1 m.

Amarrage à la marina.

Vu la taille et le poids de « S.A.S.³ », nous avions réservé longtemps à l’avance, l’une des deux seules places  pouvant  l’accueillir (l’autre place est occupée par un voilier « épave » de 22 m. et de 36 tonnes). Un comité d’accueil était sur place pour nous aider à l’amarrage de notre bateau sur la tête de ponton qui ne fait guère plus que 10 mètres de long …

La « marina de Jacare Village » ne comporte que deux pontons … les autres pontons appartiennent à d’autres entités et si vous vous y amarrez, vous n’y serez pas les bienvenus !

Pour éviter que le ponton ne parte avec le bateau, des pendilles ont été frappées sur l’avant (2) et sur l’arrière (1). Il est possible de s’amarrer sur bouée (5) ou même, plus simplement de jeter l’ancre.

Alors que j’actionnais notre propulseur avant pour maintenir le bateau en position, le temps de l’amarrage … l’une des deux pendilles s’est prise dans l’hélice du propulseur : une grande première !!!! Visiblement, ce ne fut pas une mince affaire pour le « petit jeune » de la marina pour dégager notre hélice en charcutant la pendille !

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités

Responses

  1. Bonjour, Heureux pour vous que vous soyez bien arrivés en forme et sans problèmes particuliers. C’est vrai que c’est toujours un peu stressant d’entamer une traversée importante, en plus en équipage réduit. Mais malgré vos zigzags vous avez bien marché surtout avec une toile réduite. Vive les grands et beaux bateaux Je ne me souviens plus, avez vous un hydro générateur? C’est quand même bien pratique. Profitez bien de la terre et de ce beau pays. Allez vous participer aux jeux olympiques😂, et quel sont vos futurs projets?

    Bien amicalement, Emmanuel

    Envoyé de mon iPad

    >

    • Nous n’avons pas d’hydro générateur car notre besoin en énergie est bien trop important et puis, au mouillage …

      Quant à notre programme une fois arrivés aux Petites Antilles … farniente, farniente et encore farniente !

      • Bonjour Ann &Stéphane,
        quelle traversée pénible, en effet le portant casse les voiles autant que le moral, tirer des bords est la seule solution. 3 par 24 heures est une bonne moyenne si les empannages restent maîtrisés avec cette énorme bôme. vous aidez vous du moteur pour amortir le passage , avez vous un « walder » ou équivalent frein de bôme ?
        Sur la vitesse c’est pas mauvais si on compte 2124 nm parcourus en 14 jours, faut relativiser. Moi aussi ( salut Manu) je trouve que vous avez bien marché. Sur la totalité 25 jours de mer pour bouffer 3500 milles depuis Cape Town.

        Sur le gasoil 260 l c’est peu, je me souviens avoir lu : le moteur consomme 15 l a 1700 rpm, normal pour ce gros moteur donc 10hx 15 = 150l et le groupe a 2l me semble normal aussi 2×105 = 210 le total ferait 360!

        D’après mon calcul tu as gagné 100 litres , c’est toujours ca tu me diras, essaies de les revendre. Il y a peut être une erreur de jauge plus sérieusement.

        100 l pour 17 h de moteur environ consommés en plus lors de la première partie ( 350 l , 27 h moteur et 102 h groupe ) met la consommation du moteur à 6 l/h environ, tu dois faire tourner le moteur à 1000 tours dans ces cas je suppose.

        La consommation du groupe était estimée un peu plus au début voir « tome 2 mes commentaires » de la première transat.

        reste la déception de ces prises de ris toujours pénibles quand bien même assistée des winches électriques.

        Quand au scorbut le citron a l’avantage de garder les dents plus blanches pas comme avec les artichauts crus je comprends le choix d’Ann. Comme disait mon grand père normand qui était au régime ( il le faisait en plus de son repas ) si tôt qu’on dépense, on a besoin de prendre, et si peu qu’on prenne ca soutient.

        Bon tout ça pour vous remonter un peu le moral, plus que 2000 nm pour le farniente, reposez vous BIEN avant de repartir et attention aux coups de soleil.

        Amicalement
        Bruno

      • Bonjour Bruno,

        Pour répondre à tes commentaires: oui, nous nous aidons du moteur pour empanner et non, nous n’avons pas de frein de bôme mais une retenue et une sécurité.

        Quant à la consommation de diesel, il est certain qu’il s’agit plus d’une évaluation en raison d’une jauge fort « variable » car basée sur un calcul de pression. Ceci peut expliquer facilement cela.

        Le GE consomme en fonction de l’énergie électrique fournie et peut donc varier d’une fois à l’autre.

        Lorsque nous marchons au moteur, nous sommes à 1.400 – 1.500 tours (en-dessous et l’alternateur ne fournit pas d’électricité – au-dessus et la consommation peut rapidement devenir fort importante).

        Petit rectificatif: nous avons réalisé cette seconde partie de traversée en 13 jours … et non, 14 jours.

        Bien à toi.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :