Publié par : Ann & Stéphane | 28 septembre 2013

14 au 21.09.2013 Traversée sur Nouméa (1.125 milles)

Un « livre de bord » se tient  normalement de manière quotidienne et c’est ce que j’avais réalisé au cours de cette traversée mais voilà qu’en voulant mettre la dernière touche à mon article avant parution, une fausse manœuvre et pfffft …  plus d’article mais à sa place, une grande page blanche avec deux lettes « do » en en-tête !

Comme je me vois mal reconstituer ma bafouille, mot après mot selon les capacités de ma mémoire défaillante, j’ai choisi d’opter pour la formulation d’un compte-rendu que j’espère plus agréable à lire que le texte original que je trouvais aussi « assommant » que la traversée en elle-même.  Le ton est donné … Vous imaginez à côté de quoi vous êtes passés !

Nous avons quitté le mouillage de « Port Mourelle » (Tonga) pour la marina de « Port Moselle » (Nouvelle Calédonie), le samedi 14 septembre vers 10.30 heures.

Pourquoi cette date plutôt qu’une autre ? Simplement parce qu’en examinant la météo, nous avons vu que nous pouvions disposer d’une « fenêtre météo » équivalent pour vos serviteurs, à du petit temps. Pourquoi chercher à se faire branler quand il y a moyen de le faire en des conditions plus « soft ».

Bien évidemment, l’envers de la médaille reste que si nous n’avons eu – par chance – à déplorer aucun coup de vent, nous avons connu un Alizé variable tant en direction qu’en force ce qui est particulièrement énervant, vous pouvez me croire sur parole. De surcroît, comme le vent est venu majoritairement d’Est c’est-à-dire plein vent arrière, nous avons réalisé cette traversée essentiellement au moteur avec une nouveauté … nous affalons dorénavant complètement la GV et déroulons la trinquette que nous bordons à fond, en « tape-cul ».

Le « tape-cul » … à l’époque, tous les bateaux à moteur étaient équipés d’une voile « tape-cul » qui avait pour fonction de diminuer le roulis du bateau. Roulis = mouvement de balancier d’un bord sur l’autre bord … tangage = mouvement de balancier d’avant en arrière.

Quand je pense « bateau à moteur », je pense toujours à Gonzague, un ami très cher , qui après avoir sillonné pendant des années,  l’Atlantique à la voile, s’est fait construire un bateau à moteur ! Est-ce là le sort qui nous attend après « S.A.S.³ » ? Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il soit possible qu’il y ait un « après » « S.A.S.³ » car je vous défie de trouver un appartement sur l’eau aussi confortable et aussi  agréable à vivre.

Le quatrième jour de traversée, je constate que nous avons une nouvelle fois, déchiré notre GV en manœuvrant  un lâcher de ris !! Même type de déchirure que la précédente mais juste plus haut … Cela nous flanqué un grand coup dans le morale d’autant que dans un premier temps, nous n’avons plus vu la possibilité d’utiliser la GV.

Par la suite, nous n’avons pu résister à la tentation d’envoyer la GV et de voir venir ! A notre plus grande surprise, la déchirure se referme lorsque le guindant de la voile est bien bordé, en sorte que nous avons pris le risque de naviguer ainsi.

Nous devrions la faire réparer mais à « Nouméa » comme aux « Tonga » nous n’avons à faire qu’à des petites voileries et tant que le problème de fond n’est pas résolu, nous risquons une nouvelle déchirure.  Je serais donc bien tenté de tout laisser en l’état jusqu’en Australie car enlever/mettre cette voile n’est pas une sinécure …

Ceci étant, nous sommes quand même parvenus à faire de la voile « pur jus » durant deux jours et demi, ce qui reste un record en les conditions que nous avons rencontrées. Pour être précis, nous avons réalisé cette traversée en 172 heures dont  115 heures au moteur à la moyenne mathématique de 6,5 nœuds.

Il s’agit d’une moyenne très faible de 156 milles par 24 heures ce qui n’a rien d’étonnant puisqu’au moteur, nous ne dépassons jamais les 1.400 tours pour économiser notre diesel (la courbe de consommation est exponentielle et non, linéaire … notre consommation fut de 650 litres) et qu’à la voile, le vent a rarement dépassé les 20 nœuds pour se concentrer aux alentours des 15-16 nœuds de vent réel … avec des journées de vent nul !

Une fois encore, le débat peut s’ouvrir sur trois axes : pourquoi ne pas avoir employé nos spis, pourquoi ne pas avoir utilisé notre génois avec le tangon, pourquoi ne pas avoir tiré des bords  … au lieu de marcher au moteur par vent arrière.

En ce qui concerne la question des spis, la réponse est toujours la même : ceux-ci sont immenses (asymétrique 235 m² et symétrique 256 m²) et nous n’osons pas les envoyer quand nous ne sommes que deux  … même si  je me dois de reconnaître qu’en l’une et l’autre occasion durant cette traversée, j’ai été tenté de le faire comme nous l’avons fait sur notre traversée sur les « Galapagos ».

Seulement voilà, lorsque vous êtes en longue croisière et qu’il n’y a aucun autre voilier pour vous donner l’envie de régater, votre courage s’émousse très vite d’autant qu’une perte de vitesse par rapport au moteur, est à prévoir en cas de petit temps.

Si les conditions de vent sont plus soutenues, non seulement le grammage des toiles de spi n’est pas suffisant mais de surcroît, la navigation peut devenir très sportive …

Enormément de plaisanciers ne naviguent que sous génois et par vent arrière, l’option est alléchante. Nous avons eu recours à cette méthode lors de notre navigation sur « Cayo-Largo » (Cuba) car nous étions privés de GV. Comme il y avait un vent assez soutenu, nous avons été émerveillés de constater comme l’allure était agréable !!

Mais, mais, mais … par plein vent arrière, il faut absolument tangoner le génois sinon il faseye très désagréablement.  Bien que le tangon de « S.A.S.³ » soit en carbone comme le mât ou la bôme, il n’en reste pas moins impressionnant à manipuler en équipage réduit.  A tort, nous ne l’avons utilisé par le passé, qu’une seule fois pour envoyer le spi symétrique  …

Un autre problème de la navigation dans le Pacifique, reste que les conditions météo peuvent évoluer très rapidement  et pas seulement, par la survenance d’un grain ! Au cours de cette traversée, nous avons pu relever combien il était difficile de se fier aux prévisions météorologiques et sur une même journée, nous avons hésité à renvoyer de la toile tellement le vent était faible et quelques heures plus tard, à tout réduire car nous avions à faire face à un coup de vent parfaitement imprévisible !

Tirer des bords de grand largue … voilà l’option à laquelle nous avons le plus souvent recours en cas de plein vent arrière mais notre seul essai fut catastrophique : non seulement le cap était exécrable mais en outre, la vitesse avait chuté et les voiles faseyaient malgré tout !!

Durant une traversée dans le Pacifique, il est peu probable que vous rencontriez un autre bateau. Cela arrive malgré tout mais reste tout-à-fait exceptionnel. Durant cette dernière traversée,  nous n’avons croisé qu’un seul bateau de pêche ou supposer comme tel car il ne disposait d’aucun AIS, ne répondait pas à la VHF et son radar tournait en permanence …

A l’approche de la Nouvelle-Calédonie, nous avons croisé un autre bateau de pêche, le « Pescara Courageux ». Pour le surplus, c’est notre Active Echo qui nous a fait prendre conscience de la présence d’un autre bateau sur zone (à plus de 25 milles) mais tout cela reste extrêmement confidentiel.

Bien entendu,  on peut s’en réjouir dans le cadre de la navigation de nuit mais déjà qu’il n’y a plus grand-chose à faire à bord, on finit par regretter un peu de compagnie  …

Mais où sont donc passés les autres plaisanciers ? Voilà bien la question que je n’arrête jamais de me poser d’autant qu’à l’arrivée, nous étions quatre voiliers ! L’Océan est immense mais à l’approche de la « Nouvelle-Calédonie », nous aurions dû les apercevoir ! Cela restera un mystère.

Si  j’ai entendu divers récits de rencontre avec des baleines, nous n’en avons pas vu une seule. Plus affligeant  est l’absence totale de dauphins alors que partout ailleurs dans le monde, on en rencontre très souvent. Le dauphin est réputé pour son intelligence … il a donc compris plus rapidement que votre serviteur qu’il valait mieux éviter l’Océan Pacifique !

La vie à bord de « S.A.S.³ » relève du grand confort et Ann se révèle une hôtesse très attentionnée  … alors c’est toujours du côté du moral que cela flanche chez votre serviteur et cette fois-ci n’a pas échappé à la règle et cela même si avec sept jours de navigation, c’était un jour de navigation en moins que la traversée précédente.

En racontant cela, j’imagine déjà votre réaction : pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêtés aux « Fiji » … cela aurait divisé le temps de navigation par deux d’autant qu’avec tout cela, vous n’avez pas vu les « Fiji ».

Plus facile à dire qu’à faire ! L’approche des « Fiji » est réputée dangereuse en raison de ses nombreux ilots non éclairés, de ses hauts-fonds non cartographiés, des erreurs de cartographie et de l’impossibilité de traverser l’archipel de jour !

Face à cette description de Jimmy Cornell, « le pape de la navigation au large », certains se la jouent « cool » dans le style … « j’ai regardé la carte et je n’y ai pas vu de difficultés particulières » tandis que d’autres dont votre serviteur, prennent la mise en garde fort au sérieux et ne sont guère tentés d’alimenter les faits divers … « tu te rappelles de X … eh bien figure-toi que j’ai appris qu’il s’était échoué sur la barrière de corail. Affreux, je suis bien d’accord avec toi. Et pour le reste, tu pars toujours demain pour … ». Ainsi va la vie … les donneurs de leçons ne sont pas les payeurs !

