Publié par : Ann & Stéphane | 18 mai 2013

30.04 au 18.05.13 – Galapagos – Marquises (3.096 milles).

Vous ne connaissez aucun des deux restaurants qui sont situés l’un à côté de l’autre. Dans l’un, il y a trois pelés et deux tondus attablés et dans l’autre, on fait la file d’attente jusque dans la rue … dans lequel souhaiterez-vous aller dîner ?  … Eh bien, pas nous … nous avons décidé de nous attabler dans celui où la place ne manque pas,  à l’enseigne de « Pacifique » … pour info, l’autre restaurant porte l’enseigne de « Petites Antilles ».

La morale de l’histoire : n’essayez pas d’être différent des autres et faites la file comme tout le monde ! Et si vous ne croyez pas au bon sens de cette morale, lisez ce qui suit …

Mardi 30.

Depuis quelques jours, la question de la destination des « Gambier » posait problème en raison d’un coup de vent annoncé de 50 nœuds pour les jours à venir !! Certes, nous arriverions très certainement après son passage mais cela laissait supposer que le risque était bien présent d’en subir un autre, une fois sur place …

Il n’empêche que nous étions trois bateaux sur le départ : « S.A.S.³ » – « Hokulea » et « Lady Helen » …  et incroyablement tous trois, bien décidés d’aller aux « Gambier » !

Juste avant de partir, les trois épouses sont allées consulter une dernière fois la météo sur internet … pour en revenir très dubitatives : l’un des amis de « Hokulea » était sur zone et avait envoyé  un message selon lequel ils rencontraient des vents de 35 nœuds avec des creux de 4 à 5 mètres et se détournaient vers les « Marquises » !!

Si « Hokulea »  et « Lady Helen » n’avaient toujours pas pris leur décision en levant l’ancre (les 100 premiers milles sont identiques que l’on aille aux « Gambier » ou aux « Marquises »), votre serviteur avait immédiatement décidé d’oublier les « Gambier » au profit des « Marquises » au plus grand soulagement de Ann. L’idée d’avoir à parcourir après la traversée du Pacifique, encore 850 milles pour aller des « Gambier » aux « Marquises ne m’a jamais follement emballé …

Les « Gambier » … c’est un peu la destination mythique : tout le monde rêve d’y aller mais en finale, personne ne s’y rend en raison de conditions météorologiques trop mauvaises !

Nous avons levé l’ancre les premiers, à 10 heures, alors que la houle secouait toujours le mouillage et nous fûmes accueillis par un bon vent de 15 à 16 nœuds. C’est ce qu’on appelle un départ sur les chapeaux de roue et je n’en avais pas spécialement besoin …

Alors que nous avions parcouru quelques milles, le vent chutait à 10 nœuds ! Comme il faut toujours un certain temps à « S.A.S.³ » pour s’ébrouer lorsque le vent est faible, j’ai immédiatement relevé que « Hokulea » nous avait pris pour lièvre … j’en aurais fait autant mais ce n’est pas très agréable d’être dans la peau du lièvre !

A remonter un peu plus au vent que nous, « Hokulea » (cata 57’) nous rattrapa lentement puis sembla prendre de l’avance sur nous : un monocoque contre un catamaran par un angle de vent de 110° n’a normalement aucune chance.

L’absence de vent nous obligea tous les deux par la suite, à marcher pendant une heure au moteur. Alors que pourtant « S.A.S.³ » marchait seulement à 1.400 tours, il reprit l’avantage sur « Hokulea » !! C’était ma consolation du jour.

Ce qui nous a totalement surpris, fut de relever qu’une fois que nous avons renvoyé tous les deux, nos voiles … « S.A.S.³ » a totalement repris le dessus sur « Hokulea » pour finir même par le devancer !! Ô joie.

Une heure plus tard et à l’approche de « Isla Santa Maria », nous remettions le moteur faute de vent.

Mercredi 1.

Nous avons passé la nuit, au moteur, sous GV arrisée à 2 ris sur une mer … d’huile ! Bien évidemment, la houle est toujours plus ou moins présente.

Mon erreur majeure a été de vouloir assurer la veille, la première partie de nuit alors qu’il n’y avait aucun danger : « Hokulea » était sur notre arrière bâbord et on voyait son feu vert tandis que « Lady Helen » était  loin derrière nous sans qu’on puisse en estimer la distance.

Lorsque la pluie a commencé à tomber un peu après le lever du jour, Ann a bien été obligée de me réveiller et malheureusement, je n’ai plus su retrouver le sommeil : j’ai donc passé une matinée extrêmement pénible à essayer de dormir sans y parvenir le moins du monde.

Durant ce petit grain, nous avons pu marcher à la voile … dès que nous sentons un frisson de vent, nous relançons la toile mais cela ne dure jamais longtemps !

C’est à peu près à ce moment là que nous avons dépassé un catamaran 45’ canadien « Dubl Hélix » qui a pris contact avec nous pour connaître la météo du jour. Très sympa le couple de Toronto qui s’exprimait en anglais tout en essayant de dire quelques mots en français. Ils se dirigeaient également vers les « Marquises ».

Distance parcourue en 24 heures : 164 milles.

Durant toute la journée ensoleillée et calme, nous avons été en contact suivi avec « Hokulea » qui perdait chaque fois un peu de terrain sur nous en sorte qu’à la tombée de la nuit, nos copains étaient à l’horizon, sur notre arrière bâbord. Pour une raison que nous ne comprenons pas d’autant que nous avons les mêmes transpondeurs AIS, nous avons perdu respectivement nos échos sur l’écran alors que « Lady Helen » nous laissait un message sur notre Irridium pour nous dire qu’ils voyaient notre AIS alors qu’ils étaient à plus de 50 milles derrière nous !!

En début de nuit, Ann me propose de couper le moteur pour épargner notre précieux diesel et de marcher à la voile … en finale, nous marcherons sous GV arrisée à 2 ris + trinquette : avec aussi peu de toile, impossible de battre des records de vitesse … nous marchions à un peu plus de 3 nœuds.

Vers 21 heures, je vois le feu vert de « Hokulea » qui nous dépassa à bonne allure. C’était évidemment prévisible puisque ce dernier était au moteur …

Durant la nuit (il devait être 23 heures), le vent s’est levé et avec lui, une mauvaise mer. Ann renvoya tout le génois et nous marchions par 120° entre 8 et 10 nœuds suivant la force de vent.

Jeudi 2.

Lorsque je me suis réveillé, celui-ci oscillait entre 25 et 27 nœuds de vent réel. La mer était réellement démontée et nous foncions à plus de 10 nœuds.

Devant la force du vent et des vagues, nous avons finalement décidé d’enrouler le génois pour ne plus  laisser qu’un demi génois … la vitesse retomba à un peu plus de 8 nœuds.

Contre toutes nos attentes, nous avons pu rentrer en contact par VHF avec « Hokulea » qui était à peu près à 18 milles sur notre avant bâbord : la communication n’était pas très bonne.

Deux heures plus tard, nouvel échange radio nettement de meilleure qualité : nous avions dû nous rapprocher de « Hokulea » … malheureusement aucune trace AIS et pas plus de trace au radar. Je crois l’avoir déjà signalé mais je suis effaré de relever l’absence d’écho radar dans le cas de voiliers en polyester !

Distance parcourue en 24 heures : 162 milles.

En cours de journée vers 16 h, le vent est retombé à 15 nœuds.

A 18 heures, nous marchions à 7 nœuds par un angle de vent de 90° dans une mer formée mais plus acceptable … la mer ne s’est réellement calmée que beaucoup plus tard.  « Hokulea » était à 5 milles sur notre avant tribord … vers 21 heures, nous le dépassions avec un écart entre les deux bateaux de 2 milles.

Juste avant la tombée de la nuit, nous avons relâché un des deux ris de la GV. Nous marchions entre 7 et 8 nœuds dans l’eau avec de temps en temps une petite accélération à 10 nœuds.

Vendredi 3.

