Publié par : Ann & Stéphane | 24 avril 2013

13 au 20.04.2013 Traversée vers les Galapagos (903 miles).

Samedi 13.

Samedi 13 … drôle d’idée de partir un 13, me direz-vous, mais pourquoi pas ce jour là plutôt qu’un autre ? Une petite fenêtre météo de 48 heures s’est présentée alors nous en avons profité pour mettre les bouts.

Toujours est-il qu’à 9 heures et sous les yeux amicaux de « Hokulea » et de « Pagus », nous avons mis les voiles pour une petite navigation de 903 milles.

Le vent était faible et a oscillé durant la journée entre 7 et 13 nœuds de vent réel … pas de quoi fouetter un chat et une vitesse dans l’eau en due proportion soit entre 3,5 et 6 nœuds selon les moments.

J’ignore s’il s’agit d’un problème de manque de sommeil, de chaleur ou du médicament que nous prenons contre le mal de mer lors de chaque navigation mais j’ai été écrasé par le sommeil au point de ne pas pouvoir tenir mes yeux ouverts ! J’ai donc beaucoup roupillé tout en restant malgré tout, en alerte.

Ceci ne m’a pas empêché de voir quelques belles raies faire des pirouettes dans l’air avant de retomber bruyamment sur le dos … il parait qu’il s’agit pour elles, d’une opération de déparasitage ! Le plus étonnant reste que je n’ai jamais vu ce phénomène en dehors d’ici !

Nous avons également vu notre premier aileron de requin fondre la surface de l’eau à la vitesse d’une locomotive lancée à toute vitesse : impressionnant. Nous n’avons vu que le petit aileron noir sans pouvoir déterminer ni la taille, ni le type de requin dont il s’agissait … ni même s’il s’agissait bien d’un requin ! Ce n’était en tous les cas, pas un dauphin car ceux-là nous en voyons beaucoup et régulièrement et savons donc les reconnaître aisément.

A part en quittant les « Las Perlas » où j’ai compté une quinzaine de gros bateaux de pêche sur une même zone, nous n’avons pas rencontré âme qui vive.

La mer était « belle » et notre navigation n’en était que plus confortable encore. Sur le coup de midi, la chaleur est devenue tellement étouffante et tout simplement insupportable que nous avons mis le bimini en place … ce que nous ne faisons pour ainsi dire « jamais » parce qu’il nous masque la vue sur nos voiles.

En début d’après-midi, nous nous sommes essayés à l’envoi du spi asymétrique ! Il s’agit d’une grande première car jamais nous ne l’avons envoyé rien qu’à deux.

Je dois bien reconnaître que nous n’étions pas à l’aise d’autant que j’avais peur d’avoir tout oublié : sur « S.A.S. » nous avions deux spis symétriques sans chaussette alors j’ai un peu tendance à m’embrouiller dans les filins de la chaussette et puis surtout, les surfaces de toile sont totalement différentes.

En fait, avec un peu de méthode et une belle météo, l’opération s’est révélée excessivement simple et tant à l’envoi qu’à l’affalée en fin d’après-midi, nous n’avons pas connu de problème.

Il est presque 19 heures et la nuit est maintenant tombée. Le vent depuis notre affalage de spi, s’est  renforcé en montant jusqu’à 19 nœuds de vent réel. Nous sommes à 149° alors qu’en matinée, nous avions un angle de vent d’environ  60°.

Dimanche 14.

Mon Dieu, quelle nuit nous avons passée !

Cela a d’abord commencé par le vent qui est monté à 25 nœuds de vent réel … pour y rester la première moitié de nuit ! Sur le coup, je n’avais rien senti et « S.A.S.³ » se baladait agréablement … non, très agréablement. C’est Ann qui a attiré mon attention sur l’anémomètre et à partir de ce moment là, elle m’a communiqué son propre stresse de voir la GV faire un empennage involontaire sur une mauvaise vague … nous avons donc fini par prendre un ris dans la GV tandis que le génois était enroulé à 1/3 et cela seulement parce qu’il se déventait de trop. On ne peut sous-estimer l’importance du côté psychologique quand on est en mer et l’angoisse, la peur ou le simple stresse sont très communicatifs.

Par la suite, c’est un feu blanc très lumineux sur l’horizon tribord qui nous a intrigués à juste titre car pas moyen de voir une autre couleur de feu (rouge ou vert). Nous l’avons eu à l’œil pendant une petite heure …

Lorsqu’enfin, le feu blanc s’est rapproché de nous, par le tribord, il y a eu un petit moment d’angoisse à bord car la lumière n’était maintenant plus unique mais tout au contraire, multiple et tout donnait à penser que quelque chose de très large venait sur nous !

Ce n’est qu’un peu plus tard que nous avons compris qu’il s’agissait de deux bateaux de  pêche qui naviguaient de conserve …

Passé minuit, le vent est redescendu en-dessous de 10 nœuds et nous nous sommes sentis contraints de relancer la GV car les vagues sur l’arrière, rattrapaient notre tableau arrière en faisant le bruit typique que nous avons connu chaque soir, au mouillage.

A  4.30 heures du matin cependant, nous n’avons pas eu d’autre choix que de lancer le moteur.

Panne intermittente, mauvaise réception des ondes en raison de la nuit ou d’un orage au loin, parasitage en raison d’une utilisation plus intensive que d’habitude du radar, l’avenir nous le dira sans doute bien assez tôt mais nous avons été sans AIS en réception durant une partie de la nuit ! Il semblerait mais je dis bien « il semblerait » que tout soit parfaitement normal !! Sauf erreur de ma part, le système AIS fonctionne par le biais de l’antenne VHF et donc, la nuit la réception des ondes est nettement moins bonne … ceci expliquant cela !

C’est lorsque j’ai vu qu’un cargo nous remontait sur le bâbord sans écho AIS sur l’écran que j’ai été alerté d’un problème à ce niveau. Il faut dire que le trafic est particulièrement intense mais par chance, nous allons tous dans le même sens ou dans le sens opposé. Le véritable danger se situe en présence d’un trafic transversal.

Malgré tout cela, nous avons curieusement bien dormi si j’en crois notre état de fraîcheur ce matin ! Au petit déjeuner, nous avons eu droit à la vue d’un second aileron de requin (ou supposé tel) identique à celui de ce samedi mais j’ai encore loupé l’occasion de le prendre en photo.

Distance parcourue en 24 heures : 150 milles. Malgré une vitesse moyenne très faible de 4,5 nœuds dans l’eau mais grâce au courant, nous avons tenu nos 150 premiers milles par jour.

Matinée au moteur … début d’après-midi, à la voile avec un vent ¾ arrière d’une dizaine de nœuds. Malheureusement, le vent ne tint pas ses promesses et nous avons poursuivi notre traversée du « pot au noir » à une vitesse oscillant entre 2,5 et 3 nœuds ! A 16.30 heures, nous n’avions d’autre alternative que de relancer le moteur.

La mer est toujours « belle » avec de temps en temps une petite houle de fond qui fait escalader le bateau pour mieux le faire redescendre ensuite gentiment.

Nous avons vu furtivement un troisième aileron toujours aussi près du bateau mais je ne jurerais pas que cette fois-ci, il s’agissait d’un requin … peut-être un orque ? La seule chose que nous avons vue avec certitude, c’est un petit banc de dauphins qui sont venus jouer un moment, avec l’étrave du bateau.

Il y a toujours autant de cargos mais ils croisent assez loin de notre position sauf un qui nous est passé sur l’arrière suffisamment près que je me suis demandé si je ne devais pas relancer le moteur en catastrophe. De nuit, nous aurions connu quelques frayeurs mais de jour, il a été plus facile de dominer son stresse.

Journée sans soleil pour une fois avec des températures plus agréables.

Lundi 15.

Comme d’habitude avec la tombée de la nuit, le vent est monté … Pour être honnête, il s’est stabilisé à 13 nœuds de vent réel ce qui n’est pas en soi, beaucoup mais au près serré ! « S.A.S.³ » est donc parti dans une folle chevauchée fantastique à plus de 8 nœuds qui aurait été des plus agréable … s’il avait fait jour.

Devant cette montée en puissance du bateau, l’adrénaline du bord a également fait un bond et il nous a fallu garder tout notre sang froid pour ne pas réduire la toile. Par la suite, nous avons apprécié cette allure en laquelle « S.A.S.³ » est très à l’aise. Nous avons même trouvé le sommeil malgré une mer plus dure que celle que nous avons connue durant toute la journée.

Côté trafic, la nuit fut un merveilleux désert aquatique.

A deux heures du matin, nous avons été réveillés par l’alarme du pilote automatique qui faute de vitesse, ne pouvait plus tenir son cap ! Comme la nuit précédente, le vent est tombé et a également un peu tourné dans le mauvais sens en sorte que nous l’avions maintenant trop sur le nez. Nous avons donc été contraints de mettre le moteur.

Alors que nous descendons pourtant vers l’Equateur, nous avons eu un peu froid cette nuit tant il est vrai que nous sommes assez peu couverts car c’est nettement moins handicapant que lorsque nous mettons nos cirés.

Distance parcourue en 24 heures : 127 milles. Nous avons un peu perdu sur notre programme de 150 milles/jour mais nous restons toujours dans la moyenne.

En cours de journée, nous nous étions résolus à tirer des bords pour éviter d’avoir à solliciter le moteur en permanence mais notre essai fut un échec total : nous marchions à 2,5 nœuds dans l’eau, dans la mauvaise direction et avec un courant contraire d’un bon nœud ! Profondément attristant comme situation.

Un orage grondait sur notre horizon arrière et malgré la direction du vent, il me semblait que celui-ci se rapprochait de nous ! Se rapprochait-il ou le jour s’estompait-il sur des nuages menaçants ? Difficile de le dire … mais plutôt que de stresser à l’idée que nous aurions à le subir, j’ai préféré jouer à l’autruche et je me suis allongé pour dormir. La solution n’est pas mauvaise car les yeux fermés, il n’y a plus que le comportement du bateau que l’on sent et qui indique s’il y a un problème.

Mardi 16.

Durant toute la nuit, l’anémomètre est resté oscillant entre 8 et 10 nœuds de vent réel. Si d’un côté, nous pouvions en être heureux d’autant que la mer restait « belle », d’un autre côté …  impossible de marcher à la voile.

Comme chaque matin, je me suis réveillé très courbaturé !

L’orage menaçant, Ann a pris deux ris dans la GV qui se sont révélés parfaitement inutiles … nous avons par contre, eu droit à la pluie qui est tombée durant deux bonnes heures.

Avec l’arrêt de la pluie, le vent a un peu tourné pour osciller autour des 35° d’angle en sorte que nous avons sorti toute la toile pour marcher entre 3,5 et 5 nœuds dans l’eau avec un vent réel de +/- 8 nœuds.  C’est loin d’être le super pied mais au moins nous marchons à la voile et économisons notre précieux diesel.

Distance parcourue en 24 heures : 127 milles. Nous restons dans la moyenne !

11 heures … en mer, tout reste toujours possible … sur la VHF nous entendons une voix masculine parlant anglais et s’adressant à nous !! D’après notre échange radio, il s’agirait d’un autre voilier que nous rattrapons et qui nous aurait vus grâce à notre A.I.S. Sur le coup, j’étais tellement surpris que je n’ai rien compris à la situation … notre interlocuteur ne parlant qu’anglais bien entendu.

Par la suite, j’ai regretté qu’Ann ne lui ait pas posé de questions quant à sa provenance, le nom de son bateau, le type de bateau, sa nationalité  etc.  mais il est vrai que le barrage de la langue n’est jamais à sous-estimer.

Selon le peu d’informations que nous avions comprises, notre « voisin anglais » se trouvait à 6 milles devant nous lors de notre échange radio. Au radar, j’ai bien essayé de le localiser mais son écho était si faible que je ne suis pas certain d’y être parvenu. Je suis effaré de relever combien les bateaux de plaisance restent invisibles au radar en raison d’un écho beaucoup trop faible ! Comment s’étonner dès lors que durant la nuit, les cargos ont tendance à ne pas nous voir … « S.A.S.³ » est équipé d’un Active Echo qui émet un signal aussi visible que celui d’un cargo !

Trois heures plus tard, je discernais un mât à l’horizon, sur notre avant bâbord … ce qui ne pouvait être que notre « voisin anglais ». Alors que je me réjouissais de lui avoir pris du terrain, nous le perdions définitivement de vue une heure plus tard !! Notre « voisin anglais » s’est littéralement volatilisé et comme il ne répondait pas à la VHF, nous n’avions aucune idée d’où il était passé !

Alors que la nuit était déjà tombée, le vent a commencé à monter jusque 13 nœuds de vent réel et la mer à se faire plus dure : nous étions toute toile dehors et toujours au près très serré. « S.A.S.³ » surfait sur la vague que cela en était un plaisir sauf … qu’il faisait nuit noire et que nous avions constamment à l’esprit que notre « voisin anglais » était peut-être tout près et tous feux éteints ! Sur beaucoup de bateaux, pour économiser l’énergie du bord,  tous les appareils sont éteints … en ce compris la VHF. C’est ce dernier poste qui m’agace beaucoup car en cas de besoin, nous aurions beau nous époumoner à la VHF, pour demander de l’aide, nos plus proches voisins ne nous entendraient pas … bien entendu, ces mêmes plaisanciers sont bien heureux de nous atteindre lorsque l’envie leur en prend car sur « S.A.S.³ » toute l’électronique reste en permanence allumée en navigation.

Je reconnais que naviguer – de nuit – à des vitesses proches des 10 nœuds dans l’eau (!) peut stresser car on a l’impression de foncer dans un mur. Mais … politique dite de l’autruche …  il suffit de s’allonger à l’abri du vent et de se laisser à ressentir uniquement les mouvements du bateau pour goûter au plaisir suprême … mouais … tout le monde à bord ne partageait pas ce sentiment !

Après une heure de dur supplice pour Ann (je m’opposais à toute réduction de toile), j’ai fini par céder à contrecœur et le génois fut considérablement réduit … avec une perte de vitesse conséquente. Aussi, par la suite, c’est Ann qui relâchait un peu de génois …

Mercredi 17.

Bonne nuit pour votre serviteur mais au matin, j’étais quand même surpris que le vent était monté à 15-16 nœuds de vent réel ! Aussi et pour rendre la vie à bord, plus confortable, nous avons pris un ris dans la GV.

Vers 9 heures, le vent semblait vouloir un peu mollir mais la mer restait quant à elle, toujours formée. En fait, ce n’est qu’en fin d’après-midi que le vent s’est un peu calmé mais en l’absence de soleil, le vent nous a paru froid toute la journée.

C’est un peu le type de journée dont on attend avec impatience qu’elle se termine : au près serré avec un vent apparent assez froid et une mer formée, rester à l’intérieur est susceptible de vous donner le mal de mer. Quant au cockpit … soit, on reste au vent et on se surprend à certains moments, à stresser face à la puissance du vent – soit, on se protège derrière la capote et après un certain moment, « on a besoin d’air » …

Distance parcourue en 24 heures : 117 milles. Aie ! C’est la chute libre au niveau de la moyenne journalière !!

Assez étrangement, nous avons vu un cargo qui nous a rattrapés … pour, à notre hauteur,  prendre une direction s’écartant totalement de notre route ! Pour le surplus, pas âme qui vive à l’horizon.

Quand en fin d’après-midi, nous avons relevé une sensible amélioration de nos conditions de navigation, c’est avec un réel soulagement que j’ai attaqué ma nouvelle nuit de sommeil : la nuit ne pouvait être que douce et calme.

Un peu avant minuit, Ann me réveillait pour me signaler un feu blanc clignotant sur bâbord : une bouée !!

Avec le temps qui s’écoule extrêmement lentement, le clignotement a disparu au profit d’un feu blanc fixe (sans doute n’y a-t-il eu jamais de clignotement mais la houle qui faisait apparaître et disparaître le feu blanc à notre vue).

Plus tard, le feu blanc essaimait un chapelet de feux blancs fixes qui prenaient rapidement position sur tout notre horizon arrière !! Sur le coup, j’ai pensé que nous avions confondu un groupe de bateaux naviguant de conserve avec un seul et unique bateau !

Pas de signal AIS, pas de réponse à la VHF malgré nos nombreux appels sur le canal 16, qu’un seul écho certain sur notre écran radar !!!

Le pire résultait encore du fait qu’il me semblait ne pas me tromper en affirmant que ce bateau faisait une route de rencontre avec « S.A.S.³ » !! L’idée qui puisse s’agir de pirates nous a longtemps effleurés l’esprit encore que je ne voyais pas très bien la manœuvre suivie par ceux-ci le cas échéant.

Comme notre bateau « principal » ne semblait pas vouloir nous éviter, j’ai coupé les gaz du moteur tout en obliquant vers lui : je l’ai vu passer devant nous à distance raisonnable sans pouvoir mieux cerner à qui nous avions à faire ! Selon moi, il ne pouvait s’agir que d’un bateau de pêche.

Alors que les premiers feux blancs fixes avaient disparu sur notre horizon arrière, notre pêcheur supposé  lâchait un nouveau chapelet de feux fixes (environ 6 ou 7) : s’agirait-il de filets dérivants ??

Par chance, notre pêchou semblait partir cette fois dans la direction opposée à la nôtre ce qui mit fin au petit stresse ambiant …

Une demi-heure plus tard, même scénario sur tribord et sur bâbord !! Nous en avons conclu que nos nouveaux feux blancs clignotant étaient des pêcheurs et tout en s’assurant qu’ils ne se rapprochaient pas de nous, nous avons poursuivi notre route normalement.

Durant la nuit, le vent a un peu adonné en sorte que nous pouvions – enfin – suivre un angle de vent de 50° ce qui évita à notre génois de  faseyer de manière accidentelle.  Nous avons quasiment tout le temps marché à la voile sauf en de rares moments, où nous sommes passés au moteur en raison d’un près trop serré mais les périodes « moteur » furent toujours d’assez courtes durées.

Jeudi 18.

Quel pied de se réveiller avec une petite météo sympa … il manque sans doute un peu de soleil qui nous fait faux bond depuis quelques jours. Sous l’influence du courant « Humboldt » les températures sont nettement en baisse alors que nous nous approchons de l’Equateur, nous en sommes à 60 milles.

Cette météo nous a permis de connaître à nouveau le confort avec une bonne douche chaude alors que ce mercredi, nous avons préféré nous en passer …

Distance parcourue en 24 heures : 143 milles. On se rapproche à nouveau de la moyenne idéale.

En fin de journée, le vent tombait aux alentours des 10 nœuds de vent réel et la navigation n’en fut que plus plaisante encore.

Nous avons eu droit à un début de nuit illuminé par la lune même si celle-ci était le plus souvent cachée par les nuages. Pour toute précaution, nous avons pris un ris dans la GV.

Vendredi 19.

En seconde partie de nuit, le vent a forci jusque 16 nœuds sans que nous nous en rendions bien compte car grâce au Ciel, plus nous nous approchons des « Galapagos » et plus le vent tourne sur notre arrière … nous sommes ainsi passés d’un angle de vent de 50° à un angle de vent de 85°.

Réveil sous la grisaille alors qu’à 8.25 heures, nous avons franchi l’Equateur : nous sommes maintenant dans l’hémisphère Sud !! Nous aurions du sabrer le champagne mais vu l’heure fort matinale, nous avons célébré l’évènement en mangeant des pancakes au sirop d’érable que nous avait offert « Umialtak »  … Ô mora, ô tempores !

Une heure plus tard, le soleil nous dardait de ses rayons bienfaisants tandis que le vent mollissait avec une mer relativement calme.

Distance parcourue en 24 heures : 135 milles. Soyons « positifs » nous sommes toujours dans la moyenne.

La question de l’heure d’arrivée à destination pose toujours le même problème car nous préférons et il est conseillé par le guide nautique, en le cas s’espèce,  de ne pas réaliser un atterrissage de nuit ! Or selon notre ordinateur de bord, nous devrions logiquement arriver à 21 h …

A contrecœur, nous avons donc décidé dès 11.30 heures, de freiner « S.A.S.³ » autant que faire se peut car ce satané voilier en profite toujours pour au contraire, accélérer !! C’est attristant de devoir freiner un bateau qui naturellement, est plus porté vers la vitesse et la puissance que la lenteur et le ramollissement.

Nous marchons sous GV arrisée à un ris depuis la nuit et sous seule trinquette … sans génois, le bateau a tendance à déraper un peu beaucoup vers le Nord. Dans des vents réels avoisinant les 10 nœuds, nous marchons entre 3 et 5 nœuds dans l’eau par un angle de vent repassé à 50°.

Vers 14 heures, nous avons vu un bateau de pêche sportive en train de faire des ronds dans l’eau à la recherche sans doute d’une belle prise. A plus de 60 milles des « Galapagos » cela m’étonne tout de même un peu mais c’est comme ce foutu bateau de pêche de l’autre nuit, qui nous est tombé dessus surgissant de nulle part.

Amusant mon sentiment à l’approche des « Galapagos » : dans un sens, heureux de pouvoir faire une pause et de retrouver nos petites habitudes du mouillage et dans un autre sens, je serais tenté de poursuivre notre route pour éviter toutes les difficultés liées à tout atterrissage en un lieu parfaitement inconnu. Enfin … on verra sur place ce qu’il en est.

16.30 heures … une voile sur notre horizon arrière bâbord. Je pense de suite à notre « voisin anglais » de l’autre jour. Un appel sur la VHF, en français … pas de réponse. Le même appel, en anglais … notre « voisin anglais » (Ann reconnaît sa voix) réagit mais impossible de comprendre quelque chose avec son accent. De toute manière, il est manifeste que notre interlocuteur n’a aucune envie de faire le moindre effort pour établir la communication ! Nous laissons donc tomber … dommage.

A la jumelle, il me semble qu’il est toutes voiles dehors alors que pourtant nous avançons à la même vitesse !! Ma curiosité est piquée au vif de savoir à qui nous avons à faire …

A un moment donné voilà qu’il disparaît à nouveau à notre vue … c’est un vrai fantôme ce voilier ou quoi ? S’agissant d’un catamaran, je pense qu’il tirait un grand bord !

Le vent reste heureusement faible et nous nous traînons en regardant la distance qui reste à parcourir.  La lecture d’un bon livre nous occupe et il est agréable de profiter d’une mer calme mais pourtant, on aimerait bien pousser sur l’accélérateur !

Samedi 20.

La nuit sera du même tonneau encore que par moments, la GV faseye et fait trembler le mât. Notre « voisin anglais » ? … il est réapparu comme il était disparu et fait route avec nous mais cette fois-ci, il marche à 5 nœuds dans l’eau alors que nous marchons à 3,5 nœuds. Il nous dépasse donc et à un moment donné je le trouve bien pressé d’arriver surtout qu’il fait encore nuit … à moins qu’avec la nuit assez claire que nous avons grâce à la lune, il s’estime suffisamment audacieux pour faire son atterrissage de nuit.

Jusque 2 heures du matin, j’ai tenu le quart en terminant le livre attaqué en fin d’après-midi ! Ensuite, c’est Ann qui a pris la relève. Si je crevais d’envie de remettre un peu de toile à la suite de notre « voisin anglais », Ann ne se posa pas de question et renvoya le grand génois dès la prise de son quart … plus tard et faute de vent, elle lança le moteur et lorsque je me réveillais avec le lever du jour, notre « voisin anglais » était derrière nous.

Durant mon quart de repos, un petit oiseau gris aux pattes palmées est venu se poser … à hauteur de mon épaule ! Peu farouche, il s’est même permis de se glisser sous ma couverture ! Si Ann était le témoin privilégié de toute la scène, je n’en étais qu’à moitié conscient car déjà plongé dans un sommeil semi comateux. Lorsque je me suis retourné, il s’est un peu effrayé et en finale, a abouti dans notre carré !! Ann lui a tendu la main et il est venu se blottir en son creux … elle l’a alors déposé sous la capote de cockpit où il a continué à reprendre des forces. Plus tard, lorsque je me suis réveillé, il a d’abord terminé sa course au fond du cockpit d’où Ann l’a pris dans ses mains pour le poser sur le pont arrière. Il lui était alors facile de reprendre son envol. Comme il faisait nuit, nous n’avons aucune photo de l’épisode …

Sur le trajet jusqu’au mouillage, nous avons vu des raies que nous avions prises pour des ailerons de requins jusqu’à analyser sur PC les photos prises.

Nous sommes arrivés au mouillage à 8.20 heures sans problème par une mer d’huile.

Nous avons alors découvert que notre « voisin anglais » était un catamaran Bahia (42’) – Fountaine Pajot nommé « Lateral Thinking » qui battait pavillon australien. A son bord, nous pensons qu’il s’agit des grands-parents, des parents et de leur fils. Nous avons eu l’occasion d’échanger quelques mots avec eux et nous avons ainsi appris qu’ils étaient partis des « Las Perlas » la veille de notre propre départ … plutôt sympas en finale.

Distance parcourue en 23 heures : 98 milles.

Quelques autres chiffres : 903 milles parcourus en 167 heures de navigation (soit près de 7 jours) -56 heures de moteur et 28 heures de groupe soit +/- 450 litres de gasoil.

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Responses

  1. Anne et Stephanne merci Je suis à bord avec vous depuis l’épisode du Zen de mon ami J.P aux Canaries.Votre journal de bord et vos commentaires sont trés pointus.Je vais rester quelques jours avec vous aux Galapagos.Bonne navigation. Jacky

  2. Ann et Stéphane…la bouteille de champagne que vous n’avez pas sabrée pendant la traversée…j’espère que vous l’avez fait en arrivant ! Finalement le strees qui est votre compagnon de route ne vous empêche pas d’aller toujours de l’avant ! Bravo pour le journal de bord…on a l’impression d’y être. Il reste 3.000 milles pour les Marquises…qu’Eole vous accompagne.
    Amitiés
    Gonzague


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