Publié par : Ann & Stéphane | 18 octobre 2015

03 au 18.10.2015 – Madagascar.

Samedi 03. « Nosy Sakatia ».

Ce matin, nous avons appris par « Crystal Blues » que ces derniers étaient repartis hier soir, au « Sakatia Lodge » avec « Antje » pour y dîner et que sur le retour, alors qu’ils tournaient le coin, un poisson (dans le genre Orphie), sans doute attiré par le faisceau de la lampe torche, avait sauté dans l’annexe et avec son bec pointu, transpercé la cuisse du propriétaire de « Antje » !!! Pas très habituel mais pas plus surprenant que cela : le soir, les prédateurs chassent et souvent, on entend le bruit de sauts. Nous avons même vu, à plusieurs reprises et en journée, un gros poisson faire un bond de plus de 5 mètres de haut … tout simplement incroyable.

En faisant le tour des bateaux mouillés en vue du barbecue de ce soir, nous avons appris que Steve de « Emerald Sea » bien que battant pavillon malaisien, était Canadien et son épouse, Rose-Marie, Singapourienne. Ils ne savent pas encore s’ils comptent faire le tour du monde (ils sont partis de « Malaisie ») … mais ils comptent descendre jusque « Cape Town ».

Descendre jusque « Cape Town » semble si naturel en cette contrée que l’on s’étonne même que l’on puisse encore se poser des questions à ce sujet ! « Je compte visiter des amis à « Cape Twon ». Tu nous accompagnes ? » « Je ne sais pas encore, « Cape Town » est devenu si commun que je me demande si je ne vais pas plutôt jeter l’ancre sur la banquise » …

Départ de « Evita » (GB) pour « Crater Bay ». Nos copains ont 3 enfants en bas âge et souvent, leurs impératifs sont dictés par retrouver un autre bateau avec des enfants.

Il me semble que les températures ont encore augmenté d’un fâcheux degré supplémentaire au point que toute activité à l’intérieur, devient limite … cela est en train de redevenir l’enfer ! Personne n’en parle mais j’ai malgré tout, souvent entendu que de nombreux plaisanciers avaient quitté le Sud Est asiatique en raison des températures élevées associées à une terrible humidité … et voilà que nous sommes en passe de connaître la même situation à « Madagascar » !!!!

Le soir, tout le monde était au barbecue sur la plage du lodge en réfection. Pas très malin de notre part, de n’avoir pris aucune lampe torche, ni aucun sac poubelle … évidemment, les Australiens étaient les mieux organisés et ils avaient pris avec eux la parfaite panoplie du petit campeur dont des chaises pliantes.

Dimanche 04.

C’est la valse des départs et des arrivées … Pour les départs : « Amigo » (A), « Galatea » (D), Badoc » (E) et « Obione »(F) – Pour les arrivées : « Papillon » (Mal), « Saol Elle » (Irl), « Yolo » (USA), « Windarra » (USA), « Comfortably Num » (ZA). Tous des bateaux déjà vus ou rencontrés ici ou là … l’étranglement de l’entonnoir !

Il semblerait qu’avec un peu de chance (et de bonne volonté …) nous pourrons traverser sur l’Afrique du Sud, en flottille … du moins les propos recueillis ici et là vont dans ce sens. Reste à voir si cela se concrétisera ou non !

Pour la 4è fois (!) depuis notre arrivée au mouillage, nous avons eu l’occasion d’apercevoir deux baleines qui nageaient à proximité des bateaux ancrés. Il n’y a pas d’heure, pas de moment plus spécial qu’un autre … il faut être constamment attentif et penser à alerter les autres bateaux.

Le soir, nous avions à l’apéro, Ley & Neel de « Crystal Blues » (Aus) ainsi que Lander & Lee de « Papillon » (Mal). Lee est d’origine gantoise mais il a quitté la Belgique, il y a plus de 25 ans. Que de Belges depuis « Maurice » …

Lui, aussi, a passé le « Cap d’Ambre » avec 30 à 35 nœuds de vent mais avec le courant, tout cela fut assez facile selon ses dires … c’est après que ce fut l’enfer avec 45 nœuds de vent sur le nez ! Et pourtant, nous avions tous les deux entendus « qu’après le Cap … c’était un lac » !!

Lundi 05.

Sans doute parce que nous étions au lit pour 22.30 heures, nous nous sommes réveillés naturellement à 6.30 heures et nous avons décidé de partir sans plus traîner … une très, très longue trotte nous attendait : 25 milles nautiques  pour atteindre « Nosy Mamoko » (13°43.416’ S – 48°11.192’ E) !

Pourquoi, subitement, ce besoin quasi impérieux de changer de mouillage … parce qu’en finale, il ne s’agit que de cela ! En effet, le « grand départ vers le Sud » n’a pas encore sonné pour nous, même s’il se rapproche inexorablement.

Les motifs sont sans doute multiples mais le principal reste que l’arrivée massive d’autres bateaux à notre mouillage, a en quelque sorte bouleversé le petit équilibre que nous y avions connu. « Changer d’air » m’a paru une bonne thérapie d’autant que nous serons les seuls à être restés si longtemps sur place : en moyenne, les bateaux ne restent guère plus de 3 nuits au même mouillage !

Par une mer d’huile (le vent ne se lève généralement qu’en fin de matinée, début d’après-midi), nous sommes arrivés au mouillage pour 10.30 heures.

Le mouillage est superbe, l’ancre est mouillée par -15 m. de fond et le bateau est protégé sur 360° !! Et comme par magie, un charmant village de constructeurs de bateaux (4 par an) borde la baie en sorte que tout en étant éloigné de l’agitation du monde moderne, nous ne sommes pas seuls au monde. Je sais que certains trouveront cela dommage mais votre serviteur aime se sentir « entouré » !

« Obione » est venu nous rejoindre sur le coup de 15 heures et par bonheur, « Sarama » a légèrement modifié son programme de navigation pour se joindre à nous … nous étions donc six à l’apéro du soir sur « S.A.S.³ ».

Mardi 06.

Nous avions tous décidé de remonter la rivière proche de notre mouillage. Nous sommes donc partis à deux annexes (Patrick et Fabrice dans leur annexe et Michel, Maël, Ann et votre serviteur dans notre annexe) pour une équipée nautique qui devait nous amener jusqu’aux confins malgaches.

Mouais, mouais … certes, les paysages sont splendides et on pourrait facilement se croire perdu au milieu de vastes étendues végétales mais dans la réalité, la remontée de la « rivière » fut assez abruptement stoppée par une mangrove que nous n’avons pas explorée.

Peut-être un peu pour nous consoler, nous nous sommes rabattus ensuite sur une petite visite du village de constructeurs de bateaux qui fait face à notre mouillage.

En début d’après-midi, « Sarama » repartait avec quelques bourrasques de vent, pour passer la nuit à « Nosy Komba » située juste en face de « Hell-ville ».

« Sarama » ne navigue généralement que 3 mois par an … aussi, Patrick n’hésite pas à sortir la toile à la plus petite risée, d’autant que GV et génois sont sur enrouleurs.

Question température, il fait toujours un peu trop chaud pour que ce soit supportable à l’intérieur !! Par contre, dans le cockpit avec la bonne brise qui souffle depuis la fin de matinée, il fait délicieux. L’eau n’est pas translucide mais la visibilité est bonne comme à « Nosy Sakatia ».

Nous n’avons une fois de plus, pas vu de requins … les seuls ailerons aperçus appartenaient à des dauphins. En tout état de cause, tous les autres se sont déjà baignés sans problème … aussi j’arrête ici la rédaction de mon article pour aller jeter une tête dans l’eau !

Mercredi 07.

Nous avons quitté « Nosy Mamoko » vers 6 heures et rejoint « Hell-ville » (20 milles) pour 9.00 heures. La mer était d’huile comme à peu près tous les matins. Notre position, face au quai de débarquement des marchandises, est 13° 24.438’ S – 48° 17.071’ E

Si ce n’est pas la foule des grands jours, nous sommes 17 voiliers au mouillage … quelques noms nous sont déjà connus comme « Papillon » et « Crystal Blues » arrivés un peu après nous en provenance de « Crater Bay » (on connait tout du déplacement des bateaux grâce à leur AIS …) ou encore « Saol Elle » (Irl), « Coyotte » (local). Quelques nouveaux comme « Apogée » (Usa), « Ceilydh » (Canada), « Sage »(Canada), « Utopia II » (Aus), « Dragonfly » (Fiji), « Imagine » (D), « T Kamaka » (F), « Morning Glory » (Usa), « Mek Toub » (D).

