Publié par : Ann & Stéphane | 3 juin 2013

19 au 23.05.2013 – Nuku Hiva (Marquises).

Dimanche 19.

Depuis que nous sommes arrivés à « Nuku Hiva », plus rien ne tourne rond à bord !!

En cette journée de dimanche, je pensais pourtant que nous allions mettre à profit cette escale pour redonner à « S.A.S.³ » toute sa brillance et sa splendeur: tandis qu’Ann s’occupait du nettoyage intérieur, il m’a semblé urgent de nettoyer la ligne de flottaison étonnamment sale alors que je l’avais faite juste avant de quitter les « Galapagos » !!

La première chose à faire était de mettre l’annexe à l’eau. Opération de routine s’il en est et pourtant lorsque j’ai mis mon pied sur la jupe arrière, j’ai bien failli me retrouver les quatre fers en l’air !!

Toute la surface de la jupe était recouverte d’une fine mousse verte particulièrement glissante. C’est la toute première fois que nous sommes confrontés à cette situation que j’explique en partie par le fait qu’ayant passé 18 jours en vent arrière, la jupe arrière s’est souvent retrouvée inondée. Ce qui reste surprenant c’est que nous n’avons connu rien de semblable lors de notre traversée de l’Atlantique.

Lorsque je me suis mis à l’eau, j’ai été surpris par la présence en très grand nombre, de petits poissons à la queue jaune qui me tournicotaient autour ! Ma surprise fut encore plus grande lorsque je me suis fait « pincer » les nichons par ces saletés de bestioles !! Fantasmer pas les filles … il ne s’agit que de petits poissons tout de même. Cette attaque en règle fut si insupportable (Ok … Ok … je sais que vous n’en croyez pas un mot) que j’ai été contraint d’enfiler une combinaison !!!

Mon autre surprise fut de relever sur la partie visible de la coque, une fine couche de mousse verte sur environ 50 centimètres au-dessus de la ligne de flottaison !!! Une fois de plus … du jamais vu. Si encore, nous avions gîté pendant 18 jours, j’aurais pu éventuellement comprendre mais par vent arrière, il ne s’agit que de roulis !

Le travail m’a paru extrêmement exténuant et il m’a fallu toute ma force de caractère pour en voir la fin. J’en ai d’ailleurs, contracté une vive douleur à l’épaule qui n’est passée qu’après deux jours.

Lundi 20.

Cela faisait depuis plus de 10 jours que j’attendais ce moment: monter dans le mât pour aller voir le problème des antennes. Mais avant de me faire envoyer en l’air (fantasmer pas les filles … mais vous êtes incroyables !), il était indispensable d’essayer de stabiliser le bateau. Une forte houle faisant danser toute la journée, les bateaux du mouillage, nous avons eu recours à notre ancre de secours … à jeter sur l’arrière du bateau en manière telle de le maintenir perpendiculaire à la houle.

 

L’opération est assez « lourde » car il faut assembler l’ancre en aluminium, sortir des coffres les 10 mètres de chaîne de 14 mm et les 50 mètres d’aussière plombée … placer le tout dans l’annexe … aller jeter l’ancre à quelques distances … et enfin, tendre le mouillage pour faire pivoter le bateau.

 

L’opération menée à bien, le confort du bord s’en est ressenti immédiatement et c’est presque si on se croyait en marina ! Malheureusement comme « S.A.S.³ » était ancré à proximité d’autres bateaux qui ne s’étaient pas ancrés sur l’arrière, qu’allait-il advenir lorsque les autres bateaux allaient éviter alors que « S.A.S.³ » resterait sur place ?

Ce doute  n’avait pas échappé à mon voisin le plus proche qui tint à nous en faire part … c’est d’ailleurs bien la seule chose qu’il n’ait jamais partagé avec nous ! Curieux ce voisin « belge » à l’accent tellement italien …

L’idée de grimper en haut de notre  mât (25 m. de tirant d’air) ne me réjouissait pas de trop et ma nervosité était très palpable. Quand on n’en a pas trop l’habitude, monter au mât peut se révéler périlleux car on ne sait pas toujours à quoi s’agripper notamment lors du passage des barres de flèches et autres endroits « encombrés » du mât.

 

Arrivé au terminus … « terminus, tout le monde descend …m’enfin, je vous dis que je ne veux pas descendre » …  il m’a encore fallu me hisser jusqu’à la tête de mât en prenant appui sur des marches spécialement aménagées à cet effet. Si la vue y est superbe (d’en haut, j’ai pu ainsi apercevoir très nettement trois raies aigles qui se dirigeaient en formation vers notre bateau), ma problématique à moi, consistait à remettre en place la coiffe du mât hérissée de l’antenne RM, des feux de navigation et de la girouette électronique …

L’opération se révéla à ce point complexe que ce fut un désastre que je n’ai pas pu y renoncer … pourquoi il parle le Monsieur, de « désastre », maman ? Il me semble que ma prof de français aurait plutôt parlé d’un « miracle » … chuuuut Toto et écoute ce que le Monsieur va expliquer.

Après maintes tentatives infructueuses, je suis parvenu, je ne sais trop comment, à remettre en place la coiffe avec tous ses bidules dessus. Il ne restait plus évidemment qu’à remplacer les vis existantes  par des plus longues voire d’en ajouter l’une ou l’autre.

Ce qui semblerait de prime abord, la partie la plus facile de l’opération … se révéla la plus complexe et m’obligera même à redescendre du mât.

Après avoir passé deux bonnes heures dans le mât, j’en suis donc redescendu pour y remonter une heure plus tard et cette fois, y rester au finish (cela m’a encore pris trois autres heures …). C’est alors que passablement fatigué et énervé, j’ai laissé échapper des mains, une clef de 10 qui en tombant, a fait exploser l’un de nos panoramiques du carré … avant de tomber dans l’eau !

Ce n’est qu’une fois redescendu (le jour commençait à s’estomper) que j’ai pris conscience du désastre … et il nous fallait encore remonter l’ancre de secours pour éviter tout problème avec notre voisin « belge ».

Remonter une ancre de secours n’est pas très aisé car on ne dispose que de la force de ses bras à moins d’utiliser le cabestan du bateau mais ce n’est pas sans risque notamment pour la peinture de la coque …

Non sans peine mais nous y sommes arrivés avant qu’il ne fasse totalement nuit noire.

Je sais que vous ne croirez pas mais j’étais serein, calme, heureux du travail réalisé et prêt à remercier le Seigneur de cette excellent journée … vous avez raison, je n’étais pas particulièrement en cet état d’esprit et je vous laisse deviner pour le surplus.

Mardi 21.

L’idée de maintenir le bateau perpendiculaire à la houle, nous ayant beaucoup séduits, nous avons décidé de remettre notre ancre de secours sur l’arrière et puisque cela posait légitimement problème à notre voisin « belge », nous avons été mouiller de l’autre côté de la baie … là où il n’y a quasiment personne.

Ensuite, ce fut le fastidieux travail de tout ressortir des coffres, de tout monter etc. etc.

Sans doute avons-nous mal positionné l’ancre de secours mais nous avons été déçus de constater qu’il semblait impossible de placer le bateau bien perpendiculairement à la houle qui n’était pas – ce jour là – trop forte.

Alors que je peaufinais la rédaction de mon article relatif à notre traversée du Pacifique et comme chacun sait, un homme ne peut jamais faire deux choses en même temps, je me suis stupidement laissé aller à vouloir réparer le store de notre cabine arrière qui était coincé !

Quand ce n’est pas votre semaine de chance, ce n’est pas votre jour de chance … à force de vouloir réparer le store, nous avons fini par casser une pièce ! « Jamais deux sans trois »  … j’ai passé ma journée à stresser à l’idée de ce que pourrait être la troisième catastrophe du séjour.

Mercredi 22.

Comme quoi tout arrive au moment où on s’y attend le moins, nous avons assisté à un véritable ballet de trois raies Manta tout autour du bateau: j’ai eu le sentiment que de les prendre en photos, les incitait à un énième tour de piste. J’ai bien cru qu’elles ne partiraient plus et je n’osais les vexer en m’éclipsant avant la fin de leur numéro.

Depuis hier, les grains se succèdent aux grains à un train d’enfer et la houle se fait bien plus présente encore que les autres jours.

A ma grande stupeur, « S.A.S.³ » s’était placé durant la nuit, parallèlement à la houle et ce, malgré notre ancre arrière ! Il n’y a rien eu à faire pour rectifier le tir  … sauf à remonter l’ancre pour mieux la positionner. Nous avons donc essayé de la remonter en vain même en utilisant le winch de la GV !

