Publié par : Ann & Stéphane | 18 juin 2015

29.05 au 15.06.2015 – Traversée de l’Océan indien sud : 2.328 milles – 14 jours en enfer !

1ère partie : Le journal de bord.

Vendredi  29.

Eh non … nous ne sommes toujours pas partis !! Un vent de 24 à 28 nœuds ne nous a pas décidés  à lever l’ancre mais nos formalités de sortie sont en ordre en sorte que nous pouvons quitter l’île à tout moment.

Nous avions appris ce matin qu’en raison d’un manque d’effectifs, la Police ne serait pas en mesure d’effectuer, au mouillage, les formalités de sortie durant le week-end … Aussi, Ann est-elle partie,  en annexe, jusque « Home Island ». Rose-Marie & Alfred de « Ironhorse » l’accompagnaient. Pour ma part, j’ai trouvé plus prudent de rester à bord au cas où … l’incident de « Otter II » dérapant dans les rochers en l’absence de Marjo & Jean, nous a beaucoup marqués.

Quand partirons-nous ?  Voilà bien la grande question qui nous hante l’esprit depuis plusieurs jours. La météo n’évolue pas positivement … au point que nous envisageons de partir  à la moindre petite accalmie ! Une fois en mer, nous n’aurons pas d’autre choix que de subir la météo du moment … mais nous faisons confiance à notre Garcia pour nous faire passer tout cela en douceur. Reste à sortir sans casse,  de ce « trou à rats » et à  se mettre sur les rails.

En pensant aux copains qui sont partis depuis plusieurs jours, nous ne pouvons nous empêcher de leur envier le nombre de milles déjà parcourus. Ce matin, cependant, des nouvelles de « Pulsion » nous ont carrément mis mal à l’aise : à peu près à mi-chemin des « îles Rodrigues », Catherine & Alain ont dû abandonner leur Dufour 44’ à la suite de la perte de leur safran ! Ils ont trouvé refuge à bord de « Badoc » qui les a recueillis sains et saufs le lendemain.

La perte d’un safran (gouvernail) n’est pas rare !! Parmi nos copains, « Graffity » (par deux fois !) – « Buena Vista »  et « Pulsion » ont connu des problèmes de cet ordre ! « Hokulea » a également connu des problèmes aves ses safrans mais a pu arriver à bon port par ses propres moyens.

Comme les mauvaises nouvelles n’arrivent jamais seules … nous avons été très peinés d’apprendre le décès suite à une longue maladie, de Guy de « Prosper ‘Aim ». Nous avions fait la connaissance d’Isa & Guy aux « Canaries » et nous avions beaucoup sympathisé. Toutes nos pensées vont vers Isa.

Samedi  30.

Le vent souffle toujours avec beaucoup d’énergie mais nous avons l’espoir que demain, nous pourrons quitter l’île avec un vent modéré  (moins de 20 nœuds). « L’espoir fait vivre » dit l’adage.

Dimanche  31.

Bien que la météo ne corresponde pas exactement à  nos attentes … nous avons décidé de prendre le large avant de voir le bateau développer des racines ! Nous devons attendre 13 heures pour une question de marée. « Ironhorse » a décidé de partir en même temps que nous mais lorsque nous avons levé l’ancre … ils n’étaient pas encore prêts !!

Il fait passablement gris et le vent souffle entre 20 et 24 nœuds ce qui n’est pas les conditions idéales que nous avons attendues durant une grosse semaine …

Aux « Cocos », la météo n’est généralement pas  belle et le vent souvent fort soutenu. C’est une erreur de croire que l’on peut y attendre une « fenêtre météo » pour se lancer à la traversée de l’Indien. En fait, c’est toute la zone qui centralise les pires conditions que nous n’ayons jamais connues !! Aussi, l’idéale est ne pas s’y attarder et de quitter le mouillage même par mauvais temps … ce sera de toute manière pire au dehors !

Pour sortir du lagon, il faut passer au-dessus de patates de corail  que seule la couleur de l’eau permet de distinguer. C’est les fesses serrées que nous avons quitté notre mouillage aussi  lorsque le sondeur a indiqué un peu plus loin, 3 m. – 2.9 m. – 2.8 m. – 2.7 m. j’ai bien failli faire demi-tour.

A l’entrée du lagon, la mer était déjà assez formée pour rendre assez peu plaisant le hissage de la GV. D’office, nous avons pris deux ris que nous n’avons plus défaits avant « l’île Maurice » !

Venus de nulle  part, les dauphins ont accompagné notre étrave durant tout le temps des opérations !

Nous avons atteint notre premier waypoint (2 milles), au moteur, méchamment balloté par les flots … joie ! A partir de là, nous avons établi la voile d’avant et éteint le moteur.

Cette fin de journée s’est à moitié bien déroulée avec un vent réel de 24 à 26 nœuds. Le bateau marchait comme sur des rails à plus de 8 – 9 nœuds dans l’eau. Encore une chance car nous n’étions pas très en forme si nous avions dû faire quelque chose. Nous étions enfin partis … mais dans quelle galère nous embarquions-nous ??

