Publié par : Ann & Stéphane | 5 juin 2013

24 au 28.05.2013 – Nuku Hiva – Tahiti ( 757 milles).

Vendredi 24.

Après une bonne nuit de sommeil sous les grains, nous avons levé l’ancre … entre deux grains ! Il était  8.30 heures et nous n’étions pas les seuls à partir : sur notre écran, l’AIS de « Caterina III » qui quittait  son  mouillage de « Taioa » situé tout à côté de celui de « Taiohae » qui nous abritait.

Le temps de hisser la GV et de quitter le mouillage, « Caterina III » était déjà à 6 milles au loin !

Déjà pour nous, passer du « mode mouillage » au « mode navigation » n’est pas quelque chose de naturel en soi alors que dans l’autre sens, cela marche si bien … mais si de surcroît, nous avons à subir la pluie, une mer agitée et par-dessus tout 25 à 27 nœuds de vent réel , la seule idée qui m’a traversé l’esprit, était : mais Bon Dieu, où ai-je mis mes Pampers ?

En ce genre de situation, il n’y a qu’une seule solution : faire le gros dos en concentrant son esprit sur quelque chose ou mieux encore … dormir.

Seul point positif à souligner : la présence d’un généreux soleil qui nous a tant fait défaut lorsque nous étions à « Taiohae ».

Une fois passées les premières heures un peu stressantes, nous avons peu à peu retrouvé nos marques et nous nous sommes davantage intéressés à « Caterina III » qu’à ma grande surprise, nous avons rattrapé avec beaucoup d’aisance : nous les dépasserons vers 18 heures.

Selon ce que nous avons compris de notre liaison VHF, il s’agirait d’un bateau de 17 mètres battant pavillon canadien en provenance de Vancouver … après un détour par la Floride !! Le proprio et un équipier … Madame vient les rejoindre à « Tahiti ». J’apprendrai plus tard, qu’il s’agit d’un Hylass 56’.

Nous sommes partis avec  un angle de vent  de 120° mais le courant nous poussant vers l’Ouest, nous avons été contraints de remonter au vent en profitant d’une légère accalmie … nous sommes à 100° avec un vent oscillant dans les 23 nœuds.

Un ris dans la GV et génois pas totalement déroulé, nous marchons à  9-10 nœuds dans l’eau.

Début de nuit … un coup de pluie … tout le monde aux abris ! Je ne connais rien de pire que la pluie en ces latitudes. Dans nos régions, nous y sommes habitués et nous naviguons quand même quasiment toujours en ciré mais ici …

Pleine lune … on y voit presque comme en plein jour ! C’est tellement plus agréable. Par contre, si le vent tombe, la mer reste formée … des voiles qui faseyent et un mât qui se prend pour un vibromasseur : joie !  Je déteste de plus en plus le Pacifique.

La nuit sera mauvaise pour Ann et très moyenne pour moi : à cause du bruit des faseyements,  je me réveille trois fois durant la nuit … Ann, pour sa part, est de toute manière légèrement insomniaque.

Samedi 25.

A l’horizon, sur notre arrière tribord « Caterina III»  avec qui nous avons un contact VHF. Il faut dire qu’étonnamment,  ils s’accrochent ces deux là !!

La mer est toujours aussi formée mais maintenant  c’est la direction du vent qui pose sérieusement problème : NE  … et nous nous dirigeons SO!!

C’est absolument dingue mais nous devions avoir le vent dans un angle de vent de  90° à 120° comme hier et nous l’avons plein vent arrière !!! On a droit à une météo sur mesure ou quoi ? Putain d’Océan …

Face à cette situation, « Caterina III» tire des bords le long de la ligne idéale tandis que nous avons décidé après examen du bulletin météo, de poursuivre notre route trop Sud. En principe … le vent devrait tomber dans le courant de l’après-midi pour être nul toute la journée de dimanche. En ces conditions, nous marcherons au moteur et en profiterons pour rejoindre la « ligne idéale » tracée par Cornwell.

Distance parcourue en  24 heures : 187 milles. Je suis un peu déçu mais il est vrai que durant la nuit, nos performances ont chuté.

15 heures … le temps est bouché, les grains s’égrènent parallèlement à nous, la mer est toujours formée et le vent présent mais il devient impossible d’éviter que les voiles ne faseyent parce que le vent est plus faible que la houle … comme d’habitude !

Aussi, nous avons décidé de passer au moteur (1.400 tours) en prenant un second ris dans la GV pour éviter qu’elle ne faseye de trop. Je suis toujours surpris de relever de ce que ces voiles peuvent encaisser même si je crains ne pouvoir faire notre tour du monde avec les mêmes voiles …

Nous profitons d’être au moteur pour tirer un bord plein vent arrière vers la « ligne idéale ». Ce faisant,  l’AIS de notre copain « Caterina III» apparaît à nouveau à l’écran. Il suit la « ligne idéale » de manière par trop parfaite pour ne pas marcher au moteur et sans doute depuis bien avant nous.

