Publié par : Ann & Stéphane | 20 mars 2013

26/2 au 03/03/2013 Traversée vers Panama (600 milles).

Mardi 26.

A 17 heures, nous avons pris la décision de lâcher nos amarres et le temps de tout mettre en œuvre, il était 18 heures : nous étions au moteur, GV arrisée à deux ris. Nous avions à lutter contre un vent  de face (en fait, avec un angle de 15° à 20° ce qui a évité à notre GV de faseyer) oscillant entre 15 et 20 nœuds et une houle dont les creux pouvaient atteindre par moments, trois mètres.

Les tous premiers milles furent un peu pénibles car nous devions surmonter nos propres angoisses et une mer qui faisait souffrir notre coque mais une fois « Grand Cayman » sur notre arrière et la nuit tombée, nous avons eu l’impression que la mer s’était un peu calmée … en tous les cas, nous n’avons plus eu droit que de manière épisodique  aux grands « bangs » de notre proue retombant dans le creux de la vague. De toute manière, il n’y avait rien à faire d’autre que de prendre notre mal en patience … et comme cette zone de navigation ne présentait pas de difficultés particulières, j’en ai profité pour dormir ! Ann n’est pas parvenue à trouver le sommeil durant cette première nuit mais « elle s’est malgré tout reposée » ce qui signifie plus clairement qu’elle a passé une nuit blanche …

Mercredi 27.

En ayant examiné de manière approfondie la météo, je savais que nous aurions à faire face à des conditions de vent et de mer peu agréables jusqu’au mercredi midi mais je fus surpris de relever que les conditions s’étaient plutôt dégradées avec le lever du jour !! Nous avons donc fait le gros dos en l’espoir d’un futur meilleur …

Au cours de la nuit, le vent a commencé doucement à tourner plus Est avec un angle de vent qui s’est ouvert vers 25° à 30° mais pas de manière assez stable que pour envisager d’arrêter le moteur et de se mettre à la voile et de surcroît, de nuit.

Vers midi, nous avons entrevu la possibilité de marcher à la toile avec un angle de vent qui était maintenant  de 40° à 45°. Pas facile pour autant de prendre la décision de couper le moteur et de relancer la toile ! Le bateau marchait excessivement bien et mon Dieu, pourquoi ne pas continuer sur notre lancée ? Mais voilà … tout nous indiquait que nous pouvions marcher à la voile et sur un voilier, le moteur n’est toujours que l’accessoire de la toile.

Après avoir réduit les gaz et dérouler le génois, « S.A.S.³ » s’est d’abord traîné lamentablement à 3 – 4 nœuds et puis, lentement mais progressivement, le speedo a affiché des valeurs plus normales de 8 à 9 nœuds … ouf ! J’ai été un peu surpris par cette difficulté inhabituelle au démarrage mais celle-ci s’explique peut-être par la houle qui venait de face.

Si « S.A.S.³ » s’est révélé très confortable au moteur malgré une météo très peu favorable … il s’est carrément révélé d’une douceur incroyable dès que nous avons été sous voile : nous n’avons plus subi le moindre « bang » dès cet instant alors que pourtant, nous étions toujours sous seul pilote automatique. Chaque jour que Dieu fait, je remercie notre architecte, Vincent Lebailly, de nous avoir dessiné un voilier aussi conforme à toutes mes aspirations les plus folles : naviguer sur « S.A.S.³ » c’est comme s’installer dans un confortable fauteuil pour lire un bon bouquin.

En début de nuit, nous avons abordé la région des cayes avec ses hauts-fonds, ses casiers, ses pêcheurs et ses courants locaux. A vrai dire et malgré Madame La Lune qui nous a fait voir comme en plein jour … nous n’avons rien vu du tout !! Nous avons donc slalomé entre les cayes … au départ de notre cartographie électronique.

Jeudi 28.

Il était prévu que jeudi et vendredi seraient des journées de petits vents (10 à 15 nœuds) mais bien évidemment la donne météorologique avait évolué entre-temps et nous étions quelque part à la limite entre une zone de vent de 10 à 15 nœuds et une zone de vent de 15 à 20 nœuds et devinez à laquelle des deux zones nous avons eu droit …

Le vent tournant à l’Est, nous avons apprécié une fois de plus, les qualités marines de notre Garcia : avec un angle de vent passant de 50° à 70°, nous avons eu droit à la voie royale avec un speedo qui ne descendait jamais en-dessous de 9 nœuds … durant toute la nuit de jeudi à vendredi, le speedo est resté calé au-dessus de 10 nœuds.

C’est au cours de cette navigation que je me suis rendu compte que « S.A.S.³ » ne dépasserait sans doute jamais les 11 nœuds dans sa vie car dès que le speedo indique cette vitesse, Ann demande qu’on réduise la toile !! C’est incroyable comme c’est s-y-s-t-é-m-a-t-i-q-u-e … à 10,7 nœuds je sens bien que mon épouse est déjà prête à bondir pour réduire la toile. Bien entendu, elle s’en défend en affirmant qu’elle ne se fonde que sur la vitesse du vent réel …

Il est certain que lorsque le vent monte … la vitesse de « S.A.S.³ » s’en ressent. Mais tout cela se réalise avec une telle douceur qu’en l’absence d’un speedo, nous pourrions nous laisser abuser !! Cela faisait partie du cahier des charges donné à notre architecte : je devais pouvoir regarder mon anémomètre grimper sans avoir envie pour autant de lâcher le bol de soupe que je buvais en tenant la barre. Cette « image » qui n’en est pas une, me vient d’une sortie à Breskens (Nl) par force 7 sur le Swan 46’ de mon ami Raymond. Est-il nécessaire de préciser que cette sortie en mer m’a profondément marqué : nous avions quitté le port sans prendre le moindre ris et étions revenus sous spi en tirant des bords, le tout avec les Pink Floyd dans les oreilles … tout simplement incroyable !!!!

Ce qui pour ma part, reste encore angoissant c’est de voir le speedo s’emballer et de ne pas savoir jusqu’où il est capable de monter : durant la traversée de l’Atlantique, il est monté, de nuit, jusqu’au-delà des 14 nœuds. Je sais déjà que vous allez me dire que vous avez même connu des pointes de vitesse plus élevées avec votre bateau mais si vous êtes honnête avec vous-même, vous reconnaitrez que c’était à l’occasion d’un surf sur une vague. Or, en notre cas d’espèce, cela n’avait rien à voir avec un surf quelconque mais seulement avec la force du vent. Et c’est là que cela fait peur : le vent hurle dans les haubans et votre voilier part en puissance, au débridé … frissons garantis.

Comprendre un phénomène nous permet souvent de mieux maîtriser sa peur et durant cette navigation, nous avons eu la chance d’avoir un vent réel qui n’a jamais dépassé les 20 nœuds … le speedo ne pouvait donc pas dépasser les 12 nœuds. Il m’a ainsi été beaucoup plus aisé de maîtriser mon angoisse de perdre le contrôle du bateau ou de casser quelque chose et j’ai été très tenté de m’opposer à toute réduction de toilure … mais le plaisir de naviguer à deux, passe aussi par des concessions. Je me suis donc contenté de prier pour que le speedo n’indique pas 11 nœuds !!

Vendredi 1.

Avec des moyennes de vitesse comme nous connaissions depuis mercredi après-midi, on en arrive vite à se dire que nous allions faire notre navigation en 3 jours au lieu des 4 jours prévus au départ. Bien évidemment c’était sans compter sur un courant contraire (3 nœuds) au niveau des Cayes et un vent tournant de plus en plus Nord c’est-à-dire en vent arrière.

Cela explique sans doute pourquoi la journée du vendredi m’a paru fort longuette même si nous pouvions nous réjouir d’une mer devenue nettement moins houleuse et donc, d’une vie à bord plus confortable encore.

Alors que nous étions à 140 milles de « Portobello », nous avons croisé un voilier skippé par un couple allemand avec leurs deux enfants qui se rendait à l’île de « San Andres » en provenance de « Portobello ». Nous les avons appelés par VHF et par chance, ils parlaient tous les deux, excessivement bien le français ! Au départ, notre programme prévoyait une escale à l’île de « Providencia » et ensuite, à celle de « San Andres » qui se trouvent approximativement sur la route mais en raison du coup de vent annoncé, nous avons préféré faire route directe.

Notre GV passant de plus en plus facilement d’un bord sur l’autre bord, nous avons décidé de l’arriser à deux ris et de repasser au moteur … quelle tristesse après cette chevauchée magnifique.

Si nous avons profité généreusement de la pleine lune, les trois premières nuits … pour notre dernière nuit en mer, ce fut nuit noire alors qu’à l’approche du canal de Panama, le nombre de cargos rencontrés augmentait ! Cela ne m’empêche plus de dormir car « S.A.S.³ » est équipé d’un transpondeur (émetteur) AIS et d’un Active Echo (amplification de l’écho radar du bateau) qui le rend très « visible » pour les cargos. De toute manière, c’est cela ou je dois abandonner la croisière hauturière alors que celle-ci m’attire de plus en plus !

Samedi 2.

Arrivée morose, pour 10 heures, à « Portobello » avec un ciel gris et bas : c’est dingue comme les derniers milles m’ont paru pénibles. En ces circonstances, je rêve d’un puissant hors-bord où je pourrais enfoncer à fond les manettes de gaz …

Si la baie bien protégée, est décrite par tout le monde comme « sublime », nous l’avons trouvée tout simplement « sinistre » ! La baie, en elle-même, est plutôt jolie mais la présence, en son centre, d’un vieux bateau de pêche à l’abandon était déjà désolante mais que dire de l’ambiance dégagée par tous ces bateaux de plaisance qui donnaient le sentiment d’être figés dans le temps ! Pas âme qui vive sur l’eau et même « Lady Helen » que nous connaissons pourtant bien, ne nous a pas donné meilleure impression !! Quant à l’eau … elle n’incitait pas à la baignade et il paraîtrait même (sous réserve de vérification) que toute la zone de Panama est infestée de crocodiles !!

Il ne s’agissait évidemment que d’une première impression mais celle-ci ajoutée à notre impossibilité de crocher l’ancre sans déraper, nous a fait fuir cet endroit.

Dès le départ et en raison du mauvais coup de vent annoncé, nous avions hésité jusqu’à la dernière minute, entre « Portobello » et « Port Colon » distant de seulement 21 milles … « Portobello » l’avait emporté au motif que nous pensions pouvoir échapper à la taxe de 105 $/personne réclamée lors de l’entrée dans le pays … en bateau ! Tout évolue très vite et il est navrant de constater qu’avec le développement du tourisme, le plaisancier est de plus en plus perçu – partout dans le monde – comme le pigeon à plumer. Seulement voilà, tout cela n’est plus possible depuis très récemment et la formalité doit être réalisée à Colon …

Est-il nécessaire de dire combien il nous fut désagréable de tirer un dernier bord jusqu’à « Port Colon » d’où démarre « le canal de Panama ».

Une fois sur place (14 heures), nous avons longé l’enceinte extérieure jusqu’à « Shelter Bay Marina » que les bruits de ponton présentaient comme en permanence « overbookée ». Une fois de plus, tout évolue tellement vite qu’à notre arrivée, la marina ne présentait qu’un taux de 75% d’occupation et un nouvel agrandissement de la marina est par ailleurs, prévu … encore des angoisses parfaitement inutiles ! Certains plaisanciers ont la sagesse d’indiquer sur leur blog qu’il ne faut surtout pas écouter les bruits de ponton et je partage chaque jour davantage cet avis.

En approche de la marina, le « Master Harbour » nous demande si nous disposons d’un ou de deux propulseurs !!!  LA question piège dans lequel nous sommes tombés la tête la première car c’est bien la première fois qu’elle nous a été posée. Pourquoi ? Mais bêtement parce que si nous avions répondu par la négative, une place plus facile d’accès nous aurait été attribuée …

Contrairement à l’habitude, mes premières impressions furent excellentes et nous avons immédiatement décidés d’y rester jusqu’à notre passage du canal … fixé au mercredi 20 mars. Si la vie au Panama est « bon marché », doit-on encore s’étonner des tarifs prohibitifs pratiqués en la marina soit 1,50 $/pied/jour. Consolation : l’eau sur le ponton est gratuite … on voit de suite que nous ne sommes plus dans les îles !!!

Une de mes premières préoccupations fut d’en profiter pour rincer le bateau abondamment à l’eau douce tant tout le pont était salé ! Avec intérêt, j’ai relevé comme le teck du pont se nettoyait bien avec un simple jet d’eau un peu puissant !!!

Vous n’êtes évidemment pas obligé de me croire encore que si vous suivez notre blog depuis un certain temps, cela ne vous étonnera plus mais à peine arrivé à la marina, le tam-tam avait déjà fonctionné que le big boss se déplaçait en personne pour venir admirer notre bateau !! Selon le personnel, la marina avait accueilli la semaine précédente, un rallye d’Oyster qu’ils trouvaient déjà superbes mais sans commune mesure avec notre Garcia. Vous en penserez ce que vous voulez mais rien que pour cela, nous sommes dédouanés du prix qu’il nous a coûté.

Mais je m’en voudrais de terminer cet article sans souligner le merveilleux accueil qui nous a été réservé par Jocelyne & Roland de « La Croix du Sud » qui nous invitaient le soir même à prendre l’apéro à leur bord, nous donnant ainsi l’occasion de faire leur connaissance !

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Responses

  1. Juste une petite précision, la mécanique des fluides incompressible nous enseigne que pour les carènes non planantes la vitesse d’un bateau est strictement limitée par sa longueur de flottaison (longueur d’onde = distance entre 2 vagues d’étrave). Les vitesses supérieures à ces limites sont nécessairement du au « surf ». Sans rentrer dans les détails la formule est la suivante :
    La racine carré de la longueur de flottaison x l’accélération de la pesanteur x Pi / 2 ce qui donne un résultat en m/s
    Pour votre bateau la formule est sqr(17,37m x 9.81 / 3,14 / 2)= 10,12 noeuds.
    En tout les cas bonne continuation et félicitation pour votre formidable parcours.

    • Bonjour Christian,

      La coque de S.A.S.³ est justement … planante (cfr. onglet « construction » – retournement de la coque – Week 40).

      Par ailleurs, les polaires du bateau calculées par l’architecte confirment le plus grand potentiel enregistré.

      Ceci étant dit, S.A.S.³ reste un voilier de grande croisière et non, un bateau de régate.

      Merci tout de même pour votre intervention.


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