Le soir, nous avons vu à l’écran, les AIS de trois cargos : nous n’étions pas les  seuls sur l’eau, ce qui était rassurant. « Ironhorse » était quelque part derrière nous mais à aucun moment, nous n’avons pu cerner sa silhouette ou son AIS !! Comme Marie-Rose & Alfred avaient traîné à quitter le mouillage nous avons même pensé qu’ils avaient décidé de postposer leur départ …

Pour ma part, j’étais dans le quarante sixième dessous avec le sentiment que nous ne verrions jamais la fin de cette traversée ! Dire que le moral était au plus bas est un euphémisme. J’ai bien pensé tout annuler et faire demi-tour mais il aurait au moins fallu retourner jusque « Jakarta » …

Seule solution à adopter : faire le gros dos et prendre son mal en patience.  C’est donc résigné que je me suis enfermé dans une sorte de bulle protectrice … laissant au bateau, le soin de nous conduire à bon port.  A de nombreuses reprises au cours de la traversée, j’ai ressenti au plus profond de moi-même le sentiment du non-retour possible, de l’impossibilité d’appuyer sur le bouton « pause », de la chevauchée infernale et je peux vous assurer que c’est affreux, affreux. .

Alors que la nuit venait de tomber, Ann démarre le GE qui tourne mais ne charge pas !! Cela commençait réellement très, très fort. Nous découvrirons une fois arrivés à « Maurice » que le GE n’était pas en faute mais bien le switch automatique Mastervolt.

Depuis cet incident, il fut décidé que je serais le seul à faire démarrer le GE car je ne sais par quel sortilège, tous les incidents ont toujours eu lieu quand c’était Ann qui s’en occupait et comme il n’y a pas plus superstitieux qu’un marin …

Lundi  01.

Après une nuit très agitée mais « acceptable », nous avons démarré notre second jour de mer sur une mer furieuse et un vent qui s’établit maintenant entre 26 et 32 nœuds. Comment est-il possible que nous nous soyons engagés en une telle aventure ? Allons-nous devoir subir cette météo jusqu’au bout ? Mais surtout … ne sommes-nous pas trop toilés ? Ne faut-il pas prendre le troisième ris ???

L’angle du vent est  de 90° ce qui est certes une voie royale mais permet aussi au vent de se faire mieux entendre …

Le pire reste encore ces foutues vagues qui viennent frapper la coque avec une violence inouïe pour ensuite exploser en gerbes d’eau qui éclaboussent tout le cockpit.

Un AIS de cargo à l’écran.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 176 milles.

Mardi 02.

La seconde nuit fut un véritable calvaire pour les nerfs avec un vent réel calé sur 30 nœuds  … même si  je dois bien admettre que le bateau ne semblait pas y voir un quelconque problème et qu’avec une vitesse dans l’eau de 9 à 10 nœuds, nous n’étions pas à plaindre.

Durant les premiers jours, je n’ai pas quitté une seule fois mon ciré, me contentant de divers liquides pour toutes nourritures.  Ann semblait tout au contraire, en pleine forme et pleine d’entrain ! C’est plus tard qu’elle a ressenti une réelle fatigue accentuée par de sérieuses difficultés à trouver le sommeil.

Petit-à-petit,  nous avons acquis  plus d’assurance et de confiance en le bateau. Toutefois, dans l’immédiat, le mieux était encore de rester bien calé dans le cockpit et de dormir … la meilleure occupation pour faire passer le temps et le stress.

L’angle du vent est passé à 130° et ce fut nettement plus confortable. De temps en temps, nous devions corriger le cap pour conserver cet angle de vent mais d’une manière générale, cela tenait plutôt pas mal.

Le problème de dormir c’est qu’à force de dormir … on finit par ne plus savoir.

Depuis notre départ, nous profitons de la pleine lune en sorte que même si le ciel est en permanence couvert et gris, on y voit quasiment comme en plein jour !

En milieu d’après-midi, on croisait un cargo.

Comme nous avions lu dans Jimmy Cornell que la mer et le vent se calmaient en seconde partie de traversée … nous avons fixé toute notre attention sur le nombre de milles parcourus en rêvant déjà au moment où nous atteindrions  le milieu de la traversée.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 191 milles.

Mercredi  03.

Si la journée ne fut pas fort différente des précédentes, le passage du cap des 600 milles parcourus nous a progressivement faire connaître des conditions de vent et de mer bien meilleures !!! C’est assez surprenant et fort agréable … sauf qu’au début, il ne faut pas se fier au vent qui baisse d’intensité car peu de temps après, il remonte à 30 nœuds !

Si jusque là, nous n’avions rencontré pour ainsi dire aucun grain, les premiers que nous avons pris sur la poire, se résumaient étonnamment à un affreux petit crachin ! Mais tout a commencé à très mal tourner en début de soirée lorsque la pluie s’est mise de la partie au point de nous tremper de la tête aux pieds malgré nos cirés Musto !!

Sans doute à cause de ces pluies ou grains, nous avons connu des trous de vent suivis de rafales à 30 nœuds ! Au moment de la rafale, le bateau était parfaitement toilé mais dans les trous, nous étions sous-toilés ce qui est pour le moins désagréable.

La fatigue aidant, nous avons eu toutes les peines à faire face à la situation … le début de nuit fut ainsi un nouveau calvaire. Et comme si cela ne suffisait pas déjà à la situation, de l’eau est rentrée  dans l’une des commandes de propulseur  provoquant du même coup, une alarme que nous avons eu beaucoup de peine à cerner.  La seule manière de couper  l’alarme étant de couper toute l’hydraulique, nous avons été contraints d’allumer/éteindre l’hydraulique à chaque fois que nous en avions besoin …

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 178 milles.