Et puis, il y a tous les autres qui arriveront en cours de journée comme « Windarra » (Usa), « Libero » (Brésil), « Fruit de la Passion »(F) ou « Sarama » (L).

« Fruit de la Passion » a ceci de particulier qu’il s’agit d’un Maracuja de chez Garcia !! Le bateau reste à l’année, sur zone … c’est ce que j’appelle un « local étranger ». Ne pouvant rester plus de 3 mois à « Madagascar », il se verra contraint quelques jours plus tard, de remonter jusque « Mayotte », y passer une journée pour revenir ensuite à « Nosy Be » …

Après un passage chez le coiffeur (c’était osé mais pas suicidaire) et une petite ballade en ville tandis qu’Ann était restée à bord pour toute sécurité, nous avons terminé l’après-midi chez « Papillon » où l’alcool a coulé à flot. Il y avait « S.A.S.³ » – « Obione » et « Crystal Blues » … autant dire qu’on s’est fendu la poire dans toutes les langues ! Réellement un petit groupe ultra sympa.

Jeudi 08.

Arrivée/départ d’un autre « Galatea » (Usa) que celui des Allemands rencontrés. C’est le problème du nom de certains bateaux … ils sont trop communs ! Départ de « Utopia II », « Morning Glory », « Ceilydh », « Dragonfly » … et de « Crystal Blues » et « Papillon » qui attendaient que le vent se lève pour partir sur « Nosy Mamoko »! Avec un peu de chance, nous devrions les retrouver plus tard, à la « Baie des Russes ».

A 8 heures, Ann allait chercher sur le quai, un maître voilier (John 032.63.69.312) et son assistant qui venaient nous faire, à bord (il faut un peu insister mais il le fait), une superbe réparation de fortune à notre GV … tant qu’il n’y avait pas de vent ! Cela tiendra ce que cela tiendra mais plus question d’enlever une nouvelle fois la voile : trop de travail pour l’enlever et trop d’histoire après, pour tout régler comme il faut. En tout état de cause, nous avons déjà commandé nos nouvelles voies chez « North Sails Cape Town ». Nos premières voiles par un curieux détour indépendant de notre volonté, venaient déjà de « North Sails Cape Town » !!!

Evacuation d’eau insuffisante … impeller endommagé … pompe défectueuse … moteur surchauffé … plus d’annexe … l’horreur à l’état brut !!! On se fait souvent un cinéma pas possible alors qu’il suffisait d’une simple aiguille pour enlever les cristaux de sel qui bouchaient la sortie d’eau … ouuuuuuuuuf ! La commande d’un nouvel impeller aurait pris un mois …

Je suis toujours surpris de constater que des bateaux bien plus petits que nous, disposent souvent de deux voire de trois moteurs hors-bords quand il ne s’agit pas de deux ou trois annexes !!! Cela me laisse rêveur et quelques fois, je serais bien tenté par une petite annexe Bombard avec un Malta (3 CV Yamaha) mais où caser tout cela … notre bateau est bien trop petit !

Il est presque midi et c’est le bonheur parfait : nous sommes entourés (même un peu de trop par « Libero » qui nous taquine souvent notre arrière), il y a du passage et de la vie, le plan d’eau est sympathique (même si vous avez un râleur comme « Fruit de la Passion » qui en réponse à notre bonjour, nous a fait le signe d’aller moins vite avec notre annexe), le soleil est bien présent (même s’il vous cuit sur pied) et malgré toutes mes appréhensions, on se sent en sécurité ! « Tu as bu … ne dis pas le contraire, je sens que tu as bu ! » « Mais non, bobonne, je te jure … de l’eau, de l’eau, rien que de l’eau ».

Arrivée de « Bounty » (D), de « Anke-Sophie » (D) et de « Déesse » (Nl). L’Allemagne est plutôt bien représentée ces derniers temps !

Apéro sur « Obione » avec « Sarama » qui nous racontait que leur traversée de quatre jours,  « Seychelles » – « Madagascar » par plus de 35 nœuds de vent au près, avec des vagues de plusieurs mètres de haut et le bateau qui tombe dans le creux de la vague, fut le pire cauchemar qu’ils ont jamais connu. Ce type de récit nous a été confirmé le matin même, par un couple canadien qui pourtant en avait déjà vu d’autres ! La traversée de « l’Indien » par le Nord n’est peut-être finalement pas une bonne idée …

Vendredi 09.

Vous connaissez tous la publicité pour un produit de vaisselle « quand il n’y en a plus … il y en a encore » … avec les « tour-du-mondistes » c’est exactement la même chose !! On pensait les avoir tous vus ou rencontrés et pourtant chaque jour passé à « Hell-ville », nous en fait découvrir des nouveaux !! C’est ainsi le cas de « Scraatch » (Suunder 56’ immatriculé aux Iles Vierges Britanniques), de « Tara » (F) ou de « Ma’Ohi » (Usa) qui viennent d’arriver.

Départ de « Obione », « Windarra », « Fruit de la Passion », « Saol Elle », « Scraatch », « Apogée », « Tara », « Ma’Ohi » … décidément, il y en a certains qui ne font véritablement que passer !

Comme nous partons vers le Sud dès demain matin, nous avons réalisé nos formalités de sortie du pays – pour ne pas les réaliser à « Mahajanga » jugée trop dangereuse – ainsi que le plein de diesel (645 litres à 0,95€/litre). Ann m’ayant annoncé que nous aurions droit cette fois, au petit camion TOTAL … j’ai été un peu surpris lorsque j’ai vu arriver un Pick-up branlant avec 4 bidons de 200 litres !

Ann avait tout organisé pour que la tête de ponton soit dégagée pour notre arrivée et nous avons attendu la marée haute pour avoir un bon appui sur la margelle en béton. Patrick et Fabrice de « Sarama » nous ont prêté main forte pour les manœuvres en sorte que ce fut du gâteau … d’autant que par bonheur, ce vendredi fut une journée sans vent !

Samedi 10.

En allant nous coucher avec les poules … on se lève avec les poules ! Aussi, à 6 heures, l’ancre était levée et nous mettions le cap sur la « Baie des Russes » (18 milles), sans le moindre vent.

A notre arrivée, il y avait déjà 3 voiliers : « Mylady » (Nl), « Scraatch », « Go Av » et 2 catamarans connus : « Freya »(F) et « Manta » (F) qui sont repartis en cours d’après-midi, sur « Crater Bay ».

Nous tombions « à pic » pour nos amis français puisque Didier de « Freya » recherchait de la colle deux composants pour réparer son annexe et que nous avions cela à bord … Malheureusement, lorsqu’ils nous ont ramené la colle, nous avons laissé tomber à l’eau, les deux flacons de durcisseur !

J’ai eu beau cercler le fond pendant plus d’une heure, je n’ai jamais retrouvé trace de nos deux flacons et de surcroît, mon ordinateur de plongée est tombé en rade à cause de sa pile, en cours de plongée … c’était la journée des emmerdes après MaxSea et notre compteur de chaîne qui se sont tous les deux plantés !

Ayant finalement décidé que nous ne resterions pas plus d’une nuit à la « Baie des Russes » (l’appellation remonte à la guerre russo-japonaise de 1905 lorsqu’une escadre russe jeta l’ancre dans la baie pour ensuite en repartir en « oubliant », un de leurs vaisseaux), nous avons opté pour réaliser le jour même, une petite visite de l’île.

Une très belle ballade sous la direction de notre guide, Polin, mais ô combien fatigante. Nous avons grimpé, grimpé, grimpé par une piste caillouteuse étroite, sinueuse et « végétale » pour aller voir les chutes d’eau pour ensuite redescendre, redescendre, redescendre par une autre piste caillouteuse étroite, sinueuse et « végétale ». Plus de nos âges …

« Chutes d’eau » … il faut savoir imaginer ce qu’elles sont en période de pluie parce que là, on a préféré ne pas gâcher de la pellicule !

A notre retour, « Crystal Blues » et « Papillon » avaient jeté l’ancre tout près de nous.

Le soir, nous prenions l’apéro à bord de « Sarama ». Fabrice nous avait préparé un Ti-punch de derrière les fagots.

Dimanche 11

LA journée merdique par excellence que pourtant rien, absolument rien ne prévoyait !!

Cela a d’abord commencé avec notre envie de voir les fameux Lémuriens de « Madagascar » que tout le monde a vu sauf nous ! Juste après le cap, nous avons donc été jeter l’ancre devant «Nosy Antsoha ».

