Publié par : Ann & Stéphane | 12 avril 2015

25.03 au 12.04.2015 – En route pour Jakarta (Indonésie).

Mercredi  25.

Décidément, décidément, on doit réellement se remettre dans le bain et reprendre au plus vite nos automatismes comme … prendre la météo tous les jours ! En marina, on se soucie assez peu des conditions de vent … ce qui devient une priorité lorsqu’on est au mouillage.

Hier soir alors que nous nous félicitions encore de la bonne protection de notre nouveau mouillage, le vent s’est levé et la donne a assez rapidement changé ! Certes, l’air fraîchissant, les températures devenaient beaucoup plus agréables ce qui nous a permis de passer une excellente nuit … mais l’envers de la médaille est que nous avons été beaucoup plus secoués ! A notre précédent mouillage, la baie était ouverte vers le Sud, ici, elle est ouverte vers l’Est et malgré cela, notre protection contre le fetch ne semble ni meilleure, ni moins bonne !

La présence même de ce vent est assez surprenante dès lors que nous sommes montés d’Indonésie jusqu’ici sans le moindre vent (sauf le petit épisode de « Langkawi ») … mais c’était à une autre époque !

Quand nous avions quitté « Bundaberg » (Australie), la remise dans le bain fut beaucoup plus rude et nettement moins progressive mais après 24 heures, nous étions à nouveau en selle …

Nous sommes toujours au mouillage (par -6 m. de fond) devant « Chalong » situé au SSE de « Phuket ». L’endroit est loin d’être attirant et encore moins bucolique mais avec un vent debout assez fort, nous n’avons pas eu le courage de démarrer ce matin, pour « Ko Phiphi » d’autant que nous avions l’un et l’autre petit souci sur le feu …

Jeudi  26.

La nuit fut bonne mais en première partie, en l’absence de notre « brise de nuit » qui s’est fait un peu attendre sur le programme annoncé, ce fut un peu « hot » pour dormir dans notre cabine (depuis que nous ne sommes plus en marina, on éteint le G.E. et donc l’airco lorsque nous allons nous coucher …).

Vers minuit, la fraîcheur revenait et avec elle, le sommeil profond et réparateur.

Contrairement à la matinée précédente, nous nous étions habitués à nous réveiller avec pas mal de vent (16 à 18 nœuds) et puis surtout … comme nous avions pu apprécier l’exactitude de la météo : nous savions qu’en fin de matinée, cela allait se calmer très fort et c’était tout bon pour le moral.

Alors que le vent avait déjà montré quelques signes d’apaisement, nous avons remonté l’ancre … pour découvrir qu’un filet de pêche s’y était emberlificoté ! Mes instincts les plus primitifs remontant à la surface, ce fut le carnage … cela volait de tous les côtés, la lame de mon couteau lacérait, tranchait, déchiquetait, broyait tout ce qui était à sa portée. Le sang giclait tellement que je ne savais plus si c’était mon propre sang ou celui de mon adversaire. Tout autour du bateau, les squales tournoyaient attirés par l’odeur de la charogne. Le spectacle était effrayant et je sentais qu’Ann était prête à défaillir … mais quand on s’attaque ainsi aussi lâchement à mon bateau, je ne peux plus me retenir et je deviens une bête.

Pour prendre la direction de « Ko Phiphi », c’était extrêmement aisé … il suffisait de pointer l’étrave dans la direction du vent !! J’avais espéré faire un peu de voile pour nous remettre un peu  « dans le bain » mais nous avions 28 milles à parcourir et pas trop l’envie d’arriver trop tard …

Navigation une fois de plus, au moteur, vent debout et … contre les vagues que nous prenions de face. Joie. Sans doute mieux préparés à cette navigation, le temps ne m’a pas paru trop long !

Par bonheur, nous avons été quasi épargnés par les paniers … mais ce ne fut que partie remise car à l’approche de « Ko Phiphi », le terrain était miné : il s’agissait de longues lignes de bouées, parallèles les unes aux autres que nous traversions à la perpendiculaire.

Elisabeth de « Sandetie » nous ayant prévenu que nous ne trouverions jamais de place dans la baie, c’est le stress au corps que nous avons parcouru les derniers milles. L’idée était de s’assurer qu’aucun autre bateau de plaisance ne vienne nous chauffer la seule place disponible à la bouée …

En fait de « bouée », il s’agit de flotteurs reliés à « je ne sais quoi » de privé de toute évidence ! Cela n’a pas empêché un autre voilier de s’y amarrer un peu avant nous : les plaisanciers sont souvent très sans gêne.

Pour notre part et en nous avançant à hauteur des bateaux locaux, nous sommes parvenus à jeter l’ancre sur un fond de -12 m. L’envers de la médaille restait que notre poupe passait un peu trop près de l’étrave d’un bateau de pêche qui de surcroît, partageait la nuit, sa bouée avec un énorme bateau de plongée … il nous fallait donc  être vigilants.

Mes premières impressions quant à l’endroit ? Cela remue pas mal, il y a énormément de trafic même nocturne (!), je ne suis pas convaincu que la baie soit bien protégée et nous ne sommes que cinq malheureux plaisanciers et j’oubliais … c’est très bruyant. Tout pour me plaire, en somme ! Dans notre première baie, nous étions isolés de tout, dans la seconde, nous étions éloignés de tout et dans celle-ci, nous sommes trop près de tout … mais un point commun entre tous ces endroits : cela swingue pas mal !

« Soirée cockpit » … nous avons passé notre première partie de nuit à surveiller l’évitage des bateaux qui nous entouraient pour en arriver à la conclusion assez surprenante que les bateaux n’évitaient quasiment pas !!!

Vendredi  27.

A notre réveil, un Sunsail 444 (catamaran de location) venait mouiller juste à côté de nous : quatre Européens et quatre filles thaïs … un peu plus tard, ce sera au tour d’un autre Sunsail 384.

Je ne suis fondamentalement pas contre leur présence … que du contraire car cela met un peu d’ambiance. Le seul problème avec tous les bateaux de location, reste que généralement les locataires ancrent n’importe comment au mépris des règles les plus élémentaires …

Vu l’état de la mer, nous avons beaucoup hésité à mettre notre annexe à l’eau ! C’est au moment de l’accrochage/décrochage de la barre de soutien amovible que se situent les plus grands risques : un jour, j’ai bien cru que l’annexe allait chavirer durant cette opération !

Tout de même navrant de venir jusqu’ici et de ne même pas mettre le pied à terre ! Aussi, nous avons fait rapidement et avec un peu de technique, cela est passé sans accroc.

En inspectant le rivage, nous n’avons vu nulle part de débarcadère pour annexes … ce qui n’a rien de très étonnant. Mais en y regardant de très près, il y a moyen d’amarrer en toute sécurité, son annexe, à la base du Pier, dans un petit renfoncement très adéquat … mais il n’y a de la place que pour 3 ou 4 annexes tout au plus.

Les « locaux » de petite taille s’amarrent côte à côte, cul à la plage avec une ancre ou une pendille sur l’avant. Incroyable, la dextérité avec laquelle ils manœuvrent.

Profitant de cette trouvaille d’Ann (merci, ma chachatte), j’ai été en mesure d’aller avec elle, jusqu’au centre de plongée repéré et de faire un petit tour « en ville ». C’est super sympa car exclusivement piétonnier. Tout cela a été créé dans le même esprit qu’à « Gili Air » (Indonésie) sauf que là-bas, le chemin est en sable et  les centres de plongée sont plus nombreux encore. Ici, ce sont surtout les petits commerces qui dominent le paysage.

Un autre point commun : des hordes de jeunes chargés comme s’ils partaient pour le Pôle Nord, déambulant à la recherche désespérée de leur bungalow … pathétiquement comique.

Profitant d’un moment d’accalmie de la mer, nous avons remonté l’annexe dès notre retour à bord. Ouf.

Pas à dire mais la bouée située à l’arrière de notre bateau (celle dont nous sommes un peu trop proches …), a la faveur des « locaux » ! Elle ne reste quasiment jamais libre un instant alors que pourtant il y a d’autres bouées bien plus attirantes aux alentours. Grrr.

Samedi 28.

Avec une plongée programmée à 8 heures du matin … on ne dort jamais aussi bien. Toujours la crainte de ne pas être prêt à temps d’autant que pour éviter d’avoir à mettre l’annexe à l’eau, le bateau de plongée venait jusqu’à notre bord … mais nous devions le rejoindre à la nage !

Rien de tel que de faire compliqué là on pourrait faire simple … sinon il n’y aurait pas de plaisir ! Il nous a donc fallu sauter à l’eau, tout équipé mais sans bouteille, les détendeurs rangés dans un sac étanche dont la flottabilité était assurée par une défense glissée à l’intérieur (si, si nous avions cela en magasin … une mini défense repêchée comme « prise de mer ») et le gilet gonflé à la bouche pour éviter de couler avec notre lestage ! Plouf.

Nous plongions avec Remi de Toulouse (F) du « Barakuda Dive Center » de « Ko Phiphi ». Nous ne sommes pas allés très loin puisque nous avons été … sur l’île juste en face !  « Maya Bay » où nous avons fait la pause, était noire … euh non … jaune de monde.

Première plongée (-19 m. – 62’ – eau à 30°) à « Ko Bida Nok ». Très sympathique plongée et même si elle ne casse rien, nous y avons pris beaucoup de plaisir. Ce qui m’a le plus surpris c’est la visibilité qui était très bonne alors qu’elle est infecte partout ailleurs !

Deuxième plongée (-17m. – 61’- eau à 30°) à « Malong Bay ». Aussi sympa que la première … un petit souci avec le détendeur d’Ann qui prenait l’eau de temps en temps !

Si ce matin, nous étions étonnés de la tranquillité de notre baie … nous avons tout repris en une fois, de retour à bord : cela dansait comme pas permis au point que tous les autres plaisanciers étaient déjà partis et je ne vous raconte pas le vacarme … on se serait cru à un concert de métal hurlant ! Un endroit idéal pour deux vieux malentendants comme nous, en somme.

Arrivée surprise de « Minnie B » et de « Beau Soleil » dont nous avions fait la connaissance en le cadre du rallye « Sail Indonesia ». « Minnie B » doit, en principe,  nous rejoindre à l’île Maurice dans le courant du mois de septembre !

Pour une raison que nous ignorons totalement mais après le coup de chaud du midi, la baie avait repris tous ses droits en fin d’après-midi que cela en était presque devenu un super mouillage !!! Beaucoup de « locaux » avaient quitté le plan d’eau pour une destination inconnue et même la « folie » à terre semblait avoir été mise entre parenthèses. Nous étions samedi soir … ceci expliquait-il cela ?

Quoi qu’il en soit, nous avons décidé de lever l’ancre le lendemain, pour « Ko Lanta ».

Dimanche 29.

Nous quittons « Ko Phiphi » peu après le petit déjeuner pour l’île mythique de « Ko Lanta » (23 milles). On pourrait imaginer qu’il s’agit d’une île perdue au milieu des flots … alors que l’île se révèle être tellement grande et proche de la côte que l’on pourrait croire qu’elle en fait partie intégrante !!

Nous avons jeté l’ancre à l’extrême SO de l’île, sur un fond de sable de -8 m. en face du « Resort Pimalai ». La baie est fort évasée et peu profonde mais tant que nous n’avons pas de vent SO, nous devrions être à l’abri.

Par précaution, j’ai mis une bouteille sur le dos et j’ai été vérifié l’ancre. Ce qui est incroyable c’est qu’à nouveau, la visibilité ne dépasse pas le mètre et encore, je suis généreux !

Véritable décor de carte postale, le Resort est loin d’afficher complet et cela manque sérieusement d’animation et d’ambiance … en clair, il y a de quoi s’ennuyer ferme mais si vous aimez la solitude … Quelle différence avec « Ko Phiphi » où l’ambiance est très « rock and roll » sur l’eau comme à terre.

Je me dois d’être honnête en spécifiant que ce type de Resort n’a pas d’autre choix que de proposer à ses clients, divers types de sortie en mer (il faut bien les occuper) … en sorte que le nombre de ses pensionnaires est sans doute plus important que ne laissent le supposer les apparences.

Si le mouillage ne me donnait pas spécialement envie de m’éterniser en les lieux,  le soir lorsque toute la baie s’est illuminée de mille feux, ce fut assez féérique.

Lundi 30.

Comme à l’accoutumée, le vent s’est levé en début de nuit en tournant de 180° ! Malgré qu’il vienne de la côte, il était relativement fort … en tous les cas, « S.A.S.³ » évitait beaucoup.

Comme nous avions programmé d’aller jeter l’ancre entre « Ko Rok Nok » et « Ko Rok Noï » distantes de 16,5 milles  … pourquoi vouloir aller affronter les éléments alors qu’il suffisait d’attendre un peu que ceux-ci se calment ?

Le temps de nous réveiller à notre aise, de prendre notre douche et notre petit déjeuner et nous levions l’ancre tranquillement.

Une fois sur place, nous avons emprunté le détroit séparant les deux îles pour constater que l’eau y était limpide, les plages magnifiques, la marée basse … et notre cartographie électronique inexacte ! Un merveilleux endroit où nous aurions sans doute eu la possibilité de plonger au départ du bateau !

S’il existe un certain nombre de bouées de mouillage, celles-ci ne sont pas conseillées pour les bateaux de plus de 30’ … le problème est que la zone d’évitage en cas d’ancrage, n’est pas très grande sauf à se risquer d’éviter au-dessus de l’immense platier ! D’autres avant nous, sont parvenus à jeter l’ancre sans souci mais avec l’idée que durant la nuit, le vent allait une fois de plus se lever … nous avons préféré continuer notre route !

Le seul voilier amarré à une bouée était « C.D. » … notre très antipathique pique-assiette du rallye « Sail Indoneisa » ! Un autre bon motif de ne pas s’éterniser sur place …

Il était déjà 14.30 heures et mathématiquement, nous ne pouvions atteindre notre nouveau mouillage thaï de « Ko Tarutao » (48 milles) avant la nuit … motif pour lequel nous avons décidé de poursuivre jusque « Langkawi » (64 milles)  que nous connaissions. Notre intention n’était pas de faire une entrée de nuit dans la marina de « Telaga » mais plus simplement de jeter l’ancre au milieu de l’immense baie qui lui fait face.

Bien décidés à marcher à la voile, nous n’avons pas attendu que le vent se lève pour hisser haute la GV. Malheureusement pour nous et contrairement une fois de plus aux prévisions météorologiques, le vent nous a posé un sérieux lapin ! Nous aurons malgré tout le loisir en deux ou trois occasions de nous laisser un peu porter par nos toiles mais nous étions largement en-dessous de nos attentes.

Côté paniers de pêcheurs, nous avons eu notre dose et c’est miracle que nous n’en ayons pas pris un au passage : à perte de vue, les champignons blancs fleurissaient … incroyable !

La nuit, les bateaux de pêche scintillant de toutes leurs lanternes vertes, étaient à ce point nombreux qu’on aurait presque pu voir comme en plein jour !  A hauteur de « Langkawi », ils longeaient la côte en file indienne !!

Il était presque minuit lorsque nous avons jeté l’ancre par un fond de -8 m. Nous avons laissé pour la nuit, nos feux avant et arrière de peur qu’un pêchou ne nous aborde : le feu de mouillage en haut de mât est peut-être réglementaire mais à lui seul, il est difficile de cerner la taille du bateau qui le soutient …

La nuit fut douce et agréable.

Mardi 31.

Foutu fuseau horaire … nous devons avancer nos montres d’une heure et avec tout cela, il sera bien difficile de réaliser nos formalités d’entrée en Malaisie avant la sacro sainte « heure de midi » !

Profitant qu’il n’y avait plus un pet de vent, nous nous décidions à hisser la GV pour mieux la ferler ensuite. Vous ne croirez pas mais c’est juste l’instant précis choisi par Eole pour se manifester à nouveau … résultat des courses : la voile s’est coincée derrière le lazy que je n’avais pas abaissé n’en voyant pas l’utilité, la latte est sortie de son gousset et déchira au passage, la chute de la voile ! Accroc pas très grave mais Ann y a quand même passé plus d’une heure à tout recoudre et tout cela par ma faute ! Je vous rassure de suite … j’en ai pris pour mon grade.

C’est donc par un vent établi et une mer un peu plus formée que nous avons levé l’ancre pour le ponton fuel de la marina de « Telaga ». D’une pierre, deux coups … on faisait le plein (579 litres à 0,54 €/litre) et on réalisait les formalités d’entrée dans le pays : les trois bureaux (immigration, harbour master, douanes) sont situés à côté de la marina.

On concevait cela tellement comme LA corvée du jour qu’encore un peu, on restait sur place une journée de plus et on remettait la question au lendemain. Oh !

Au même moment, « Obione » faisait également son entrée à la marina. On savait que Michel et son fils étaient sur zone mais nous n’avions pu rentrer en contact avec eux à défaut d’internet : en changeant de pays, nous sommes contraints de nous procurer de nouvelles cartes Sim …

« Obione » connait des problèmes répétitifs de moteur … chaque technicien venant à son bord, répare la pièce défectueuse en cassant une autre ! Un troisième technicien est prévu pour demain … à « Telaga ».

Les opérations furent rudement menées et une heure et demie plus tard, nous étions sous voiles, en route pour le mouillage de « Kuah » (seule ville de Langkawi).  Moment choisi par « Panisse » pour prendre contact avec nous, par VHF ! Nous ne le savions pas mais le voilier de Jacques & Marie était également au mouillage devant la marina de « Telaga » !!

Au 2/3 du chemin, la route était littéralement barrée par un énorme grain en provenance de « Kuah » !! Que fallait-il faire ? Forcer le passage et espérer que le grain ait quitté le mouillage lorsqu’on l’aurait atteint ou nous réfugier dans la baie bien protégée de « Pulau Besar », qui nous tendait les bras et que nous connaissions de surcroît ?

A peine étions-nous mouillés devant « Pulau Besar » que le grain nous est passé dessus comme un rouleau compresseur. Par la suite, il n’a quasiment pas arrêté de pleuvoir !! Un peu chaud dans notre cabine arrière mais avec l’avancée de la nuit, les températures ont baissé et sont devenues plus supportables.

Le matin c’est incroyable … il fait extrêmement bon dans notre cabine aux premières heures du jour mais au fur et à mesure que la matinée avance, les températures remontent insensiblement pour devenir insupportables.

Mercredi  01.

Nous serions bien restés à ce mouillage (le seul depuis notre départ, qui soit enfin calme !) d’autant que le soleil était de retour mais les courses n’attendaient pas … surtout, l’internet. Aussi, avons-nous mis le cap sur « Kuah » (4 milles).

Nous avons mouillé en lisière des autres bateaux (comme à l’habitude …) par un fond de -5 m. Il y en a quand même qui ont mouillé encore plus loin que nous du débarcadère !

J’ai compté une trentaine de bateaux de plaisance, très éloignés les uns des autres … un peu comme si chacun tenait à son intimité et à sa tranquillité. Maintenant, rien de tel que de disposer d’une aire d’évitage suffisamment grande pour n’avoir jamais à se poser de questions.

Contrairement à ce que j’avais présumé, le mouillage est assez peu animé … pour ne pas dire « carrément triste ». J’aurais bien entendu préféré un peu plus d’animation …

Si en matinée, le plan d’eau était calme, cela a malheureusement changé assez vite pour devenir nettement plus agité jusqu’en début de soirée … toujours ce maudit fetch ! Nous avons également eu droit à un passage pluvieux, en soirée.

Nous avions à dîner, Michel et son fils, Maël, de « Obione ». L’occasion d’échanger des nouvelles des copains de voyage et de se retrouver comme à la belle époque du rallye. Cela semblait déjà si lointain ! Ils étaient venus jusqu’à « Kuah » avec une voiture de location.

Comme je l’ai déjà signalé, la plupart des plaisanciers qui arrivent jusqu’ici, ne savent plus trop quoi faire après ! C’est l’impasse, la fin de l’aventure, la porte ouverte à toutes les incertitudes … certains décident même de rester quelques années sur zone sans trop bien savoir à quoi tout cela est censé les mener.

Jeudi  02.

Avant que le vent ne se lève et à sa suite, la mer comme chaque jour en fin de matinée, j’ai été conduire Ann au débarcadère pour lui permettre de faire ses courses.  Pour ma part, j’en profitais pour mettre un peu d’ordre en notre secrétariat.

Le mouillage n’étant pas très folichon, nous avions décidé de mettre les voiles sur « Pulau Penang » (68 milles) dès le lendemain matin.

Vendredi  03.

Nous nous sommes réveillés avant que le jour se lève soit à 6 heures du matin ! Avec leur besoin de changer de fuseau horaire sans tenir compte réellement du mouvement des astres, nous avons un lever de soleil tantôt à 6 heures (Thaïlande) et tantôt à 7 heures (Malaisie) …

La mer était belle, le soleil toujours aussi ravageur et une houle de fond nous a faits rouler toute la navigation … au moteur. Il y avait environ 5 nœuds de vent réel.

Comme par miracle, nous n’avons vu quasiment aucun panier mais en revanche, de nombreux bateaux tirant un chalut. Ceci explique peut-être cela … encore que nous avons déjà vu des zones où filets de pêche et paniers se côtoyaient !

Nous avons mouillé devant « Pulau Kendi » situé à l’extrême SO de « Pulau Pinang » sur un fond de -5 m. Mon Dieu, quelle vase, on la retrouve partout, partout … collante, grasse et grise, elle s’accroche à la chaîne comme une seconde peau. Sans cesse, je passe mon temps à nettoyer à grandes eaux, notre mouillage et la delphinière … et à chaque nouveau mouillage, je peux tout recommencer ! C’est réellement barbant à la fin. 

Lors de notre arrivée, une vedette de la Police Maritime était en train de contrôler les bateaux de pêche présents sur les lieux. Alors que j’étais certain que nous serions bons pour un petit contrôle, la vedette s’est éloignée sans se préoccuper de nous !

Dix minutes plus tard, une autre vedette de la Police accostait à nouveau les pêcheurs … mais une nouvelle fois, ne s’intéressait pas à nous. Si nous sommes parfaitement en règle, cela m’aurait quand même gonflé d’avoir à supporter un contrôle.

A tout vrai dire, nous n’avons plus eu le même coup de foudre pour ce mouillage que la fois précédente ! Dieu seul sait pourquoi … peut-être parce que nous étions un peu plus éloignés de la côte et qu’un petit vent taquin nous a donnés faussement l’impression de vouloir souffler durant la nuit !

Le vent étant retombé, la température en notre cabine, fut un peu limite au point qu’Ann lui préféra le cockpit.

Samedi  04.

Notre étape du jour était « Pulau Pangkor » (64 milles) que nous connaissions un peu pour y avoir déjà mouillé.

Partis à 7 heures … nous sommes arrivés pour 15.30 heures à « Labuhan Barat Anchorage » après une navigation qui m’a paru un peu longuette ! Nous avions choisi le mouillage situé juste à côté de celui que nous connaissions.

Pas de grandes différences au niveau navigation, par rapport à la veille … sauf que cette fois-ci, les paniers étaient bien présents, le bateau roulait beaucoup moins, le vent s’était établi dans les 7-8 nœuds et nous avons eu la compagnie de deux autres voiliers.

La baie en laquelle nous avons jeté l’ancre (-6 m. de fond), était très animée et tous les touristes rencontrés portaient des gilets de sauvetage orange fluo … on n’aurait pas pu faire plus ridicule !

Très sympathique mouillage et d’excellente tenue ce qui ne gâche rien … pour une fois, le fond n’était pas de vase molle !

