Publié par : Ann & Stéphane | 22 avril 2015

13 au 21.04.2015 – En route pour Jakarta (Indonésie) 2.

Lundi 13.

Avant de quitter la marina, nous en avons profité pour faire le plein de diesel (633 litres) à la pompe. Le diesel  y est un peu plus chère qu’en le cadre d’une livraison en bidons mais quel confort !

Nous avons assez bien consommé depuis notre dernier remplissage mais l’une des raisons réside en le fait que nous avons été contraints de faire beaucoup marcher notre airco et qu’en marina, nous avons choisi de ne plus nous connecter à la borne électrique ! Le prix du Kwh facturé par les marinas, est exorbitant et les installations électriques souvent défaillantes.

Nos autorisations devaient nous être délivrées en même temps que nous faisions le plein … Evidemment, il n’en fut rien et nous avons même cru devoir passer une nuit supplémentaire en marina !

Ce n’est que vers 10.30 heures que les précieux documents nous étaient enfin délivrés. Ouf. Mais avec ce retard, nous étions un peu justes pour atteindre « Pulau Mesanak » (55 milles) avant la tombée de la nuit ! Nous aurions sans doute dû reporter notre départ au lendemain mais nous étions tellement proches de l’heure limite que nous nous étions fixés, que je n’ai pas réfléchi plus avant.

Alors que les jours précédents, la mer semblait formée … ce lundi, nous avions droit à un lac ! En abordant le « Selat  Riau» (chenal entre deux îles) tout proche, un courant contraire nous a ralentis ! Nous gardions le moral car tout semblait indiquer que celui-ci allait s’inverser dans le bon sens … sauf que nous n’en avons ressenti les effets positifs qu’en fin de traversée du « Selat » !

Pendant un trop court instant, nous avons marché à la voile dans le « Selat » mais face à un speedo de plus en plus décourageant, nous avons remis le moteur. Deux ou trois milles plus loin, il n’y avait plus un souffle de vent.

Le « Selat » est aussi long que large … c’est gigantesque et les bouées sont moins nombreuses que ce qu’en indique la carte électronique ! Nous avons par ailleurs, eu le net sentiment qu’il y avait beaucoup moins de cargos que lors de notre passage en sens inverse, en octobre.  

Les heures passaient trop vite … et « Pulau Mesanak » nous paraissait toujours aussi lointaine. Notre ETA semblait résolument bloqué sur 19 heures et cela nous inquiétait beaucoup car il fait noir après 18.30 heures …

En milieu d’après-midi, un vent réel de 13 nœuds s’était établi dans le 60° accompagné d’une petite houle venant sur notre bâbord. Grande fut notre envie de marcher à la voile d’autant que la GV était hissée mais chaque minute comptait et il n’était pas question de perdre le moindre dixième de nœud.

Comme s’il était nécessaire d’encore en ajouter à notre stress naissant,  Ann me fit remarquer avec pertinence que nous devrions plutôt choisir l’autre face de l’île pour  mouillage … les vents n’étant plus les mêmes que ceux rencontrés en octobre !  Tout cela rallongeait notre route de plus de 4 milles.

Regarder  le jour s’estomper et les milles s’égrener à une lenteur désespérante, a de quoi vous mettre sérieusement les nerfs à l’épreuve. En ces circonstances, je rêve souvent d’acheter un puissant bateau à moteur … du genre qui monte à 25 nœuds.

Ne pouvant raisonnablement faire plus que nous ne faisions déjà (le moteur n’a pas été davantage sollicité car cela aurait  entraîné une sensible augmentation de notre  consommation), nous avons envisagé d’autres hypothèses comme une navigation de nuit jusqu’à une étape plus éloignée …

En finale, nous avons opté au dernier moment,  pour le « mauvais » mouillage de l’île car il était le plus proche. S’il ne s’agissait sans doute pas du mouillage le plus adéquat en raison de la houle et du vent du moment, c’était l’unique solution à adopter et nous n’avons pas eu à le regretter par la suite.

La luminosité avait déjà baissé de moitié que le mouillage était enfin en vue mais comme une dernière vexation, un solide courant nous déviait vers tribord au point qu’obligés de  modifier notre cap, nous l’avons pris en finale … dans le nez !!

Vous pouvez me croire si je vous dis que ce furent des moments très « intenses » et le branle-bas de combat pour affaler la GV et mouiller l’ancre. Nous n’aurons jamais été aussi rapides …

Notre bateau était à peine ancré que l’extinction des lumières fut totale. Incroyable comme il faisait nuit noire.

Au mouillage, nous avons beaucoup plus tendance à aller nous coucher avec les poules que de passer notre soirée dans le carré généralement surchauffé. Etonnamment, la température de notre cabine arrière me parut « agréable » grâce sans doute à un petit vent bien soutenu qui pénétrait par nos deux capots de pont.

En un mot comme en mille … nous avons excellemment bien dormi.

Mardi  14.

Ce n’est pas sans difficultés que je suis parvenu à sortir de mon lit pour 8.15 heures ! Il faisait beau, le mouillage était tranquille et la nature environnante, superbe. Nous avions envisagé la veille, de passer une journée au mouillage mais notre mouillage du jour ne nous a pas paru assez protégé que pour y rester une journée supplémentaire.

N’ayant aucune envie d’avoir à nouveau, à cravacher la bête avec un lever aux aurores et une foule d’incertitudes à l’arrivée, nous nous sommes contentés de rejoindre « Pulau Kentar » (28 milles).

Navigation au moteur avec un vent ne dépassant pas les 8 nœuds de vent réel et une mer belle.

« Puleau Kentar » vaut réellement le détour même si l’eau n’y est pas cristalline. Nous avons mouillé sur un fond de sable de -10m. entre les deux îles avec pour horizon, des dizaines d’installations de pêche sur pilotis ! L’endroit mériterait que l’on s’y attarde une journée supplémentaire mais comme nous y sommes arrivés pour 14 heures et que la route est encore longue jusque « Jakarta », je crains fort que nous repartions dès demain matin.

Profitant de l’occasion, je me suis baigné autour du bateau et j’ai ainsi pu me rendre compte  que nous avions des débris de filet de pêche dans notre hélice ! A « Nongsa Point Marina »,  l’hélice était parfaitement dégagée … c’est donc hier ou aujourd’hui que nous avons attrapé cette saloperie. Avons-nous pris un filet que notre coupe-orin a broyé ou avons-nous juste chopé au passage,  un morceau de filet qui traînait ? Mystère.

J’avais remarqué la présence d’un petit village, à la perpendiculaire du bateau, mais il me semblait bien éloigné pour que les gamins du coin viennent nous faire un « hello Mister » en barque.  Et pourtant c’est ce à quoi nous avons eu droit ! Nous les avons vus arriver de loin … trois gamins s’acharnant tour à tour, sur les avirons.

Ils y mettaient une fameuse énergie devant de surcroît, lutter contre un courant traversier. Une fois à notre couple, nous leur avons remis un sac contenant diverses friandises ainsi qu’un cahier de brouillon et des bics que nous avions eu tout le temps de préparer.

Une heure plus tard et à notre plus grande surprise, trois autres gamins venaient nous dire bonjour … Les malchanceux n’ont rien reçu car si nous avions agi autrement, cela aurait été un défilé ! Après ceux-là, plus personne ne s’est présenté …

Nous nous sommes couchés très tôt.

Mercredi  15.

Une fois n’est pas coutume, le ciel était nuageux aujourd’hui.

Après notre petit déjeuner pris dans le cockpit, nous avons levé l’ancre pour « Pulau Lingga » (32 milles) que nous avons atteinte vers 14 heures … à la voile !! A la sortie de notre mouillage, un petit vent de 11 nœuds venait sur notre bâbord avec un angle de 50° sur une mer très calme, ce qui nous a permis de tenir une bonne moyenne de 7 nœuds dans l’eau.

Nous avons une fois de plus, franchi l’Equateur … nous sommes à nouveau dans l’hémisphère Sud.

Dans les tous derniers milles, le vent est descendu dans les 8 nœuds avec un angle d’attaque plus ouvert en sorte que notre speedo a fait rapidement grise mine. Nous avons donc tout affalé pour nous concentrer sur notre navigation. Les paniers sont assez nombreux le long des côtes et malheureusement, les flotteurs sont minuscules et à peine visibles !

La baie de notre mouillage est relativement profonde et exceptionnellement  large. « S.A.S³ » est mouillé par -7m. de fond au beau milieu de la baie … encore un peu et on pourrait se croire en pleine mer ! Nous n’avons pas rencontré d’autres plaisanciers jusqu’à présent hormis  un catamaran croisant ce matin,  au large.

La nuit fut un peu plus agitée que prévu car en l’absence de vent, le bateau a tourné avec le courant et a exposé sa poupe aux vaguelettes. Résultat … un fort clapot au niveau de la jupe arrière, clapot suffisant pour nous réveiller ! Ce n’est pas la première fois que nous connaissons ce type de désagrément  et il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre que le courant s’inverse !

Jeudi  16.

L’étape du jour était « Pulau Pekacang » (53 milles). Notre copain « Badoc » qui  a cinq jours d’avance sur nous, nous avait renseigné un mouillage en face de l’île … alors que notre guide nautique renseignait un plateau de -6m. en pleine mer, à quelques milles de là ! En finale, nous avons préféré le mouillage près de l’île, en face de cabanes de pêcheurs, sur un fond de -15 m.

Une heure après notre départ, le vent s’établissait à plus de 11 nœuds de vent réel dans  le 70°, venant de bâbord … nous avons donc hissé les voiles. Par la suite, le vent a forci en montant jusque 16 nœuds de vent réel  et en tournant dans le 80°-90°. Notre speedo est alors passé d’une moyenne de 8 nœuds à une moyenne de9 nœuds dans l’eau.

« S.A.S.³ » caracolait de plaisir et notre seul stress concernait la force du vent : la météo avait annoncé 6 nœuds de vent ! Le problème avec le vent, reste que quand il monte … on ne sait jamais jusqu’où.

Le mouillage est splendide mais l’eau n’est pas cristalline et le fond est de sable … contrairement à ce que laissait entendre le message de « Badoc ». A sa décharge, je pense que si nous nous étions nettement plus rapprochés du rivage, nous aurions sans doute eu une meilleure visibilité et peut-être même vu de superbes coraux.

Vendredi  17.

La nuit fut normalement bonne encore que j’ai été étonné comme cela bougeait pas mal alors que  derrière l’île, nous étions censés être bien protégés de la houle et du vent !!

Non sans quelques hésitations de ma part, nous avions pris la décision de prendre notre « journée de congé » en restant tranquillement au mouillage, un jour de plus. La météo avait bien prévu de la pluie pour le lendemain matin mais encore fallait-il y croire …

Pour une fois, cette foutue météo se révéla exacte et aux premières lueurs du jour, nous étions cueillis par un superbe grain venant bien entendu …  du côté où nous étions totalement à découvert ! Outre une pluie assez dense, le vent est monté jusque 35 nœuds démontant du même coup la mer avec des creux de 2 m.

A l’intérieur du bateau, la vie était plutôt paisible !! A l’extérieur, c’était un peu plus, voire beaucoup plus, « mouvementé ». Ma première réaction fut de considérer que nous n’avions qu’à faire le gros dos et que ce coup de chien finirait bien par passer … mais qu’en était-il de notre mouillage ??

Il avait l’air de tenir et  notre GPS semblait nous donner raison encore que la position du bateau bougeait pas mal ! En regardant à l’extérieur, notre arrière pointait maintenant vers l’île et nous avions la furieuse impression de nous en rapprocher dangereusement !

Dans le doute, nous avons décidé de remonter l’ancre et de rejoindre la haute mer. Rien que l’idée d’avoir à remonter notre ancrage dans une telle mer, me donnait la chair de poule mais en me concentrant sur ce que j’avais à faire, j’en ai oublié le contexte ! J’ai été étonné de la relative facilité de l’opération sauf lorsqu’il a fallu ramener l’ancre à poste alors que la delphinière plongeait dans la vague …

A partir de là, il ne suffisait plus que d’enfoncer la manette des gaz et de partir vers « Pulau Bangka » (58 milles) pour y prendre le « Selat Bangka ». Bien évidemment, cela tombait dru et le problème était la visibilité sensiblement diminuée. Nous avons ressorti pour l’occasion, nos cirés et il s’agissait de la bonne décision à prendre.

Les premiers milles furent pénibles non seulement en raison de la pluie, du vent et de la mauvaise visibilité mais de surcroît, nous prenions les vagues de face … cela tapait et nous n’avancions pas !!

Après une bonne heure, le grain s’est déplacé sur notre tribord, laissant la place à un ciel dégagé. Il aura fallu encore attendre une grosse heure supplémentaire pour que la mer finisse par se calmer et que nous puissions atteindre notre vitesse de croisière de 7 nœuds.

Le vent avait sensiblement baissé après son terrible coup de gueule de 7 heures et c’est quasiment sans vent que nous avons atteint notre nouveau mouillage. Il aurait été difficile de faire de la voile sauf peut-être pendant le coup de vent … et encore, nous étions proches du vent debout.

Comme toujours en Indonésie, le problème réside en une cartographie un peu aléatoire notamment avec des bouées qui n’existent que sur la carte !! Toutefois, cela ne nous a pas empêchés d’arriver sans encombre au mouillage (-10m.) situé juste après le phare. Nous n’y sommes pas seuls, il y a une dizaine de « bateaux de travail » à l’ancre.

Le jour n’était pas encore estompé qu’un bruit de moteur attira notre attention. Pas de doute, c’était pour nous : une barque ouverte avec à son bord, trois personnes dont une seule portait un uniforme kaki … « indonesian navy » s’est-il présenté. Bien curieux nos trois lascars qui ne parlaient pas un mot d’anglais … tandis que celui en uniforme déchiffrait nos documents, les deux autres faisaient le tour du pont en prenant moult photos. Nous nous en sommes sortis à bon compte … avec l’espoir qu’ils ne reviendraient pas le soir même avec d’autres intentions !

Samedi  18.

Non, personne n’est venu nous importuner durant la nuit et nous n’avons pas eu à craindre la pluie ou un grain … la météo ne l’avait prévu que pour 16 heures ! Cela fait deux jours d’affilée qu’elle est d’une précision redoutable !

Comme nous sommes allés nous coucher très tôt … nous nous sommes levés tôt. Le paysage n’était ni attirant, ni repoussant … un décor « industriel » aurais-je envie de dire.

Le « Selat » étant un peu long pour le traverser en une seule étape de jour, nous l’avons divisé en deux parties comme « Badoc » l’avait fait avant nous : nous avions à parcourir 53 milles.

Quand nous avons relevé l’ancre, le « Selat » était désert et ne nous inspirait pas beaucoup pour ne pas dire qu’il nous angoissait légèrement !! Aune raison à cela … un simple état de fait partagé par Ann.

Notre route passait à proximité d’un « bateau de  travail » dont on pensait qu’il était à l’ancre. Arrivé quasi  à sa hauteur, son Capitaine nous a cornés et fait des grands gestes de bras depuis son poste de pilotage, nous indiquant de nous éloigner !! Nous n’avons toujours pas compris le pourquoi du comment mais bien entendu nous avons obtempéré immédiatement.

Nous avons croisé trois bateaux militaires qui se suivaient à distance réglementaire ainsi que sept remorqueurs tirant des barges surchargées de bois.  Pas de panier … et pas de pêchous du moins dans un premier temps. Pas non plus de bouée alors que la cartographie électronique les renseigne !

A hauteur du rétrécissement du « Selat », les bateaux de pêche se firent beaucoup plus présents et nous connûmes un incident un peu cocasse. Alors que nous passions près de trois bateaux de pêche, l’un d’eux se mit dans la tête de se rapprocher très près de nous et de nous prendre en chasse !

Ils étaient six à bord et après nous avoir hélés, ils firent de grands signes nous indiquant avec beaucoup d’insistance leur T-shirt !!! Sur le coup, je crus comprendre qu’ils trouvaient choquant que nous étions torse nu (l’Indonésie est un pays très musulman) et nous demandait de nous vêtir …

Après avoir enfilé chacun, un T-shirt, leur manège continuait de plus belle et je finissais par me demander s’ils allaient nous aborder. J’ai bien pensé pousser la manette des gaz à mon tour mais je n’avais aucune envie de montrer que nous avions peur … ne jamais paniquer … ne jamais paniquer … ne jamais paniquer.

Ann finit par comprendre qu’ils nous demandaient des T-shirt en remplacement de ceux qu’ils portaient !!  Après une rapide sélection, elle plaçait trois T-shirt dans un sac plastique que nous leur donnions après avoir réduit les gaz pour leur permettre de nous rattraper. En prévision … nous avons préparé une pile de T-shirts dont nous ne savons plus trop quoi faire à présent !

Comme nous avons bénéficié d’un courant portant durant toute notre navigation et d’une mer très calme par faute de vent, nous sommes arrivés à notre mouillage à 13.45 heures soit suffisamment en avance pour nous préparer à supporter le grain prévu. Nous avons cru longtemps que nous pourrions y échapper … mais la vie est pleine d’espoirs déçus.

Nous avons mouillé par -8m. de fond, sur de la vase … juste en face d’un phare et d’un village de pêcheurs. Ceux-ci  n’ont d’ailleurs pas arrêté de nous tournicoter autour dès la tombée du jour … agaçant mais nous avons joué aux « invisibles » pour éviter tout contact et cela se révéla être une bonne méthode.

Presque à l’heure dite, nous l’avons vu arriver de deux côtés à la fois ! La pluie est arrivée d’abord très timidement puis le vent est monté en trois occasions, jusque 25 nœuds mais par bonheur, la mer est restée calme. Il nous faudra attendre 20.30 heures pour que la pluie cesse enfin ! Le grain en lui-même a duré une petite heure.

C’est là que mon moral a dégringolé en chute libre ! A l’analyse,  je pense que nous sommes partis trop tôt dans la saison, pour « Jakarta » et que nous allons nous taper quotidiennement un ou plusieurs grains ! L’avenir me dira ce qu’il en est mais les prévisions météo n’annoncent rien de bon pour les jours à venir et cela, quel que soit l’endroit où nous pourrions nous trouver … même plus au Nord !!!!

Si encore, nous pouvions trouver refuge dans une marina à « Jakarta » mais il semblerait qu’avec notre tirant d’eau, nous soyons condamnés au mouillage …

Dimanche  19.

Après une nuit sans pluie (!), nous sommes partis ce matin de bonne heure, pour le Sud du « Selat » (45 milles).

« Badoc » nous avait  fait part avoir été l’objet d’un contrôle à son mouillage, de la part d’individus se prétendant de  la Police  et de la Navy.  En finale, ils les avaient taxés de quelques bières après avoir essayé d’obtenir de l’argent  … Pour tenter d’éviter ce type de désagrément, nous avons mouillé l’ancre une douzaine de milles plus avant.

Peu de trafic sur le « Selat » hormis les éternels remorqueurs et leur barge. Pour une fois, nous avons pu relever la présence de quelques bouées !!

Profitant dès 8 heures du matin, d’un courant favorable, nous avons atteint en toute tranquillité, notre mouillage vers 13.30 heures. S’il n’y avait pas ce problème récurrent des grains qui nous stresse, cela aurait même pu être une sympathique navigation.

Du côté météo, le ciel était assez nuageux, le vent faible et la mer belle. Mais quasiment à hauteur de notre mouillage du jour, notre route était en partie, barrée par deux grains situés sur notre bâbord. Nous avons beaucoup craint d’avoir à les subir mais après quelques émotions et quelques gouttes, les grains se sont estompés.

Nous sommes mouillés sur un fond de -8m. , de sable/vase  à quelques milles du rivage et une houle de fond fait un peu swinguer le bateau. S’il s’agit du seul désagrément que nous avons à supporter, je ne m’en plaindrai pas.

Lundi  20.

Mardi 21.

« Quand faut y aller … faut y aller » dit la chanson et pourtant … 183 milles sous la pluie, les grains et les orages, il faut du cœur à l’ouvrage ! La dernière météo annonçait des grains jusque 10 heures et après minuit, toute la seconde partie de nuit. Quant à « Jakarta » … toujours selon cette même météo, on compte deux à trois grains par jour !

Le moral gonflé à bloc (euphémisme pour ne pas dire, le moral dans les chaussettes), nous nous sommes mis en chemin dès 7 heures du matin. Je serais bien resté sur place en attendant une « bonne » météo mais même dans le « Selat » nous prenions les grains sur la figure.

Premier obstacle : les vrais/faux policiers qui avaient taxé « Badoc » de quelques canettes de bière et en des temps plus anciens, « Yovo » qui s’était fait arraisonner en pleine mer (l’île de Sumatra toute proche n’est pas réputée pour sa sécurité …)!! Pour notre part, nous avons échappé à tout mais nous avons connu une belle frayeur en voyant deux barques ultra rapides foncer vers nous alors que nous étions à une trentaine de milles de notre mouillage !

Pour notre plus grand bonheur, nous avions justement à notre hauteur, un petit cargo qui ne naviguait pas beaucoup plus vite que nous … au cas où. Est-cela ou autre chose mais tout d’un coup, ils sont repartis sur leurs pas, ont longé le petit cargo et après encore quelques zigzags insensés, ont disparu à l’horizon derrière nous. Ouf.

En tout état de cause que peuvent bien faire quatre hommes répartis dans deux bolides des mers totalement ouverts, loin des côtes et alors que les grains et les orages claquent juste au-dessus de leurs têtes ???

Deuxième obstacle : les grains, la pluie et les orages. En sortant du « Selat », nous en avons pris grave pour notre grade, question orages et pluie … c’est bien simple, on sortait d’un grain pour mieux prendre le suivant et cela jusqu’à l’heure du midi ! Nous avons bien pensé tirer un peu plus sur tribord ou sur bâbord pour tenter de les éviter mais de toute manière c’était pour mieux en prendre un autre … c’était un combat perdu d’avance.

Je ne me rappelle pas avoir entendu des tonnerres aussi déchirants, aussi terrifiants … j’en avais la chair de poule ! Mais que pouvions-nous y faire ? Si nous avions été en plein océan, nous nous serions calfeutrés à l’intérieur et nous aurions attendu que cela passe … mais ici, il y avait plein de pêchous partout !!!

Vers midi, nous avons vu le ciel se dégager et nous sommes arrivés à « Jakarta » le lendemain midi sans plus jamais voir un grain de près ou de loin !! Saleté de météo de merde … ne pouvait pas l’annoncer tout de go au lieu de stresser inutilement les pauvres plaisanciers ! Je ne vous recommande pas le site, vous comprendrez pourquoi.

Par contre, par contre … j’ai beaucoup apprécié que le vent n’ait jamais atteint plus de 20 nœuds et plus généralement, 15 nœuds dans les bourrasques !! Le grain est désagréable par définition mais quand cela monte à 35 nœuds, cela en devient réellement effrayant ! A chaque fois de surcroît, j’ai le sentiment que notre bimini va s’envoler.

L’état de la mer fut plutôt « bizarre » ! Tantôt houleuse, tantôt agitée, tantôt  démontée, tantôt belle, tantôt un lac … son aspect a constamment changé sans relation directe avec la force ou la direction du vent. De toute manière, celui-ci  était toujours au près ou vent debout et sa force ne dépassait quasiment jamais 10 nœuds.  Quasi impossible de faire de la voile en ces conditions … de toute façon, nous n’avions pas le cœur à l’ouvrage.

Si  les paniers furent pour ainsi dire absents de cette traversée sauf dans les vingt derniers milles, les bateaux de pêche étaient omniprésents. La nuit, leur présence est assez réconfortante car  leurs lumières scintillantes éclairent la mer. Dans l’ensemble, ils n’ont pas posé de  problèmes.

C’est au lever du jour de mardi que les cargos apparurent en grand nombre. Parfois, ces derniers  nous placèrent  en situation délicate lorsque notamment, ils venaient  des deux côtés à  la fois en nous coupant  la route. Nous avons beau être des habitués des cargos puisque « Breskens » (NL), notre port d’attache, se situe à l’embouchure de l’Escaut qui mène au port d’Anvers, nous n’en menions pas large !

Tout cela pour vous dire le vrai bonheur que nous sommes d’être arrivés à bon port … dans la brume ! Pas grave comme brume mais à 3 milles, on ne distinguait toujours pas la côte !

Comme nous devons attendre cette nuit, la marée haute pour espérer (…) pouvoir rentrer dans la marina Batavia, nous avons jeté l’ancre devant son chenal, au beau milieu de dizaines de petits cargos par -4.7 m. de fond !! Sans la présence de ces cargos qui ne paraissent douter de rien en matière de tirant d’eau, nous n’aurions certainement pas osé avancer si près de la côte …

Un coup foireux de plus : alors qu’un bateau muni d’un échosondeur devait nous ouvrir la route après avoir vérifié qu’il y avait bien -2.5 m d’eau nous avons eu droit à trois « zozos » qui ne parlaient pas un mot d’anglais, ne semblaient rien savoir de la situation et pilotaient comme des manches, un bateau dépourvu de tout  échosondeur ! Résultat des courses, nous avons galéré tellement dans la vase molle que nous avons failli renoncer à quelques mètres de la marina !

Nous avions un marnage de 94 cm. (coefficient maximum).La marée était haute à 23.35 heures et nous avons entamé de relever la chaîne d’ancre passé 21 heures. Le temps d’arriver à l’entrée du chenal, il était 21.35 heures.  Lorsque nous sommes arrivés au mouillage, il y avait -4.50 m. et quand nous l’avons quitté, -5.20 m. « Badoc » nous avait assuré d’une profondeur minimale de -1.80 m. … cela devait donc passer.

A l’entrée du chenal, nous avions toujours  3 à 4 mètres de profondeur mais une fois à hauteur de  la bouée rouge du milieu, notre échosondeur indiqua d’un coup … 2.50 m. puis annonça -2.20 m. sans pour autant que le bateau n’arrête sa course !! Pendant un long moment, j’ai pensé avoir mal calibré notre appareil.

Mais à quelques mètres du virage à angle droit … « S.A.S.³ » stoppait sa course. Ce fut alors un ballet de manœuvres de marche avant, de marche arrière, de propulseur sur tribord, de propulseur sur bâbord. La seule chose positive restait que le bateau n’était pas complètement bloqué.

Un de nos trois « zozos » était monté à bord … pour nous aider ! Tu parles … il me disait de serrer sur tribord (on calait), d’aller tout droit (on calait) et finalement, de serrer encore plus sur bâbord et le miracle s’opéra : – 2.70 m. Nous étions sauvés.

Tout cela nous a fait beaucoup réfléchir et LA solution consisterait à équiper notre annexe, d’un échosondeur. Nous serions ainsi parfaitement autonomes et nous n’aurions  plus de difficultés de compréhension. Reste maintenant à mettre cela en pratique et le lieu est particulièrement mal choisi.

Mais pourquoi  être partis deux heures avant la marée haute ? Quitter notre mouillage à la marée haute était dangereux car si nous étions bloqués, nous l’aurions été sur une marée descendante … Par ailleurs, l’eau ne monte pas très vite et deux heures avant la marée haute, elle avait déjà atteint quasiment son marnage maximum. Enfin, selon nos informations, cela devait passer sans problème …

Il y avait du monde pour nous accueillir au « quai d’honneur » dont Marianne & Francesc de « Badoc ».

Maintenant que nous sommes en marina, il reste à savoir si nous parviendrons à en sortir le jour J. Question coefficient de marée, il s’agirait du 4 mai mais question météo, cela reste encore une inconnue …

 

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