Publié par : Ann & Stéphane | 3 août 2014

26.07 au 03.08.2014 – Darwin (Australie) – Kupang (Indonésie): 466 NM

Samedi  26.

Le coup de canon était prévu à « Fannie Bay » à 11 heures … la ligne de départ étant formée par une bouée jaune et un bateau de touristes affrété par les organisateurs.

Peur de la bousculade, peur de se mesurer aux autres bateaux, soucieux de prendre une avance sur le peloton … les motifs les plus divers ont motivé un nombre important de participants à s’élancer  plus tôt.  Certains comme « Sagata » ou  « Kailana » sont même partis juste après la délivrance de leur clearance de sortie c’est-à-dire la veille !

Avec quelques rescapés dont « Ichtus », « Panisse », « Kiwi Coyotte »  ou « Early Purple II » nous avons attendu sagement le coup d’envoi … en stressant juste ce qu’il fallait.

A  10.40 heures, nous avons relevé notre ancre et cerclé comme tous les autres bateaux  … mais un peu à l’écart. Il nous fallait à tout prix éviter d’entrer en collision avec un autre bateau et notamment, avec un des « locaux » qui se baladaient dans le mouillage ! Si nous avions eu des pavillons de régate, nous aurions au moins pu bénéficier de la priorité …

Un reproche que j’adresse aux organisateurs, est de ne pas nous avoir fourni un pavillon aux couleurs de « Sail Indonesia » en sorte de pouvoir se reconnaître  plus facilement. PS. Les pavillons furent distribués à « Kupang ».

H-3’ nous nous sommes dirigés vers la ligne de départ que nous avons franchie en même temps que « Early Purple II », « Dash » ou encore « Beau Soleil » … nous n’avons donc  pas raté notre départ.

Pris en sandwich entre le bateau comité et les autres concurrents, il nous a été impossible de manœuvrer juste au moment où le vent venant maintenant sur l’autre bord, nous aurions dû empanner !

Grâce à son inertie, nous avons pu franchir la ligne et enrouler notre génois !! Du fait de la présence de deux voiles sur l’avant, pour virer de bord ou empanner, il nous faut d’abord enrouler le génois pour le dérouler ensuite sur l’autre bord …

Ambiance festive, on ne peut parler de « régate » dès lors qu’il n’y a pas de classe, pas de handicap et que surtout, l’emploi du moteur n’est guère prohibé … « Beau Soleil » a même passé la ligne de départ, au moteur !

« Early Purple II » (28 mètres) a directement donné la mesure en envoyant son spi asymétrique (qu’il déchirait deux jours plus tard) … sur la ligne de départ.  « Ichtus » a suivi  un peu plus tard en envoyant son genaeker. Deux autres concurrents ont envoyé leur spi asymétrique.  Les autres marchaient à la voile, le plus souvent  « aidé par un peu de moteur » selon l’expression consacrée  … comme si cela faisait une différence de marcher « au moteur » et « aidé par un peu de moteur ».

Pour notre part, nous marchions à la voile (GV + génois).

La mer était belle et le vent avoisinait les 10 nœuds … un temps de demoiselle avec un angle de vent tournant autour des 90°.

« Ichtus » (72’) était dans son élément et nous dépassa avec superbe.

Sur le coup de midi, nous avons mis le moteur car il était primordial de quitter la baie avant que le courant ne s’inverse … ce qui nous a permis de dépasser à notre tour, « Ichtus ».

A la sortie de la baie, Ann me propose d’envoyer notre spi asymétrique !! Cela lui trottait depuis quelques temps de réaliser un départ sous spi …

Sans plus réfléchir, nous voilà sur l’avant du bateau à batailler ferme avec notre spi pour l’envoyer plus ou moins correctement. Par mer calme, c’est un plaisir d’envoyer ce spi qui ne demande qu’à prendre son envol sans le moindre effort.

Convaincu que nous aurions l’avantage sur « Ichtus » … je fus attristé de constater que lui aussi avait envoyé entre-temps, son spi asymétrique ! Et nous voilà, une seconde fois, dépassé en puissance.

Nous avons gardé notre spi une heure durant mais malheureusement, le vent en forcissant (14 nœuds) a tourné et nous l’avions maintenant à 60°. C’est bien dommage (nous aurions dû l’envoyer plus tôt) car les conditions étaient idéales pour un équipage aussi réduit que le nôtre mais nous avons préféré anticiper que d’attendre que tout tourne à la catastrophe pour l’affaler.