Jeudi  04.

Comme un cadeau du ciel, nous avons eu droit à notre première journée ensoleillée ce qui nous a permis de quitter nos affaires humides et de prendre notre première douche. Ann l’avait prise la veille mais en était ressortie nauséeuse …

Avec une météo plus « normale » et des températures en légère hausse, on se remet à vivre sur le bateau, l’appétit réapparaît  et j’ai enfin repris la rédaction du blog.

Sur le coup de midi, nous avons été dépassés par un cargo le « HBIS Sunrise » qui a pris spontanément contact avec nous plus par curiosité que pour une quelconque nécessité ! A la fin de l’entretien, il nous a demandé si nous avions besoin d’eau ou de fuel.  Sympa.

En fin d’après-midi et alors que rien ne le prévoyait, le vent et la mer ont rapidement à nouveau donné de la voix. Et nous qui avions cru que la mauvaise zone climatique était derrière nous …

En pleine nuit, un poisson volant nous a fait sursauter en heurtant bruyamment notre filière et en réalisant un vol plané par-dessus le cockpit !! Durant la traversée, nous avons dénombré un nombre incroyable de poissons volants qui sont venus mourir sur notre pont.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 166 milles.

Vendredi 05.

10.30 Heures … notre navigation bascule lentement  en une autre dimension ! Si jusque là, nous avions toujours profité d’un angle de vent  de 120 à 140°, dorénavant, il nous faudra tirer des bords pour rester sur notre alignement (« Cocos » – nord de « Maurice »).

Un petit bord pour commencer et ensuite, par bonheur, le vent s’établit à nouveau dans la bonne direction  jusqu’au lendemain matin.

Pour la première fois depuis notre départ des « Cocos », nous mesurons un courant positif  de +/- 1 nœud. Il nous aura fallu attendre d’être à mi-distance des « îles Rodrigues » pour enfin avoir un petit coup de pouce de ce côté-là mais malheureusement, il sera de très courte durée !

Le soleil  se fait extrêmement rare et le ciel est souvent bas, gris et menaçant.  Il est tout aussi rare d’avoir un horizon dégagé sur 360° …

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 175 milles.

Samedi  06.

Dès 5 heures du matin, il a commencé à pleuvoir sans quasi discontinuité. Sanglés dans nos vestes et pantalons de ciré (Musto HPX), nous avons lentement ressenti la pénétration de l’eau à travers la couche de nos vêtements. C’était horrible et affreusement gênant … nous macérions dans notre jus tandis qu’à l’extérieur, un mur d’eau s’abattait sur nous !! Ce n’est pas la première fois que nous ne sommes pas contents de nos cirés Musto mais hélas, cette marque occupe incompréhensiblement le haut du panier et son esthétique est assez agréable. Aussi comme des cons, nous nous sommes équipés en Musto pour notre tour du monde …

Gore-Tex … le tissu qui respire tellement bien qu’il en a oublié d’empêcher l’eau de pénétrer dans l’autre sens !

Nouvelle alarme de notre commande de propulseur arrière : notre protection contre l’eau n’était pas assez efficace !

De manière fugace, Ann a vu la queue d’une baleine au moment où elle sondait. A part des poissons volants en très grand nombre et quelques oiseaux marins, c’est le grand désert aquatique !

Profitant d’une illusoire accalmie, nous nous sommes complètement déshabillés pour enfiler des vêtements secs. Malheureusement, la pluie se profilait déjà à l’horizon et nous avons essayé tant qu’à faire … nos combinaisons de plongée 3 mm ! Expérience peu concluante puisque nous avons également macéré dans notre jus.

Reçu un message de « Badoc » nous indiquant être bien arrivé aux « iles Rodrigues », la veille en soirée.

En fin d’après-midi, les grains se faisaient menaçants tout autour de nous mais comme par enchantement et malgré quelques petites alertes, nous passerons l’une de nos meilleures nuits en mer.

Juste avant la nuit, nous avons tiré un « faux bord » (le bord sur lequel on s’éloigne plus du point à atteindre que l’on s’en rapproche).  Au départ, celui-ci nous laissa sans voix : nous tirions en droite ligne sur l’île Maurice !!! Evidemment cela ne dura qu’un temps et lorsque nous avons émergé une première fois de notre sommeil, nous étions bien en-deçà de la route idéale avec un cap beaucoup trop Sud.

PS. Notre pilote automatique était réglé au vent et non, au compas. Hormis quand le vent tourne, cette fonction est très appréciable car elle évite d’avoir à modifier le cap en permanence pour suivre au plus près le meilleur cap en raison du vent.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 183 milles.

Dimanche  07.

Nous ne nous faisons aucune illusion mais aussi incroyable que cela puisse paraître, la mer est  belle et le vent dans les 15 à 16 nœuds !!! Là-dessus notre vitesse dans l’eau a chuté à 6 nœuds alors qu’elle descendait rarement en-dessous de 8 nœuds. Il est vrai que nous devrions hisser toute la GV en de telles occasions mais elle est si bien ferlée en son second ris et la météo évolue tellement rapidement que nous préférons encore nous traîner un peu.

