Publié par : Ann & Stéphane | 14 mars 2016

28.02 au 10.03.2016 – Traversée de l’Atlantique Sud (1ère partie): 1.701 milles en 11 jours.

Dimanche 28.

Même si j’ai craint jusqu’à la dernière minute, la survenance d’un nouvel incident qui nous bloquerait une fois de plus à la marina, nous sommes bel et bien partis comme prévu pour 9 heures. Comme quoi, tout finit par arriver.

Le soleil était présent et il n’y avait pas le moindre souffle de vent à la marina, ce qui était évidemment une excellente chose car j’ai pu aider Ann à lâcher les amarres.

Nous avons patienté quelques minutes devant le pont mais en l’absence du moindre souffle de vent, le bateau restait parfaitement immobile entre deux eaux … que demander de plus.

Très sympathiquement, Lee de « Papillon » était à la proue de son catamaran à prendre des photos de nous. Un inconnu nous filmait pour sa part, depuis la berge. 

Le pont à peine franchi, l’autre agréable surprise fut de constater que le second pont était déjà ouvert pour nous. C’est de là que nos copains, Patsy & Jean, ont également pris des photos du bateau … mon Dieu, quel succès. 

Protégé par le môle, nous avons tranquillement hissé la GV avant de partir en ligne directe vers « Sainte-Hélène » : cela fait plusieurs mois que nous avons raconté à tout le monde que nous allions longer la côte sud-africaine jusqu’en Namibie et que ce n’est que de là que nous allions piquer sur « Sainte-Hélène » … « pour des raisons de courant et de vent ».

La présence d’une forte dépression le long desdites côtes, a modifié ce programme et cela nous convenait parce qu’en bordure  de la côte sud-africaine, il y a de forts vents catabatiques (40 nœuds) tous les après-midi  et de surcroît, cela raccourcissait  le trajet de 100 milles !

Les premiers milles le furent à la voile/moteur/voile/moteur/voile … le vent réel (12-13 nœuds) était au près serré voire de temps à autre, sur le pif !!! Ce n’était évidemment pas ce qui était prévu et si nous avions du faire notre traversée en ces conditions …

Alors que nous avions entamé la remontée de la zone de trafic qui s’étend sur plus d’une dizaine de milles, nous avons décidé de tirer un bord vers l’ouest pour nous permettre de marcher à la voile … sauf que ledit bord étant de plus en plus mauvais, nous avons assez rapidement été contraints de tirer un nouveau bord en sens contraire et à notre plus grande surprise, celui-ci se révéla  correspondre à la « route idéale » !!

Si le soleil était pourtant bien présent, le vent était tellement glacial qu’assez rapidement, je me suis caparaçonné, des pieds à la tête, en enfilant plusieurs couches sous mon ciré … et malgré cela, je n’en menais pas large !

Sujet de préoccupation à ne pas négliger : la présence en grand nombre (facilement une vingtaine) de baleines qui nous encerclaient de toutes parts ! A un moment donné, j’ai même dû nous dérouter pour éviter d’entrer en collision avec l’une d’elles qui somnolait tranquillement à la surface ! Je bénéficiais de la priorité de droite mais dans les pays anglo-saxons, on roule à gauche …

Plus loin encore, j’assistais émerveillé au saut vertical d’une baleine qui essayait de cette manière, de se débarrasser de ses parasites. Je l’ai vue sauter trois fois … et malheureusement, il aurait fallu un quatrième saut qui n’est jamais venu, pour immortaliser l’événement sur la pellicule.

Vers midi, nous n’avions parcouru qu’une quinzaine de milles lorsque le vent a très progressivement monté en force au point de nous obliger à prendre un ris : ce n’était pas tellement la force du vent qui posait problème mais plutôt l’état de la mer qui était particulièrement démontée et faisait lofer (!!) par moments, le bateau.  

La prise du premier ris se révéla assez catastrophique car la marque sur la drisse de GV était mal positionnée en sorte que la poulie du guindant est descendue à toucher la bôme … rendant du même coup, très difficile le passage de la bosse. Comme la mer était très forte, je ne vous explique pas mon état d’énervement et de déception de notre nouveau système de bosses de ris …

Comme tout semblait coincer un peu partout, nous avons été contraints de prendre le ris 2 qui lui, par bonheur, ne posa pas de problème.

Durant l’après-midi, le vent réel a continué à se renforcer  tranquillement pour  s’établir à 30-32 nœuds. L’avantage de la situation était que nous marchions à plus de 10 nœuds dans l’eau.

En début de soirée, le vent réel est redescendu à 28 nœuds et la mer a entamé un lent processus de désamorçage de puissance.

S’il ne faisait toujours pas plus chaud, les températures n’ont pas chuté pour autant durant la nuit … encore une chance pour votre serviteur qui ne décolle jamais de son cockpit. Ann, pour sa part, a depuis longtemps opté pour l’intérieur et cette division de l’espace n’est pas une mauvaise chose car rentrer quand on est emmitouflé en son ciré, n’est pas à conseiller du point de vue mal de mer.

Alors que j’escomptais passer ma nuit … à dormir, j’en ai été pour ma pomme puisque notre route correspondait à celle des cargos remontant vers le nord !! Ce sont, en fait, des dizaines de cargos qui s’égayaient autour de nous et non contents de cela, nous en avons vu plusieurs qui nous ont coupé la route parfois d’un peu trop près ! Bref … une nuit un peu agitée jusque minuit où j’ai demandé à  Ann de prendre la relève car je n’en pouvais plus.

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 189.

Lundi 29.

Quand j’ai relevé une paupière, il faisait jour et la mer s’était sérieusement calmée même si elle était encore mouvementée. Le vent réel soufflait entre 22 et 24 nœuds … toujours avec un angle de +/- 120°. Nous filions un bon 9 nœuds dans l’eau et votre serviteur décida qu’en ces conditions, il pouvait continuer à dormir.

A midi, je me suis quand même levé tout en me posant la question de savoir si c’était une bonne idée : les conditions de vent et de mer étaient plus idéales qu’elles ne l’avaient jamais été depuis des décennies, j’avais bien chaud dans ma carapace, ni faim, ni soif. En navigation, nous mangeons et buvons nettement moins qu’en temps normal et en début de traversée, nous sommes de vrais chameaux durant les deux, trois premiers jours !

Nous étions bien partis pour faire cette traversée en 10 jours comme « Sarama » en janvier de cette année. Seulement voilà … Patrick avait eu 35 à 40 nœuds de vent durant les 4 premiers jours et celui-ci  n’avait faibli que par étape, dans les jours qui suivirent pour tomber à 10 nœuds en arrivant à « Sainte-Hélène ».

En fin d’après-midi, les premiers signes d’un affaiblissement du vent apparurent : un coup, il diminuait à 12-13 nœuds mais le coup suivant, il repartait à 18-20 nœuds. Difficile de définir si nous allions toucher ou non, une zone de vent et c’est ainsi que par prudence, nous avons gardé nos deux ris alors que nous aurions été bien inspirés de les relâcher immédiatement !

Si la nuit fut douce avec un trafic nettement moins perturbant que la nuit précédente (de jour, on ne voit quasiment aucun cargo … par contre, on entend leurs conversations à la VHF), la vitesse dans l’eau a chuté progressivement pour même tomber à 4 nœuds ! Ceci nous contraignit à lâcher nos ris alors que le jour se faisait déjà tirer l’oreille.

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 147.

Mardi 01.

Traversée « les doigts de pied en éventail » : j’en ai souvent entendu parler, tout en restant particulièrement circonspect, on entend tellement de choses sur « radio ponton ». La chose était qu’en cette matinée là, nous avions droit au soleil, à une mer belle, à un vent réel  de 12-14 nœuds et à une vitesse dans l’eau de plus de 6 nœuds. Vitesse un peu lente, fond de l’air un peu frais et des  voiles qui battent de temps en temps mais la vie à bord a rarement atteint un tel degré de confort.

L’après-midi sera déjà une autre affaire avec un vent réel tournant aux alentours des 16 nœuds et donc une mer un peu plus formée … mais une vitesse plus soutenue de 8 à 9 nœuds dans l’eau.

En fin d’après-midi, apparaîtront les premières inquiétudes avec des petites sursautes de vent réel montant jusque 21 nœuds … mais il ne s’agissait que de sursautes de vent, pensions nous .

C’est bien évidemment alors qu’il faisait nuit noire que le vent réel  s’est établi à 25 nœuds … avec une mer qui n’avait plus rien de commun avec ce que nous avions connu en matinée ! Si la prise de ris ne s’imposait pas réellement, nous avions envie de dormir et en ces conditions un peu plus musclées, il n’était pas simple de trouver la tranquillité d’esprit. Aussi, nous sommes nous contraints à prendre le premier ris.

Déjà échaudés par notre dernière prise de ris, nous avions clairement défini notre action dans le calme et la sérénité … sauf qu’une fois en pratique, ce fut le bordel intégral : tout valdinguait d’un côté à l’autre, le pilote automatique ne suivait plus, le bateau tournait dans tous les sens, nous ne savions plus où était l’avant de l’arrière et en croisant Ann, je lui ai même dit « bonjour, Monsieur » !!!

Par bonheur, le bateau est solide et la bôme est munie de deux sécurités anti-empannage mais quand même, nous ne sommes pas sortis grandis de cette affaire. « Comment après un quasi tour du monde n’êtes-vous pas foutus de prendre un ris !!! Cela me renverse … ». Vous avez parfaitement raison mais le problème vient de ce que nous essayons de trouver la meilleure manière de prendre notre ris et en notre nouvelle configuration de prise de ris, tout est encore loin de marcher sur des roulettes … aussi, nous nous prenons des gamelles en essayant de nouvelles méthodes.

Une fois le bateau repris en mains, nous nous sommes satisfaits de la situation et sommes tombés dans un profond sommeil alors que les éléments naturels semblaient se déchaîner tout autour de nous.

Sur base de tout ce que j’avais entendu jusque là, j’étais persuadé que plus nous remontions vers l’équateur et moins nous aurions du vent : en clair, le vent ne pouvait que mollir progressivement ! Je fus donc très fortement surpris par cette montée en puissance du vent d’autant que la météo n’en faisait évidemment pas état : je me demande parfois si cela sert à quelque chose de se payer pauvre (les communications satellitaires sont hors de prix) pour avoir un bulletin météo quotidien.

Pour la première fois, j’ai dormi dans le cockpit sans mon ciré : un peu limite surtout aux jambes et aux pieds mais tellement plus agréable.

Distance parcourue en 24 heures : 170.

Mercredi 02.

Au réveil, nous avions droit à un ciel couvert … le vent et la mer étant revenus pour leur part, à de meilleurs sentiments. Le moral tomba rapidement dans les chaussettes car si jusque là, nous longions très agréablement, la route idéale, le vent ayant manifestement tourné durant la nuit, nous partions désormais plein ouest alors que nous devions faire du nord-ouest !!!

Comme si cela ne suffisait pas, le ris pris durant la nuit se révéla fort peu « esthétique » et en voulant le rectifier, nous avons constaté que la bosse frottait méchamment sur la tête de la bôme … ce que devait, en principe, éviter la pose très onéreuse d’une poulie double « Harken ».  En bref, notre nouvelle installation prenait  l’eau de toutes parts …

En cherchant à corriger les problèmes, nous en arrivions à la conclusion qu’il nous fallait revenir au système antérieur … ce qui nous a carrément fait boire la tasse d’eau de mer. Il aurait été difficile d’être plus démoralisé.

Comme si cela ne suffisait pas, le bateau se traînait comme un petit bouchon et nous entraînait  irrémédiablement  vers le sud du Brésil. Le super pied !

Face à une situation aussi désespérante que désespérée, nous avions commencé par envisager de « sucrer » l’escale de « Sainte-Hélène » … histoire de redonner à notre cap du moment, un semblant de « cap idéal ». On se remonte le moral comme on peut.

Ensuite, comme je me devais de convenir que ce n’était pas au mouillage, ni en marina que je trouverais la meilleure façon de solutionner notre casse-tête de prise de ris, je me suis mis en peine d’envisager tout ce qui était envisageable : cela occupe l’esprit et fait passer le temps.

Un des problèmes de nos bosses de ris est lié au fait que la bôme n’est plus dans l’axe du bateau par vent grand largue. Par ailleurs, prendre un ris quand il n’y a pas de vent et que le plan d’eau est calme,  n’a rien de comparable avec le vécu en mer.

De solution idéale, nous n’en avons pas trouvé … sauf qu’Ann commençait à se familiariser avec cette nouvelle manière de prendre un ris, qu’on s’était rendu compte qu’il était parfaitement possible de prendre un « beau » ris et que malgré tout, notre nouvelle installation avait des avantages indéniables comme … euuuhhh, laissez-moi réfléchir ! J’ai trouvé … comme de ne pas m’obliger à devoir tout remettre en le pristin état.

Pour ne pas être au point, j’osais malgré tout, me convaincre qu’avant la fin de cette traversée océanique, nous aurions trouvé une solution satisfaisante !

Assez étonnamment, nous avons encore croisé une baleine qui est passée à une trentaine de mètres sur notre bâbord. Si nous étions toujours sur la route des cargos, ceux-ci passaient toujours au loin et de ce côté-là, nous avions la paix.

Le mal de dos que je tenais depuis notre départ, avec une petite crise dans la nuit de lundi à mardi, semblait enfin connaître une amélioration mais comme de bien entendu, je n’en étais pas pour autant débarrassé !

L’après-midi, le vent réel s’est comme à l’accoutumée, renforcé un petit peu, tournant autour des 16-18 nœuds et donnant un peu plus de stabilité au bateau ce qui était toujours bon à prendre.

Avant le coucher du soleil et pour toute sécurité, nous prenions le premier ris … suivi immédiatement du second car ce fut juste le moment pour le vent de donner de la voix : là, on se rend compte comme la manœuvre de prise de ris est totalement différente quand il y a beaucoup de vent et quand il n’y en a pas : Monsieur de Lapalisse ne l’aurait pas mieux dit.

Les deux ris en place … le vent se cassait carrément la gueule en se fichant totalement de la nôtre au passage. Il s’en suivit une longue période de grand calme où nous avons pensé relâcher nos ris …

La nuit était bien noire que le vent réel a forci jusque 31 nœuds justifiant cette fois, pleinement notre prise de ris. Cela dura plusieurs heures avant qu’il ne se stabilise dans les 22 nœuds. Comme nous avons craint un moment donné de nous payer un grain ou en tous les cas, de la pluie, j’ai revêtu mon scaphandre que je n’ai plus quitté avant le lendemain matin !

La nuit fut fort froide et surtout, j’ai eu toutes les peines, allongé dans le cockpit, à trouver le sommeil. Ce fut certainement l’une de mes plus épouvantables nuits d’autant que le bruit des vagues  me faisait penser  aux quarantièmes rugissants.

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 130.

Jeudi 03.

Au matin, j’étais transi et courbaturé au point d’aller m’allonger dans notre lit douillet, à l’abri des éléments. Le vent avait légèrement diminué de force pour s’établir dans les 18-22 nœuds  … motif pour lequel Ann a relâché le ris 2 en attendant de voir l’évolution pour le ris 1.

L’état de la mer correspondait à celui du vent et de ce côté-là, c’était très acceptable. De toute manière quand le vent s’estompe davantage, le bateau se fait alors balloter et c’est le génois qui claque désagréablement. Ce qui manquait c’était du soleil (il faisait couvert) et surtout, un peu de chaleur (latitude du moment 27° 51’ S).

Nous avions enfin trouvé le courage de prendre notre première(!) douche depuis notre départ et cela écarta efficacement la nuée de mouches qui nous collait au train depuis quelques jours !

Notre route était toujours trop ouest et nous étions maintenant éloignés de la route idéale de … 93 milles ! Nous attendions, d’avoir passé les bancs de « Valdidia » responsables, paraît-il, de sacrées vagues, pour tirer un bord vers l’est.

A ce moment là, nous n’avions pas encore abandonné l’idée de « sucrer » l’escale de « Sainte Hélène » ! Nous étions confrontés à deux avis totalement opposés : Patrick de « Sarama » qui trouvait l’île très sinistre et triste alors que Patrick de « Marick » se disait totalement  séduit par le charme de cette île mythique !

Comme toujours dans ces longues traversées, c’est le moral qui fait toute la différence et à ce moment là, celui-ci était stable mais guère enthousiaste.

L’après-midi ne voyait pas de grand changement quant au vent et même, de manière beaucoup plus surprenante, le vent réel  ne forcissait jusqu’à 24 nœuds que très tardivement dans la nuit. Notre prise d’un second ris vers 18 heures, s’avéra ainsi parfaitement inutile.

Si en début de nuit, j’avais pensé me contenter de mes survêtements, après quelques heures de difficultés à trouver le sommeil, j’ai, une fois de plus, enfilé mon scaphandre !

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 180.

Vendredi 04.

Alors qu’il faisait encore nuit d’encre, le vent ayant tourné encore un peu plus à l’est, notre route devenait franchement mauvaise !! Aussi, sans attendre le lever du jour, nous avons empanné par une mer « praticable » et un vent réel de 16-18 nœuds. En finale, notre nouveau bord était beaucoup moins éloigné de la route idéale que nous l’avions craint au départ !

Avec l’apparition du soleil et la petite hausse des températures, la navigation en était presque agréable si on faisait abstraction d’une mer un peu trop formée et d’un vent un peu trop faible pour éviter de faire claquer les voiles.

Grâce aux deux mails très explicatifs de Patrick de « Marick», nous avions estimé que l’escale de « Sainte Hélène » en valait la peine et cette décision nous fit étonnamment beaucoup de bien au moral. Merci, Patrick.

Nous avons encore aperçu une baleine sur notre bâbord.

Notre bel optimisme de début de journée se voyait contrarié l’après-midi, par un vent réel de 12-14 nœuds qui ne nous faisait pas avancer à plus de 6-7 nœuds dans l’eau (nous sommes même descendus jusque 4.5 nœuds) … une misère d’autant  que nous allions maintenant vers l’est alors que notre escale se situait plutôt à l’ouest !!

Mais le pire consistait encore à devoir réduire la toile … non parce qu’il y avait trop de vent mais parce qu’il en avait trop peu !!! Par une mer formée avec trop peu de vent, les voiles claquent et quand la GV s’y met, on peut légitimement craindre pour le mât …

En début de soirée, nous décidions de prendre un ris pour parer à toute éventualité durant la nuit : les fichiers météo sont tellement peu fiables que nous n’osions plus leur accorder le moindre crédit. Et voilà, nos emmerdements qui revenaient au galop : en prenant notre ris, je constatais tardivement  que notre poulie double « Harken » avait arraché notre prise d’éclairage sur le mât, que la bosse de ris 1 était fortement abîmée et enfin, que l’arrêt butoir du rail « Harken » fixé au mât, ne tenait  plus !!

Si le nouveau système de bosses de ris mis en place, est tout bonnement extraordinaire en son utilisation … la manipulation du ris 1 s’avère délicate (il faut éviter impérativement que la poulie du guindant de GV ne  descende pas trop bas) et malheureusement, note mât  n’est pas du tout adapté (problème de frottement) à cette nouvelle configuration. De surcroît, une solution trouvée sur un bord peut se révéler catastrophique sur l’autre bord … en raison du changement de la position de la bôme !

La nuit fut calme mais toujours aussi fraiche au point que votre serviteur allait se réfugier dès 3.30 heures, en la cabine arrière !! Il s’agit d’une grande première sur « S.A.S.³ » où j’ai toujours passé mes nuits en mer, dans le cockpit.

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 102. Le nombre de milles si peu élevé s’explique par le fait que nous avons tiré le « mauvais » bord durant tout ce temps.

Samedi 05.

On se traînait et c’était tout mauvais pour le moral déjà fort chancelant de l’équipage depuis que nous avions commencé à tirer de très, très longs bords. Les conditions météo n’avaient  guère évolué ces derniers jours : 12 à  14 nœuds de vent réel  le matin, 16 à 18 l’après-midi et au beau milieu de la nuit, cela montait parfois jusque 24 nœuds.  Il faisait couvert mais dégagé et les températures restaient fraîches.