Nous ne savons pas trop à quoi correspond notre copain de route mais c’est plutôt sympa d’avoir de la compagnie : oserais-je dire que c’est notre « rémora » préféré ! Depuis que nous l’avons rattrapé, il nous colle au flanc que cela n’en est pas croyable. Dommage qu’ils ne causent pas français comme tout le monde car je pense que nous pourrions bien nous entendre.

Au menu du jour : pain perdu, pamplemousse au crabe et salade liégeoise.

18 heures … il fait déjà nuit d’encre et nous subissons de plein fouet, les  grains jusque 20.30 heures : un vrai calvaire. Par chance, nous connaissons après cela, une accalmie qui perdurera quasiment toute la nuit avec juste une fois, un peu de pluie.

Dimanche 26.

Au réveil … quelle joie de voir un beau soleil, une mer enfin calme et un petit vent. Malheureusement cela ne pouvait pas durer… alors que le génois commençait à nouveau à faseyer, nous constatons avec horreur que le bord de chute est déchiré et si ce n’était que cela … bien évidemment, le bord de chute s’est calé derrière le radar que nous avons pu préserver mais c’est notre haut-parleur situé juste au-dessus qui a été arraché et … plouf.

Privé de nos deux voiles d’avant, les 400 milles qui nous restent à couvrir risquent de paraître un peu longuet.

Distance parcourue en 24 heures :  162 milles.

Pour éviter à notre GV un autre sort funeste (elle faseye déjà …) nous avons pris un troisième ris en sorte que « S.A.S.³ » est quasiment à sec de toile. « Caterina III » en profite tout naturellement pour prendre le large et c’est le cœur très gros que je le vois s’éloigner à l’horizon.

J’avais trouvé la traversée du Pacifique … « merdique », j’ignorais que le pire m’attendait encore et je me demande quels dégâts nous allons encore devoir subir avant de pouvoir – enfin – prendre un peu de vrai repos. Le moral est au plus bas … « en berne » comme le bateau.

Nous avons enchaîné les traversées les unes après les autres et celle-ci était manifestement celle de trop, celle qu’il aurait fallu éviter si cela avait été possible !

En début de nuit, la mer commence à nouveau à s’agiter  … merde de Pacifique.

Lundi 27.

Vers 4.30 heures du matin, nous croisons un bateau sans AIS : pêcheur ou plaisancier ?

Il fait beau, la mer est encore un peu plus formée et nous nous traînons à 7 nœuds au moteur (1.400 tours pour réduire au maximum la consommation).  J’ai réellement le moral dans les talons car de surcroît, à cette vitesse là, nous arriverons à « Papeete » … de nuit !

Vitesse parcourue en 24 heures : 149 milles.

Incité par Ann, nous commencerons par lâcher le troisième ris puis nous essaierons la trinquette qui avec quelques sparadraps bien placés semble pouvoir résister au vent. Nous lâcherons un peu plus tard, le second ris en sorte qu’à 8.45 heures, nous marchons à nouveau à la voile à 8-9 nœuds.

Comme prévu, le vent de SE s’est renforcé et souffle entre  17 et 20 nœuds … c’est grâce à cela que nous avançons de manière à peu près potable. Si le moral n’est pas au zénith, il est bien meilleur que la veille.

En ce moment, nous traversons les « Tuamotus » qui sont tellement basses que l’on n’en voit rien !

Nous croisons une voile !! … Il s’agit d’un solitaire français « Saby Hii » qui va rendre visite à des amis à « Mahi » mais comme il est déjà un peu tard, il passera la nuit au mouillage de « Ahe ». Très sympa … visiblement un habitué des lieux.

Du côté tribord … un beau ciel bleu à perte de vue. Du côté bâbord … des grains qui nous sont sans doute réservés à moins que nous ayons un peu de chance … il paraît que cela existe ! Notez que j’y crois de moins en moins depuis que nous avons mis le pied dans le Pacifique !

Au fur et à mesure que nous nous enfonçons dans les « Tuamotus », la mer devient plus formée et le vent monte également en force. Même si « S.A.S.³ » ne bronche pas d’un iota … par précaution … pour prenons un second ris dans la GV.

A la sortie de « Rangui Roae », un mauvais grain nous guette et semble nous avoir pris pour cible !

Comme le vent souffle déjà à plus de 23 nœuds de vent réel et que nous sommes maintenant avec un angle de vent de 75°, je n’imagine pas un seul instant que ce grain va encore faire forcir le vent … et pourtant, c’est bien ce qui se produit en sorte que nous enroulons totalement la trinquette et relançons le moteur pour garder au bateau, une vitesse de 8 nœuds dans l’eau.

Juste avant la tombée de l’obscurité et parce que je n’ai aucune envie d’avoir à faire face à une nouvelle casse, nous prenons du cockpit, le 3è ris ! Généralement lors d’une prise de ris « automatique », je vais en pied de mât pour faciliter la manœuvre et vérifier que la GV se place correctement.

La nuit sera épouvantable entre le vent qui siffle aux oreilles (et ce n’est pas une image !), la mer déchaînée qui nous prend par le travers (angle de vent à 90° maintenant) et les nombreux embruns qui viennent nous tremper régulièrement … « S.A.S.³ » n’est plus qu’un énorme morceau de sel !

Mardi 28.

Au matin, la situation n’a guère fort évolué positivement même si à certains moments, on se prend à rêver d’une accalmie qui ne semble pas vouloir venir.

Nous verrons un cargo nous passer par le devant à plus de 6 milles. Il se dirigeait plein Sud.

Si Ann est assez guillerette, votre serviteur pour qui la tasse déborde déjà depuis quelques jours, subit les événements plus qu’il ne les contrôle.

« Contre mauvaise fortune, bon gré » dit l’adage … nous faisons ce que nous pouvons pour ne pas voir le temps s’égrener avec une lenteur désespérante : la mer est toujours aussi mauvaise et le vent ne faiblit aucunement … merde de météo !

En milieu d’après-midi, les contours de « Tahiti » finissent quand même par s’entrapercevoir dans la brume … nous avons le sentiment que nous n’y arriverons jamais … ce n’est pas possible, nous ne survivrons jamais  à une telle épreuve !

Avec la tombée du jour, nous approchons de la passe de la rade de « Papeete » mais nous ne l’atteindrons pas avant la nuit !

Difficile de s’y retrouver dans ce fouillis de lumières d’autant qu’il existe plusieurs passes d’entrée dans la lagon mais une seule de praticable sans danger …

Grâce à notre MaxSea et l’aide précieuse du « vigie du port » qui nous aide à nous orienter vers la bonne passe, nous ferons une entrée toute en douceur mais avec un stresse sans nom d’autant qu’une fois à l’intérieur de la rade, je n’y vois goutte tandis que Ann s’affaire à gonfler les défenses …

Ce sera finalement un pilote du port qui viendra à notre rencontre pour nous diriger vers le quai d’amarrage : en principe, nous aurions dû nous amarrer cul au quai en chopant au passage, une bouée pour tenir l’avant … mais je n’y vois goutte et nous serons ainsi autorisés par le « vigie du port » venu nous accueillir, à nous amarrer, pour la nuit,  au « quai Chirac ».

Impossible de rallier la marina car le chenal qui y mène est interdit de circulation après 18 heures. Après l’avoir emprunté de jour, je comprends que pour des motifs de sécurité, l’accès au chenal soit interdit après la tombée de la nuit d’autant que le chenal coupe par deux fois, la piste d’atterrissage de l’aéroport !!

C’est encore une chance que nous avons reçu la « clearance » d’entrée en la rade de « Papeete » car, en principe, après la tombée de nuit et pour des raisons de sécurité, l’entrée de la rade est interdite !! Je ne sais pas ce que j’aurais fait si elle m’avait été refusée mais je crois que j’aurais grillé un plomb …

Finalement, il est décidé de s’amarrer pour la nuit, un peu plus loin sur le quai pour éviter autant que faire se peut, les remous que nous risquons de subir dès demain matin ! L’amarre avant en les mains de notre « vigie du port » et l’amarre arrière en les mains de Ann,  je contourne donc le demi rond-point « quai Chirac »  en marche avant en m’assurant avec les propulseurs, que l’avant et l’arrière suivent bien le pourtour du rond-point.

Tragique erreur évidemment car je ne vois que trop tard, l’imposante échelle en inox qui déborde totalement du quai  alors que mon arrière va se frotter tristement contre elle … je vous laisse imaginer les dégâts à ma coque ! Un désastre dont j’ai peine à m’imaginer qu’un jour, je me relèverai :  Ann et le « vigie du port » ont beau me dire que cela ne se voit pas, les griffes sont marquées au fer rouge et en profondeur !

Enfin, voilà le scénario qui a bien failli se passer si mon propulseur n’avait pas daigné faire son travail in extremis  …. Voilà bien tous les dangers de pénétrer de nuit dans un port inconnu.

Nuit chaude en perspective !! Le « quai Chirac » est bordé par un petit  « parc » en lequel rôdent la nuit, toutes sortes de personnes peu recommandables …

Je dois reconnaître que la gentillesse des Polynésiens n’est pas que légendaire : nous avions à peine signaler à la « vigie du port »,  la présence de trois jeunes à vélo qui nous semblaient « louches » que ce dernier se déplaçait jusqu’au bateau pour nous apporter son concours !!

De fil en aiguille, nous avons pu parler à divers vigiles qui surveillaient discrètement le parc et même à une patrouille de police qui est venue jusqu’au bateau ! Malgré ce petit déploiement de forces, Ann a préféré dormir dans le cockpit où elle jouait  « épouvantail » …

Ce n’est plus possible … c’est un calvaire : pas une once de pluie, pas une once de houle, pas une once de vent, pas une once de sel … vite sous la douche, la salière et les deux doigts dans la prise de courant de 220V … aaaaaaaaaahhhhhhhhhhgouzigouzigouzi gouza gouza gouzagouzu gouzugouzu…  aaaaaaaaaaaah cela fait quand même du bien d’être un peu secoué tout de même !

 

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