Le vent étant totalement tombé durant la nuit, la température en notre cabine arrière, fut  à nouveau fort limite. La météo avait prévu beaucoup de pluies mais hormis quelques gouttes insignifiantes, nous n’avons rien connu !

Dimanche  05.

« Port Dickson – Admiral Marina » … 144 milles soit  +/- 24 heures de navigation, soit obligatoirement une nuit en mer !

Comme il ne sert à rien de partir trop tôt, l’heure de départ déterminant approximativement l’heure d’arrivée, nous n’avons mis aucun réveil et avons relevé l’ancre pour 10 heures.

A peine avions-nous tourné le coin de l’île que nous tombions sur un mouillage de cargos : j’en ai compté jusque huit. Retour à la « grande civilisation » aurais-je envie de dire …

« Un bateau de pêche nous fonce dessus » me dit Ann ! Ma foi, c’était vrai … il semblait faire l’impossible pour nous éperonner notre tribord arrière mais il en était encore un peu loin !! Comme il ne faut jamais paniquer en ces circonstances et surtout, laisser voir venir … je me suis contenté de prendre une photo de l’importun et de le lui faire savoir.

Arrivé à notre hauteur, il vira pour se mettre en parallèle à nous … pour finalement mettre les gaz à plein régime et nous couper la route pour aller relever une bouée située sur notre bâbord avant !! Je suppose que son Capitaine avait envie de nous montrer qu’il était digne de « Fangio ».

En début d’après-midi, la navigation fut un peu chahutée en raison de la présence d’une houle venant de face : l’autre jour, nous roulions … aujourd’hui, nous tanguons !

Alors que c’est en Thaïlande que le système AIS est devenu obligatoire pour tous les bateaux depuis fin de l’année passée … c’est seulement en Malaisie, que nous avons constaté une éclosion incroyable d’AIS sur notre écran ! A première vue … tous les bateaux de pêche en sont dorénavant pourvus mais soit leurs installations sont de mauvaise qualité, soit ils s’amusent à les éteindre sporadiquement car le signal est souvent interrompu ce qui se signale à l’écran, par une grosse croix rouge !!

Le problème avec les bateaux de pêche, c’est quand on en croise un … on en croise forcément des dizaines d’autres ! Ce jour là, ils tiraient des filets en faisant même route que nous … mais bien évidemment, il en a fallu deux pour nous la couper en diagonale ! Petit stress quand nous avons pensé erronément  qu’un filet était tendu entre les deux bateaux !

Lorsque la nuit fut tombée et alors que la lune se voilait encore la face, j’ai cru un long moment que notre visibilité était totalement réduite en raison de la brume !!! Assez effrayant comme sentiment.

Pour mon plus grand bonheur, j’ai fini par comprendre qu’il n’y avait aucune brume et que si je pouvais voir assez loin, sur tribord et sur bâbord … il n’y avait aucune raison qu’il n’en était pas de même sur notre avant. Première fois que cela m’arrive … généralement, mes angoisses sont parfaitement fondées !

Lundi  06.

Si par deux fois, nous avons pensé pouvoir hisser les voiles … durant la nuit, nous n’avons eu droit qu’au calme plat : la mer était d’huile. Aussi et alors que nous étions qu’à une quinzaine de milles de la marina, la survenance brutale d’un grain nous a pris complètement par surprise.

Difficile de cerner l’étendue du grain mais ce dernier semblait diffus ! Nous avons d’abord eu droit à la montée spectaculaire du vent (jusque 32 nœuds) ensuite, la mer est devenue très agitée (!!) et ce n’est que plus tard qu’en deux ou trois occasions, nous avons eu droit à la douche. Le tout a duré une bonne heure assez éprouvante pour les nerfs car nous étions en approche de la côte … sans parler de la fatigue d’une nuit blanche.

La zone est connue pour ses nombreux orages … et bien entendu, les grains n’y sont pas rares. Je me dois cependant de reconnaître que nous avons été jusqu’ici, relativement épargnés tant par les uns que par les autres !

Même lorsque le vent se fut un peu calmé, la mer resta très démontée, nous faisant rouler méchamment d’un bord sur l’autre bord. Très peu agréable comme navigation d’autant qu’il fallait tenir compte de la présence de hauts-fonds et de quelques bouées peu visibles !

Par chance, nous avons fait notre entrée à la marina, avec le lever du jour … ce qui a considérablement facilité les choses.

Au départ, le GPS du bord, nous donnait un ETA (Estimed Time of Arrival) pour 4 heures du matin ! Comme nous étions encore à 75 milles de la destination, j’ai estimé prudent de ne rien faire et de revoir la situation à l’approche de la marina. Lorsque le courant s’est inversé, notre vitesse fond a chuté jusque 5 nœuds … notre ETA est alors passé à 9 heures du matin !

 Journée très tranquille à la marina où j’ai pu relever avec déplaisir que notre coque avait de toute urgence, besoin d’un bon polish ! Incroyable comme au mouillage on se rend moins bien compte de l’état de la coque !

Même si les compliments sur notre bateau se font un peu plus rares, il y en a un qui nous a fait particulièrement plaisir : « un bateau comme le vôtre, on n’oublie pas » nous a dit un parfait inconnu qui prenait de nos nouvelles.

Mardi  07.

J’avais prévu de m’occuper du problème de chuintement du presse-étoupe ainsi que de notre compteur de chaîne d’ancrage qui ne fonctionne plus que de manière très intermittente !  Mais en finale … je ne me suis occupé que du compteur de chaîne !

Compteur de chaîne Lewmar … système génial qui indique à tout moment la longueur de chaîne descendue : simple et efficace, cela fait 4 ½ ans que cela fonctionne du tonnerre de dieu … enfin, jusqu’il y a quelques jours !

Pour réparer une panne … il faut d’abord comprendre comment cela fonctionne et ensuite, situer les différents composants (un aimant et un capteur magnétique). Cela paraît évident mais sur un bateau comme « S.A.S.³ »,  rien n’est réellement « évident » et il nous aura fallu plusieurs jours de recherche pour localiser seulement l’aimant … le capteur magnétique restant pour sa part,  introuvable !  Ceci m’a cependant permis d’en conclure que la solution passait par le remplacement de l’aimant. Il ne suffit plus que d’en trouver un de rechange …

En plein travail sur le guindeau … je vois débouler Ann qui m’exhorte à la suivre (le taxi attendait) car l’Immigration ne veut pas délivrer les documents de sortie du territoire sans avoir pris mes empreintes !

En temps normal, j’aurais envoyé tout le monde paître … Ann et l’Immigration ! Quand je suis en plein bricolage, il est fortement déconseillé de venir m’emmerder. Mais pour une fois, j’ai pris tout cela avec résignation : nous n’avons pas respecté jusqu’à aujourd’hui toutes les formalités administratives … pour se mettre en défaut à la dernière minute.

Dans le taxi, Ann me prévient avoir exposé aux fonctionnaires que j’avais la dengue … motif pour lequel je ne pouvais venir réaliser la formalité des empreintes. Bien joué, ma chachatte, sauf que cela n’a servi à rien et qu’encore un peu, ils envoyaient un médecin au bateau !!! Il me fallait donc jouer la comédie …

Une fois sur place, j’ai donc joué au dingue. Ben oui … quoi … celui qui a chopé la dengue, est un dingue. Non ? Me serais-je trompé de registre ? Vous me faites peur rétroactivement là ! En tous les cas, il paraît que je joue bien la comédie …

Vous imaginez si Ann avait été raconté que j’avais la rougeole … ou encore la petite vérole ! On ne sait jamais ce qui peut passer par la tête d’une femme obligée de trouver une excuse non préparée. J’en ai des frissons d’horreur rétrospectivement.

De retour à bord, je reprenais mes investigations là où je les avais abandonnées une heure plus tôt. En nettoyant avec minutie le guindeau, je retrouve les débris d’un ressort en forme d’anneau brisé ainsi que d’une goupille de sécurité !! Horreur … comment voulez-vous trouver cela en Malaisie ??

Contre toutes mes attentes les plus optimistes, Ann, repartie avec un taxi, me ramène les deux éléments !!! Je n’en croyais pas mes yeux. Je lui avais conseillé d’aller chez un accessoiriste voiture et c’est là qu’elle a trouvé !

Le sort étant souvent cruel … les pièces rapportées étaient toutes les deux, une taille trop grande !! Pas vite découragée, Ann est repartie au magasin …

Le soir, pour faire plaisir à Ann, nous avons été dîner au bar de la marina.

Mercredi  08.

Notre périple devait nous conduire à « Nongsa Point Marina » (Indonésie) soit 174 milles … pour y valider nos formalités d’entrée dans le pays. Ann avait déjà tout réalisé au départ de Bruxelles. Contrairement à tous les autres pays visités, les formalités indonésiennes ne sont pas une sinécure et peuvent prendre plusieurs jours ! C’est une telle atrocité que nombreux sont les plaisanciers qui rentrent dans le pays, sans se déclarer … sur base de l’absence de tout contrôle jusqu’au jour où.

Comme nous avions totalement oublié de payer la veille, la marina … nous avons été contraints d’attendre 9 heures, l’heure d’ouverture de « l’Office of marina » ! Cela nous a permis de bien dormir …

Nous fûmes surpris d’être accueillis par une petite brise dès notre sortie ! Mais comme nous étions sceptiques que cela perdure plus avant, nous avons attendu d’être éloignés de la baie pour nous décider à envoyer la toile.

Seconde surprise, un vent au près (35° à 46°) montait parfois allègrement jusque 20 nœuds de vent réel ! Notre vitesse dans l’eau frisait les 10 nœuds. Pas facile de tenir sans Pampers … notre envie était grande de prendre un ris dans la GV mais aucun de nous deux n’osait en parler : nous faisions semblants de trouver tout cela absolument normal alors qu’on serrait les fesses.

Seule concession … nous avons joué avec l’enrouleur de génois pour compenser une trop grande augmentation en puissance du bateau. Je sais que cela peut vous paraître absurde mais il nous fallait reprendre confiance en nous et dans le bateau … et cela n’est pas aussi évident après autant de mois de navigation au moteur.

A hauteur du mouillage pour cargos de « Malacca », nous apercevons un vieux bateau tout gris, assez bas sur l’eau et à quelques encablures, une plate-forme de travail rutilante !!

Difficile de comprendre exactement de quoi il en retournait mais nous en avons déduit que la plate-forme était à l’ancre tandis que le bateau gris évoluait autour d’elle ! Un gros tuyau sous-marin reliait-il  la « Marie Salope » à la station de pompage ? Tout le laissait à penser.

Pour toute prudence, nous avons contourné l’ensemble et quand nous avons repris notre cap initial … le vent s’était fait la belle ! Officiellement, nous en étions profondément navrés mais … officieusement, quel soulagement ! Officiellement, je ne vous ai rien raconté … même sous la torture, je nierai avec la dernière énergie vous avoir tenu de tels propos : on a son orgueil tout de même.

A 15.15 heures, par un vent de  60 à 70° et de 10 à 13 nœuds de vent réel, nous avons renvoyé la toile avec beaucoup de bonheur cette fois. Les conditions de vent étaient nettement plus agréables … et surtout moins flippantes.

Le plus édifiant de cette journée reste que nous n’avons vu ni casier, ni pêchous !!! Nous verrons notre tout premier filet et pêchou qu’à 17.15 heures. Leur nombre par la suite, fut quasi insignifiant jusqu’à notre arrivée à « Nongsa » !!

A 18.20 heures, nous repassions définitivement au moteur et à 20 heures, nous affalions même la GV ! La météo avait bien prévu un petit vent de 10 à 13 nœuds pour la nuit … mais aussi des grains pour la matinée du lendemain. Comme nous avions déjà donné en matière de « grains » et que la météo ne s’était pas montrée très perspicace ces derniers jours, nous avons préféré la sécurité et la tranquillité.