Sous GV et génois, « S.A.S.³ » marchait bien  et commença à distancer les autres candidats. Nous avons eu « Umineko » (catamaran japonais 43’) qui nous a talonnés tout un temps pour ensuite décrocher complètement !! Ne s’agissant pas d’une « régate », tout le monde utilise son moteur comme il l’entend et bien évidemment, beaucoup gardent leurs voiles établies en sorte qu’il est difficile de savoir s’ils  «s’aident » ou non, du moteur.

En fin d’après-midi, le vent se cassait carrément la gueule (3 nœuds) et tous les bateaux, les uns après les autres, passaient au moteur toute. « Kiwi Coyotte » (50’ plus taillé pour la régate  que la croisière avec des voiles 3D en fibre carbone) fut le premier à donner l’exemple en affalant toutes ses voiles.

Comme beaucoup de « petits malins » étaient partis avant le coup de canon, le plan d’eau était saturé de voiliers et durant la nuit, il nous a fallu faire une veille efficace pour ne pas rentrer en collision avec l’un ou l’autre.  Par chance, la majorité des participants ont un transpondeur (émetteur) AIS.

Bien que nous marchions au moteur à 1.500 tours, nous avons passé notre nuit à dépasser tout le monde dont … « Ichtus » qui était à 1.800 tours et «  Kiwi Coyotte » !!

Le feu de hune (en milieu de mât) est obligatoire lorsqu’un bateau se propulse au moteur … question de priorité : le bateau à voile a priorité sur le bateau à moteur. Pourtant, depuis que nous sommes partis « round the world », nous ne mettons jamais notre feu de hune au seul motif qu’il éblouit  et rend moins efficace notre vision nocturne.

Toutefois, je me suis rendu compte cette nuit combien ce petit feu blanc était visible et permettait de mieux se faire voir la nuit ! Aussi, nous l’avons mis exceptionnellement tant il y avait du monde sur l’eau.

Dimanche  27.

Nombre de milles nautiques parcourus en 24 heures : 165.

Lors de mon quart commencé à  1 heure du matin, j’ai pu voir sur notre écran radar … un grain !!! Au matin, deux ou trois autres grains étaient visibles mais se sont « évanouis » par bonheur. Comme je l’ai déjà dit … rien ne me fait plus horreur qu’un grain.

Pour éviter des chocs désagréables de la bôme, la première chose que j’ai faite en prenant mon quart, fut d’affaler la GV.  Au petit matin, j’ai vu que « Ichtus » qui nous suivait à distance raisonnable, était également à sec de toile.

Nous n’aimons pas affaler totalement notre GV car il est plus difficile par la suite, de l’envoyer et notamment de nuit. En le cadre de cette navigation, il semblerait que ce soit cependant la règle ! Il faut préciser qu’en cette région,  le vent a tendance à se casser la gueule durant la nuit.

Dès que nous avons été suffisamment réveillés, nous avons envoyé la GV et le génois (« Ichtus » a envoyé uniquement son genaeker). Mais si la mer était belle ce samedi, elle est nettement plus formée ce dimanche avec un vent tournant  dans les 16-17 nœuds … limite « vent arrière ». Aie. Ce n’est évidemment pas l’allure qui nous convient mais nous essayons de tirer notre épingle du jeu sans devoir recourir à « l’aide du moteur ».Subtil compromis donc entre vitesse et fasseyage de voiles.

Lors d’une vacation VHF, nous avons appris que « Early Purple II » était 20 milles nautiques devant nous à 7.30 heures du matin. C’est beaucoup moins que je ne le pensais d’autant qu’il était au moteur.

Pour le moment, nous faisons chemin de conserve avec « Ichtus » qui va un poil plus vite que nous. Hier, il nous écrasait mais la mer était calme … alors qu’aujourd’hui, avec une mer plus formée, nous faisons jeu plus égal. De surcroît, « Ichtus » emploie énormément son genaeker mais de ce fait, il tire des bords épouvantablement longs alors que nous suivons la ligne idéale … en sorte que nous sommes le  plus souvent, devant lui !

Evidemment, notre combinaison n’a tenu que la matinée en sorte qu’en début d’après-midi, nous renoncions à marcher à la voile et nous nous sommes fait « aider par un peu de moteur ».

Sans être déjà capable d’émettre un avis définitif sur notre participation au rallye, nous prenons conscience de l’un de ses désagréments ! Comme il n’y a pas de « régate » mais que tout le monde part du même point pour arriver à un autre même point … difficile d’échapper à « l’ambiance régate ».

J’adore régater en temps normal mais ici, il est difficile de trouver le juste milieu : soit, nous marchons à la voile et nous enrageons contre tous ceux qui s’aident du moteur … soit, nous marchons au moteur et nous sommes bourrés de scrupules vis-à-vis de ceux qui le font à la voile !!

En fait, ce qui nous conviendrait c’est que tout le monde fasse exactement la même chose que nous, au même moment et de la même manière. Nous déciderions des moments de voile et de moteur, du type de voile à mettre, de prendre ou non un ris, de prendre telle ou telle route, de régler de telle ou telle manière sa voile etc. … avec bien entendu l’obligation non écrite mais primordiale de ne jamais nous dépasser.

Comme si ma prière avait été exhaussée, quelques instants seulement après que nous ayons affalé notre GV … « Ichtus », « Kiwi Coyotte » et « Esoterica » en faisaient de même !! Il s’agit des trois seuls voiliers encore dans notre horizon. Il y a le peloton derrière nous et quelques échappés devant nous dont « Equinox » (80’) qui est parti plein pot au moteur quatre heure avant le coup de canon !

Petit contrôle par l’avion des Customs qui nous a plusieurs fois survolés avant de prendre contact avec nous … pour connaître le nom du bateau ! Il est vrai que vu du ciel, notre annexe empêche de voir le nom du bateau inscrit  sur le tableau arrière … motif pour lequel il est également repris (en plus petit, il est vrai) sur les deux côtés.

 En un certain sens, je ne sais pas si nous ne regrettons pas déjà nos navigations en solitaire où nous décidions de tout et n’avions de compte à rendre à personne …

Lundi  28.

Nombre de milles nautiques parcourus en 24 heures : 160.

De 19 heures à 1 heure du matin, Ann a dû faire face à beaucoup de trafic (pêcheurs, cargos, plate-forme de forage) sans pour autant devoir se dérouter … alors qu’elle fut très calme de 1 à 6 heures pour votre serviteur.

La mer est restée assez formée jusqu’en début de matinée (le soleil se lève à 7 heures – heure de Darwin) pour ensuite se présenter sous un jour plus agréable. Le vent en tournant légèrement, nous a permis d’envoyer toute la toile et de marcher par 120 à 140° – 13 à 14 nœuds de vent réel.

Comme si nous en avions donné le signal, « Ichtus » envoyait également de la toile. Ce dernier se situait à 7,9 milles nautiques derrière nous … talonné de près par « Kiwi Coyotte » à 8,3 milles nautiques.

Au vu de l’état abordable de la mer et d’un vent faible, nous avons décidé d’envoyer « l’asy » (spi asymétrique). Il s’agit d’un aspect positif du rallye … cela nous incite à dépasser notre petite routine.

Fort de notre dernière expérience, nous n’avons quasiment (mais quand même un peu) pas merdé pour l’envoyer. Je vous assure que quand vous êtes seul sur le pont avant et que vous sentez les 235 m²  de spi se déployer … cela vous chauffe les fesses.

Dès qu’il fut en place, notre vitesse passait la barre des 8 nœuds atteignant même les 9 nœuds. Nous avons tenu agréablement notre asy durant trois heures (10 à 13 heures).

En dehors du rallye, nous l’aurions tenu moins longtemps mais avec nos deux « zozos » derrière nous, nous ne voulions pas qu’ils nous rattrapent … du moins pas trop facilement. Comme grâce à l’AIS, il suffit d’un clic pour connaître le cap, la vitesse et la distance de votre concurrent, j’ai relevé que « Ichtus »  (72’) nous avait pris un petit mille nautique en deux heures tandis que  « Kiwi Coyotte » (50’) nous avait pris 0,350 mille nautique sur la même période. C’est déjà de trop, j’en conviens, mais je plaide notre inexpérience en matière de spi asymétrique. Par contre, nous connaissons toutes les ficelles du spi symétrique que nous avons pratiqué depuis plus de 20 ans.

Comme toujours, une survente qui dure un peu trop longtemps et nous voilà à plus de 10 nœuds dans l’eau par 17 nœuds de vent réel à 100° du vent !! C’est là qu’Ann et moi, nous décidons dans un même élan, d’affaler « l’asy » avant que la situation ne devienne dangereuse. Tout à peine rangé dans la soute à voile … et le vent retombe à ce qu’il était au départ !! Grrrrrrrrrrrr.

En croisière, pas de doute que nous en resterions là avec le sourire mais en le cadre de cette pseudo régate, cela nous tenaillait les tripes de le renvoyer … et une heure plus tard, nous l’avons finalement renvoyé !!! Mais entre-temps, le vent  réel avait chuté dans les 10 nœuds !!!

De son côté, « Ichtus » a craqué et est passé au moteur à sec de toiles ! J’adore cette expression … « nous avons craqué ». Elle traduit bien l’état d’esprit lorsqu’on se voit contraint de passer au moteur parce que les voiles vous ont cassé trop longtemps les oreilles.

Deux petites heures plus tard et alors que « Ichtus » était à notre hauteur, nous avons craqué à notre tour … tant il était impossible de conserver une forme à notre « asy » sans compter la GV qui faisait énormément de bruit.

Loin derrière, « Kiwi Coyotte » a lui aussi « craqué » peu de temps après nous. Il reste maintenant à parcourir les derniers  100 milles nautiques, ni trop vite, ni trop lentement pour arriver aux premières lueurs du jour.

Alors que la nuit aurait dû être calme … le vent est monté à 16-17 nœuds mais un peu trop vent  arrière que pour être agréable. La mer s’est également démontée. Voilà pourquoi, nous n’aimons pas affaler complètement la GV car en pareille situation, nous aurions au moins tenté de marcher à la voile.

Mardi  29.

Nombre de milles nautiques parcourus en 22 heures : 141.

A l’approche de l’île de Timor, nous avons été contraints de redoubler de prudence en raison  de nombreux feux qui scintillaient dans le noir, un peu partout ! Il n’était pas toujours simple de faire la distinction entre les feux d’un bateau et les feux de la terre, entre un bateau de pêche et un voilier … en bref, une nuit exténuante d’autant que quand nous aurions pu dormir un peu, nous n’avons pas trouvé le sommeil !

« Ichtus » et « S.A.S.³ » ne se sont pas quittés d’une semelle jusqu’à l’arrivée (7.30  heures – heure locale) ! Pour notre plus grande surprise, il n’y avait que « Equinox » (80’) qui était présent !! Nous avons appris que « Early Purple II » avait passé la nuit  à l’abri d’un mouillage situé à une vingtaine de milles nautiques avant « Kupang » et n’arriverait qu’en cours de matinée.

Premières mauvaises impressions … il n’y avait aucun responsable du rallye pour répondre à  la VHF (sans doute en raison du fait que nous ne sommes pas arrivés durant les heures de bureau …) et le mouillage est balayé par un vent de 20 à 25 nœuds et le fetch ! Joie.

Une heure après notre arrivée, les premiers bateaux faisaient leur apparition ce qui nous a permis de mettre enfin un visage sur certains candidats qui n’étaient ni au mouillage, ni sur la ligne de départ … j’ai ainsi pu apprendre que parmi les participants, il y avait même un bateau à moteur  … « Murrundi » !

Sur le coup de midi, la douane, la quarantaine et les Coast Guards ont entamé leur visite de contrôle  … ce qui n’était nullement garanti par avance car aujourd’hui, c’est jour férié (lendemain de la fin du ramadan).

La question qui m’a d’abord taraudé l’esprit, fut de savoir si nous aurions droit au Zodiac ou à l’infecte barquette qui leur sert de moyen de locomotion ! La différence ? Avec le Zodiac, ils peuvent facilement embarquer au départ de la jupe arrière alors qu’avec leur barquette, ils seraient montés sur le côté avec le risque d’abîmer la peinture de coque d’autant que le conducteur ne paraissait pas être un as du volant.

Pour une fois, nous avons eu de la chance et plus encore car ils étaient tous pieds nus ! Fait rarissime, les douaniers et autres « officiels » sont toujours en grosses bottines militaires qui meurtrissent votre teck avec délice !

Ils étaient 6 à bord et après avoir rempli de la paperasserie à l’infini, en un nombre incroyable de copies,  nous avons eu droit à une inspection en profondeur de tout le bateau. Inspection par coup de sonde où j’ai quand même dû ouvrir un plancher, enlever le fond (amovible par bonheur) de l’équipet de la table à cartes, montrer le moteur ou les locaux techniques … sans oublier que tous les tiroirs ou les équipets ont été ouverts.

Deux constats s’imposent … d’une part, il leur est impossible de ne pas vous taxer de l’une ou de l’autre babiole (bières, chocolats) et d’autre part, il est impératif d’avoir un cachet du bateau car tous les documents sont estampillés avec celui-ci !

Il  faut ensuite poursuivre les formalités à terre (quarantaine, douanes, immigration et enfin, le port) … job en lequel  Ann excelle. Il faut reconnaître aux organisateurs, un sens pratique extraordinaire puisque les représentants de tous les services avaient été rassemblés dans une même salle.

Au passage, j’ai appris  que « Kiwi Coyotte » avait trouvé assez génial, notre petite navigation de 3 jours  … s’il savait qu’il m’a tant stressé durant ces 3 jours !

Comme le vent est assez fort,  les bateaux dérapent allègrement  … enfin, certains seulement.  Il est donc primordial de s’assurer que les bateaux ancrés devant vous, peuvent  supporter le coup de vent  … les nouveaux venus sont donc toujours une menace !

La petite histoire de  « Esoterica » est amusante … tandis que les propriétaires étaient au bar du port, leur  bateau dérape sur « Early Purple II » ! Quand nous le constatons, Céline et André de « Early Purple II » étaient déjà à bord de  « Esoterica », mettaient le moteur en marche et remontaient l’ancre en sorte que quand les propriétaires sont arrivés … leur bateau était presque à nouveau déjà ancré !

Comment les proprios ont-ils été prévenus ? Par Ann qui les avaient vus au bar et qui a demandé à l’un des organisateurs de les prévenir. C’est l’une des raisons pour laquelle je ne quitte jamais le bateau durant les premiers 24 heures de notre ancrage.

Mercredi  30.

La qualité des eaux indonésiennes est souvent décriée. Pourtant, face à « Kupang », l’eau est suffisamment propre (en cours d’après-midi, elle est souvent fort chargée de détritus divers à moins que cela ne dépende que de la direction du vent) pour que j’aie  l’envie de m’y baigner !  Depuis le temps que je rêve de pouvoir nager en toute liberté autour du bateau …

Cela m’a également fait prendre conscience que toute notre coque était déjà recouverte d’un fin duvet  d’algues, beaucoup plus intense aux lieux de passage des sangles de levage ! J’ai malgré tout résisté à l’envie de nettoyer tout cela au seul motif que notre couche d’antifouling est à ce point mince qu’après un tel traitement, je serais contraint de recommencer l’opération tous les 15 jours !

Un vent toujours assez soutenu  (15 à 20 nœuds) avec une grosse houle venant du large en cours de journée ! Cela ralentira fortement le contrôle des bateaux par les officiers de la quarantaine car ceux-ci ne disposent pas d’aussi grosses annexes que celles des douanes !

Comme un nid de sauterelles, les bateaux du rallye se sont abattus sur le mouillage  de « Kupang » … c’est très animé et pour une fois, ils sont tous « prisonniers » … plus question de partir en marina, plus question de quitter  inopportunément  le mouillage. J’en jouis de bonheur …

Quand  je songe à tous les participants qui se sont littéralement rués sur les marinas lors de leur arrivée à « Darwin », j’ai quelques difficultés à imaginer ces mêmes participants se priver de marina durant trois mois … ils ont sans doute mal lu le programme.

Un petit cours sur l’étiquette navale ne serait sans doute pas superflu pour certains … en cause, le pavillon Q ou pavillon jaune qui doit être arboré en-dessous du pavillon de courtoisie, du côté tribord du mât. Ce pavillon signifie que le passage de la douane est demandé et sera donc arboré lors de l’entrée dans les eaux territoriales de tout nouveau pays visité.

C’est un vrai festival d’originalité en la matière : pavillon jaune du côté bâbord, au-dessus du pavillon de courtoisie, pas de pavillon du tout,  pas de pavillon de courtoisie, un pavillon jaune beaucoup plus grand que le pavillon de courtoisie ou inversement, un pavillon jaune tirant très fort sur le vert  …

Alors que j’aurais pensé que les catamarans seraient en tête de (régate), de manière assez surprenante, le premier n’est arrivé qu’en fin d’après-midi de mardi ! « Obione » de Michel, parti pour être le camion-balai avec ses problèmes de moteur , se défend très bien puisqu’il est arrivé ce matin à 9 heures (heure locale).

Il  semblerait  que « Panisse » soit le dernier bateau arrivé (en fin de matinée) alors que je ne compte que 32 (dont 15 arrivés mardi) sur 52 participants … et 3 pique-assiettes !! Il est toujours possible qu’en cours de traversée, les autres participants aient modifié leur plan de départ et aient décidé de faire leur entrée à « Saumlaki ».

Précisons en ce qui concerne nos copains « Panisse », qu’ils ont passé une partie de la nuit à la cape, ayant préféré s’abstenir avec raison, d’une arrivée de nuit. D’autres comme notamment « Badoc », ont tenté l’expérience, ce qui a valu à « Panisse » de se voir dépasser par tout le monde …

Petite anecdote … je suis dans le cockpit, la musique plein les oreilles et tout d’un coup,  je sursaute en entendant  une vache mugir longuement … sauf que ce n’était pas une vache mais le muezzin qui appelait à la prière !! C’est qu’il m’a foutu une de ces frousses. Il faut préciser que son haut-parleur est  juste à hauteur de notre bateau. Hier soir, nous nous sommes endormis en l’écoutant psalmodier ! Mais aujourd’hui, c’est infâme … un jeune semble s’initier à la tâche !

De temps en temps … mouais, bon d’accord … un peu plus souvent que de temps en temps, je prends un grand verre que je remplis à ras bord de glaçons (motif pour lequel nous avons un icemaker  à bord)  que j’inonde ensuite de Martini Rosso. Avec quelques peanuts et rondelles de saucissons, je ne vous dis pas le pied …

Seulement voilà, ma réserve de Martini n’est pas inépuisable et malgré tous ses efforts, Ann n’en a pas dégoté une seule bouteille à « Darwin » !! Imaginez notre surprise, d’en trouver et en magasin de surcroît,  à « Kupang » … à croire que les Timoriens ont un palais plus fin que ceux des Australiens du Nord !

16.37 heures … arrivée très tardive de « Chrisandaver Dream », un pique-assiette qui m’est très antipathique (cfr. article précédent) !

Profitant que la houle diminuait enfin, je suis parti rejoindre Ann à terre, avec notre annexe. Il s’agissait d’un test !  Toute une organisation locale s’est créée autour de la garde des annexes des plaisanciers  et plus encore pour les mettre au sec et ensuite, les remettre à l’eau. Le principe est simple, vous ne payez qu’une seule fois par jour quelque soit le nombre d’allers  et venues et le paiement (7 $) se réalise entre les mains d’un unique responsable (Michael).

Le système semble à la fois bien rôdé et efficace sauf qu’avec notre annexe de 250 kg, à 9 porteurs ils sont juste parvenus à la sortir de l’eau … plus exactement, à la tirer hors de l’eau (il est vrai que j’en ai vu quelques-uns qui ne portaient pas grand-chose) !!  Vu de plus près, j’ai aussi relevé que la plage de sable fin était fort parsemée de cailloux … notre annexe en a donc pris un sérieux coup mais par bonheur, son fond est en aluminium.

Comme la marée descendait encore, nous avons préféré attendre (en allant diner au « night market » avec tous les copains) qu’elle remonte jusqu’à notre annexe pour partir. Par contre, si vous demandez à un local quand la marée sera haute … il vous répond qu’elle le sera lorsque l’eau aura atteint un niveau qu’il vous indique. On reste confondu devant autant de bon sens …

Jeudi  31.

Alors qu’il était prévu un vent faible, nous avons une fois de plus, droit à un vent bien soutenu ! Vu la taille, la largeur et le poids de notre bateau, nous ne sommes aucunement incommodé par la situation mais quantité d’autres bateaux tanguent comme cela n’en est pas permis !

Après le vent … la houle qui rend la mer pénible pour nos annexes mais cela évolue assez vite en sorte qu’il peut être espéré d’en être quitte pour la fin de l’après-midi.

Si  ce matin, je comptais encore l’arrivée de quatre bateaux dont « Dash » … le premier voilier s’éloignait déjà au large sans que je n’aie eu le temps de lire son nom ! « Early Purple II » nous quitte dès demain car il a un programme chargé avec le passage du Cap de Bonne Espérance en décembre … et puis, et puis, trouver un mouillage un peu correct pour les propriétaires qui sont à bord, est également une priorité.

Petite journée de bricolage avec le changement de l’impeller (roue à aube de la pompe à eau) du groupe électrogène. Cela fait depuis  4 ans que j’esquive toujours le problème en laissant le technicien Northern Lights  s’en occuper lors des « grands entretiens » car l’impeller est quasi inatteignable. Mais cette fois, sur 12 ailettes, il n’y en avait plus que 1 et 2 embryons, je n’avais donc plus le choix  … comment ce groupe parvenait-il encore à marcher en de telles conditions,  relève du mystère.

Le rallye était invité par les autorités locales, à un dîner dansant se tenant au « 999 » … la dernière boîte à la mode de « Kupang » aurais-je envie de dire. Plus prosaïquement, il s’agit d’un bar & restaurant  assez vaste comportant une piste de danse et situé au pied de la plage qui sert de débarcadère.

Si  j’avais espéré une soirée « entre intimes », j’en fus pour mes frais car il s’agissait d’un véritable « meltingpot » des genres, des espèces et des cultures. Par chance, la région est majoritairement chrétienne en sorte que la bière coulait à flot et que les femmes étaient habillées à l’européenne.

Dans un brouhaha indescriptible, nous avons été appelés sur le podium pour la remise en grande pompe, d’une écharpe en signe de bienvenue ! Chaque pays était représenté par un couple choisi par les organisateurs. Comme nous sommes les seuls Belges …

« Panisse » a également reçu un prix sous la forme d’une petite couverture tissée localement, pour avoir été le premier à franchir la ligne de départ à « Fannie Bay ». Bravo à Marie & Jack.

Nous ne l’avons pas fait tard tant il était impossible de se parler en raison du bruit et aussi parce que nous étions venus avec l’annexe de « Eutikia » ancré près de nous.

Vendredi  01.

Le ciel est couvert et le vent toujours trop soutenu à mon goût. Si le mouillage ne nous pose pas de problème particulier, il n’en va pas exactement des autres participants qui  s’en plaignent beaucoup. Il faut donc s’attendre à quelques départs durant ce week-end …

Ce que j’ignorais c’est que les organisateurs avaient précisé dès le départ, que les mouillages étaient choisis en fonction des festivités locales et autres centres d’intérêt et non, pour leurs qualités maritimes ! Il s’agira d’en tenir compte r …

Si du côté des moustiques, on n’a pas à se plaindre pour l’instant (…), l’air est tellement chargé de sable que l’on pourrait prendre les poussières tous les jours que je ne pense pas que cela suffirait. Il suffit de passer le doigt n’importe où à l’intérieur pour s’en rendre compte !

Ann, en compagnie de « Eutikia », s’est rendue au grand marché de Kupang : très coloré et odorant.

Nom de code … « opération  jerrycans  » !

Pas de marina … pas de ponton fuel. Il faut donc recourir à l’utilisation archaïque de jerrycans pour refaire le plein des réservoirs. Nous avions connu cela aux « Galapagos » mais là au moins, ils étaient venus les apporter au bateau et en une seule opération. Ici, il a fallu commander, poiroter une journée pour des nèfles … pour ne recevoir que 120 litres (4 jerrycans) sur les 300 litres demandés que nous avons encore dû aller chercher avec l’annexe.

Vu la traditionnelle forte houle d’après-midi, l’opération s’est révélée aussi  scabreuse que poisseuse (rien n’est pire que du diesel). Nous espérons maintenant recevoir le reste de notre commande … demain.

Selon « radio ponton » toujours mieux informée que quiconque … le fuel  indonésien contient des quantités importantes d’eau ! Nous avons donc procédé à toute une série de vérifications qui n’ont rien décelé d’anormal. Je sais, je sais … vous me rappellerez mes propos lorsque nous tomberons en panne de moteur.

Le soir, le rallye était l’invité du Gouverneur. J’avais espéré que nous aurions été invités en son Palais  que je voyais déjà immense et somptueux mais au lieu de cela, nous avons eu droit au « 999 » Bar & Resto. Le buffet semblait à s’y méprendre à celui de la veille … les restes peut-être ? Mais je suis terriblement  mauvaise langue car la nourriture  était très bonne.

J’ai de loin préféré cette soirée à celle de la veille … il y avait nettement moins de monde, c’était visiblement plus  sélecte et au moins, il n’y avait pas tout ce brouhaha indescriptible. Et vous ne le croirez pas mais j’ai eu personnellement (Ann n’y était pas conviée) droit une nouvelle fois  aux honneurs du podium… en ma qualité de digne représentant de la Belgique. J’ai … oui, enfin … nous avons même posé pour les nombreux photographes avec le Gouverneur. Qu’est-ce que vous dites une fois de cela ?

A nouveau, j’ai reçu une nouvelle écharpe … aussi, c’est décidé, à la fin du rallye, j’ouvre un magasin d’étoffes.

Samedi  02.

A la suite de « Eutikia », de « Ichtus » et d’autres bateaux, nous nous sommes inscrits à une excursion en bus jusqu’à  « None Village » … dernier village de réducteurs de tête du Timor. Par bonheur, nous avons gardé toute notre tête et notre intégrité.

On ne peut affirmer qu’il y ait quelque chose à voir mais là, n’était pas notre but. Nous souhaitions plus simplement côtoyer la population locale en son milieu de vie et découvrir les paysages. De ce point de vue nous n’avons pas été déçus même si le trip a été pour le moins, un peu longuet … nous sommes partis à 7 heures et nous étions de retour à 21 heures !!

Un très joli souvenir que nos courbatures nous rappelleront le lendemain … le bus de notre excursion était évidemment aux mensurations indonésiennes !

 Un souvenir un peu plus douloureux pour « Eutikia » dont le moteur 8CV Yamaha est tombé en panne en raison d’une impeller en rade … en venant nous chercher avec son annexe ! La cata car les morceaux d’impeller ont bouché toute la conduite de refroidissement et que le technicien prévoit 4 à 5 jours de travail pour tout démonter … sans garantie de succès ! Aussi Giovanni a-t-il pris la décision de reprendre son moteur,  de poursuivre son voyage et d’utiliser son moteur de secours  …

Cela m’incite à vous raconter la mésaventure qu’a connue « Badoc ». Nos copains ont une annexe à fond gonflable qui nécessitait une réparation. Pour y arriver, Francesc l’avait retiré et continué d’utiliser normalement son annexe  … au détail près que le fond en toile ainsi déforcé s’est arraché des boudins en crevant ceux-ci ! L’annexe est irréparable …

Par chance, d’autres bateaux se sont proposés de lui prêter ou de lui vendre leur seconde annexe, le dépannant ainsi temporairement. La commande d’une nouvelle annexe peut prendre des mois …

Dimanche 03.

Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la fin des festivités pour que tout le rallye décampe malgré un vent assez fort et dans le nez, de surcroît. Parmi la petite dizaine de bateaux qui restent ….  tous les participants à notre petite excursion de hier à l’exception de Michel  qui a suivi son inséparable « Badoc ».

Opération jerrycans 2. En rentrant hier soir au bateau, nous avions embarqué 6 jerrycans de diesel (180 litres) que nous avons transvasés ce matin dans nos tanks.

Nous quittons – en principe – demain vers midi, notre mouillage de « Kupang » pour « Pulau Alor » situé au NE. Nous comptons nous y rendre en une seule étape (132 milles nautiques) bien que le rallye ne nous y ait fixé rendez-vous que le 9 août. L’endroit est réputé pour ses plongées et nous espérons pouvoir en profiter un peu.

La plupart des autres participants comptent remonter le long de la côte du Timor et y faire une ou plusieurs escales avant de traverser sur «Pulau Alor ». Le problème réside selon nous, en l’absence de mouillages !

 

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Responses

  1. « nous avons attendu sagement le coup d’envoi … en stressant juste ce qu’il fallait. »

  2. Félicitations à vous deux pour les superbes manoeuvres sous spi!! Mais cela ne veut pas dire que vous n’avez plus besoin de moi!!!!!


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