En principe, il n’y aurait pas dû avoir le moindre souffle d’air à cette heure matinale de la journée, notre ancre aurait dû crocher du premier coup, le mouillage aurait dû être bien protégé et nous aurions dû voir des Lémuriens … en pratique, ce fut tout le contraire et nous avons décidé que nous pourrions survivre sans avoir vu les fameux Lémuriens de « Madagascar ». Certes, certes, nous n’avons pas exactement fait preuve d’un grand courage mais en tout état de cause, nous aurions été tellement stressés pendant notre visite que nous n’en aurions eu aucun plaisir.

Pressés de retrouver le calme et la béatitude d’un bon mouillage, nous avons mis le cap sur la « Rivière Baramahamay » surnommée « Honey River » en raison du délicieux miel qui peut y être acheté, (20 milles) où trois bateaux étaient encore mouillés.

En principe, nous devions avoir au moins 6 mètres d’eau à l’entrée et malgré la marée basse, nous devions pouvoir remonter la rivière sans difficulté … en pratique, nous avions à peine avancé le nez de « S.A.S.³ » dans l’embouchure de la rivière que nous raclions méchamment le fond de corail !!!! Affolant de voir l’échosondeur afficher une profondeur décroissante à la vitesse V et fort moment d’émotion car malgré ma marche arrière, le bateau ne semblait plus vouloir bouger …

Sortis de ce mauvais pas, nous avons mis le cap sur « Nosy Valiha » (33 milles). Nous aurions pu mettre l’annexe à l’eau et repérer les fonds de la rivière avec son échosondeur pour trouver un passage … mais fortement choqués par cet incident, nous avons fui à toutes voiles, cet endroit maudit.

Chemin faisant et par deux fois, j’ai vu l’échosondeur passer de -30 à -8.50 mètres en très peu de temps alors que la carte électronique donnait une profondeur de plus de -20 mètres !! En sens contraire, nous avons eu sur l’arrivée à notre mouillage, une profondeur affichée de -30 mètres alors que la carte n’en prévoyait que -17 mètres !! De quoi vous faire friser la crise cardiaque d’autant que toute sortie vers le large nous était barrée par une barrière de corail (en principe, franchissable mais nous n’avons pas eu le cœur d’aller vérifier) !

Nous n’étions plus qu’à une dizaine de milles de notre mouillage, que le moteur cafouillait et puis s’arrêtait tout net !! C’est la seconde fois que nous connaissons la blague : le système de remplissage automatique de notre réservoir journalier avait été désenclenché par mégarde … encore fallait-il le savoir ! Je ne vous raconte pas le sale moment que nous avons enduré avant de comprendre la cause de notre souci.

Au mouillage, un autre voilier (F) était mouillé. Cela nous a fait du bien à l’âme car nous avons trouvé l’endroit plutôt sinistre et très mal protégé. Aussi, nous avons dîné assez tôt pour nous mettre au lit au plus vite.

Pour clôturer cette journée merdique, nous avons relevé une perte d’huile hydraulique à hauteur de notre hale-bas !! La précédente fuite avait été relevée à « Phuket » et depuis lors, nous n’avions plus enregistré de problème à ce niveau là sans la moindre intervention de notre part !!

La houle et le vent se sont totalement estompés en début de nuit, ne nous permettant pas pour autant de passer une agréable nuit en raison de températures trop élevées ! Et puis malgré tout, se savoir exposés à tous les vents, n’est pas très plaisant avant de s’endormir.

Lundi 12.

A 5.30 heures, nous avons relevé sans tarder, l’ancre pour la « Baie de Moramba » (60 milles) que certains décrivent comme le plus beau mouillage de « Madagascar ». Opinion que je partage.

Si dimanche, nous n’avons pas eu droit au soleil, aujourd’hui, il était bien présent et cela s’est ressenti sur le moral de l’équipage. Pour le surplus, le vent (10 à 11 nœuds) venait – comme d’habitude – de plein Sud c’est-à-dire sur la tranche du nez pour tourner S.O. en forcissant légèrement (12 à 14 nœuds) en début d’après-midi et mollir totalement en début de nuit.

Sur les 15 derniers milles, en longeant « Madagascar », nous avons été en mesure de faire de la très belle voile quoiqu’un peu stressante tant nous ne sommes plus habitués à faire du près ! La mer était belle et son eau turquoise scintillait … on n’aurait pu imaginer de meilleurs conditions.

En arrivant deux heures avant la marée haute, nous avons toujours eu un minimum -7 mètres d’eau pour pénétrer profondément dans la baie … en suivant une cartographie Navionics. Précisons que la cartographie MaxSea, la plus chère du marché et la plus incomplète, comporte de très nombreuses erreurs !! Un vrai scandale.

Je me dois d’être honnête en complétant que notre cartographie Navionics ne nous a pas empêchés de racler le fond de corail à « Honey River » … et que l’une comme l’autre renseignent des profondeurs le plus souvent inexactes en cette partie du monde !!

La « Baie de Moramba » est fort fréquentée puisque nous y avons retrouvé : « Obione », « Utopia II », «  Morning Glory » arrivés un peu plus tôt dans la journée ainsi que « Amigo » et « Ceilydh »  et deux autres bateaux non identifiés qui resteront totalement à l’écart.

Nouvelles de « Sarama » : Patrick et Fabrice multiplient les escales et en profitent à chaque fois, pour visiter … en sorte que nous ne les reverrons que mercredi au plus tôt ! Ils nous ont appris que « Momo » s’était fait voler son moteur d’annexe au mouillage de « Honey River» ! L’annexe était sécurisée mais pas son moteur … Le vol de moteur d’annexe quand ce n’est pas toute l’annexe, est un  sport national  à « Madagascar ».

Mardi 13.

Départ de « Amigo » (A). Nous avons été surpris de les voir car nous pensions qu’ils naviguaient en flottille avec « Badoc  et « Galatea » qui devaient traverser ce matin même, au départ de « Baly Bay », sur l’Afrique du Sud … jusqu’au contrordre de Hervé Laurent, le routeur.

Nous avons dormi comme des souches d’arbre même si nous avons eu le tort de ne pas ancrer suffisamment loin dans la baie pour échapper à la houle rentrante. Pour connaître un bon niveau de protection par vent de S.O. il faut non seulement s’abriter derrière les îlots mais de surcroît, s’enfoncer plus loin dans la baie car la houle contourne les îlots !!!

Comme il est beaucoup question que nous resterons à ce mouillage un certain temps pour ne pas dire un temps certain, nous avons mis l’annexe à l’eau pour reconnaître les fonds. Nous n’arrêtons pas de nous féliciter d’avoir équipé notre annexe, d’un échosondeur … c’est tout simplement génial.

Après avoir établi une meilleure topographie des fonds, nous avons déplacé sans crainte « S.A.S.³ » à sa nouvelle position 14° 53.296’ S – 47° 20.561’ E où il est mouillé par -7 mètres de fond à marée basse (marnage de 3 mètres).

Les poubelles sont bien entendu un problème récurrent lorsqu’on vit sur un bateau. Comme la très grande majorité des plaisanciers, nous mettons un point d’honneur à ne rejeter à la mer que les déchets organiques. Mais que faire lorsque nous sommes mouillés devant une île où il n’existe aucun service de ramassage des immondices ?

Le plus souvent, nous prenons contact avec des locaux que nous payons pour nous débarrasser proprement de nos poubelles. A chaque fois, nous constatons avec plaisir que beaucoup de choses que nous jetons, sont tout simplement récupérées.

Cette fois-ci, nous avons été furieux de voir que notre « locale », à peine s’éloignait-elle avec sa pirogue, qu’elle procédait à un tri de notre sac poubelle en jetant à la mer tout ce qui ne lui convenait pas ! Bien entendu, il ne faut pas être naïf mais elle aurait quand même pu être plus discrète et pourquoi ne pas brûler tout simplement nos déchets non récupérables comme je le suppose, ils le font avec leurs propres déchets.

Arrivée de « Lop-To » (D) qui, au départ de « Honey River », avait prévu de faire escale à « Nosy Saba » mais le mouillage étant intenable (sic), ils se sont contraints de pousser jusque « Nosy Lava » où ils sont arrivés très tard. Au Sud de « Nosy Be », les mouillages sont beaucoup plus aléatoires en termes de protection qu’au Nord.

Arrivée de « Scraatch » et du catamaran local « Indian Taboo » qui est allé jeter l’ancre dans le fin fond de la baie, très loin des autres bateaux. Un autre catamaran « local » l’y a rejoint peu après.

Une heure plus tard, nos deux catamarans « locaux » se carapataient à toute vitesse de leur mouillage pour nous rejoindre ! Ont-ils vu le fantôme de Davy Jones ou autre monstre caché ??

Mercredi 14.

Arrivée de « Sarama » et de « Evita ». Nous sommes donc 9 bateaux au mouillage !!

Je l’avais déjà remarqué en d’autres occasions mais les « anglophones » par opposition aux « francophones », préfèrent de loin se donner rendez-vous sur la plage en fin d’après-midi plutôt que d’organiser un apéro à leur bord. Chacun y amène ses boissons et sa nourriture voire son petit matériel du parfait campeur. Je dois bien reconnaître que la formule est extrêmement plaisante et favorise les relations entre bateaux. Les moustiques apprécient également beaucoup ces rassemblements …

Les moustiques ! Ces sales bêtes sont de plus en plus présentes et nos allers et venues entre la plage et le bateau semblent favoriser leur incursion à bord !! Nous sommes stupidement persuadés qu’elles n’ont pas encore pénétré notre intérieure mais les piqures sont de plus en plus nombreuses …

Malheureusement, ne bègueyant que quelques mots d’anglais, je ne me sens pas toujours à ma place parmi tous ces équipages dont l’anglais est la langue véhiculaire. Imaginez le supplice pour votre serviteur, avocat en une autre vie, de ne pas pouvoir s’exprimer librement …

Jeudi 15.

La météo est d’une régularité absolument surprenante : la nuit, il n’y a pas de vent – en matinée, nous avons droit à notre petite brise d’Est – ensuite c’est le calme reposant … avant la brise d’Ouest qui peut se montrer plus ou moins forte jusqu’au coucher du soleil.

La baie est magnifique mais l’eau est totalement trouble (les filtres du déssal ne tiennent pas plus de 3 jours). Nous sommes ancrés devant de très belles plages de sable blanc qu’agrémentent quelques gros rochers d’origine volcanique du plus bel effet, avec en arrière fond, une végétation luxuriante où les Lémuriens sont visibles pour un œil attentif.

Voilà le décor qui devrait être le nôtre au moins jusqu’au 22 octobre si l’on en croit notre routeur !!

Maintenant accrochez vous car je vais essayer de vous expliquer brièvement toute la problématique de descendre jusqu’à « Cape Town ».

A partir du « Cap Saint André » débute le « canal de Mozambique » qui sépare « Madagascar » du « Mozambique ». C’est à ce niveau, qu’il est conseillé de traverser car si les courants (2 à 3 nœuds) sont porteurs du côté « Mozambique », ils sont contraires du côté malgache. Malgré cela, certains bateaux s’entêtent à vouloir descendre le long de la côte malgache …

Les grandes dépressions remontent du « Cap de Bonne Espérance » en direction du « Cap Saint André » en sorte que « vent contre courant » peut lever des vagues extrêmement dangereuses dont les fameuses « vagues scélérates ». Il vaut donc mieux, bien choisir sa météo pour descendre …

  1. Rejoindre le « Cap Saint André ».

C’est ce que nous faisons tous, à des allures différentes, depuis le « Cap d’Ambre » situé à l’extrême Nord de « Madagascar ». Mais plus nous nous rapprochons de notre destination et moins les mouillages sont attractifs !

La « Baie de Moramba » est non seulement magnifique et super bien protégée … mais elle reste éloignée du Cap, de 180 milles ! Aussi, nombreux sont les plaisanciers qui sont tentés de continuer à descendre en direction du Cap.

« Ampondrabe River » est située 40 milles plus au Sud. Ce mouillage ne semble pas emballer beaucoup de plaisanciers : « Badoc » est parti directement sur « Baly Bay » – « Morning Glory » a voulu y faire escale mais s’en est enfui car la baie est trop ouverte. Peut-être que « Sarama » et « Obione » nous en diront plus puisqu’ils comptent y faire escale.

40 milles supplémentaires plus au Sud, « Majunga City » et sa baie se dressent devant vous. Si tout le monde s’accorde à reconnaître la dangerosité de la ville au point de faire ses formalités de sortie du pays à « Nosy Be » pour éviter d’y avoir à faire escale … nombreux sont les plaisanciers qui découvrent subitement ne pas avoir prévu un avitaillement suffisant au départ de « Hell-ville » !! La ville devient alors une escale incontournable et sa dangerosité toute relative …

Si nous ne connaissons pas de problème de cet ordre, nous envisageons d’y faire également escale pour remplir nos réservoirs : notre descente au moteur nous a fait brûler 200 litres de diesel …

« Boina Bay » … malgré toute notre documentation, il nous a été impossible d’obtenir un descriptif de cette baie aux nombreux bancs de sable, et pas davantage, les coordonnées d’un mouillage. Si nous pouvions nous fier à nos cartes électroniques, nous tenterions peut-être d’y mouiller l’ancre mais depuis notre récent incident à « Honey River », chat échaudé craint l’eau froide.

« Baly Bay » est très rouleur car la houle s’y engouffre sans le moindre obstacle ! « Badoc », « Lady of Lowlands » et « Galatea » (D) nous ont raconté que c’était intenable et après deux nuits, ils ont décidé de traverser sur le « Mozambique » malgré l’étroitesse (3 jours) de la fenêtre météo. Entre deux maux, ils ont choisi le moindre.

En conclusion, l’idéale consisterait à partir sur « Richards Bay » (Afrique du Sud) au départ de « Moramba Bay ».

  1. Traversée du Canal de Mozambique.

En ligne droite, la traversée compte 260 milles mais sur l’autre rive, il n’y a pas ou très peu de mouillages protecteurs ! « Badoc », « Lady of Lowlands » et « Galatea » (D) ont donc choisi de descendre un peu plus bas jusque « Ilhas Primeiras » (Mozambique) soit 330 milles pour trouver un abri très relatif !

L’idéal consiste en fait, à traverser en oblique jusqu’à un waypoint situé à 85 milles des côtes mozambiennes (17° 30’ S – 40° 00’ E) pour descendre ensuite résolument vers le Sud en profitant du courant porteur, jusque « Richards Bay » mais là, nous parlons de 1.100 milles et il faut disposer d’une fenêtre météo suffisamment importante …

  1. Au départ de « Richards Bay », descendre par bonds, en longeant la côte jusque « Cape Town ».

Cette descente nécessite un respect scrupuleux de la météo et donc, de longues périodes d’attente mais de nombreux équipages profitent des séjours forcés en marina pour rentrer au pays ou visiter les grands parcs africains … ils ont une occupation et trompent ainsi leur impatience.

 

Arrivée de « Windarra » (Usa) et de l’autre « Galatea » (Usa – Nicholson) … nous sommes donc 11 bateaux au mouillage !

A quoi reconnait-on un voilier américain ?

Très, très simple … il ne bat, dans la grande majorité des cas, aucun pavillon national ! Amusant de relever qu’aux Etats-Unis, les drapeaux fleurissent partout, partout même que souvent on se dit qu’ils exagèrent un peu mais une fois en dehors de leurs limites territoriales, le pavillon ne fait plus recette !

Vendredi 16.

« Morning Glory » (Usa) est parti ce matin à 6 heures pour atteindre « Majunga City » en fin de journée. Etonnamment, ce fut le seul départ enregistré aujourd’hui mais il est palpable de relever combien tous les équipages se tâtent, se cherchent, hésitent, changent d’avis à la dernière minute au point qu’aucun programme commun ne se dessine !!

Arrivée de « Yolo » (Usa) … et de « Sage » (Canada) en début de nuit !

Samedi 17.

Départ de « Galatea » (Usa) et arrivée de « Mek Toub » (D) et de « Saol Elle » (Irl).

Journée « poubelles » : comme tous les autres bateaux, nous avons été brûler nos poubelles sur la plage.

En fin d’après-midi, Ann est partie au village, jouer au Père Noël avec les enfants malgaches qu’elle a trouvé « adorables ».

Apéro à bord de « S.A.S.³ » avec « Sarama » et « Obione » : une franche et bonne rigolade.

Dimanche 18.

Nous étions 13 bateaux encore hier soir et ce matin, nous ne sommes plus que 7 !! Un grand trou s’est fait autour de « S.A.S.³ » car tous ceux qui sont partis (« Obione », « Sarama » et « Windarra » », « Evita », « Utopia II », « Ceilydh ») étaient mouillés autour de nous !

Les quatre derniers du groupe des partants ont en commun d’avoir des enfants à bord et l’intention de se rendre directement à « Majunga City ». Nous pensons qu’ils ont été entraînés par « Evita » qui a son déssalinisateur en panne !

Les nouvelles de notre routeur se bousculent et se contredisent depuis hier !! Nous en retenons que nous pourrions partir vers l’Afrique du Sud dès mercredi prochain !! Aussi et à moins d’un contrordre, nous partons dès demain matin aux aurores pour « Majunga City » (82 milles) pour y faire le plein en diesel et un complément d’avitaillement.

« Crystal Blues » et « Papillon » sont attendus dans le courant de l’après-midi.

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