Notre système de prise de ris nous contrariait au-delà de toutes limites et aucune solution ne semblant possible, nous avions même envisagé l’impossible … à savoir de tout remettre en le pristin état !! Nous étions réellement désespérés.

A 15 heures, il nous restait encore à parcourir 763 milles pour atteindre notre escale … autant dire que nous n’étions pas encore arrivés ! Cela faisait depuis plusieurs jours que nous n’avions plus observé un seul cargo et surtout, plus entendu la moindre vacation VHF … c’était le seul bon côté des choses.

La nuit ne dérogea pas aux autres nuits avec juste deux petites ondées vers 2.30 heures. Les températures s’adoucissaient mais bien trop lentement.

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 137.

Dimanche 06.

Avec nos deux ris dans la GV pris avant le début de nuit, nous n’avancions pas beaucoup et notre moral toujours chancelant, en prenait une nouvelle fois, un coup sur la cafetière : la date d’arrivée à l’escale était, une nouvelle fois, retardée ! Un seul ris pour la nuit aurait pu suffire mais comme nous avions fortement endommagé notre bosse de ris 1, nous n’osions plus la mettre en tension et la changer m’aurait obligé à devoir monter dans la bôme …

Quand, enfin, nous nous sommes décidés à renvoyer toute la GV, nous fûmes surpris de relever qu’elle ne battait pas et que notre vitesse dans l’eau, était repassée au-dessus de 8 nœuds. Notre cap nous portait certes trop vers l’ouest … mais nous étions sur le « bon » bord.

Le soleil était à nouveau de la partie et notre journée s’en trouva fortement illuminée. Le déjeuner du jour, se composait de poulet, riz et poire au boursin … un vrai délice.

En début de soirée, nous hésitions entre prendre nos deux premiers ris ou laisser la GV haute : le vent réel ne dépassait pas les 16-18 nœuds comme chaque après-midi. Par prudence … nous avons décidé de prendre les ris et au cours de la manœuvre, nous sommes parvenus à quasiment faire passer par le vit-de-mulet, notre grosse poulie Antal 100 qui s’en sortira très écornée et inutilisable !! Je ne vous raconte pas l’extrême mauvaise humeur du Capitaine …

En deuxième partie de nuit et alors que rien n’annonçait le phénomène, le vent réel monta jusque 33 nœuds déchaînant du même coup la mer tandis que la pluie tombait : la totale. Sur le coup, nous avons pensé qu’il s’agissait d’un grain mais force fut de constater qu’il n’en était rien et que les conditions météo s’étaient brutalement dégradées.

Pour une fois que nous n’avions pas pris la météo, celle-ci indiquait ce changement du temps … Alors que tout le monde nous avait prédit des vents de plus en plus faibles en se rapprochant de « Sainte-Hélène », nous avions à faire face au phénomène inverse !

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 152.

Lundi 07.

Le plus étonnant fut de relever que malgré le lever du jour, les conditions météo ne changèrent que très peu : une mer toujours aussi démontée et un vent réel bien soutenu dans les 26-28 nœuds avec des pointes à plus de 30 nœuds !

Si on s’attendait à des conditions plus douces en le cadre d’une « traversée, les doigts de pied en éventail », force était de reconnaître que non seulement, nous avancions enfin et de surcroît, sur un « bon » bord (après un empannage osé mais que nous maîtrisons assez bien) qui avait  l’extrême amabilité de bien vouloir se maintenir ! Comme quoi, à tout malheur, une chose est bonne.

En cours de journée, ni la mer, ni le vent ne faibliront même si en de rares moments, nous avions pu croire à une petite accalmie qui n’était que temporaire. Tantôt, nous glissions très fort du cul, tantôt un claquement sec du génois nous fait sursauter mais « S.A.S.³ » passait très bien dans la mer et nous ne pouvions que nous en féliciter.

La question des bosses de ris n’étant plus – momentanément – d’actualité, nous pouvions nous consacrer à d’autres occupations comme la lecture ou la rêverie.

Avec la tombée de la nuit, aucun changement significatif n’apparaîtra … seul le compteur de milles affichait une excellente santé. Pour autant que fut effrayant l’état de la mer, nous finissions par nous habituer à la situation au point que nos sentiments étaient partagés : d’un côté, nous avancions bien grâce au mauvais temps mais d’un autre côté, on aurions souhaité une mer un peu moins sauvage …

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 170.

Mardi 08.

Vers 2 heures du matin, nous avons été perturbés par la présence sur zone, d’un bateau (200 m de long sur 32 m de large) qui marchait à 1.8 nœuds (!) sur une ligne de rencontre avec notre bateau. Il était toutefois encore à plus de 19 milles …

A l’allure à laquelle il avançait, nous en avions pour des heures à le surveiller … aussi, Ann pris contact avec lui pour régler la manière dont nous allions nous croiser : si nous avons bien compris, il s’agissait d’un bateau de pêche qui tirait un filet et il fallait le passer sur son avant !

La distance entre les deux bateaux se réduisait bien trop lentement à notre goût et nous n’avions qu’une hâte d’en terminer avec cette veille fatigante lorsque subitement, ses feux de navigation disparurent de l’horizon !!!

En examinant son AIS, nous avons compris qu’il avait changé radicalement de cap … annihilant ainsi tout risque de collision. Il aurait pu être sympa en nous en tenant informés mais il ne l’a pas fait.

Du côté des températures … pas de grands changements : le vent restait assez frais et si durant la nuit, il était utile de recourir au ciré, durant le jour, on pouvait se dévêtir un peu … surtout en restant à l’abri du vent derrière la capote.

Le soleil était surtout présent en milieu de journée mais pouvait également rester totalement absent comme lors de la journée d’hier.

La lune, notre plus fidèle alliée en manière générale, nous a fait totalement défaut sur cette traversée !

Les conditions météo n’évoluèrent guère avec la tombée de la nuit : mer très forte, vent très soutenu, un « bon » cap … qui nous éloignait malgré tout de plus d’une centaine de milles de la route idéale !!

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 154.

Mercredi 09.

A partir de 5.30 heures, nous avons eu droit à un long chapelet ininterrompu de grains qui ne prit réellement fin qu’en début d’après-midi ! Par bonheur, l’augmentation du vent qu’accompagne toujours le passage d’un grain, ne s’est absolument pas fait ressentir … le vent réel se tenant toujours au-dessus de 20 nœuds.

L’état de la mer quoique dépendant, en principe, de la force du vent, ne s’est jamais amélioré et cela même lorsque le vent diminuait d’intensité … toute passagère, j’en conviens ! Par contre, ce jour là, aux premières lueurs du jour, il était aisé de constater que l’état de la mer s’était apaisé d’un cran !!!

Cela faisait plus de 10 jours que nous naviguions à la voile, pure et dure, sans jamais la moindre compromission à notre moteur, fut-ce quelques minutes, mais quand entre deux grains, nous avons empanné pour découvrir que si notre « bon » bord nous faisait atteindre la côte africaine, le « mauvais » bord nous faisait redescendre jusqu’au « Cap Horn » … nous avons décidé de mettre le moteur pour les 100 derniers milles !!

En fait, le choix était simple : soit, nous arrivions à l’escale, pour le lendemain matin … soit, nous n’échappions pas à une nuit supplémentaire en mer avec plus que vraisemblablement, l’obligation de freiner l’allure dans les derniers milles, pour ne pas arriver au mouillage, de nuit !!

Ce fut certainement la partie de la traversée que j’ai la plus mal supportée mais à chaque fois que j’essayais d’inverser le cours des choses … en discutant avec Ann, on en revenait toujours à la problématique du départ car, de bien entendu, ce foutu vent n’avait pas bougé d’une once en son orientation.

L a nuit fut encore plus désolante que la journée mais ce n’était plus dans les derniers 100 milles que nous allions tout gâcher malgré le grand inconfort psychologique de la situation.

Comme toutes les nuits quand on se rapproche d’une côte, on a la frousse de s’endormir et de ne se réveiller … qu’une fois, à terre ! Aussi, nous n’avons pas beaucoup dormi et les secondes nous ont paru des minutes, les minutes, des heures et les heures, des journées. Et quand on pense que tout le monde s’imagine que l’on s’amuse …

Nombre de milles parcourus (en direction du waypoint) en 24 heures : 169.

Jeudi 10.

La pire horreur de la nuit, fut la présence d’une petite dizaine de feux rouges, relativement groupés, sur notre tribord avant ! Non renseignés sur notre cartographie, nous n’avons pu que supposer que ces feux étaient sur l’île et que donc, il y avait une potentielle menace d’obstacle : jusqu’où l’île pouvait-elle bien s’étendre  alors que nous devions obligatoirement la contourner pour atteindre le mouillage de « Jamestown» situé sur sa face nord ?

Certes, notre cartographie électronique était excessivement précise mais pouvait-on la croire ? En diverses occasions, nous avons eu à nous plaindre de l’inexactitude de nos cartes, principalement MaxSea !

La nuit étant d’encre, il était impossible de distinguer la présence même de l’île qu’aucune autre lumière ne venait renseigner. De jour, il paraît qu’elle est visible à plus de 70 milles !

Nous fiant aux instructions nautiques prônées par Cornell, nous avons contourné l’île par l’ouest – au lieu de le faire comme tout le monde, par l’est – ce qui rallongeait encore notre route de quelques milles supplémentaires. Merci, Jimmy.

Si durant la nuit, j’ai été fort tenté de modifier notre cap pour nous éloigner davantage de la présence inquiétante de ces feux rouges, en finale, j’ai tenu bon et quand le jour s’est levé, il m’a confirmé combien j’avais eu raison de le maintenir .

Malgré cela, les derniers milles furent les plus durs à avaler et les secondes se sont vite transformées en heures !! En ces moments pénibles, on échangerait volontiers son voilier … pour un speedboat.

En contournant « South West Point », il était aisé de se rendre compte comme la mer était d’un seul coup, devenue belle et calme … par contre, le vent pouvait se montrer assez saisissant avec ses bourrasques. Entre deux sautes d’humeur de celui-ci, nous en avons profité pour hisser la GV pour mieux la ferler ensuite : ce sont des hectolitres d’eau qui, emprisonnés dans les replis de la voile, se sont déversés !

En arrivant sur le mouillage, nous avons pris un dernier grain : nous sommes des habitués des arrivées parfois chahutées ! Il était 9 heures, heure locale.

La prise de coffre s’est réalisée, au départ de la jupe arrière, avec beaucoup de maestria … Ann parachevant la manœuvre en se mettant à l’eau pour la mise en place de la seconde amarre : la proue est beaucoup trop haute pour y tenter quoi que ce soit.

 

En conclusion …

  1. Cette première partie de traversée de l’Atlantique Sud, est-elle comme on l’entend souvent, une « traversée les doigts de pied en éventail » ? Disons que si vous n’avez pas vite froid aux pieds, que vous aimez être bercé comme du temps de votre petite enfance et que vous avez investi dans un ensemble ciré de bonne qualité, la traversée peut se révéler la moins pénible que vous ayez connue … de là à la qualifier de « doigts de pied en éventail », je suis beaucoup trop frileux pour le soutenir.
  2. Notre traversée fut très fortement contrariée par notre problème (non résolu) de prise de ris et par les dégâts qui en découlèrent. Malheureusement, ce n’est qu’en mer que nous parviendrons à trouver un compromis acceptable … s’il existe !
  3. Sur toute traversée océanique, on désespère, on chie, on se convainc même que l’on n’y survivra pas et à peine arrivé à destination, on regarde en arrière en se disant : « si c’était à refaire, je le referais demain car dans le fond, ce n’était pas si terrible ! ». L’être humain est doté d’un système très perfectionné d’effaceur qui ne retient exclusivement que les bons côtés … et quand ce n’est pas le cas, on parle alors de « traumatisme ». C’est 100 € la consultation psychiatrique …

 

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Responses

  1. Envoyé de mon iPad

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