On prend parfois une décision … qu’on peut tout à loisir regretter par la suite. Toute la nuit, nous avons eu droit à un petit vent de 10 à 13 nœuds et nous n’avons subi aucun grain … Nous aurions pu facilement renvoyer la GV mais j’ai pour principe, de ne pas prendre de tels risques une fois l’obscurité tombée.

Juste avant le crépuscule … Ann me crie de couper le moteur et de virer de bord ! A la recherche de paniers éventuels, elle en relève un, surmonté d’une lampe flash verte sur notre avant bâbord ! Intriguée, elle scrute l’horizon et constate qu’une ligne de petits flotteurs identiques et distants les uns des autres d’une dizaine de mètres, nous barre littéralement le passage !!

Nous avons longé cette interminable ligne jusqu’à la zone de trafic toute proche, sans jamais en découvrir l’extrémité !! Du jamais vu. Nous avions encore à l’esprit, notre copain « Panisse » se prenant un filet dans des circonstances analogues, le long des côtes indonésiennes …

Après avoir hésité, nous avons traversé la ligne des flotteurs, à la perpendiculaire, sur la seule inertie de « S.A.S.³ » (moteur arrêté), sans se prendre quoi que ce soit. « Vous avez dit bizarre ?  Moi, j’ai dit bizarre, bizarre … comme c’est bizarre (réplique de Louis Jouvet à Michel Simon dans un film intitulé « Drôle de Drame »).

La nuit fut calme mais nous avons été astreints à une veille de tous les instants : la zone de trafic montante était toute proche. Quant à Madame La Lune, elle n’a daigné éclairer le plan d’eau qu’à partir de 22.12heures … je vous jure, ces artistes !

Notre veille m’a paru d’autant plus longue que je pensais à chaque instant que nous y étions presque !

Il nous fallait encore traverser la zone de trafic montante pour rejoindre la zone de trafic descendante avant d’atteindre Singapour et cela manifestement, ne pouvait attendre le lever du jour ! Où traverser ???

Après avoir fixé plusieurs fois, cet endroit … nous avons pris brusquement notre décision, quasiment à hauteur de « Pulau Singa », après avoir constaté que la zone de trafic montante (3,5 milles de large) était temporairement déserte.

La zone de trafic descendant était encombrée de quatre cargos et il nous fallait nous insérer dans le trafic ! Pour toute prudence, nous avons serré au maximum la ligne de séparation des deux zones … en veillant à ne pas se prendre sur la figure un cargo montant qui aurait dévié de sa zone (cela se voit de temps en temps).

Au début, nous n’en menions pas large mais progressivement, nous nous sommes rendu compte que les cargos ne marchaient pas beaucoup plus vite que nous (10 à 14 nœuds en moyenne)  et qu’en finale, ils s’écartaient assez bien de nous lors du dépassement (hormis le tout premier : brrrr.)

Une fois que le trafic nous l’a permis, nous avons serré le bord extérieur de la zone de trafic. Avec la fatigue, j’en voyais de moins en moins le bout mais la navigation était de plus en plus cool au point de pouvoir me détendre un peu. Comme je reste méfiant par nature, j’ai jeté un œil sur l’avant au moment même où un remorqueur (sans AIS) remontait le même bord extérieur de la zone de trafic … mais en sens opposé ! Le con … alors qu’il avait toute la place pour rester bien en dehors de la zone de trafic, il fallait encore qu’il vienne nous emmerder.

Jeudi 09.

Si toute la nuit, nous avons entendu sur le canal 16 de la VHF, des interventions très « pros » de Capitaines … nous avons également eu à supporter les pitreries de « locaux » qui ne se tiennent plus lorsqu’ils ont un micro en main ! De vrais sales gamins …

Le plus incroyable, alors que la zone connaît une densité de cargos la plus élevée au monde, il n’existe personne pour fermer le bec à ces crétins ! Et pourtant … lorsque nous avons quitté (un peu trop tôt) la zone de trafic pour rejoindre la marina, nous avons eu droit, par « Port Control », à tout un message personnel (en anglais) de mise en garde quant aux dangers de la zone que nous traversions !!!!

Effectivement, si nous avions emprunté ce chemin pour nous rendre de « Nongsa » à Singapour, quelques mois plus tôt … avec un soleil bas en plein dans les yeux, nous avons jugé plus prudent de retourner dans la zone de trafic et de la quitter plus loin.

Vers 9.30 heures, nous étions, enfin, en vue de l’entrée de la marina … qu’il me fallait contourner large pour éviter deux petits hauts-fonds.

Ayant pris toutes les précautions possibles et imaginables, je me suis présenté devant le portique du chenal d’accès à la marina, composé de deux piliers de couleur (rouge et vert). J’ai fait très attention à ne pas me tromper de chenal puisqu’un autre chenal démarre en parallèle pour donner accès au ponton d’embarquement de la vedette rapide qui relie « Nongsa » à Singapour.

J’avais à peine franchi le portique que je vois un bateau à moteur sortir de la marina … j’ai pensé faire demi tour et attendre que le chenal soit bien dégagé mais j’ai commis la lourde erreur de poursuivre ma route.

Si mon entrée fut irréprochable … j’ai serré beaucoup trop sur tribord en vue de notre croisement avec le bateau à moteur et de là,  j’en suis venu à confondre les deux chenaux !! Seul l’autre chenal est délimité après son entrée, par une alternance de piquets en bois et de piliers métalliques, de couleur rouge et verte, mais j’ai totalement perdu de vue ce « détail » et au contraire, j’essayais de comprendre comment je devais laisser les piquets de bois …

Nous n’avions pas encore parcouru une dizaine de mètres que … BANG ! Pour notre plus grande malchance, la séparation entre les deux chenaux est peu profonde (- 2 m.) et  tapissée de gros cailloux lisses et arrondis qui prennent parfois la forme d’une table !!

J’ai essayé par tous les moyens de trouver une issue de secours mais tous mes efforts se traduisaient par des « BANG » affolants et répétitifs avec même quelques coups de gîte impressionnants lorsque la quille prenait appui sur une « table » !!!!

L’intervention de la vedette de la marina ne servit strictement à rien : « S.A.S.³ » était encerclé de cailloux et chaque fois qu’une profondeur de -2.50 m apparaissait à l’écran du sondeur … dans les secondes qui suivaient, j’avais droit à l’affichage de -1.90 m !  Ann essayait de me donner la direction d’une issue … mais c’était sans issue !

Ma bouche est devenue du carton par l’effet du stress.

J’ai été tenté d’attendre que la marée monte un peu plus mais le bateau bougeait dans tous les sens … il était juste dans une arène infranchissable ! Les picadors excitaient la bête avec leurs banderilles tandis qu’elle leur faisait front …

Je ne voyais plus de solution sauf peut-être le remorqueur … pour me tirer de cette impasse et le fait d’avoir à quitter le navire avant qu’il ne se couche à marée basse, me stressait au-delà de toute raison. La barre s’emballait dans tous les sens et j’ai du lutter de toutes mes forces avec elle !

Après une bonne demi-heure, une vedette rapide embouqua son chenal en créant de gros remous. Le responsable de la marina m’exhorta à mettre les gaz et comme par miracle, « S.A.S.³ » est parvenu à se sortir de son piège ! Un immense soulagement pouvait se lire sur nos visages …

Amarré au ponton, je mettais une bouteille sur le dos pour relever les dégâts. Tout-à-fait surprenant … la quille n’a pas bougé d’un pouce et le safran n’est même pas bosselé ! La quille présente juste sur les côtés, des griffures sur une hauteur d’à peine 10 cm. et le safran, le même type de griffures sur environ 20 cm. de haut.  C’est bien peu au regard de la situation … Garcia construit réellement des bateaux solides.

Le pire dans toute cette histoire c’est que malgré toutes les précautions qu’on peut prendre, on n’est jamais à l’abri d’une telle mésaventure … à côté de nous, un Azimut 84’ (bateau à moteur) a connu la même mauvaise expérience que nous peu de temps auparavant !! Selon le responsable de la marina, je ne serais pas le seul bateau à me planter en cet endroit !

Comme pour nous consoler d’avoir, une fois de plus, griffé le bas de notre quille, nous avons confié le soin à une équipe de nettoyeurs de faire briller le bateau de la tête aux pieds. C’est un régal de les voir à l’œuvre … Les nettoyeurs de « Nongsa Point Marina » sont de loin les meilleurs dans leur genre.

La marina est étrangement quasiment déserte et pas l’ombre d’un copain en vue !!

Durant la nuit, nous avons eu droit comme chaque nuit depuis plusieurs jours selon les « locaux », à un « orage maison ». L’orage était manifestement juste au-dessus de nos têtes ! A cela, nous avons quand même échappé lors de notre arrivée …

Vendredi  10.

Anniversaire d’Ann … elle fête ses 39 printemps. Vous ne le saviez pas !! Mais, mais si … j’ai épousé il y a plus de 34 ans, une « petite jeune ».

Re-changement de fuseau horaire … nous pouvons à nouveau décompter une heure ! Le jour se lève ici à 6 heures comme en Thaïlande !

Notre bataillon de fourmis nettoyeuses est à bord. Le fait de les entendre se déplacer, frotter, polisher … je jouis. J’ai toujours été fait pour les câlins …

Ce midi, j’ai été me recueillir, en empruntant la digue,  sur l’endroit qui risqua d’être la fin d’une belle et grande Aventure. Evidemment, évidemment et surtout vu de la marina … comment est-il possible que je me sois envoyé dans les cailloux !! Cela semble tellement évident …

J’ai pris une série de photos de la digue mais « S.A.S.³ » est masqué par ses deux gros voisins à moteur … qui sont partis peu de temps après mon retour à bord ! Ne pouvaient pas me prévenir qu’ils partaient ce midi … grrrr.

Nous avons été dîner pour l’anniversaire d’Ann, au Resort d’à côté … il y a un chemin qui longe le bord de mer, qui y mène agréablement. On y mange nettement mieux et il y a plus d’ambiance.

Samedi  11.

Tandis qu’Ann était partie faire un nouvel avitaillement … j’ai procédé à l’entretien du GE.  Ce n’est pas un très gros travail (changement de l’huile, du filtre à gasoil et du filtre à huile) mais c’est immédiatement le bordel d’autant que j’en profite pour vérifier d’autres points et nettoyer tout ce qui peut l’être.

Avec l’humidité et les températures que nous connaissons en ces régions, ma salopette de travail était à tordre (en le sens tout premier du terme) quand j’en ai eu terminé !! « Se liquéfier » … vous connaissez tous le terme mais qui peut se vanter d’en comprendre le sens profond s’il n’est jamais venu en ces latitudes !! Je n’ai souvent pas le temps de me sécher en sortant de ma douche … que je suis aussi trempé qu’à la sortie de la douche ! C’est dingue. Les « locaux » n’ont pas l’air d’être incommodés par cette humidité … au contraire, ils s’habillent des pieds à la tête !

Dimanche 12.

En principe, nous partons demain matin pour le mouillage de « Mesanak » (54 milles) … encore faudra-t-il que nous obtenions au préalable, nos autorisations ! C’est la marina de « Nongsa Point » qui se charge des démarches auprès des diverses administrations mais depuis vendredi, on nous promet les documents et comme sœur Anne, nous ne voyons toujours rien venir.

Depuis « Boat Lagoon », nous essayons de trouver une solution au chuintement énervant de notre « joint tournant » ou « presse-étoupe » … mais je dois bien reconnaître que je remettais facilement au lendemain, la question tant j’étais persuadé être trop grand pour l’atteindre sans difficultés. Faut croire que je suis plus souple que je ne le pensais car l’accès est tout simplement aisé !

Le fabricant était convaincu que le montage réalisé par le chantier, était en cause et nous suggérait un montage simplifié. Après expérimentation, nous en sommes vite revenus au « montage chantier » !!  Il nous faudra donc chercher dans une autre direction …

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :