Publié par : Ann & Stéphane | 22 janvier 2013

24 au 26.12.2012 Cienfuegos de Cuba.

Lundi 24.

Pourquoi partir un jour de réveillon ? Ce n’est pas un choix délibéré mais plutôt la météo qui en a décidé pour nous. Comme toute notre famille est restée au pays et que nous sommes seuls avec « Maeva » à qui il importait peu de partir ce jour là plutôt qu’un autre … why not ?

Pourquoi ne pas partir le lendemain ou même le surlendemain ? Tout simplement parce qu’il est annoncé du petit temps pour la semaine à venir et nous ne souhaitions pas faire notre « nav » au moteur : « Ulani » (Etap 46’)  et « Baros » (Feeling 39’) partis de « Ocho Rios » le mercredi 26 de bon heure, ont eu droit à un jour de petite voile et le restant du temps, au moteur … ils sont arrivés à « Cienfuegos », le vendredi 28 vers midi !

Aux fins d’arriver de jour à « Cienfuegos » et sur base de notre moyenne assez basse enregistrée lorsque nous sommes venus de « Curaçao » (tragique erreur de ma part …), j’avais proposé un départ pour 14 heures de « Montego Bay ». Bien évidemment, dès 13 heures la pression montant sur chaque bateau, nous avons finalement remonté l’ancre à 13.30 heures.

Le vent était bien établi mais parfaitement malléable par rapport aux jours précédents. Comme le catamaran autrichien qui mouillait devant « S.A.S.³ », se trouvait  depuis le matin, à l’aplomb de notre orin, nous lui avons demandé de bien vouloir bouger pour pouvoir remonter notre ancre ! Je dois reconnaître que très sympathiquement et avec beaucoup d’efficacité, il s’est exécuté.

En remontant la chaîne, j’ai eu le sentiment que notre ancre avait croché un câble ou quelque chose du genre car j’ai senti une forte résistance ! Au secours … Je pense que c’est le mouvement du bateau vers l’avant qui a débloqué la situation sans que je ne sache exactement ce qui s’est réellement passé.

Tandis que je nettoyais comme je pouvais, la delphinière de la vase remontée avec l’ancre (quel boulot même avec le tuyau d’arrosage que j’ai installé à cet effet … Auparavant, je nettoyais avec des seaux d’eau de mer puisés sur l’avant mais c’était particulièrement pénible pour mon dos), « S.A.S.³ » embouquait le chenal à la suite de « Maeva ».

GV haute et génois déroulé que d’un tiers, « S.A.S.³ » s’élançait à l’assaut des vagues comme un pur sang libéré de ses attaches.  Si notre bateau était heureux comme un petit fou, Ann et votre serviteur, nous serrions les fesses en voyant le speedo s’emballer à plus de 10 nœuds. Je suis convaincu certain que le bateau peut aisément encaisser de telles forces mais cette démonstration de puissance reste impressionnante et comme nous ne sommes que deux … bref, il y en a toujours un de nous deux pour crier « pouce » !

Nous avons donc pris un ris dans la GV tandis que « Maeva »  nous imitait en en prenant  également un ris. Le bateau repris en rennes, nous marchions  entre 8 et 9 nœuds dans une mer pas trop formée et un vent réel de 16 à 18 nœuds  par un angle de vent de 65° environ. Direction « Cienfuegos de Cuba » soit 261 milles nautiques.

En milieu d’après-midi, alors que « Maeva » n’était déjà plus qu’un gros point blanc à l’horizon, le vent retomba progressivement entre 13 et 15 nœuds de vent réel comme annoncé par la météo … notre moyenne au speedo retombait du même coup à 7,5 nœuds. C’est à ce moment là que nous avons déballé tout le  génois pour faire regrimper le speedo au-dessus des 8 nœuds.

A 21 heures, nous avons hissé la GV en position haute.

En début de nuit, le vent continua de tomber en changeant de cap ! Chaque fois que je me réveillais pour contrôler la situation, j’étais obligé de faire un nouveau réglage des voiles pour faire remonter le speedo  à 8 nœuds … j’ai passé ma nuit aux réglages des voiles : en finale, la GV était à nouveau haute, le génois complètement déballé et nous étions au près serré !! Je n’en croyais pas mes yeux et je me suis même demandé si nous n’allions pas être contraints de tirer des bords !

Mardi 25.

A minuit et demi, le vent se remit à souffler de plus belle : nous repassions du même coup à un angle de vent de 60° et  à une mer bien déchaînée. Nous avons donc repris notre ris dans la GV et arrisé le génois au maximum … notre speedo tournait aux alentours de 9 nœuds.

Après réflexions, il semblerait que nous ayons progressé trop rapidement en sorte que nous avons rattrapé une queue de vent qui ne nous était pas, au départ, destinée !  « Maeva » pour sa part, n’a pas rencontré cette seconde queue de vent et au contraire,  a même été contraint par faute de vent et par deux fois, à relancer son moteur (une heure et deux heures) !!

Jusque là, nous tenions une excellente moyenne de 8 nœuds –sur le fond- et l’arrivée était prévue pour les environs de 22.30 heures … Pendant la seconde partie de nuit, je me suis posé la question de savoir si nous allions oser rentrer à « Cienfuegos » de nuit ? Fallait-il ou non réduire encore la toile pour diminuer la vitesse ? Douloureuse question car quel est le skipper qui aime brider son voilier ? En finale, j’optais pour tout laisser en l’état car je préfère un bateau en pleine puissance dans une mer déchaînée.

La seconde partie de nuit fut un peu douloureuse d’autant que le froid et l’humidité se sont également invités depuis que nous avons quitté « Curaçao ». Question sécurité, il n’y avait pas de problème car nous étions seuls sur l’eau à des milles à la ronde. Par contre et à cause des mouvements du bateau, seul un côté du cockpit était confortable et je l’avais laissé à Ann. J’ai donc dormi mais relativement mal puisque je devais constamment me tenir d’une main pour ne pas rouler en bas de mon siège !

Ce matin quand les premiers rayons du soleil ont dardé, j’ai continué à faire la grasse matinée et ce n’est donc que vers 9 heures que j’ai émergé de ma torpeur : rien de tel qu’une bonne douche chaude pour vous remettre d’aplomb … sauf que la mer était encore fort agitée et que nous avons décidé d’attendre prudemment que les éléments se calment. Le point météo du matin nous indiqua qu’il faudrait attendre jusque vers midi … ce qui se révéla parfaitement correct !

En attendant, nous avons tranquillement  terminé la lecture de nos bouquins respectifs : je sais enfin qui a tué Chloé et pourquoi. Ce n’est exactement le genre de livre à lire en navigation dès lors qu’il est question d’une jeune femme tombée à l’eau dans la mer des Caraïbes. Cela vous fout les chocottes à tous les coups …

Vers midi donc, le vent et la mer se calmèrent presque totalement … de même que notre speedo commença à tirer la tronche vers le bas. En remettant toute la toile, nous parvenons quand même à assurer  7 nœuds  par 12 nœuds de vent réel avec un angle de vent de 120°. Oui mais voilà … à cette vitesse, nous arrivons au beau milieu de la nuit à « Cienfuegos » … dilemme.

A 15 heures, comme je n’aime pas garder mon ris dans la GV, nous décidons de remonter entièrement la GV et d’enrouler totalement le génois … avec pour résultat, une vitesse moyenne de 4,5 nœuds qui  nous fait  arriver vers les 6 heures du matin : il reste une cinquantaine de milles à avaler.

Une nuit calme est annoncée mais nous allons devoir redoubler de vigilance à l’approche des côtes dont nous cernons les contours, car selon notre guide nautique, la région est infestée de pêcheurs sans feux de navigation …

Si jusque là, le speedo oscillait entre 3,5 et 4,5 nœuds, à 21 heures très précisément (!) le vent commença à monter à 17-18 nœuds de vent réel … le speedo affichait 7,5 nœuds ! Nous avons donc pris 2 ris dans la GV sans grande conséquence sur le speedo !!

Mercredi 26.

Passé minuit, le vent continua de monter pour grimper en pointe jusque 28 nœuds de vent réel !! Nous avons alors pris le 3è ris dans la GV et l’avons bordée au maximum pour diminuer sa portance. Malgré cela, les milles défilaient à une allure dantesque  sans que plus rien ne semblait pouvoir ralentir  « S.A.S.³ » : Nous marchions à plus de 6 nœuds pour ainsi dire à sec de toile par la seule force du vent et des vagues sur la coque !

Au bout de notre course, il y avait « Cienfuegos » situé dans le creux de la baie : nous foncions  à tombeau ouvert dans la nuit avec le bruit assourdissant des vagues qui venaient se fracasser sur la jupe arrière du bateau … h-o-r-r-i-b-l-e.  J’avais beau mentalement faire et refaire tous les calculs, nous serions arrivés à « Cienfuegos » bien avant le lever du jour. Mais quand décider de faire demi-tour et d’affronter, cette fois de face, le hurlement du vent  et la monstruosité des vagues ? Le moteur serait-il capable de compenser cette force invisible qui nous attirait comme dans un entonnoir ? Fallait-il envisager de tirer des bords pour se sortir de ce guêpier ? Y avait-il une autre échappatoire ? Nous étions déjà en deuxième partie de nuit et le besoin de sommeil se faisait ressentir douloureusement ! Surtout ne pas paniquer, ne pas flancher et prier pour qu’au moment dit, le bateau ne nous lâche pas !

A 9,5 milles de la côte, je décidais de tenter le tout pour le tout en virant à 180° et advienne que pourra …

La bôme de la GV arrisée à 3 ris, étant bordée à fond, « S.A.S.³ » a viré en douceur et sans la moindre douleur, nous nous trouvions face au vent et à la houle. Ne voulant pas tirer dans le moteur, nous marchions à 1.250 tours et notre vitesse au speedo tournait entre 1 et 2 nœuds … Je regardais obstinément notre compteur de distance en espérant que cette fois-ci, le chiffre allait repartir vers le haut. I-n-t-e-r-m-i-n-a-b-l-e-s minutes avant d’avoir la confirmation que l’on s’éloignait lentement mais certainement de « Cienfuegos ».

C’est une des rares fois où j’ai pu apprécier  le comportement de « S.A.S.³ » face à la vague : il se cabre mais ne retombe pas lourdement de l’autre côté de la vague … comme à son habitude, tout se déroule avec beaucoup de douceur même si certaines fois, cela fait un peu plus de bruit. Impressionnant de voir la vague passer sous toute la longueur i-n-t-e-r-m-i-n-a-b-l-e de la coque : c’est un peu comme un film au ralenti. Jamais notre bateau ne m’a paru si grand !

Au fur et à mesure où nous mettions un peu de distance derrière nous, j’ai eu le sentiment que la mer était moins mauvaise et que nous étions sortis de l’ornière : cela m’a rassuré et je me suis endormi dans le cockpit …  non sans m’être posé l’angoissante question de savoir combien de temps ou combien de milles il nous fallait continuer avant de reprendre la direction de « Cienfuegos » ?

A 4 heures du matin,  je me suis réveillé en sursaut en étant persuadé qu’il était l’heure de faire demi- tour … sauf qu’à peine, « S.A.S.³ » était-il remis sur ses rails qu’il reprenait sa chevauchée endiablée vers « Cienfuegos ». Eh non, le vent n’avait nullement diminué d’intensité … eh non, ces maudites vagues étaient toujours bien présentes.

Le compteur de milles affichait 16 milles et il était impératif que le jour se lève avant d’avoir atteint « zéro » …

Par chance, la lune nous a tenu compagnie durant toute la nuit et n’a disparue qu’avec le lever du jour ! Il n’y avait personne à l’horizon et « Maeva » restait injoignable. On entendait bien sur la VHF, des conversations en espagnol mais c’était bien tout.

Profitant que j’étais réveillé, Ann a essayé de dormir tandis que je faisais le guet au cas où on tomberait nez à nez avec un pêchou sans loupiotte.

Le jeu était incertain entre le jour qui devait se lever et le compteur de milles qui décroissait  toujours aussi vite.  Par miracle, « Maeva » parvint à rentrer en contact avec nous par VHF : il était 7 milles en arrière de notre position !! Mis au courant de la situation tout-à-fait « locale » … Laurent décidait d’affaler sa GV pour retarder son arrivée sur zone. Très bonne décision qui lui a permis d’arriver quasiment en même temps que nous dans la béatitude totale !

Avec les premières lueurs du jour et comme par enchantement, le vent se cassa progressivement la gueule et la mer se présenta sous un aspect plus agréable …décidément Neptune et Eole s’étaient bien amusés à nos dépens durant toute la nuit.

La situation changea  alors du tout au tout et voilà que nous étions tout d’un coup 4 voiliers à nous présenter en même temps, à « Cienfuegos » !!

Nous en avons profité pour remonter totalement la GV aux fins de mieux la plier dans la bôme « canoë » et ce fut incident sur incident : cela se coinçait et se calait partout et votre serviteur  joua les équilibristes alors que la mer était encore bien formée. Mais nous y sommes quand même parvenus sans bobo.

Comble de l’ironie,  j’ai été contraint de relancer le moteur à 3 milles de « Cienfuegos » car la vitesse ne cessait de diminuer …

Entrée sans le moindre problème dans la très grande mer intérieure de « Cienfuegos » … il suffit de suivre le très long chenal balisé ! Le chenal est emprunté par les cargos …

Au ponton de la marina (passage obligé),  nous étions pris d’assaut par les différents services de l’administration cubaine : un vrai défilé  … nous avons même eu droit au chien pisteur de drogue qui a été mettre son nez partout dans le bateau alors que je m’étais juré que jamais un cabot ne poserait l’un de ses coussinets à bord ! Mignon comme tout le chien-chien mais si celui-là trouve jamais quelque chose, j’en serais réellement fort surpris : il trouillait d’être sur le bateau !

Je n’ai pas retenu les fonctions de nos divers intervenants mais nous avons eu droit à une fouille complète du bateau : tous les tiroirs ont été ouverts  comme s’il s’agissait d’une perquisition … aussi traumatisant d’ailleurs ! De surcroît, il y en a même deux qui en ont profité pour nous taxer au passage de deux Coca-Cola et de deux de mes désodorisants « Sanex » qui semblaient les subjuguer !

Comme je voyais la manière dont nos deux loustiques se montraient curieux de tout ce qu’ils voyaient, je dois bien reconnaître que j’ai eu très peur pour mon coupe-ongle et autres babioles si pratiques dans la vie courante …

Comme Ann proposait à chaque fois, à nos « invités » une boisson rafraîchissante, j’ai joué barmaid pendant toute la matinée … Enfin, ils étaient plutôt sympas et ont facilement fermé les yeux sur les bricoles où ils auraient pu se montrer vaches : il est interdit d’avoir de la viande, des moyens de communication portables comme nos deux petites VHF etc. Ce que j’ai beaucoup apprécié c’est que tous sans exception ont retiré leurs chaussures avant de monter à bord ce qui est exceptionnel quand il s’agit « d’officiels » : vous ne ferez jamais retirer à un « Coastguard » ses chaussures avant de monter à votre bord.

Après cela, nous avons fait le plein d’eau et sommes partis jeter l’ancre juste en face de la marina : nous étions « Maeva » et nous, les seuls bateaux au mouillage ! Une fois de plus, le mouillage est payant et cette fois-ci, en fonction de la longueur du bateau ! Comble de l’ironie, nous avons été contraints de payer une demi-journée de marina pour permettre aux « officiels » de monter plus facilement à bord …

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Responses

  1. « alors que je m’étais juré que jamais un cabot ne poserait l’un de ses coussinets à bord ! »

    Ne jamais dire jamais Papa!
    Tu m’as toujours dit, ne touche pas à ma voiture petit con, jamais tu ne pourras la conduire…. Devines en quoi je roule aujourd’hui…. 😀

    Gros kiss et les photos font réver


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