Une ou deux petites ondées nous rappellent que les grains ne sont jamais très loin.

Nous tirons toujours des bords … aussi mauvais sur un bord que sur l’autre ! Les bords sont de ce fait, de plus en plus longs et fastidieux.

Pour la seconde fois, nous passerons une excellente nuit.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 136 milles.

Lundi  08.

Mer belle et vent faible (13 à 15 nœuds) … malheureusement, nous tirons toujours des bords.

Message de « Badoc » : ils sont une dizaine de bateaux à « Rodrigues » et l’équipage  est épuisé.

Après avoir galéré dans le faible vent (10 nœuds) et le roulis voilà que sur le coup de midi, un vent d’ENE (22 nœuds) nous fait reprendre l’espoir d’avancer un peu. Un vrai feu de paille, en réalité … sans doute dû à un grain passant à proximité.

Le soleil est de la partie depuis ce matin et comme il se fait discret depuis notre départ, cela nous console du trop petit temps que nous supportons.

Depuis ce matin, nous glandons à tirer des bords en l’attente d’un vent de Sud annoncé par la météo pour la soirée. Mais voilà qu’après avoir tiré notre dernier bord de la journée juste avant la nuit, Ann se rend compte que trompée par l’échelle de la carte météo, le vent de Sud nous attend beaucoup plus loin … soit à 174 milles de là !!!!! Nous décidons en conséquence de lancer le moteur.

Nous sommes réellement dans une sorte de « Pot au Noir » avec des vents inférieurs à 8 nœuds de vent réel d’Est, une mer  étonnamment d’huile et un léger courant contraire.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 115 milles.

Mardi  09.

Nous sommes complètement éberlués par la météo … le « Pot au Noir » se maintient et se confirme même. Nous poursuivons donc au moteur avec la crainte sournoise de ne pas avoir suffisamment de diesel. Lors de la dernière vérification, la jauge passait de 1.200 litres à 1.600 litres suivant les oscillations de la houle …

Comment est-il possible que « Badoc » n’ait pas rencontré ce maudit « Pot au Noir » auquel Jimmy Cornell  ne fait aucunement allusion !! « Profiterions-nous »  de conditions météos très exceptionnelles ?

Vers 13 heures, nous sommes passés d’un coup, de 10 nœuds de vent réel à 30-35 nœuds  !!! Dans le même temps, la mer est venue à grossir de manière inquiétante. Chaud devant …

Après avoir fait le gros dos durant deux, trois heures, voyant que le vent restait établi au-delà de 30 nœuds, nous avons pris le troisième ris dans la GV tandis que la trinquette n’était déroulée que d’un tiers. Pas amusant du tout cette situation. Seul côté positif, nous marchions à plus de 9 nœuds dans la bonne direction.

Il faudra attendre la fin de la première partie de nuit pour que  la mer se calme un peu. Mais il faudra attendre beaucoup plus longtemps avant que le vent ne redescende sous la barre des 20 nœuds.

Comme si cela n’était pas assez déplaisant ainsi, nous avons eu droit à notre lot d’ondées pluvieuses.

AIS de deux cargos durant la nuit.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 143 milles.

Mercredi  10.

Si le soleil se montre toujours aussi avare de ses rayons bienfaiteurs, la météo est « stable » : mer très houleuse et vent de 18 à 20 nœuds. Malheureusement avec un vent d’Est, nous voilà à nouveau contraints à tirer de fastidieux bords. Le moral est une fois de plus, dans les chaussettes …

Les prévisions Zygryb s’annoncent plus fausses les unes que les autres … nous n’avons donc rien à quoi rattacher nos espoirs que celui de voir les milles du compteur s’égrener bien trop lentement.

Journée « cargos » … nous sommes encerclés par leurs AIS mais rien de visible à l’horizon !!

Il pleut, il pleut, il pleut depuis midi … c’est une horreur.

Après avoir tiré notre bord à la voile, lorsque nous sommes arrivés à hauteur de la route idéale, nous avons mis le moteur et suivit celle-ci. Le vent était dans les 15 nœuds de vent réel mais plein vent arrière. Par la suite et au fur et à mesure de la progression de l’après-midi, le vent s’est carrément cassé la gueule et la mer s’est calmée pour ne plus être que simplement houleuse.

Durant la nuit, un cargo semblant vouloir nous croiser d’un peu trop près à mon goût, j’ai repris la barre pour nous en éloigner.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 157 milles.

Jeudi  11.

3.30 Heures du matin, Ann me réveille car le vent est à nouveau de la partie : 18 nœuds avec un angle de 90°… je croyais rêver. Evidemment, le rêve fut de courte durée et en matinée, nous en étions à plus de 30 nœuds (pointes à 36) dans une mer totalement démontée. Nous en viendrons rapidement à prendre notre troisième ris.

Première journée sans pluie  sauf une petite ondée en matinée. Cela fait tellement du bien de ne pas être systématiquement arrosé. Le ciel reste fort nuageux.

Toujours un aussi important trafic … surtout de nuit ! Si on tire une ligne entre les « Cocos » et « Maurice », on définit du même coup, la route des cargos dans un sens et dans l’autre.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 160 milles.

Vendredi  12.