Nous avons passé une agréable nuit éclairée par une demi-lune et bien entendu, sans voir personne sauf un point blanc correspondant à « Hokulea ».

Côté AIS … toujours le mystère : « Hokulea » a capté notre signal entre 18 heures et 4 heures du matin tandis que nous n’avons capté le leur qu’une poignée de secondes vers 18.30 heures. Est-ce notre récepteur AIS ou leur émetteur qui ne fonctionne pas ??? Pour mémoire, nous avons tous les deux le même AIS soit un Furuno FA-50 avec lequel nous avons connu les pires problèmes durant notre traversée de l’Atlantique … Notre appareil a dû être échangé en Martinique.

Distance parcourue en 24 heures : 175 milles.

Ce matin, « S.A.S.³ » est  balloté par les vagues en raison d’un vent plus arrière (Est) que durant la nuit : 120 à 130° d’angle de vent. Pour ce motif, nous hésitons à retirer notre dernier ris car les voiles ballotent bruyamment de temps en temps. Nous avançons à plus de 7 nœuds par une mer légèrement formée …

A ce stade de ma narration, il est important de préciser que dans le Pacifique, la mer est toujours plus formée qu’il n’y a de vent en sorte que par vent arrière, les voiles faseyent facilement et peuvent endommager sérieusement votre gréement si vous n’y faites pas attention ! Comme vous pourrez le lire, rares sont les jours où je ne me plains pas de ce problème.

Du côté de « Hokulea » …. la mauvaise mer de jeudi l’a sérieusement malmené et le catamaran a subi de sérieuses embardées. Ce fait cumulé à une météo exécrable (35 nœuds de vent – creux de 7 à 8 mètres) dans l’hémisphère Sud,  a fait prendre à Chantal & Eric, la décision d’abandonner les « Gambier » pour les « Marquises ».

Vous nous en voyez réjouis même si nous ne sommes pas convaincus que nous aurons le bonheur de garder le contact VHF avec eux, durant toute la traversée. C’est déjà extraordinaire qu’après 3 jours de mer, nous restions encore en contact. Reste maintenant à « Hokulea » à refaire son retard sur « S.A.S.³ » …

« Lady Helen »  est à 95 milles sur notre arrière tribord !!

Vers 18 heures, le vent tombait totalement nous laissant une houle résiduelle des plus désagréable. Après avoir beaucoup tergiversé et essayé plusieurs options, nous en sommes revenus au moteur avec GV arrisée à 2 ris. Marcher au moteur n’est déjà pas très drôle mais notre problème n’est pas tant là que de se demander si à ce rythme nous parviendrons à rejoindre les « Marquises » avec suffisamment de diesel pour encore faire fonctionner notre groupe électrogène. C’est assez stressant comme situation. Par contre, entendre ses voiles faseyer et faire trembler votre mât est une chose horrible à supporter …

Samedi 4.

Si Ann n’en a pas fermé l’œil de la nuit, votre serviteur a pu trouver le sommeil réparateur dont il avait besoin.

L’envie était grande d’arrêter le moteur et de remettre fut-ce un peu de toile quelque soit la vitesse du bateau mais impossible d’éviter en ces conditions, le faseyement a-s-s-o-u-r-d-i-s-s-a-n-t des voiles ! Je sais que je me répète mais la traversée du Pacifique pourrait se résumer à cela !!

Distance parcourue en 24 heures : 152 milles.

« Hokulea »  est 8 milles sur notre arrière bâbord et se trouve exactement dans la même situation que nous : pas de vent, mer belle, houle (bien entendu) et soleil. Ce qu’il y a de parfaitement étonnant c’est alors que nous naviguons de conserve dans un mouchoir de poche, nous avons plus souvent que lui, un peu de vent et surtout, nous avons évité tous les grains durant la nuit alors qu’il se les est tous tapé !! Selon Eric, les beaux bateaux jouissent d’un micro climat bien à eux …

Si aujourd’hui le moral est au beau fixe comme la météo, il n’en a pas été de même pour votre serviteur en fin d’après-midi de hier lorsqu’il a fallu se résoudre à relancer le moteur faute d’un vent suffisant (10 nœuds de vent réel par le 120°) pour maintenir gonflée les voiles. Je dois bien reconnaître que j’étais persuadé qu’en touchant les Alizés, nous aurions pu dire « chauffe Marcel et droit devant ». Vous me voyez aujourd’hui totalement décontenancé au point de regretter sincèrement les Caraïbes où nous avons rarement manqué de vent et connu de superbes traversées !

Il est encore trop tôt pour me forger une opinion valable sur le Pacifique mais à ce jour, je me demande réellement l’intérêt de venir jusqu’ici … Cette réflexion du moment n’était pas dénuée de tout bon sens car même aujourd’hui, je me pose encore la même question …

A la tombée de la nuit, le vent est un peu remonté en force aux environs de 7 à  10 nœuds de vent réel : cela nous suffira pour maintenir gonflée la GV arrisée à 2 ris et la trinquette. Nous marchons à 3,5 nœuds dans l’eau.

« Hokulea » est toujours fidèle au poste et comme nous, Chantal & Eric ont décidé de croire en la météo qui annonce le retour du vent passé minuit. La nuit est calme. De toute manière, vent ou pas de vent, nous avions décidé sur chaque bateau de couper le moteur et de nous laisser dériver le cas échéant, pour économiser notre diesel.

Le plus amusant reste que comme nous naviguons dans un mouchoir de poche, le seul risque de collision que nous encourrons c’est qu’un des deux bateaux ne rattrape l’autre de nuit … sans le voir ! Par chance, sur « Hokulea », Chantal & Eric font des veilles mais avec le temps qui passe, ces dernières s’émoussent un peu selon leurs dires.

Dimanche 5.

A 23 h, le vent est monté un peu en puissance (10 – 11 nœuds de vent réel) ce qui a poussé Ann à déployer le génois. Je l’aurais bien aidé à la manœuvre mais j’étais si bien installé dans mon cockpit et elle semblait si bien s’en tirer toute seule … !

Au petit matin et comme je m’y attendais, « Hokulea » avait remis de la toile durant la nuit et nous avait dépassé en se confortant une avance de près de 6 milles. C’est la seconde fois qu’il nous fait le coup mais nous ne sommes pas en régate quoi qu’on en pense et je ne souhaite surtout pas briser notre petit confort … juste que ce serait bien si nous pouvions restés en contact VHF durant toute cette traversée mais je n’y crois pas car nos bateaux sont par trop dissemblables.

Une fois bien réveillés, nous avons décidé de relancer de la toile … toute la toile, en finale. En faisant le tour du bateau comme à peu près chaque matin, j’ai rejeté à la mer, les dépouilles de poissons volants et de petits calamars.

Quel pied, quelle jouissance que de naviguer à plus de 10 nœuds … cette impression de force, de puissance, de virilité, de magnificence. Pour une fois depuis notre arrivée dans le Pacifique, nous avons droit à une mer conforme à la force de vent !! C’est tellement rare en cette contrée …

« S.A.S.³ » se la joue très tranquille sans nous donner l’envie de réduire la toile sauf parfois lorsque je vois l’anémomètre s’affoler à plus de 25 nœuds de vent réel mais je regarde alors la stabilité incroyable du bateau et je me replonge le nez dans ma lecture.

Distance parcourue en 24 heures : 143 milles.

« Lady Helen » nous a contactés par téléphone satellitaire (Irridium) et en fonction de la position donnée, nous avons constaté qu’il était très, très Sud et à 95 milles sur notre arrière : vent de 20 à 25 nœuds avec des creux de 3 à 4 mètres … c’est le prix à payer lorsqu’on descend trop Sud !

Cette journée est décidément f-a-b-u-l-e-u-s-e : pour un régatier dans l’âme comme votre serviteur, voir « Hokulea » se transformer avec les heures qui passent, d’ombre à l’horizon puis de voile puis de coque pour le dépasser à 17.30 heures, est l’un de ses petits plaisirs qui magnificie une traversée.

Sachant que la météo prévoyait moins de vent pour le lendemain, j’ai obtenu d’Ann de laisser toute la toile malgré la tombée de la nuit. Le résultat ne s’est pas fait attendre et au petit matin, « Hokulea » était 9 milles sur notre arrière tribord.

Je relève avec un plaisir non dissimulé que « S.A.S.³ » est décidément très bon dans toutes les allures et dans toutes les mers. Ce n’est pas un bateau de régate entre bouées mais un croiseur hauturier qui défend vaillamment ses couleurs. Est-il utile de préciser combien j’adooooooooooooore notre voilier.

Lundi 6.

La régate n’étant pas à l’ordre du jour, j’ai convenu ce matin, avec « Hokulea » d’enrouler totalement notre génois pour lui permettre de nous rattraper : nous avons beaucoup de plaisir de naviguer avec Chantal & Eric et l’intérêt semble partagé d’autant que nous en tirons tous les deux, de très nombreux enseignements sur notre électronique embarquée.

Depuis plusieurs jours, nous avions constaté que la nuit, « Hokulea » nous entendait à la VHF mais nous, en revanche, on entendait rien ! Après de multiples tests, nous avons découvert à notre plus grande surprise que lorsque nous allumons les feux de navigation en haut du mât, cela fait office de « switch » sur la réception des ondes VHF !!! Nous n’en comprenons toujours pas l’explication mais dorénavant, nous n’allumons plus que nos feux de navigation réglementaires.

Nous avons découvert par la suite que le problème résultait vraisemblablement de l’arrachage de la plaque qui sert de chapeau à la  tête de mât suite aux vibrations ! Cela peut paraître incroyable et cela reste « incroyable » pour nous mais il s’agit d’un état de fait …

Depuis la veille au soir, le vent est retombé à 15-16 nœuds pour un angle de vent de 120°. Impossible de tenir un cap au-delà de 120° sans voir les voiles faseyer bruyamment  … et le mât vibrer à leur suite !! Pour conserver cet angle, nous sommes contraints de piquer plus Sud que nous le souhaiterions, tout en essayant de rester au Nord de la route tracée par Jimmy Cornwell, très connu pour ses nombreux livres notamment « Routes de Grande Croisière ».

Distance parcourue en 24 heures : 202 milles !!  Il sera difficile de faire mieux …

Le vent et les bateaux étant ce qu’ils sont … l’écart continue de se creuser entre « S.A.S.³ » pourtant privé de génois et « Hokulea » : 12 milles !

15.30 heures … nous n’en pouvons plus de nous traîner en attendant le grand retour de « Hokulea » qui malgré tous ses efforts, continue de perdre du terrain : incroyable comme on l’entend à la VHF où la communication devient de plus en plus mauvaise. Nous renvoyons donc le génois et descendons un peu plus Sud pour éviter le faseyement des voiles (le vent étant de S.E. … nous remontons donc au vent).

Selon Eric, son catamaran a besoin de vent pour avancer alors qu’il ne pèse que 20 tonnes en comparaison des 40 tonnes de « S.A.S.³ » … mais aussi d’une mer calme ! Comme les deux vont rarement ensemble, je crains que nous assistions avec « Hokulea » aux limites de vitesse d’un catamaran en navigation hauturière.

Jusqu’en fin d’après-midi, nous profitons d’une superbe journée calme et ensoleillée. Notre vitesse évolue dans les 6 nœuds pour un angle de vent de 120° et une vitesse du vent réel dans les 10 nœuds.

En début de nuit, le vent commence à tourner plus Est et donc, plus en vent arrière : les voiles faseyent plus facilement et à sa suite, le mât vibre parfois très fort. A cause du bimini, il nous est impossible d’avoir un œil sur le mât et sur le réglage de nos voiles … mais impossible également de ne pas mettre le bimini en raison d’un soleil insupportable. Encore un motif de préférer les Antilles au Pacifique … J’ai toujours à l’esprit ce commentaire d’une connaissance qui nous incitait « à ne pas perdre notre temps dans les Antilles et de venir directement dans le Pacifique qui ne supportait pas la comparaison ». Je dois bien reconnaître qu’aujourd’hui je me demande réellement ce que je suis venu faire ici !

Mardi 7.

Durant la nuit, Ann est survoltée … vous vous souviendrez que durant la traversée de l’Atlantique, je l’avais déjà surnommée « Maya l’Abeille » … et alors que votre serviteur ne pense qu’à dormir dès le moment où les voiles ne faseyent plus, elle me suggère plus de manœuvres que nous n’en effectuons durant une journée entière ! Comme elle est bien décidée à m’empêcher de dormir, je me vois contraint d’assister à un véritable remue-ménage sur le pont … le grain n’était pas au-dessus de « S.A.S.³ » mais bien, à bord.

C’est dans ces moments que l’on comprend si bien comment le fait d’empêcher quelqu’un de dormir peut être assimilé à une torture …

Ann n’avait certes pas tort mais pour ma part, j’estimais qu’il valait mieux examiner la question à tête reposée dès que le jour se serait levé … dès lors que rien ne menaçait le bateau sauf sa vitesse.

Malgré cela, dès le lever du jour, il devint essentiel d’établir un plan de navigation car nous devions faire face à un plein vent arrière impossible à gérer !

Alors que petit à petit, tout se met en place (nous avions décidé de tirer des bords de 5 milles de part et d’autre de la route idéale tracée par Cornwell), nous parvenons à atteindre « Hokulea » grâce à l’Irridium : ils sont sur notre bâbord arrière à … 24 milles. Vu la distance entre les deux bateaux, il nous est devenu impossible de communiquer par VHF.

Ravi de constater que « S.A.S.³ » caracole toujours en tête, nous observons que notre anémomètre indique que le vent vient de tribord alors que manifestement, il vient de bâbord !!! Un regard vers la tête du mât et nous prenons conscience avec horreur que notre anémomètre-girouette, notre feu de navigation et toute notre antenne RM pendent lamentablement sur le travers du mât !!!!!

Il aurait fallu monter en tête de mât pour constater les dégâts voire les réparer mais la mer est formée et même si nous roulons peu, je n’ose imaginer ce que cela doit être en tête de mât … en tous les cas, l’enjeu même très important ne vaut pas que je prenne le risque d’une chute, d’une commotion cérébrale ou autres bobos désagréables.

Nous ne savons pas exactement quand l’incident s’est produit surtout si nous le mettons en relation avec l’impossibilité de recevoir un appel VHF lorsque les feux de navigation en haut du mât fonctionnaient !

Ce dimanche 20 mai, je suis monté en tête de mât après le petit déjeuner et n’en suis redescendu qu’avec la tombée de la nuit !!! Mon diagnostique de départ était parfaitement fondé : c’est toute la tête de mât qui a été arrachée. Par chance, il n’y avait aucun dégât aux antennes mais à force de passer des heures ballotté dans le mât, à m’énerver, à attendre ou à devoir gueuler pour me faire entendre, une clef de 10 m’a échappé des mains et en tombant a fait exploser le pare-brise avant bâbord … avant de tomber dans l’eau … nice day, indead !

Distance parcourue en 24 heures : 154 milles.

Difficile d’encore vous donner une vitesse ou un angle de vent depuis que notre anémomètre-girouette est de travers … tous les appareils fonctionnent mais comme ils sont couchés, les informations de vent ne sont plus fiables et l’angle de vent, incertain.

Nous avons croisé à quelques mètres du bateau , au milieu de nulle part, une tortue qui venait refaire le plein d’air en surface !! De quoi peut-elle bien se nourrir alors que les fonds sont à plus de 3.800 mètres ?

En début de nuit, le vent semble se renforcer et nos bords sont nettement moins bons ! Pas de doute qu’à ce rythme, il nous faudrait empanner toutes les 2 ou 3 heures … comment dormir correctement en ces conditions ? Nous décidons donc de ralentir au maximum l’allure en prenant 2 ris dans la GV et pas de toile d’avant. Nous avons relevé que la bordure de notre trinquette était décousue en sorte que nous préférons ne plus nous en servir. Impossible de faire une longue traversée sans dégâts petits ou grands …

A 3,5 nœuds dans l’eau, « S.A.S.³ » se traîne dans l’eau mais au moins nous pouvons nous endormir l’esprit tranquille. Cela ne nous empêchera malgré tout pas, de réaliser deux empennages durant la nuit et sur un bateau de cette taille avec une bôme canoë, la manœuvre doit être exécutée avec beaucoup de soins …

Mercredi 8.

Au lever du jour, il est déjà temps d’empanner à nouveau et nous repartons vers le Sud. La mer est un peu plus agitée que la veille … quant au vent, notre anémomètre indique 15 à 16 nœuds de vent réel.

10 heures … grand moment de la journée puisque nous avons un contact par satellite avec « Hokulea » qui se trouve 30 milles sur notre arrière bâbord mais en longitude, l’écart n’est plus que de 11 milles!

Toute la difficulté de cette traversée résulte de paramètres contradictoires : les conditions sont meilleures (moins de vent, moins de houle) plus près de l’Equateur … par contre, les « Marquises » sont beaucoup plus au Sud et  il est prévu un vent plus Est en seconde moitié de navigation.

Les trois bateaux suivent des politiques différentes : « S.A.S.³ » suit de très près, la route conseillée par Jimmy Cornwell c’est-à-dire près de l’Equateur pour ne piquer plein Sud qu’en fin de navigation. « Lady Helen » est descendu à peu près à la latitude des « Marquises » et connaît des conditions musclées … quant à « Hokulea » et depuis que nous ne naviguons plus de conserve, il semble hésiter entre les deux options.

Distance parcourue en 24 heures : 109 milles.

La journée n’évoluera que très lentement et une pointe de ras-le-bol se fait sentir tant chez Ann (incroyable mais vrai !)  que chez votre serviteur. Comme la vitesse oscille entre 5,5 et 6,5 nœuds dans l’eau, la navigation n’est pas très palpitante même si nous parvenons un peu mieux à éviter par ce fichu vent d’Est, de secouer le mât comme un vulgaire prunier. Difficile de rester longtemps à l’intérieur comme regarder un film tant la houle est bien présente et qu’il fait trop chaud.

Nous tirerons un dernier bord vers le Sud vers 21h30 … moment où mon horloge biologique me dit qu’il est temps de dormir ! Mon horloge biologique s’est totalement adaptée à notre navigation en sorte que je vais désormais me coucher et me lève avec les poules … tu viens « ma poule », on va se coucher.

Jeudi 9.

A 2h20 … Ann me réveille pour notre traditionnel empannage. Si je suis convaincu qu’il ne faut pas changer de passeur au milieu du guet, « Maya l’Abeille » continue de s’évertuer à vouloir me faire penser qu’il vaudrait mieux se laisser descendre plus Sud … comme « Hokulea » et « Lady Helen ». Est-ce que je vous ai dit qu’à la longue, cela devenait barbant cette politique de l’usure typiquement féminin ?

La météo du jour prévoyait que le vent allait tourner plus au S.E. ce qui serait une excellente chose pour nos affaires : nous pourrions aller en ligne droite et en terminer avec nos inlassables zigzags. Par contre, à l’approche des « Marquises », celui-ci resterait S.E. alors que toute la route conseillée par Cornwell se fonde sur le principe qu’il y est généralement plein Est !! Ann aurait-elle raison ?

Distance parcourue en 24 heures : 151 milles. C’est déjà mieux que hier mais on relève tout de suite combien nos bords nous font perdre de milles sur la ligne droite.

Tous les jours, désormais, nous avons une communication satellite avec « Hokulea » pour échanger nos positions. Aujourd’hui, l’écart entre les deux bateaux n’est plus que de 23 milles mais nous en sommes à 19 milles d’écart en longitude … L’écart en longitude est le plus important car comme nous tirons des bords, selon le bord tiré, nous nous rapprochons ou nous nous éloignons de « Hokulea » en latitude.

Nous avons aperçu un grand banc de dauphins sur notre bâbord mais ils étaient trop loin pour prendre une photo.

Le moral est un peu meilleur et nous nous amusons à réaliser des calculs savants pour déterminer la politique que nous allons suivre : si le vent était S.E. nous continuerions notre route sans trop nous soucier du reste mais puisqu’il est plein E. …

Le vent tourne S.E. en cours de journée mais seulement par à-coups. Pas encore suffisamment pour nous éviter de tirer des bords mais l’un de nos bords est maintenant bien meilleure que l’autre.

Le temps est toujours aussi ensoleillé et la mer toujours un peu agitée mais dans l’ensemble, il fait très bon vivre à bord.

Juste avant que la nuit ne tombe, nous tirons un bord vers le Nord bien décidés à ne tenir ce bord que jusque 22 heures au plus tard. A 21 heures, nous avions déjà atteint notre limite des 5 milles … preuve s’il en est que ce bord était réellement très mauvais et donc, a fortiori, le bord suivant n’en est que meilleur ! Nous nous sommes donc endormis avec la satisfaction de n’avoir plus à tirer de nouveaux bords durant la nuit.

Vendredi 10.

J’ai été réveillé par une petite pluie qui n’a pas duré très longtemps mais juste de quoi nous obliger à nous abriter à l’intérieur. Comme le vent était remonté en force (17 nœuds de vent réel) et que Ann craignait un coup de vent avec le grain, nous avons ferlé totalement le génois en laissant la GV haute … funeste erreur car par la suite, le bateau s’est trouvé déséquilibré et nous avons eu droit à quelques superbes embardées !

Le jour à peine levé, nous avons donc pris un ris dans la GV et déroulé un peu de génois … de suite « S.A.S.³ » a retrouvé un parfait équilibre et une vitesse dans l’eau de 7 à 8 nœuds … nous sommes passés par la suite, à 9 à 10 nœuds pour un angle de vent indéterminable …

La mer était fort agitée et selon « Hokulea », ils se faisaient très désagréablement secoués alors que « S.A.S.³ » passait admirablement la vague. Bien évidemment, cela roulait plus fort que d’habitude mais le bateau gardait son cap.

Lors de notre entretien satellitaire,  l’écart de longitude s’était réduit à 17 milles mais « Hokulea » a carrément franchi la ligne rouge des 5° de latitude Sud.

Distance parcourue en 24 heures : 162 milles.

Moment historique, nous avons réalisé plus de la moitié du trajet ! Psychologiquement, il est agréable de voir que le compteur de milles restant à parcourir, est descendu en-dessous de 1.500 milles.

En attendant une accalmie de la mer, nous faisons le gros dos  … en dormant. Quand la mer est mauvaise, rien de tel que de se caler dans le cockpit et de s’évader en pensée … « S.A.S.³ » avance de toute manière tout seul et fort bien même : j’ai l’impression que nous allons battre notre record de distance.

Difficile en principe, d’encore dormir la nuit lorsqu’on passe sa journée à somnoler … et pourtant, j’y suis fort bien arrivé !! Le plus amusant c’est que depuis un certain temps, je ne me réveille plus du tout durant la nuit … je dors comme un bien heureux d’une seule et même traite. Je dois bien reconnaître qu’avec une épouse qui a le sommeil très léger et qui se lève plusieurs fois durant la nuit, la sécurité est assurée.

Nous sommes toujours sous un ris dans la GV et génois à moitié déroulé … nous pourrions sans doute mettre plus de toile mais nous ne sommes pas en régate et « papy & mamy » préfèrent leur petit confort … Le génois fut même réduit de quelques tours suite à une petite poussée de fièvre durant la nuit mais rien de bien grave. De toute manière, « S.A.S.³ » encaisse tout sans broncher et s’il n’y avait le bruit de l’eau et des vagues, on ne le ressentirait même pas ! Je sais que cela pourra paraître incroyable pour certains mais notre architecte, Vincent Lebailly, a parfaitement respecté notre cahier des charges en dessinant un véritable « pullman des mers ». Bravo et encore merci à toi, Vincent.

Samedi 11.

La mer est toujours bien formée mais le soleil a surtout fait son retour … hier fut une journée plus grisounette.

Le point de 10 heures nous a appris que nous avions creusé l’écart en longitude avec « Hokulea » à 33 milles. Ceci n’est guère étonnant car un catamaran souffre beaucoup dans ce type de mer formée et Eric se lamente que son bateau n’avance pas. Perso, j’y vois la confirmation que le catamaran est certes confortable au mouillage et fort adapté pour les Antilles mais en dehors de cela, il vaut mieux l’oublier. Mais allez dire cela à un propriétaire de catamaran …

« Lady Helen »  est à 1.350 milles de l’arrivée et « S.A.S.³ » à 1.280 milles ce qui ferait penser erronément que l’écart entre les deux bateaux, est seulement de 70 milles. Mais en écart de longitude, on parle de 196 milles !

« Lady Helen » a opté pour une latitude très Sud ce qui artificiellement, réduit très fortement la distance qui le sépare de l’arrivée.  Nous avons opté pour une latitude beaucoup plus Nord ce qui artificiellement, augmente notre distance de l’arrivée !!!

En fait, nous suivons la route conseillée par Cornwell qui se fonde sur le principe qu’à l’approche des « Marquises » le vent souffle d’Est. Comme nous sommes plus Nord, nous pourrons remonter au vent en descendant vers les « Marquises » alors que dans le même temps, « Lady Helen » devra tirer des bords face à un vent venant pleinement de l’arrière …

De surcroît, « S.A.S.³ » a choisi « Nuku Hiva » comme destination alors que « Lady Helen » a opté pour « Hiva Oa » plus proche.

Distance parcourue en 24 heures : 201 milles. C’est d’un poil que nous ratons de battre notre record.

Si chaque jour, en fin d’après-midi, la mer semble se calmer un peu … c’est pour mieux reprendre par la suite, sa folle randonnée.  « Cela bouge pas mal … » comme dirait la chanson mais l’eau reste d’une pureté et d’un bleu profond incroyable.

La vie à bord reste très confortable mais nous devons de plus en plus éviter l’ennui et la répétition. Il nous faudrait encore trouver l’audace de regarder un film à l’intérieur  comme le faisaient nos enfants lors de la traversée de l’Atlantique, mais nos estomacs ne semblent pas trop disposés à ce nouveau passe-temps  … Nous n’avons toujours pas de connexion satellitaire pour la télévision au motif cette fois, qu’il ne s’agit plus du même satellite que celui qui dessert les Caraïbes et que dès lors, nous devons souscrire un nouvel abonnement auprès d’un autre serveur à découvrir …

Pour le surplus, je relève que nous b—– deux fois moins, nous b——- deux fois moins mais par contre que nous b—— deux fois plus. Et malgré tout cela, il faut combler certains vides de la journée en faisant preuve d’imagination ! Alors nous l—– comme des malades, nous d—— comme des souches et nous contemplons chaque soir, la voie lactée.

Dimanche 12.

Nous naviguons toujours sous GV arrisée à 1 ris et sous génois enroulé de moitié car les conditions de vent (17 – 18 nœuds de vent réel) et de mer très formée n’ont guère évolué sauf que le vent retourne à nouveau plus Est et qu’il devrait s’y maintenir dans les jours à venir.

Alors qu’il faisait encore noire, nous avons été contraints d’abandonner notre cockpit en raison d’une petite pluie qui n’a guère duré plus de 10 minutes mais pour ne pas se faire mouiller …

Nous avons atteint notre avant-dernier waypoint de la route avant de pouvoir piquer plein Sud vers les « Marquises » … allez, courage, on approche tout doucement.

Il ressort de notre point de 10 heures que les positions entre « S.A.S.³ » et « Hokulea » n’ont guère évolué : 50 milles en latitude et 33 milles en longitude … en clair, « Hokulea » est 50 milles plus au Sud et 33 milles derrière nous. Nous n’atterrirons donc pas à la même île de l’archipel …

Comme je l’ai déjà souligné, « Hokulea » se plaint beaucoup des conditions de mer qui ont transformé son catamaran en « shaker » alors que « S.A.S.³ »  réalise une petite ballade de santé ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit … je ne prétends pas que « S.A.S.³ » ne roule pas mais tout cela se fait avec beaucoup de douceur et de souplesse que l’on ne s’en rend parfois même pas compte ! Tant que les voiles ne faseyent pas bruyamment c’est tout ce que nous demandons.

Distance parcourue en 24 heures : 203 milles ! Record battu … nouveau record à battre.

La journée est pleinement ensoleillée sans un nuage à l’horizon … c’est très agréable.

Lundi 13.

Les jours passent et se ressemblent affreusement  … les conditions météo n’évoluent pas beaucoup depuis ces derniers jours même si le vent se fait un peu plus Est et la mer reste toujours aussi formée même si de temps à autre, on a le sentiment qu’elle s’est calmée … c’est toujours très temporaire.

Ce qui change par contre … ce sont les fuseaux horaires et comme nous en sommes restés à l’heure des « Galapagos », nos journées s’en trouvent décalées voire peut-être plus longues ! Au départ des « Galapagos », il faisait nuit noire à 18h30 alors que maintenant il fait clair jusque 21 heures ! Nous allons donc nous coucher plus tard et comme nous nous réveillons avec les premières lueurs du jour ou presque … j’ai le sentiment de journées beaucoup plus longues.

Ce matin, nous avons relâché notre ris dans la GV mais il semble déjà établi qu’avant la fin de la journée, nous serons sans doute contraints de le reprendre pour essentiellement une question de confort à bord.

Point du jour à 10 heures : « Hokulea » est à 57 milles derrière nous et 72 milles plus au Sud … son problème est qu’il descend trop vite et que bientôt il n’aura plus d’autre choix que de tirer de très longs bords par plein vent arrière !

« Hokulea » n’a plus trop le choix et va donc à l’île de « Hiva Oa » alors que nous avons opté pour l’île de « Nuku Hiva » située 70 milles plus à l’Ouest et 60 milles plus au Nord pour la seule raison que le mouillage y est – parait-il – beaucoup mieux protégé de la houle … la distance est donc plus grande !

Distance parcourue en 24 heures : 201 milles.

Il ne faut jamais crier victoire trop tôt … le vent est un peu retombé mais la mer reste toujours formée en sorte que nous devons tellement remonter au vent pour garder les voiles gonflées que nous avons préféré réaliser un long bord vers le Nord ! Cela va se ressentir dans notre moyenne journalière et « Hokulea » va en profiter pour refaire un peu de son retard … mais en finale, nous serons heureux d’avoir perdu un peu de temps pour en gagner bien davantage : si le bord est mauvais vers le Sud, il n’en est que meilleure vers le Nord !

… Affreux bord vers le Nord : nous nous traînons et le bord d’attaque est infect !!! Avons-nous eu raison de le tirer ou pas ? Je l’ignore mais pour le moral, ce fut une catastrophe.

16.45 heures … nous repartons vers le Sud et le boulier compteur reprend quelques couleurs mais le vent ne tourne pas un peu S.E. comme il était prévu !! Le cap n’est pas bon et distinctement, nous piquons au Sud des « Marquises » laissant augurer d’autres bords …

Le génois n’est plus maintenant déroulé totalement que très rarement … non parce qu’il y a trop de vent mais au contraire, parce qu’il n’y a pas assez de vent et trop de mer …

A la tombée de nuit, il devient infernale en raison de son faseyement, de vouloir garder un bout de génois malgré un vent réel de 17 nœuds mais « S.A.S.³ » est déséquilibré par ce manque de voile d’avant et nous devons nous résoudre à prendre un ris dans la GV.

Mardi 14.

A 6 heures du matin (heure des Galapagos), il est devenu quasiment impossible de maintenir la GV gonflée … nous relançons le moteur et prenons un second ris dans la GV pour éviter un faseyement trop pénible pour le mât et nos oreilles.

Au lever du jour (10 heures des Galapagos), nous stoppons le moteur et relançons totalement la GV + une moitié de génois … le cap est beaucoup trop Sud (nous piquons 200 milles trop bas …) mais j’en ai tellement marre de cette traversée que je suis prêt à la terminer au moteur s’il le faut … pourvu que l’on avance.

Au point de 10 heures, nous apprenons avec stupéfaction et horreur que « Hokulea » a cassé l’un de ses deux safrans sans qu’ils ne sachent ni quand, ni comment cela est arrivé : « il y a tellement de bruit dans le bateau (les vagues claquent sur les coques en permanence) qu’ils n’ont rien entendu de spécial ». Nos copains escomptent sur un vent plus S.E. et Ann n’a pas osé leur dire que selon les prévisions météo, il n’y avait aucun espoir à se faire !

« Graffiti » (catamaran 42’) a lui aussi perdu un de ses deux safrans au cours de cette traversée ! Il est parti le 9 avril des îles « Las Perlas » et est arrivé (sans escale aux « Galapagos ») à « Hiva Oa » … le 17 mai mais la politique annoncée était de ne jamais employer le moteur.

Quant à « Lady Helen », ils ont subi une nuit de pluie à 30 nœuds de vent et ce matin, c’est calme plat mais … Régis a pêché ce lundi, un Marlin de 200 kgs !!

En ce qui concerne les positions : « Hokulea » est 65 milles en arrière de « S.A.S.³ » et 106 milles plus au Sud et « Lady Helen » est  à 308 milles en arrière de « S.A.S.³ » et 91 milles plus au Sud.

Enfin … pour Régis, cette traversée est la réalisation d’un rêve de gosse et il y a fort à parier que son rêve durera encore un certain temps … alors que pour votre serviteur, cette traversée n’a jamais été un rêve de gosse, ni même un rêve d’adulte, juste un océan de plus à traverser !

Distance parcourue en 24 heures : 147 milles … je craignais bien pire !

Pour la seconde fois depuis notre départ, l’état de la mer est conforme à l’état du vent qui oscille dans les 10 nœuds de vent réel à supposer que les indications données par notre anémomètre-girouette soient tant soient peu correctes puisque la girouette est en position horizontale !

Si cette foutue plaque de support, en haut du mât, n’avait pas eu la très mauvaise idée de vouloir se faire la malle … non seulement, nous aurions des informations précises quant à la force et la direction du vent mais surtout nous aurions pu mettre en mouvement le « mode wind » : le pilote automatique ne suit plus un cap compas mais maintient en permanence, un angle de vent donné. En ces conditions, si le vent tourne tant soit peu, le bateau suit. C’était réellement LE type de procédure que nous aurions dû suivre si cette putain, de salope, de foutue de plaque de support …

La journée est belle, la mer se calme tellement que j’en arrive à me poser la question de monter au mât !!! Une excellente mer pour nos copains …

Jusque minuit (heure des « Galapagos »), la vie est très douce à bord de « S.A.S.³ » où nous écoutons le récital quasi complet des Beatles.

Mercredi 15.

Alors que nous sombrons dans notre premier sommeil, nous subissons notre premier vrai grain depuis très longtemps : vent fort et pluie abondante au menu. Après un moment d’hésitation, « S.A.S.³ » transforme toute cette énergie brutale … en vitesse : 11,2 nœuds dans l’eau alors que nous sommes depuis peu GV arrisée à 1 ris et demi génois. Nous sommes réveillés par le bruit et par la pluie.

Je décide de faire le gros dos et d’attendre … un quart d’heure plus tard, la vitesse retombait entre 8 et 9 nœuds dans l’eau : le grain était passé.

Une demi-heure plus tard … un second grain moins important nous oblige à nous réfugier une fois de plus à l’intérieur.

Pour éviter le faseyement des voiles … prise d’un second ris dans la GV : nous perdons 1 nœud de moyenne.

Une heure plus tard … la pluie. Terriblement éprouvant pour nous car nous dormons littéralement debout.

La mer si calme avant le grain, est maintenant une marmite bouillante. Nous parvenons à retrouver le sommeil.

10 heures du matin : je me réveille avec l’impression que « S.A.S.³ » passe sur une taule ondulée !! Du jamais connu ! Nous décidons de remettre un peu plus de toile c’est-à-dire de lâcher un ris et de renvoyer du génois … la situation s’améliore mais nous sommes contraints de piquer plein Sud !!

Point du jour : « Hokulea » est à 30 milles sur notre arrière et 103 milles plus au Sud.

Distance parcourue en 24 heures : 160 milles.

Nous sommes très déçus de nos performances des 24 heures écoulées et totalement surpris par la remontée de « Hokulea » qui nous affirme pourtant avoir fort réduit la voilure pour éviter d’endommager leur second safran. Je me perds en conjectures pour expliquer tout cela sauf que nous perdons toujours l’avantage durant la nuit qui dure 12 heures … mais pas pour autant question de modifier nos petites habitudes et de toucher à notre petit confort déjà fort perturbé par ces satanés grains.

Nous sommes encerclés de grains et le vent se montre capricieux au point que nous nous interrogeons sur l’utilité de tirer un bord vers le Nord … en finale, nous optons après avoir pris deux ris dans la GV de faire un peu de moteur.

Moins d’une heure plus tard, nous étions pris dans un immense grain de vent et de pluie. Au début, nous nous sommes réfugiés dans le carré où nous avons même regardé un film en mangeant mais la mer devenait de plus en plus monstrueuse avec des rafales atteignant les 35 nœuds que nous avons décidé de nous harnacher dans le cockpit pour le cas où …

Nous avions trois bateaux de pêche (de 50 à 100 mètres) qui quadrillaient la zone située à 550 milles des « Marquises ». Grâce au ciel, leurs AIS étaient bien visibles à l’écran car la visibilité durant les grains était très fortement réduite.

Nous avons passé plusieurs heures à attendre qu’il arrête de tomber des cordes au point d’être tellement mouillés que nous avons commencé par avoir très froid. C’est à peu près à ce moment là que la pluie a montré des signes d’apaisement.

Après nous être réchauffés et profitant d’une accalmie, nous en avons profité pour relancer la toile.

La fin d’après-midi fut plus calme avec une mer très formée mais comme nous en avons maintenant l’habitude …

Fatigué par tout ce stresse, votre serviteur n’a pas demandé son reste et dès la nuit tombée, s’est allongé dans le cockpit pour profiter d’une nuit bien méritée.

Durant la nuit, Ann a bataillé avec le pilote automatique et le réglage des voiles pour garder à l’ensemble cohérence et meilleur cap possible.

Jeudi 16.

Comme nous en sommes toujours à l’heure des « Galapagos », le jour se lève de plus en plus tard et il était 9.30 heures quand nous nous sommes décidés à nous lever. A l’horizon, une série de grains que nous avons enfilés comme un artisan confectionnant un collier de perles !! C’était affolant … on sortait à peine d’un grain que le suivant nous tombait dessus. La pluie tombait drue et nous avons été contraints de nous enfermer dans le carré en fermant la porte !

A tout vrai dire, on est super biens à l’intérieur et plus spécifiquement derrière la table à cartes … 10° de plus sur tribord … il n’y a qu’à le demander puisque nous avons une seconde commande des pilotes automatiques à la table à cartes.

Au point du jour de 10 heures, nous n’avons pu rentrer en contact avec « Hokulea » car la pluie battante nous interdisait de sortir le nez dehors …

Distance parcourue en 24 heures : 171 milles.

13.20 heures … appel de « Lady Helen » où le moral n’est guère au beau fixe : ils subissent des vents de 25 à 28 nœuds  dans une mer très agitée. Sur base des positions échangées, nous sommes pour ainsi dire à la même latitude mais « S.A.S.³ » est 309 milles devant ! Pas bon pour le moral de Valérie & Régis …

En début d’après-midi, nous semblons être légèrement en dehors de la trajectoire des grains et après une valse d’hésitations insupportables, le vent s’est décidé à souffler à nouveau dans la bonne direction et avec suffisamment de force. Nous connaîtrons une relative tranquillité jusqu’en début de nuit où les grains se rappelleront à nous … nous sommes quand même parvenus à passer une nuit correcte à l’abri dans notre cockpit.

17 heures … appel de « Hokulea » qui ne reçoit pas en retour, nos informations alors que Ann reçoit Chantal 3 sur 5. Selon les positions communiquées, nous avons repris notre avance de 60 milles et sommes plus au Nord de 105 milles sur « Hokulea » … Il y a des chances que nous arriverons en même temps au mouillage mais nous à « Kunu Hiva » et eux à « Hiva Ova » !

Vendredi 17.

Quand je me suis réveillé, j’avais l’impression d’être à bord d’un TGV et Dieu que c’était agréable de voir que malgré une mer forte, « S.A.S.³ » marchait du tonnerre. A cette allure là, nous devions arriver samedi vers 15 heures …

Mais bien évidemment dans un Pacifique qui ne connaît pas les vents réguliers, celui-ci s’est démonté et a tourné un peu plus Est … conséquence, des voiles qui faseyent et une bôme qui tressaute de temps en temps … juste assez pour faire exploser dans un grand bruit, sa retenue !!!

La seule réelle consolation du jour, notre vitesse tourne péniblement à 6-7 nœuds dans l’eau avec de surcroît, un mauvais cap bien entendu, c’est qu’un grand et beau soleil a remplacé l’univers de grains que nous avons connu durant deux jours.

Point de 10 heures … nous avons essayé d’atteindre sans succès « Hokulea » qui nous semble avoir quelques problèmes avec son téléphone satellitaire. C’est ce que nous supposons en tous les cas.

Pas la moindre présence humaine à l’horizon … cela en devient déconcertant.

Distance parcourue en 24 heures : 176 milles.

La journée se terminera comme nous l’avions commencé avec malgré tout, une menace de pluie !!

Comme le vent tombait et la mer se calmait toutes proportions gardées, nous avons pris deux ris dans la GV en prévision du moteur que nous allions relancer une fois arrivé à la latitude de « Kunu Hiva » car nous n’envisagions plus de tirer des bords sur les derniers 100 milles.

Samedi 18.

Passé minuit, le vent adonnait fortement et je me reprenais espoir de pouvoir terminer notre traversée à la voile … mais bien évidemment vers 5 heures du matin (heure des « Galapagos »), il repassait plus Est et perdait de son intensité. Il nous restait un peu moins de 80 milles à parcourir … le moteur fut donc lancé sans la moindre hésitation.

Curieusement, nous nous sommes trouvés coincés entre deux zones de grains qui évoluaient parallèlement à nous !! Par chance, nous n’avons pas été mouillés.

Point de 10 heures … cette fois nous parvenons à rentrer en contact avec « Hokulea » qui est 22 milles sur notre arrière mais à 70 milles plus au Sud … soit 17 milles plus bas que la latitude de « Hiva Oa » … leur île de destination ! Nous nous sommes promis de nous retéléphoner plus longuement dès demain puisque « Hokulea » devait arriver à son mouillage en début d’après-midi et nous, en début de soirée.

Distance parcourue en 24 heures : 171 milles.

Alors que nous sommes à l’approche de la première île des Marquises, « Ua Huka », la mer devient de plus en plus formée et nous sommes gratifiés d’un petit grain : bienvenue à l’archipel des Marquises …

Passé « Ua Huka », la mer reste très formée mais le soleil nous inonde de bonheur. Avec ce grain au-dessus de l’île et cette mer très formée, j’ai trouvé « Ua Huka » … sinistre au possible.

Vite, vite, au nom de Dieu, il n’est pas possible d’aller plus vite, on se traîne … nous la voyons la Terre Promise mais le jour décline de plus en plus et nous n’avons aucune envie d’arriver de nuit. La tension à bord est palpable et votre serviteur n’arrête pas de regarder sa montre toutes les cinq minutes … plus que 3 milles … plus que 2 milles … plus viiiiiiiiiite, l’heure avance , Nom d’un chien … plus que 1 milles … plus viiiiiiite ….

En finale, nous sommes largement arrivés dans les temps soit à 19.30 heures (heure des « Galapagos ») alors que la nuit n’est tombée qu’à 21.30 heures mais vous n’imaginez pas l’angoisse … pour une fois que nous arrivons de jour sans devoir passer la nuit à l’extérieur, à faire des ronds dans l’eau, en attendant que le jour se lève.

« Lady Helen » est arrivé à « Hiva Oa » mardi matin après avoir ralenti pour arriver de jour, au mouillage …

Le vaste mouillage n’est pas encore encombré mais j’ai quand même compté 33 voiliers !!! Le décor est pourtant sinistre : nous sommes dans une profonde cuvette volcanique et bien entendu, les grains se succèdent pour déverser tout leur fiel juste au-dessus de nos têtes. La houle n’est pas non plus totalement absente et pourtant il s’agit d’un des meilleurs mouillages de l’archipel … ENFIN … nous sommes dans le Pacifique … et comme dirait Dropy « I am happy » !

Demain, il nous faudra faire l’inventaire de la casse et celui-ci s’est déjà allongé d’une tirette de prélart dont l’un des curseurs a disparu: petite cause … gros problème.

Pour l’occasion, nous avons vidé à deux, une bouteille de champagne qui ne m’a jamais parue aussi méritée qu’en cette occasion. Mais je me dois d’être honnête en reconnaissant que je ne comprends pas comment il est possible que nous ayons traversé un Atlantique (2.700 milles) c-h-i-a-n-t en 17 jours et un Pacifique (3.096 milles) m-er-d-i-q-u-e- en 18,5 jours alors que nous n’avons pas bénéficié de conditions idéales de vent !!!! Souvent, j’en arrive à la très sérieuse conclusion que « S.A.S.³ » marcherait aussi bien même sans voiles !! Ce voilier est tout simplement i-n-c-r-o-y-a-b-l-e et pourtant ce n’est pas notre premier voilier.

La construction de « S.A.S.³ » a coûté une petite fortune mais lorsque je regarde le rendement de notre investissement, nous sommes le couple le plus riche de la terre. Nous sommes à peine arrivés aux « Marquises » que déjà nous envisageons nos prochains périples avec une gourmandise incroyable et tout cela grâce à … un architecte de génie, Vincent Lebailly … et d’un chantier français unique en son genre, Garcia.

************

Les enseignements personnels que je retire de cette traversée, sont les suivants :

Tout d’abord, ne vous fiez pas aux idées reçues … les îles de sable blanc, les cocotiers et les vahinés sont porteurs d’images mais aussi de désillusions !

Ma traversée du Pacifique n’a aucun point commun avec celle de l’Atlantique ! Cela s’explique par diverses raisons à la fois personnelles mais aussi liées à la navigation elle-même.

Au niveau personnel.

J’ai beaucoup apprécié de naviguer rien qu’à deux car sur l’Atlantique, j’ai eu le sentiment d’être parfaitement inutile … sauf en cas d’emmerdement bien entendu !

Sur l’Atlantique, il y avait trois skippers à bord … sur le Pacifique, il n’y avait qu’Ann mais elle y a mis les formes et je fus consulté à chacune de ses décisions.

Sans doute plus amariné qu’au temps de l’Atlantique, je n’ai pas connu de problème de mal de mer même si une fois ou l’autre, il valait mieux que je sorte.

Je ne me rappelle plus bien ce que nous avons mangé en Atlantique mais il faut reconnaître ce mérite à Ann,  de m’avoir préparé de très nombreux petits plats savoureux avec le strict minimum de vaisselle.

Côté vaisselle … à deux, on salit beaucoup moins.

Plus de veille, plus de quart et grâce à cela, nous étions tous les jours,  frais et dispos. Nous avons à chaque fois dormi dans le cockpit et cette solution est idéale … tant qu’il ne pleut pas.  Sur les 3.096 milles de la traversée du Pacifique, nous avons vu un catamaran au loin et trois pêcheurs grâce à leur AIS.

Sur l’Atlantique, je passais mes journées dehors à attendre je ne sais trop quoi. Sur le Pacifique, j’ai tenu à jour, le livre de bord, j’ai beaucoup lu, je me suis intéressé à l’électronique du bord etc.

J’ai tellement bien dormi durant cette dernière traversée qu’après quelques jours, je ne me réveillais même plus durant la nuit pour jeter un œil.

A l’assaut de l’Atlantique, je partais à la découverte d’une nouvelle expérience. A l’assaut du Pacifique, je partais avec l’expérience d’un vieux loup de mer, une bien meilleure connaissance de « S.A.S.³ » et aussi sans doute avec une plus grande maturité.

Durant la traversée de l’Atlantique, nous n’avons pas toujours connu le soleil et la chaleur … dans le Pacifique, le soleil est bien présent et les températures parfois étouffantes.

Quand nous avons quitté «  Tazacorte » (Canaries), nous partions en même temps que l’A.R.C. (rallye de plus de 300 bateaux) alors que lorsque nous avons quitté « San Cristobal » (Galapagos), nous partions uniquement en compagnie de « Hokulea » et de « Lady Helen ».

Au niveau navigation.

La traversée de l’Atlantique fut c-h-i-a-n-t-e … celle du Pacifique fut m-e-r-d-i-q-u-e.

La différence me direz-vous ?

La différence réside en ce que sur l’Atlantique, nous avons pu compter sur les Alizés au départ de « Tazacorte » même si ceux-ci n’étaient fiables ni en cap, ni en force mais au moins, on marchait à la voile de manière constante.

Dans le Pacifique, nous avons dû aller jusqu’aux « Galapagos » et de là, encore faire deux jours de navigation pour trouver un semblant d’Alizés alors que le mois de mai est réputé pour ses Alizés bien établis. Nous avons donc dû recourir plus que de raison au moteur ou subir des vitesses lamentables.

Sur l’Atlantique, nous avons eu droit cette année là, à une houle croisée particulièrement fatigante … sur le Pacifique, l’état de la mer n’est jamais proportionnel à la force du vent : toujours plus de houle que de vent ! Le gréement et les voiles souffrent énormément … quand ce n’est pas la tête de mât qui perd la tête !

Sur l’Atlantique, nous avons tiré de longs, longs bords alors que sur le Pacifique, les bords furent beaucoup plus courts car il était hasardeux de descendre trop Sud comme l’a fait « Lady Helen ».

Nous avons traversé l’Atlantique sans bimini et de ce fait, nous avons pu régler nos voiles de manière plus adéquate. Dans le Pacifique, le bimini est incontournable en sorte que nos réglages de voiles ont souvent laissé à désirer. Mais dans les deux cas, nous avons passé nos journées à prendre et à enlever des ris dans la GV, à réduire et à dérouler le génois : en une saison entière à Breskens (NL), nous n’avons jamais pris autant de ris !

La seule et unique chose que je trouve de bien au Pacifique, c’est son courant porteur d’Est en Ouest de 1 à 1,5 nœuds qui nous a permis de combler notre grand déficit de vitesse.

Il y a peut-être et quand même un point commun entre nos deux traversées : l’anémomètre-girouette ! Nous avons traversé toute l’Atlantique sans jamais connaître la force du vent … nous avons réalisé plus de 2/3 de la traversée du Pacifique sans connaître avec certitude, la force et la direction du vent.

Que faut-il en retenir en définitive ?

Vous vous rappelez ce que j’écrivais en tout début d’article … alors, un conseil d’ami : faites la queue comme tout le monde et ne venez pas vous faire chier inutilement dans le Pacifique … « il n’y a rien à voir … circulez » comme dirait l’agent des forces de l’ordre.

Mais alors pourquoi le Pacifique fait-il tant rêver ?

D’une part, parce que tout ce qui est inaccessible ou difficilement accessible, fait fantasmer d’autant qu’il y a peu de personnes qui peuvent réellement en parler. D’autre part, parce qu’il y a des petits malins qui croient intelligents d’embellir les choses, justement pour faire saliver … c’est bien connu que le seul dîner auquel vous n’étiez pas invité, fut le plus fantastique de l’année.

Est-ce que je regrette d’avoir entrepris cette traversée ?

Non car je ne me faisais pas de réelles illusions même si je me suis un peu laissé bercer par les « on dit ».

Non car la traversée du Pacifique n’a jamais été pour moi, une finalité en soi mais un passage obligé dans le cadre d’un tour du monde.

Non car j’ai toujours considéré que « S.A.S.³ » n’avait pas été construit pour se limiter à sillonner les Antilles mais qu’au contraire, il était destiné à de plus vastes horizons.

Non car j’ai une fois de plus, été totalement bluffé par les qualités incroyables de notre bateau.

Non car nous avons quitté les Antilles qui commençaient à m’étouffer : c’était le Pacifique ou l’Europe !  Je sais que cela peut surprendre mais je finissais par me sentir à l’étroit dans les Antilles et cela même si je dois bien reconnaître que nous n’avons pas tout visité. La « mentalité » antillaise dans son acceptation la plus large a trop souvent eu raison de ma patience et de mon pragmatisme. Ici au moins on sait que l’on est au milieu de nulle part et qu’il ne faut rien en attendre : c’est clair, propre et net.

Qu’est-ce que j’espère pour les mois à venir ?

Qu’après avoir connu le Pacifique sous son mauvais jour, je puisse quand même profiter un peu des endroits qui vous font tous rêver ! Croyez-moi sur parole … ce n’est pas aux « Marquises » que Martini se risquerait à venir tourner sa pub.

Ma morale de ces presque trois années à courir sur les océans ?

Arrêtez de vous plaindre et de croire que l’herbe du voisin est plus verte que la vôtre. Il n’existe pas de paradis sur terre de même qu’il n’existe pas de rose sans épine. Chaque endroit visité a ses charmes mais aussi ses nombreuses vicissitudes.

Histoire d’illustrer mon propos … depuis que nous sommes arrivés à « Nuku Hiva », les grains se succèdent aux grains, nous roulons sans arrêt d’un bord sur l’autre et dans l’eau, on n’y voit goutte à 20 centimètres mais nous avons fait un peu plus de 4.000 milles pour en profiter  … si c’est pas beau ça !!

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.


Responses

  1. Bonjour SAS, on vous retrouve enfin dans le Pacifique…

    Pleins d’enthousiasme, de bonne humeur. Ca fait plaisir. J’espère que le reste de votre périple ne sera pas à l’image de cette fausse arrivée. Faites un petit tour dans les Tuamotus, c’est VRAIMENT comme dans vos rêves.

    Nous sillonnons ce magnifique Océan depuis près de 4 ans et nous l’adorons tellement que nous la quadrillons sans relâche. Mais il ne se laisse pas conquérir en quelques jours, ses frasques sont légendaires, c’est ce qui fait une partie de son charme. Et si vous trouvez que la traversée Galapagos-Marquises était merdique (je cite), essayez la traversée NZ-Gambier, en hiver… Ca permet de relativiser.

    Eric à bord de Let It Be

    • Bonjour Eric,

      J’ai sans doute laissé échapper quelque chose mais après plus de 4.600 milles à silloner ce putain de Pacifique, je n’y ai pas trouvé l’once d’un plaisir.

      Ce n’est pas les conditions météo qui sont en cause … encore que ras le bol des grains à répétition … mais ce constat que je ne suis pas seul à faire: il y a toujours plus de houle que de vent et sur un voilier, c’est un réel cauchemar.

      Pour ma part, j’ai enregistré mes plus belles navigations … aux Antilles ! Comme quoi tous les goûts sont dans la nature.

      Je te souhaite en conséquence de pouvoir continuer à le sillonner avec autant de plaisir … pour ma part, j’espère quitter cet océan au plus vite ce qui devrait être une réalité en fin d’année.

      Cordialement,


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :