Publié par : Ann & Stéphane | 28 septembre 2012

19.09.2012 – Carénage à la mode des Antilles néerlandaises.

Désolé, navré, contrit pour tous ceux et celles qui suivent nos aventures avec beaucoup d’assiduité car pour tous les autres, je me vois contraint de « planter le décor ».

Depuis notre traversée de l’Atlantique (c’est déjà si loin dans nos esprits …), une question nous obsède : Où et quand réaliser le carénage de « S.A.S.³ » ?

Durant notre périple des Petites Antilles, nous n’avons pas trouvé de chantier susceptible de sortir notre bateau de l’eau ! Mais je me dois d’être honnête, notre recherche s’était fort émoussée depuis qu’en début d’année, nous avions trouvé sur Curaçao, le chantier « Royal Marine » situé à « Piscadera », qui se disait capable et prêt à réaliser le travail. Il semblerait qu’à Sint Maarten, nous aurions pu caréner !

Rendez-vous avait donc été pris pour fin juin. Nous avions prévu de profiter du carénage pour laisser le bateau au sec le temps d’une longue escale au pays.

Première déconvenue lorsque nous sommes allés au chantier pour régler les derniers détails techniques … Il n’y avait plus de place pour entreposer notre bateau plus de temps que celui d’un carénage !!! Nous avons réellement pesté face à ce manque de correction alors que nous avions déjà pris une série d’engagements et de rendez-vous. Trouver une solution pour assurer le gardiennage du bateau en notre absence, ne fut pas de tout repos …

Cette visite au chantier m’avait laissé un peu perplexe car je n’avais pas eu le sentiment d’un « grand chantier ». De surcroît, le jour de notre passage, la grue était en panne et le patron n’était même pas venu nous parler, tout affairé qu’il était à réparer son engin.

Nos amis de « Prosper’Aim » et de « Otter II » dont les bateaux sont visibles sur le terreplein, nous avaient de surcroît, mis en garde quant au manque de profondeur qu’ils avaient relevé dans les derniers mètres de leur arrivée au chantier !!

Toutes les bonnes raisons d’aller voir ailleurs, me direz-vous. Certes, certes mais nous n’avions pas d’autre choix ! Le seul autre chantier de l’île, « Curaçao Marine » situé dans le port commercial de Willemstad, avait déclaré forfait au motif que notre voilier était trop lourd (40 T.) pour leur grue … Et pourtant ce dernier chantier m’avait donné l’impression d’être aux antipodes de « Royal Marine » : Très grand, un personnel nombreux, une activité débordante, de grands bateaux au sec, des moyens de manutention plutôt costauds et aucun problème de hauteur d’eau pour y accéder.

Sur l’île de Bonaire, il n’y a pas de chantier et sur celle d’Aruba, il y a bien un chantier mais celui-ci nous est inaccessible avec notre tirant d’eau (2.50 m) !

Vous l’aurez compris … Nous étions coincés !

De retour de Belgique, nous avons repris contact avec « Royal Marine » pour le carénage de « S.A.S.³ » et la date du 19 septembre, 15 heures, avait été retenue en fonction des marées : Avec un peu de chance, nous devions avoir assez d’eau pour arriver sous la grue.

Si je ne le sentais pas, je ne voyais pas d’autre échappatoire en sorte que nous avons pris toutes nos dispositions (location d’une voiture durant le temps du carénage, le chantier étant situé loin de tout) pour le jour J.

Vous décrire l’ambiance à bord lors de ce fameux mercredi 19 septembre n’est pas aisé : Il régnait une indicible angoisse qui vous nouait la gorge et votre serviteur n’arrêtait pas de parier sur le fait de savoir si le carénage aurait lieu ou pas !

Par chance, le vent était un peu tombé et c’est donc par une météo fort clémente que nous avons rejoint par la mer, « Piscadera », plan d’eau intérieur situé un peu plus au Nord de Willemstad : Une distance de +/- 8 NM nous en séparait.

Avec un plein vent arrière, nous nous sommes contentés du moteur. Nous avions malgré tout, sorti les voiles d’avant, histoire de les aérer. Tout cela nous a permis de prendre de très belles photos de la côte.

« Piscadera » a cette particularité de ne pas être reprise par la cartographie de MaxSea, pas plus que par d’autres cartographies électroniques selon nos informations ! Toujours stressant de s’aventurer sur un plan d’eau non balisé, sans carte et sans aucune visibilité des fonds (eau trouble) …

Tel un preux chevalier à la conquête du Graal, nous nous sommes donc enfoncés dans un univers désertique, aux berges inquiétantes et aux profondeurs incertaines … L’œil rivé sur l’échosondeur.

A tout vrai dire, nous avons trouvé une profondeur moyenne de 4 à 5 mètres.

Si nous connaissions la route pour arriver au chantier, en voiture … En bateau, nous n’en avions pas la moindre idée !  Par chance, il suffisait de se laisser « porter » jusqu’à l’extrémité du cul de sac.

Sur les derniers mètres, la profondeur s’était réduite entre 2.50 et 3 m. J’ai eu le sentiment confus que « S.A.S.³ » labourait la vase même si rien ne semblait s’opposer réellement à sa progression !

Placer le bateau dans le bassin du lift, se révéla délicat pour ne pas dire « chirurgicale » et sans nos propulseurs avant et arrière, j’aurais craint quelques méchantes griffes sur la coque tant la largeur de notre bateau (5.65 m) était imposante par rapport à celle du bassin …

Il est vrai que nous étions en avance d’une grosse demi-heure sur l’horaire prévu mais j’avais pensé – stupidement – qu’il y aurait du monde pour nous accueillir. En fait, il n’y avait personne à voir à l’horizon à l’exception d’un brave manday qui est venu prendre nos amarres. Toujours sympa de constater comme vous êtes attendu …

Tandis que je surveillais le bateau qui me paraissait planter dans la vase (malgré le vent, le bateau ne portait ni sur un bord, ni sur l’autre alors qu’il n’y avait des amarres que sous le vent) , « Maya l’Abeille » était partie au bureau du chantier où se trouvait la secrétaire et le patron. L’entretien me sembla interminable.

A un moment donné, j’ai eu droit à la visite du patron suivi de son manday ! Pas un mot échangé, pas le moindre début de manutention, le patron est retourné à son bureau après 5’ !!! Comme je ne tiens pas le personnage en haute estime, qu’il ne parle pas le néerlandais et moi, pas l’anglais, j’ai préféré attendre patiemment le retour de mon épouse.

A la tête d’Ann, j’ai su immédiatement qu’il y avait un problème mais j’étais loin de me douter de ce qui allait suivre …

PUB … Dans tout bon film c’est au moment où le suspens devient intenable que vous pouvez être certain d’avoir un bon coup de pub i-n-t-e-r-m-i-n-a-b-l-e. 

Je sais par avance que vous n’allez pas me croire, que vous allez une fois de plus me dire que je ferais bien d’ouvrir mon col de chemise, que le patron du chantier est un vil flatteur et qu’il existe une autre raison inavouable … Je vous connais, vous êtes tous d’indécrottables Européens qui n’avez sans doute jamais encore connu « l’enfer des îles ». Vous en êtes encore à vos catalogues de vacances, à vos rêves de croisières entre les îles, à ne voir que le cocotier sur la plage au point d’en oublier la forêt qui se cache derrière.

Je vous aurai prévenu tas de sceptiques que vous êtes : Quand Ann est venue me retrouver au bateau, le patron du chantier téléphonait à son associé pour savoir s’ils allaient prendre le risque de sortir de l’eau notre bateau car il était trop beau !!!!

Je vous avais prévenu et je vois d’ici votre moue interrogatrice : Qu’est-ce que c’est que cette histoire à dormir debout ?

Je vous jure que c’est la stricte vérité. Le patron nous a dit « qu’il n’avait jamais vu un aussi bateau de sa vie » (ne dites plus rien, je sens que vous allez finir par me mettre de mauvaise humeur …) et que donc il n’osait pas prendre la responsabilité de lui causer éventuellement des dégâts ! MAMAN … AU SECOURS …

Selon notre homme, sa grue était parfaitement capable de sortir notre bateau de l’eau et si « S.A.S.³ » avait été un de ses moches bateaux comme on en voit beaucoup, il n’aurait eu aucun état d’âme mais en le cas d’espèce …

Est-il nécessaire de vous raconter la suite ? Non, je ne crois pas, je suis convaincu que vous avez compris que nous avons remercié le brave homme pour son compliment, qu’il était inutile qu’il ait tant de scrupules car le bateau était bien assuré (là, j’imagine déjà la tête mon assureur en train de verdir) et que nous prenions donc totalement à notre charge, le risque de dégâts éventuels.

Je sais, vous savez, nous savons tous que je suis un bricoleur de génie (Ann … Mon col de chemise … Viiiiiiiite …. J’étouffe ! ) mais vous m’imaginez sur ma petite échelle, avec mon petit pot de peinture en train d’essayer de maquiller les griffes laissées sur ma coque  … Voire, avec un chalumeau en train de la débosseler ? Si oui, allez vite vous recoucher, vous avez un grand besoin de sommeil.

Nous n’avons jamais été aussi rapides dans un lâché d’amarres au point que je me demande si je ne devrais pas faire enregistrer mon record dans le Guinness Book ! Nous avons pris nos jambes à notre cou … Imaginez que le patron ne change d’avis en prenant conscience de la sévère perte financière qui s’ensuit pour lui !

Au fur et à mesure que nous mettions de la distance entre ce « gentil dingue » et nous, je sentais ma respiration reprendre petit à petit un souffle normal. Ouuuuuuuuuuuuuuuuuf …

Le fait d’être passé aussi près d’une catastrophe annoncée, vous fait apprécier plus intensément chaque instant de vie … Des petits soucis à bord ? Non, vous rigolez, tout baigne dans l’huile.

Et la suite, me direz-vous !

Nous hésitons pour l’instant entre rentrer en Europe pour faire caréner le bateau ou programmer un nettoyage de coque tous les 15 jours jusqu’à ce que nous rentrions au pays prévu pour dans quelques années … J’adore les îles !

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Responses

  1. Super ton article!
    Ta pub fut comme dans chaque film…. très bien placée. A breskens on nous dit qu’ils se laissent dépasser par SAS pcq ils aiment voir ce splendide bateau naviguer! On fond de moi, j’en suis sur, derrière ces belles paroles, il se cache quelque chose….

    • Tu as pensé à ouvrir en grand, ton col de chemise …


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