Ni le vent, ni la mer n’ont changé d’une once … c’est toujours l’horreur consommée sauf que cette fois, le ciel illuminera toute cette journée. Incroyable comme cela fait du bien.

Message de « Ironhorse » qui est à 740 milles des « îles Rodrigues » …

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 179 milles.

Samedi  13.

Comme annoncé par la météo, le vent et la mer se sont un peu calmés en matinée. Le vent tourne entre 22 et 26 nœuds de vent réel … quant à la mer, les creux de 5 mètres ont fait place à ceux de 3 mètres.

Tout a fonctionné à peu près correctement jusque vers 14 heures où le vent a commencé sa rotation en Est … vent arrière donc ! Nous étions à un peu moins de 200 milles nautiques de « l’île Maurice » que nous avons pris la décision de faire route directe … au moteur.

En se rapprochant lentement de l’île, la mer s’est un peu calmée tandis que le vent tournait dans les 20 nœuds. Rageant d’avoir à marcher au moteur alors qu’il y a du vent … mais pas un « bon » vent ! Mais nous étions bien décidés à arriver de jour à « Port Louis » et de ne plus perdre une minute en vains virements de bords.

La nuit fut assez calme car les cargos empruntent une route qui passe par le Sud de l’île …

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 171 milles.

Dimanche 14.

Du mal à croire que nous arriverons de jour à « Port Louis » avec  un vent de NE d’une dizaine de nœuds à peine. C’est alors que Ann a eu l’idée de mettre tout le génois (on n’a pas touché à la GV à 3 ris)  sans couper le moteur … notre vitesse dans l’eau est immédiatement passée à  8-9 nœuds ce qui était excellent pour notre moyenne.

Mer belle.

Longue, longue, longue journée comme toutes celles  où on souhaiterait être déjà arrivés …

Les premières îles sont enfin apparues à l’horizon … l’île principale restant indétectable, sa partie Nord étant assez plate.

Quelques petits bateaux de pêche à l’approche du « Cap Malheureux », n’ont pas manqué de nous faire sursauter par leur présence. Nous ne faisons plus attention aux bateaux de pêche depuis déjà fort longtemps …

Le plus dur psychologiquement a été d’encaisser deux grains en contournant le Nord de l’île mais par chance, le vent n’est  pas monté de manière sensible. Nous avions enroulé tout le génois par prudence.

Nombre de milles parcourus en 24 heures : 168 milles

Très décontenancé de retrouver « Maurice » que nous avions découvert en 2008. Tout m’a semblé bien éloigné du souvenir que j’en avais gardé et à tout vrai dire, je n’ai pas été charmé …

Pénétrer dans le port commercial de « Port Louis » s’est révélée d’une facilité étonnante alors que je craignais de connaître quelques difficultés. Il était 16 heures (heure locale) lorsque nous sommes arrivés.

Au ponton des douanes … pas de place comme de bien entendu ! Tous les plaisanciers de passage sont donc obligés de s’amarrer le long d’un mur en béton non prévu à cet effet.  Comme rien n’est prévu … il faut enrouler ses amarres autour de poteaux d’éclairage extrêmement rugueux. Nous avons bousillé deux amarres et avons été contraints d’en abandonner une troisième sur place !

A notre arrivée, un voilier et un catamaran y étaient déjà positionnés en sorte qu’il nous a été impossible de caler les 20 mètres de « S.A.S.³ » ! Par chance, le catamaran est parti dix minutes plus tard. Le voilier (français) quant à lui, semble avoir été « abandonné » là par ses propriétaires … ils auront une drôle de surprise à leur retour !

Si nous ne trouvions pas l’emplacement extraordinaire, il bordait les terrasses de divers restaurants ce qui plaçait notre voilier au premier plan de toutes les curiosités. Le problème résidait surtout en ce que nous avions déjà relevé qu’il n’y avait pas de place à la « marina » (mot bien pompeux pour un bassin rectangulaire aux murs droits en béton sans le moindre ponton flottant … mais il y a de l’eau et de l’électricité).

En tout état de cause, les formalités en douanes prirent tellement de retard qu’il faisait nuit noire lorsque nous en avons eu terminé. L’officier de santé devait encore passer le lundi à 9 heures.

Est-ce parce qu’il pleuvait ou qu’ils avaient peur d’enjamber la balustrade pour  « descendre » sur notre bateau mais ni l’immigration, ni les douanes ne sont « descendues » à bord !!

Lundi  15.

Lorsque nous sommes rentrés de notre Mac Do situé juste en face … tout donnait à penser  que nous n’allions plus quitter cet emplacement. Mais vers 3 heures du matin, nous avons été réveillés par de drôles de claquements !

Le nez dehors, il ne nous a fallu que quelques secondes pour comprendre que la houle avait pénétré jusqu’au fin fond du port et que notre voilier n’était plus qu’un misérable pantin entre ses mains. Les chocs contre le mur en béton étaient terribles et nos quatre bouées gonflables avaient la peau arrachée ! Par chance, il ne s’agit que de la housse de protection en tissu très résistant.

Par suite des tractions dues aux frottements, nos filières ont également pris un coup. Aie.

Nous avons appris par la suite que la situation n’était pas meilleure pour les bateaux amarrés dans la « marina » où les bateaux ont également fort souffert …

Nous avons donc passé une partie de la nuit à jouer aux « amortisseurs » jusqu’au moment où nous avons entendu d’inquiétants bruits venant cette fois-ci,  de notre safran !!  Sans doute, avec la marée descendante, notre safran touchait-il le fond ! A l’échosondeur, nous avions toujours au moins 2.70 m. mais celui-ci est situé à l’avant du bateau…

Sans réfléchir plus avant, nous avons décidé de lâcher en catastrophe, les amarres alors qu’il faisait encore nuit noir.

Une fois au milieu du bassin, notre bateau ne craignait plus rien mais nous ne savions que faire exactement : aller à la « marina » et se mettre à couple d’un autre bateau (une très mauvaise idée mais nous le savions pas), partir immédiatement vers le mouillage de « Grande Rivière Noire Bay »  situé au Sud de l’île, faire des ronds dans l’eau jusqu’à ce que le jour se lève et aviser ensuite.

C’est finalement cette dernière option que nous avons retenue sans manquer d’en avertir « Port Control » qui nous a envoyé les « Coast Guard ». Autant l’un que l’autre n’ont été d’aucun secours, n’ayant aucune solution valable à nous communiquer. En fait, ils se rejetaient la balle plus qu’autre chose. La solution aurait été de pouvoir entrer en contact avec le « Harbour Master » pour qu’il nous donne ses instructions mais bien évidemment, il était parfaitement injoignable.

Au lever du jour, nous tournions toujours en rond en tous les sens du terme en sorte que nous avons pris la décision unilatérale d’oublier l’officier de santé et de partir vers « Rivière Noire ». Je dois reconnaître que par le biais de « Port Control », l’officier de santé a marqué son accord pour ne pas l’attendre.

Les vents dominants étant d’Est, sur la côte Ouest de « l’île Maurice », on ne trouve que peu de houle et peu de vent sauf … ce lundi bien évidemment.

Dix-huit milles parcourus au moteur (vent nul) avec le sentiment persistant que notre tour du monde allait s’arrêter brutalement à hauteur de cette île à défaut de pouvoir trouver un abri correct ! Le plus dingue de l’histoire reste que  « l’île Maurice » est bien le seul endroit de l’Océan indien que nous connaissions pour y avoir navigué une semaine, en 2008. Au lieu de nous aider, cela nous a carrément placés dans l’erreur : en août 2008, la « marina » et les mouillages étaient quasi déserts !

A peine l’ancre crochée par 4.50 m. de fond, j’ai plongé voir l’état de notre safran : je n’ai rien perçu d’anormal, ni relevé aucun dégât en rapport avec notre mésaventure nocturne.

Pas encore tout-à-fait installés, une vedette des « Coast Guard » venait pour un contrôle !!! En 2008, nous avions connu la même blague et à cette époque, le moindre prétexte était bon pour venir jusque chez nous : jusqu’à trois fois par jour, ils venaient nous importuner ! Autant dire qu’ils ne furent pas accueillis les bras ouverts et que votre serviteur, déjà de très méchante humeur, ne s’est pas gêné de jouer à l’ours mal léché.

Comme nous sommes éloignés de tout et sans internet, la première chose à faire était de se rendre « mobiles ». Aussi avons-nous loué une voiture pour cinq jours  … par l’intermédiaire de l’officier des douanes qui nous avait contrôlés à « Port Louis » ! A 13 heures, la voiture de location nous était amenée à notre mouillage !

En fin d’après-midi, en allant rechercher  Ann au débarcadère … nous avons crevé un boudin de notre annexe à cause de la houle !

Je comptais placer l’annexe face à la vague, le long du débarcadère. Oui mais voilà … la marée était basse et le ponton  peu accueillant en sorte que je me suis retrouvé bien malgré moi, en tête du ponton, perpendiculaire à la vague … Le temps de prendre le bidon à essence que me présentait Ann, j’ai dû lâcher ma prise, la vague est arrivée, l’annexe a failli se renverser et s’est coincée sous un des bardeaux du débarcadère. Pcchhhhtttt … et comme j’en connais maintenant un rayon sur ce type de bruit si caractéristique, j’ai de suite compris ce qui se passait.

C’est notre tout premier accident de ce type en presque maintenant 5 ans … ce qui constitue un record ! Toutefois avec une houle très persistante qui continue de faire  danser le bateau, ce fut la cruche d’eau de trop au point de me faire envisager très sérieusement de tout arrêter, là, tout de suite.

 

2è partie : Mes commentaires de la traversée.

Ce qui se raconte sur l’Océan indien.

Comme je ne suis pas parvenu à me convaincre durant toute la traversée, du bien-fondé de certaines assertions relatives à cette traversée  comme celle d’affirmer que sur la seconde partie, le vent et la mer sont plus calmes, j’en suis arrivé à la conclusion que chaque traversée est « spéciale » et répondra à des critères peut-être fort différents du bateau qui croise un peu plus au Nord ou au Sud que vous … En clair, ne vous fiez pas à tout ce que l’on vous raconte sauf sur un point : ce ne sera pas une partie de plaisir !

Les fichiers météo (Grib).

Un fichier météo est par essence, scandaleusement « optimiste » ! Aussi, si le fichier vous indique des vents de 15 à 20 nœuds … il vous faudra traduire par 20 à 25 nœuds. Il s’agit d’une pratique tout-à-fait « criminelle » et je n’ai pas peur des mots. Bien entendu, il est facile de préciser sur le bulletin que la force du vent doit être augmentée de  40% en cas de rafale … c’est un peu à l’image des clauses de non-responsabilité qui fleurissent un peu partout.

En ce qui concerne l’Indien, nous avons constaté que les fichiers Grib étaient nettement plus exacts lorsqu’il s’agissait de zones côtières ou plus fréquentées … pourquoi se fatiguer à affiner une prévision pour une zone où personne ne passe de toute façon !

Si tout le monde sait qu’une prévision à 8 jours n’est pas fiable … sur l’Indien, une prévision à 24 heures peut s’avérer parfaitement inexacte ! La météo est en constante évolution et il est quasiment impossible de prévoir que ce soit !

La houle.

Comme la météo, celle-ci est en constante évolution et sur une même journée, la houle pourra se présenter de bien des manières différentes. A une des extrémités, l’Indien se présentera comme une immense tôle ondulée … à l’autre extrémité, il s’agira d’une véritable furie avec des creux dépassant allègrement les 5 mètres. Il nous est arrivé de voir la mer lécher le fond de notre annexe suspendue à notre portique  …

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas tant la hauteur des vagues qui nous a paru dangereux mais surtout le fait qu’elles puissent « éclater » à leur sommet ! En ces conditions, le cockpit peut être inondé … Sur « S.A.S.³ » nous n’avons pas connu ce problème car il s’agit d’un cockpit central assez surélevé. Nous avons, par contre, été régulièrement copieusement  éclaboussés.

La puissance des vagues est à souligner. Nous avons traversé pas moins de trois océans et c’est la toute première fois que notre lourd capot qui ferme le bac où se trouve notre échelle de bain, s’est soulevé à 180° dans un sens et puis dans un autre en sorte que si je ne l’avais pas vu en navigation, je n’en aurais rien su !!

Plusieurs fois, j’ai cru à un « impact » tant la vague est venue frapper violemment le flanc de la coque. Grâce au Ciel, la coque est très solide et ne s’est donc pas déformée.

Seul un bateau très « marin » et solide de surcroît, peut se risquer à affronter cet Océan. On est à des lieues de la traversée « pépère » du Pacifique ou de l’Atlantique !

La force du vent.

Nous avons tout connu jusqu’à « pas de vent » mais d’une manière générale, le vent en ce mois de mai, s’est stabilisé entre 30 et 35 nœuds de vent réel … quoi qu’en disent les fichiers Grib !

Je comprends que c’est le type d’affirmation qui peut déranger ceux ou celles qui envisagent cette traversée mais il s’agit d’une triste réalité dont il serait dangereux de ne pas tenir compte. Perso, nous n’avions jamais connu jusque là que des pointes à 30-35 nœuds et déjà, je trouvais cela effrayant …

Certes, on finit par s’habituer à tout … mais le temps d’adaptation risque d’être très long pour certains. Si j’ai un précieux conseil à donner, ce serait le suivant : naviguer toujours sous-toilé !  Comme en Méditerranée, le vent peut forcir très, très rapidement !

Direction du vent.

Le vent est de secteur dominant Est … plus précisément de SE à NE. Il est plus fort de secteur SE mais il s’agit du meilleur angle (120° -130°) pour descendre sur « l’île Maurice ».

Il a été assez stable durant notre traversée variant essentiellement entre SE et E.

Passe-temps durant la traversée.

Essentiellement la prière. Toutefois n’ayant pas été fort entendu du Très-Haut, je me suis alors tourné vers d’autres religions … confucianisme, bouddhisme, hindouisme, taoïsme, méthodisme, sikhisme … pour me retrouver complètement athée, à l’arrivée !  Croyez-moi … c’est réellement un truc qui ne marche pas !

Dormir reste encore la meilleure solution sauf que dormir d’une traite durant  14 jours ne m’a pas été possible malgré toutes mes tentatives désespérées !

La lecture reste également un bon moyen de s’évader de son « petit paradis bleu » mais gare à vous quand vous redescendez sur mer ! En fait, j’estime qu’il vaut mieux rester en constante « communion » avec la mer … seul moyen de maîtriser sa panique latente.

Trafic.

Vous ne verrez pas une seule bouée, pas un seul panier ou filet de pêche, pas un seul pêcheur, pas d’autre plaisancier … le pied quoi ! Perso, j’aurais aimé pouvoir faire la conversation avec d’autres bateaux.

Contrairement à l’Atlantique et au Pacifique, le trafic des cargos sur la ligne droite reliant les « Cocos » au Nord de « l’île Maurice » est relativement intense (certains jours, nous n’avons vu aucun cargo !)  mais comme ils font une route, en principe, parallèle à la vôtre, vous n’aurez pas beaucoup à vous en soucier.

On peut ne pas aimer la présence de cargos mais en cas de pépin … c’est votre unique espoir de survie !! Les distances sont beaucoup trop grandes pour vous envoyer un bateau … alors à moins d’espérer qu’un sous-marin n’émerge juste à côté de vous, vous risquez à terme, de faire la conversation avec les pingouins.

 « Certes, certes mais nous comptons naviguer en flottille » … en ce cas, je vous conseille vivement d’être toujours devant tous les autres ! Pour tout l’or du monde, vous ne seriez pas parvenu à me faire faire demi-tour …

Prise de contact avec les cargos.

Il ne faut pas hésiter un instant à prendre contact (en anglais of course) avec les cargos rencontrés.  Vous les appelez sur le 16 et ensuite, vous proposez de passer sur un « canal de travail ».

Si la conversation ne sera jamais très longue, elle sera toujours très professionnelle et vous évitera de vous énerver sur le bord sur lequel vous serez croisé ou dépassé.

Températures.

Après les 35° du Sud-est asiatique et les 30° des « Cocos », les températures vont continuer à baisser régulièrement au point que vous grelotterez certaines nuits, dans votre cockpit ! Mais dans l’ensemble, les températures sont très agréables et, enfin, plus « normales » selon  nos critères d’Européens.

Pluie.

La pluie deviendra très vite votre pire ennemi surtout si vous êtes équipés comme nous, de cirés Musto HPX ! Elle vous suivra durant la majeure partie de votre traversée et vous donnera le sentiment de ne jamais vouloir s’arrêter. A l’approche des îles, la pluie a complètement disparu.

Elle peut prendre des formes diverses depuis le petit crachin désagréable jusqu’aux trombes d’eau. Il s’agit d’un véritable supplice d’antan … par contre, si vos réserves d’eau douce sont un peu basses, vous devriez pouvoir faire le plein sans problème.

Grain.

Pluie et grains peuvent être dissociés … encore qu’à certains moments, on ne sait plus exactement s’il s’agit d’un grain ou de la pluie !

Le grain d’Atlantique est fort et concentré, celui du Pacifique est beaucoup plus diffus et surtout beaucoup plus long à passer (peut durer jusqu’à plus de 3 heures !), le grain de l’Indien est diffus, plus court que celui du Pacifique tout étant plus long que celui d’Atlantique. Mais ce que vous retiendrez surtout c’est qu’il ne s’accommode jamais d’une augmentation sensible du vent !!!

Limpidité de l’eau.

L’eau est d’une limpidité extraordinaire qui ne permet cependant pas de voir le fond … C’est surtout au moment où la vague casse en son sommet  que l’on peut s’en rendre compte. C’est absolument magnifique à regarder.

Courant sous-marin.

Alors que sur le Pacifique, nous avons eu un grand soutien de la part du courant … sur l’Indien, nous avons eu en quasi permanence un courant contraire de 0,5 à 1 nœud !! Ceci va à l’encontre de ce que nous avons pu lire sur la question … à moins que nous n’ayons tout compris de travers.

Le ciel.

Le ciel a été le plus souvent couvert et gris avec de nombreux grains menaçants. Pour être plus précis, il y avait toujours deux côtés où regarder : le premier était serein, dégagé, plein d’optimisme tandis que l’autre était bouché, gris/noir, plein de sourdes menaces … et devinez de quel côté le vent soufflait  à chaque fois !

Le soleil est resté un bien rare qu’il fallait apprécier à sa juste valeur quand, enfin, il nous faisait la bonté de nous dispenser de ses rayons bienfaiteurs.

Après la pluie, ce ciel triste et chargé sera votre nouvel ennemi.

*******

Si après toutes ces observations, vous maintenez votre décision de traverser l’Indien … c’est que vous êtes un vrai cow-boy !  Maintenant, il vaut sans doute mieux s’engager dans cette voie sans savoir de quoi il retourne … auquel cas, la lecture de mon article sera le premier de vos nombreux regrets en relation avec cette traversée.

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Responses

  1. Avec le temps on ne se souvient plus que des bons moments

    • Tu as parfaitement raison, d’où l’article du bog, aussi non dans quelques temps, on finira par croire que c’était une partie de plaisir !

  2. Chers Stéphane et Ann, ce post est vraiment sensés’ Il permet d’avoir une opinion objective de ce qu’est l’Indien. Mais Eole et Neptune ne se privent jamais ni nulle part de prélever leur « dû »… Courage, car je constate qu’il en faut pas moment. Kisses
    Bernard

  3. mais il est significatif de voir comme le cerveau fait un tri dès l’étape et obère les mauvais (les plus mauvais) moments, pour tenter ne retenir que les (moins mauvais) meilleurs… Ce n’est pas toujours une partie de plaisir, on se demande parfois ce qu’on fait sur cette galère… et à l’étape on est heureux de se retrouver et raconter… D’où sans doute le blog pour se souvenir…

  4. Chers Ann et Stéphane,
    Moi aussi je pars en voyage en bateau. Je suis pour le moment à la base MSF, à Djibouti. Cet après-midi, je pars avec le bateau MSF/ICRC (un petit bateau de 20m) pour Aden City au Yémen. C’est un trajet, il paraît, très houleux, durant de 12 à 24 heures selon le vent. En plus, il faut négocier avec les bateaux patrouilleurs des rebelles Houthi quand nous arrivons au port d’Aden.
    La ville est divisée entre les rebelles Houthi, plutôt victorieux, qui occupent presque tout le pays et ce qui reste du gouvernement, supporté par la force aérienne de l’Arabie Saoudite et ses alliés.
    Je vais travailler pendant un mois comme chirurgien traumato à l’hôpital MSF de Aden, le dernier hôpital qui fonctionne dans cette ville d’un million d’habitants.
    Bon voyage pour votre retour en Europe,
    JS


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