Publié par : Ann & Stéphane | 30 juin 2014

13 au 20.06.2014 – Cairns – Stanley Island (Flinders Group) : 212 NM.

Vendredi  13.

Par chance, nous avons profité d’une accalmie pour tout ranger  et lâcher les amarres … non dans la précipitation mais sans lenteur inutile. Il était 7.10 heures à la sortie de la marina. Il pleut tellement à « Cairns » que c’est une chance d’avoir pu profiter d’une embellie passagère …

Une heure plus tard, nous laissions derrière nous,  le chenal d’accès  qui m’est apparu lugubre au possible.  L’occasion de croiser trois bâtiments de la marine australienne qui rentraient au bercail.

Embouquer un chenal est généralement très gai car l’écurie est au bout du chemin. Quitter un chenal est souvent lugubre car la plupart du temps, le jour est à peine levé et une longue navigation incertaine se profile à l’horizon !

Nous n’avions pas encore quitté « Cairns » de vue  que la pluie se rappelait à notre bon souvenir … et il en fut ainsi toute la journée !! Il s’agissait de grains suffisamment étendus que pour ne pas permettre d’en voir le début et la fin. Le vent montait alors dans les 18 à 20 nœuds … et bien entendu de direction plein Sud (vent arrière) alors qu’un vent d’Est avait été annoncé.

Les grains se succédaient aux grains et le vent en profitait pour jouer les girouettes tandis que la visibilité générale était exécrable … autre bienfait d’un grain.

Le moral n’était pas au beau fixe et l’idée de retourner à la marina m’a effleuré l’esprit ! Mais dans des situations comme celles-là, le mieux à faire reste encore à faire le gros dos et prendre son mal en patience. Difficile cependant de bouquiner tranquillement dans le cockpit avec la pluie qui mouille tout …

Mais que faisiez-vous donc pendant tout ce temps ?

Il était extrêmement tentant de se réfugier à l’intérieur, au sec,  et de guider le bateau depuis la table à cartes (les commandes des pilotes automatiques sont dédoublées, nous pouvons suivre  la progression du bateau sur l’écran  et du carré, nous avons une superbe vue sur l’extérieur). C’est ce qu’a plus ou moins fait Ann.

Votre serviteur était pour sa part, fidèle au poste dans le cockpit, avec veste de ciré et maillot de bain trempé  … à scruter un horizon aussi bouché que désert.

Si nous avons navigué sous génois seul (en vent arrière), nous n’avons finalement pas trouvé le courage de hisser la GV qui n’attendait pourtant que cela !  Le moral n’y était pas de trop et les grains toujours aussi imprévisibles … sans compter la direction du vent qui changeait fort fréquemment.

Un peu avant la nuit, la côte s’est enfin dégagée des nuages bas … c’était magnifique à regarder : la montagne à l’état pur, sans le moindre signe de vie humaine. Nous sommes dans les régions du Nord qui ne connaissent pas le développement urbain …

Si on examine une carte, on constate que la Grande Barrière de corail est traversée du Nord au Sud par de multiple « zones de navigation » qui tantôt sont parallèles, tantôt se croisent, se rejoignent  ou se dédoublent. On peut parler d’une véritable toile d’araignée.

Si  ces « zones de navigation » ne sont pas balisées autrement que sur la carte, tous les feux signalant un danger particulier sont placés en fonction des « zones de navigation ». Autrement dit … il est plus aisé de naviguer de nuit, en respectant les « zones de navigation » !

Quant aux cargos … si nous avons opté à chaque fois pour la « zone de navigation » la plus proche de la côte, il n’en va pas de même pour ces mastodontes des mers qui empruntent parfois des « rails » que je n’oserais pas emprunter avec « S.A.S.³ » !!  Au demeurant, j’en ai compté une dizaine sur la nuit mais bien peu sur notre « zone de navigation » !

Evidemment, nous avons bénéficié d’une nuit étoilée avec Madame la Lune qui nous éclairait presque comme en plein jour, et hormis deux grains, nous avons eu droit à des conditions météo très clémentes (vent de 10 nœuds  et mer calme) mais je n’ai pas eu le sentiment d’une navigation difficile ou dangereuse … juste qu’il faut souvent changer de cap !

Samedi  14.

Au matin, nous étions à hauteur du « Cape Melville » derrière lequel il est possible de jeter l’ancre. Toutefois, les guides consultés lui préféraient  les mouillages des « Flinders Group » toutes proches. Aussi avons-nous parcourus 17 milles nautiques supplémentaires pour ancrer vers 11.30 heures,  à  « Stokes Bay »  sur « Stanley Island » où nous avons retrouvé un bateau de pêche.

Si hier, il pleuvait quasiment sans discontinuer, aujourd’hui, il fait plein soleil et la mer est très belle … aurions-nous retrouvés le paradis ? Il fait tellement calme … qu’on entendrait une mouche voler ! Pas le moindre souffle de vent !

L’eau n’est pas plus cristalline ici qu’elle ne l’est nulle part le long de la Grande Barrière ! Si nous n’avons pas encore vu notre premier crocodile, selon l’un de nos guides, ils seraient  au moins cinq  sur notre île …

Nous avons reçu des nouvelles de « Obione » qui était dans le lagon de  « Lizard Island » avec beaucoup d’autres bateaux mais qui cherchait un mouillage plus sécurisé pour le mauvais temps annoncé.

« Obione » en compagnie de « Badoc » a opté pour le cabotage avec des navigations quotidiennes d’une cinquantaine de milles nautiques … programme fort différent de celui de « S.A.S.³ » où nous aimons profiter de la quiétude d’un mouillage qui nous convient, quitte à parcourir de plus longues distances par la suite.

En fin d’après-midi, nous avons assisté au ravitaillement de notre petit bateau de pêche par un petit caboteur. Ce ravitaillement en mer permet aux pêcheurs de rester sur zone sans devoir périodiquement rentrer jusque « Cairns ».

Sans demander notre reste, nous avons été nous coucher avec les poules tandis que notre bateau de pêche repartait vers d’autres horizons en nous laissant seul au mouillage.

Dimanche  15.

Le ciel est couvert sans être menaçant, le vent est bien plus présent et nous connaissons un très léger tangage du fait que nous sommes à marée haute et dans la zone des dix mètres. Nous pourrions être plus proches  du rivage mais les fonds remontent rapidement et il nous faut tenir compte  d’un marnage d’environ deux mètres.

Depuis ce matin, nous avons un voisin … « SAN-E-T » (catamaran d’une quarantaine de pieds). Même si  nous n’aurons vraisemblablement aucun contact avec ce nouvel arrivant car tout simplement aucun de nous ne mettra son annexe, à l’eau … cette compagnie me plaît car elle me rassure.

Enfer et damnation … je viens de découvrir que notre frigo de table de cockpit est à nouveau en panne  … et qu’en fait,  celle-ci est intermittente !! L’intermittence de la panne ne va pas faciliter les choses et vu le coût de l’intervention d’un frigoriste, je finis par me demander si nous ne devrions pas une nouvelle fois, changer d’appareil !

Arrivée vers 15 heures, d’un second voisin … « Josida » (sloop australien, modèle  des années 1960 d’une quarantaine de pieds).

Lundi  16.

Nous sommes réveillés par les vagues qui viennent frapper bruyamment notre jupe arrière !!! Par je ne sais trop quel sortilège (un courant contraire ??), l’étrave du bateau ne pointe plus dans le vent mais dans le sens contraire ! Pour notre malheur, nos deux voisins, plus proches du rivage, ne connaissent pas ce problème … ce qui est déstabilisant.

Nous avons essayé avec les propulseurs de remettre le bateau dans le bon sens mais à peine en position, il repartait lentement dans l’autre sens ! Moins d’un quart d’heure plus tard (à mi-marée), il s’est remis tout seul dans le bon sens !!!

Si  je suis tenté de remonter l’ancre pour la jeter plus près de la côte, Ann craint une remontée rapide des fonds … nos voisins ont sans doute un moins grand tirant d’eau que nous.

Les crocodiles de mer !! Tous les guides nautiques nous mettent  en garde contre ces animaux (beaucoup plus dangereux que les requins) que nous n’osons pas mettre un pied dans l’eau, ni mettre l’annexe à l’eau et encore moins aller se promener sur la plage !

Aussi, nous restons totalement dubitatifs lorsque nous voyons  nos voisins australiens se comporter comme s’il n’existait pas le moindre danger : annexe à l’eau,  pêche et nettoyage du poisson au départ de l’annexe, longue promenade sur la plage …

En début de soirée, le vent est monté d’un cran (dans les 18-20 nœuds) et si cela n’a rien d’extraordinaire, quand est au mouillage, les impressions sont toutes autres. On ne tient malgré tout que par sa chaîne et si elle devait casser ou l’ancre déraper durant la nuit …

Par bonheur, lorsque je me suis mis au lit après avoir regardé deux DVD, le vent a miraculeusement chuté d’intensité … me donnant le grand sentiment de sécurité dont j’avais besoin pour m’endormir.

Mardi  17.

Il fait crade et le vent souffle fort … malheureusement c’est pour cette nuit et les deux jours qui suivent que l’on attend les « orgues de Staline » !! Depuis que nous sommes arrivés à ce mouillage, une angoisse sourde me tenaille le corps. C’est très désagréable de savoir que le pire doit encore arriver d’autant qu’on ignore comment tout cela va se présenter … de jour, on peut encore réagir mais de nuit !

Le mouillage est  bon et le bateau reste très confortable même si de temps à autre, cela bouge un peu. Dommage que l’on ne soit pas mieux protégé du vent et surtout, de ses sifflements stridents qui mettent les nerfs à vif.

Ann veille au grain et constate que notre ancre dérape par petits bonds malgré ses 60 mètres de chaîne !!  C’est le type même d’annonce  qui  m’insupportent au plus haut point  … j’ai besoin  d’avoir une confiance aveugle en notre ancrage et je ne peux dès lors admettre que nous dérapions.

Malheureusement, tout semble donner raison à mon épouse ! Que faire ?

Il est certain qu’en cours de journée, les rafales de vent à 30 nœuds se sont accentuées, que le fetch a commencé à se faire désagréable et que ma sourde angoisse du départ, me tenaille davantage. Que faire ?

Ce n’est pas quand le vent souffle plus fort que l’on a particulièrement envie de lever l’ancre … et pourtant, c’est ce que nous avons fait ! Pour une fois … nous étions d’accord de nous rapprocher beaucoup plus sensiblement de la côte ! Depuis le matin, j’avais relevé que « Josida » (SAN-E-T  est parti vers le fond de la baie en tout début de matinée)  semblait beaucoup moins souffrir que nous, du vent et du clapot !

Au fur et à mesure de notre approche,  je voyais à la surface de l’eau et  je sentais dans l’air que nous nous dirigions vers des conditions nettement plus agréables : plus de clapot, vent quasi nul à l’exception de bourrasques épisodiques et réel sentiment  d’apaisement !

Nos nouvelles conditions de mouillage ont eu un effet immédiat sur nous et pour ma part, j’ai eu l’impression d’avoir un énorme poids en moins sur l’estomac : je revivais !

Déjà la veille, Ann avait essayé de rentrer en contact avec « Josida » mais sans succès. Aujourd’hui, comme Alice & David passaient en annexe devant notre bateau, elle a pu attirer leur attention et les faire venir à bord.

Apéro sympa … même si la barrière de la langue restreint toujours un peu le contact.

Mardi 18.

Moi qui était si heureux d’avoir retrouvé la quiétude au mouillage … nous revoilà ceinturés  par le fetch !  En soi, le bateau reste d’une remarquable stabilité mais tout ce qui nous entoure n’est que vent, bruit  et vagues  … et j’ai profondément horreur de cela.

Ce changement de situation résulte d’un vent à la fois plus Est et plus régulier en force (20 à 30 nœuds). « Cinq jours de tempête c’est long » comme nous l’écrivait ce matin, Michel de « Obione » …

Très gentiment, Alice & David sont venus nous chercher en annexe pour une ballade sur la plage … mais comme nous n’aimions pas laisser le bateau sans surveillance, je suis parti seul avec eux. Notre annexe est toujours solidement attachée à l’arceau arrière et plus le temps passe et moins j’ai envie de la désangler …

Sur la plage, David m’a montré un camp de fortune pour barbecue aménagé par d’autres plaisanciers qui ont laissé une trace de leur passage en gravant le nom de leur bateau sur une planchette accrochée aux branches. Il s’agit d’une pratique assez courante sur les îles … un peu sauvages.

Tandis que David pêchait le long du rivage, nous nous sommes lancés, Alice et votre serviteur, dans une longue ballade le long de l’eau. Non … je n’ai pas vu la moindre trace de crocodile. Il semblerait que ceux-ci résident sur l’autre face de l’île, dans « l’Owen Channel ». Par contre, j’ai vu quelques  petites raies et un bébé requin  à pointe noire d’une trentaine de centimètres.

Incroyable la différence d’impression quand on regarde le bateau du rivage et quand on est à bord ! Du rivage, protégé du vent, tout semble d’une quiétude absolument paisible …

17.30 heures … arrivée en pleine bourrasque de « Circe » sous seul génois et de « Chapter Two » sous seule GV, qui partageaient tous les deux, notre ponton à la marina de « Cairns ».

C’est qu’il commence  à  y avoir du monde dans la baie … «S.A.S.³ » – « Josida » – trois gros bateaux de pêche qui semblent avoir élu leur base à l’autre extrémité de  la baie (ils pêchent la nuit et se reposent le jour) – un gros remorqueur  qui est venu s’abriter (!)  et maintenant, nos deux nouveaux venus ! C’est que je finirai par sortir ma pancarte … « complet » ! Je rigole … la baie est tellement grande qu’elle pourrait accueillir certainement une centaine de bateaux.

« Circe » nous a appris par VHF  qu’ils venaient de « Lyzard Island » qu’ils avaient fui tellement les conditions météo y étaient infectes et le mouillage épouvantable ! Le trajet pour atteindre « Stanley Island » s’est révélé un enfer  avec  30 nœuds de vent et des pointes à 40 et même 50 nœuds au « Cape Melville »  …

Selon  les conversations entendues, nos nouveaux voisins auraient été quelque  peu traumatisés par leur expérience et je les comprends fort bien. Le pire c’est que ce type de « raclée » au lieu de vous endurcir, vous fait plutôt prendre conscience de la force terrifiante du vent et vous rend donc plus craintif qu’avant !! Il n’y a que les imbéciles et les inconscients qui n’ont jamais peur du vent.

Jeudi  19.

Le vent est décidément bien capricieux … durant la nuit, je me suis levé pour voir si par hasard nous n’étions pas échoués sur la plage tant ce dernier semblait avoir totalement disparu !

Depuis hier soir, le vent ne souffle plus qu’en fortes rafales parfois assez espacées les unes des autres ! Si nous nous étions encore un peu plus rapprochés du rivage (nous mouillions par 7 à 8 mètres de fond) je suis convaincu que nous serions comme dans un écrin à l’abri des intempéries.

Depuis notre arrivée au mouillage, nous n’avons pas connu une seule goutte de pluie alors qu’en-deçà  de « Cape Melville », la pluie est plus fréquente que de raison ! Le soleil ne se fait pas avare non plus de ses rayons même si cela dépend d’un jour à l’autre, bien entendu.

Ce qui était vrai en matinée, ne l’était évidemment  déjà plus à midi : nous nous sommes tapés 25  à  30 nœuds de vent  de manière continue jusqu’en fin d’après-midi … le pied !

15.30 heures … arrivée au mouillage de « Ichtus » en ligne directe de  « Cairns » où il avait été bloqué par des réparations à son pont.  Nos copains ont le chic pour arriver toujours par mauvaise météo …

Combien serons-nous encore au mouillage demain matin reste une énigme car question de changer d’avis en dernière minute, vous ne trouverez jamais mieux qu’un plaisancier ! Pour notre part, nous avons arrêté de ne pas partir avant samedi et nous nous tiendrons à cette sage décision.

Vendredi  20.

Si  le soleil est toujours bien présent, le vent est descendu d’un bon cran tout en se situant entre 15 et 20 nœuds … mais ce n’est pas encore le mouillage paisible de mes rêves.

« Chapter Two » a levé l’ancre ce matin dès 7 heures pour le mouillage de « Morris Island » distant d’une cinquantaine de milles nautiques. Le gros remorqueur l’a suivi une demi-heure plus tard et les bateaux de pêche ont réintégré leurs mouillages habituels de « l’Owen Channel ». Du coup, notre mouillage paraît beaucoup plus clairsemé.

Epuisé par six jours intensifs de lecture … je profite un peu de notre bateau  sous un autre jour et en nettoyant une tâche sur la delphinière, mon regard  tombe sur  la manille du point d’amure du génois au  4/5 dévissée (!) … encore un peu et nous aurions eu une désagréable surprise ! Cela vous donne toujours rétrospectivement froid dans le dos. L’idéale consiste en une vérification périodique et à mettre un Colson pour éviter que la manille ne se dévisse avec les vibrations … mais il s’agit d’un « idéal ».

Super apéro à bord avec Jean-Louis, Ronan, Olivier et Alexis de « Ichtus ».

Samedi  21.

Départ pour « Margaret Bay ».

 

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