En cours de navigation et alors que nous avions laissé sur notre tribord, les premiers ilots de l’archipel, l’idée de nous dérouter, nous a effleurés  l’esprit. Nous étions en début de nuit et nous aurions pu envisager d’arriver par le Sud, de jour et sans encombre jusque « Lautoka » … c’est en principe, ce que « Ichtus » a réalisé quelques jours plus tard.

Nous aurions pu le faire, nous aurions sans doute dû le faire mais depuis notre départ de « Curaçao » fin novembre 2012, nous avons parcouru 9.686 milles soit 19.977 kilomètres  alors il faut comprendre que nous n’avons plus qu’une seule idée en tête : arriver en Australie et relâcher la pédale ! Il nous reste encore 787 milles à couvrir …

Comme je le dis depuis « Tahiti », « trop is te veel » (= trop c’est trop) au point même que j’ai envisagé un temps, d’avoir recours à un skipper pour convoyer notre bateau jusqu’en Australie ! Replacée dans son contexte, vous comprendrez sans doute mieux notre décision ou la mienne en tous les cas.

Les motivations d’Ann étaient différentes en ce qu’elle voyait d’un mauvais œil d’arriver aux « Fiji » pour se voir confisquer tout notre frais par les services de l’inspection sanitaire. Nous en avons entendu de toutes les couleurs à ce sujet.

Il restait un dernier point à ne pas perdre de vue : nous disposions d’une « fenêtre météo » d’une semaine mais un sérieux coup de vent était déjà annoncé pour le lundi suivant !  Mouiller aux « Fiji » nous aurait obligés à postposer notre départ jusqu’à une nouvelle « fenêtre météo » et nous avions rendez-vous avec nos enfants, le 7 octobre à « Nouméa » … cela était plus important que toute autre considération.

Il est toujours plus facile d’écrire l’histoire par après (avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille) mais je ne regrette nullement notre décision car faut-il le répéter … la seule et unique chose qui nous importe réellement, est de pouvoir vivre sur notre bateau, en un cadre paisible et bien protégé. Alors les « Fiji », la «Nouvelle-Calédonie » ou l’Australie … peu importe pour autant que la vie y soit douce.

La veille de notre arrivée, je me suis incompréhensiblement fait très mal au dos (j’ai été opéré d’une hernie discale il y a quelques années) et c’est le type de maux qui me prend entre une à deux semaines avant de disparaître …

L’arrivée sur « Nouméa » au départ des « Tonga » est un peu spéciale en ce que nous arrivons de l’Est et que la ville est située sur la face Ouest de l’île en sorte qu’il faut prendre la passe « Havannah » avec  la marée montante en raison d’un très fort courant (5 nœuds) et de méchantes vagues qui peuvent se former par vent contre courant.

Par la suite, il reste encore 45 milles à avaler en slalomant entre les îlots. Autant dire qu’il est conseillé de réaliser cette navigation … de jour même si à l’expérience, je ne lui ai trouvé aucune difficulté particulière mais c’était de jour, par une mer d’huile et un vent faible !

Notre arrivée le samedi 21 septembre, sur le coup de midi, à « Nouméa » ne fut pas à la hauteur de nos attentes lorsque nous avons appris que tout était fermé parce que le mardi était jour férié ! Le 24 septembre est la date du Traité avec la France.

Très pratiquement, cela signifiait que les bureaux des douanes, de l’immigration et de l’inspection sanitaire étaient fermés et que dès lors, nous étions consignés à bord jusqu’au mercredi matin … joie !

Comme si cela ne suffisait pas, la marina de « Port Moselle » nous indiquait être « full » alors que dans le cadre d’un échange de mails antérieure de 15 jours, il nous était assuré que nous pourrions disposer d’un emplacement durant trois jours pour accomplir nos formalités d’entrée !

Nous aurons droit à deux versions différentes : la première indiquait des travaux à réaliser en la marina ce qui expliquait que nous avions pu relever de nombreux emplacements de libre au ponton visiteurs ! La seconde précisait qu’il s’agissait d’une directive des douanes qui avait invité la marina à ne pas attribuer d’emplacement durant le long week-end pour éviter que les visiteurs étrangers ne s’égayent dans l’île avant d’avoir accompli leurs formalités d’entrée !

Toutes les îles du Pacifique connaissent une baisse importante de leur tourisme mais il est frappant de relever que ces mêmes îles ne font aucun effort pour favoriser le tourisme.

En finale, nous avons été mouiller dans la « baie de l’Orphelinat » située juste à côté de la marina « Port Moselle ».

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