Je n’ai donc pas eu d’autre choix que d’enfiler mon scaphandre (combinaison incluse …) et d’aller voir pourquoi on ne parvenait pas à remonter le mouillage. Drôle d’impression que de descendre non pas dans le « Grand Bleu » mais dans le « Grand Obscure » sans jamais voir le fond !

Sur le fond, je n’ai pu que constater que l’ancre était relevée et que la chaîne était en partie enroulée autour d’elle mais rien qui ne pouvait expliquer l’impossibilité de la remonter … « bizarre, bizarre … vous avez dit bizarre, cousin … j’ai dit « bizarre » … mon Dieu comme c’est bizarre » (répliques entre Louis Jouvet et Michel Simon …  mouais, vous n’avez pas pu connaître, vous n’étiez pas encore né).

 

La chaîne arrivée en surface, nous avons préféré la faire remonter dans l’annexe pour éviter toute griffe sur la coque mais avec cette maudite houle … mon humeur a vite pris la couleur du temps !

Après ce petit « intermède », je suis descendu pour la première fois à terre pour aller chez le coiffeur. Les locaux sont très gentils et dans un sens, j’aurais aimé découvrir l’île mais il est dangereux de laisser son annexe au débarcadère en béton en raison de la houle et de la marée !! Lorsque nous sommes revenus, mes deux défenses avaient déjà été rejetées à l’intérieur de l’annexe et ce fut du sport pour monter dedans … et que dire de notre arrivée au bateau !

Las de cette houle et de la poisse qui s’attache à cette île, nous avons décidé de ne pas poursuivre plus longtemps notre si agréable séjour sur place et avons pris la décision de partir sur « Tahiti ».

Jeudi 23.

Ben non … on n’est pas encore parti ! Avant de partir, il fallait impérativement faire l’entretien du groupe électrogène, un peu d’avitaillement et déclaration de départ à la Gendarmerie. Le départ est donc prévu pour ce vendredi matin.

Ce petit sursis nous a permis d’avoir des nouvelles de certains copains:

« Hokulea » connaît  un sérieux problème de groupe électrogène (Chantal & Eric sont en attente d’une pièce …). Quant à leur safran … Eric n’a pas encore trouvé l’occasion de se mettre à l’eau pour voir ce qu’il en est exactement tant le mouillage de « Hiva Oa » est « insupportable ».

A « Hiva Oa », il y a un petit môle qui protège – un peu – de la houle mais la place y est restreinte et lorsque nos copains sont arrivés sur place, ils ont dû mouiller à l’extérieur de la rade … Aujourd’hui, ils ont trouvé refuge sur l’île d’en face.

« Lady Helen » se rappellera longtemps de la « météo pourrie » qu’il a subie durant toute sa traversée de 21 jours.

« Ichtus » est arrivé après 19 jours de navigation à « Hiva Oa » où ils ne sont pas restés longtemps en raison de la houle.

« Hydra » a quitté les « Galapagos » pour  les « Gambier ». Le commentaire de Françoise est éloquent: « le crétin qui a appelé cet océan « Pacifique » ne manquait pas d’humour … ».

« Gadjo » est bien arrivé aux « Gambier » à la suite de ce qui ressemble beaucoup à une promenade de santé si on en croit leur blog !! Et voilà … il a suffi qu’on renonce à y aller pour nous entendre dire que nous avons raté une croisière de rêve …

A coté des copains, il y a les inconnus que l’on a connu en l’une ou l’autre occasion comme ce catamaran allemand « Lupa » qui a mis 45 jours de navigation pour rejoindre « Nuku Hiva » au départ des « Galapagos » suite à divers problèmes techniques …

« Nuku Hiva » ne m’aura décidément laissé qu’un souvenir désastreux au point que je n’espère plus qu’une seule chose … ne pas devoir y retourner d’autant que les plages fourmillent de « nonos » et que le risque de tsunami y est bien réel ! Mais comment est-il possible que notre compatriote Jacques Brel est-il venu s’enterrer dans un endroit pareil ??

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités

Responses

  1. Hello,

    Je vous suis depuis maintenant plus d’un an dans vos aventures. Nous traversons l’Atlantique avec Zython au mois de novembre et pensons le laisser aux Antilles durant deux. Saisons. Pourrais-tu me donner des tuyaux pour le laisser dans un endroit sécurisé et a l’abri des ouragans.
    Merci déjà pour ton aide
    Vincent, ton ancien voisin de Breskens


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :