Publié par : Ann & Stéphane | 4 juin 2012

Traversée de la mer des Caraïbes (480NM).

Dimanche 27.05.12.

Ce matin lorsque je me suis réveillé, j’avais l’impression qu’il n’y avait aucun vent ! Allions-nous rallier l’île de Bonaire au moteur ? Cela m’aurait fort étonné car il y a toujours du vent aux Antilles … Et bien entendu, il y avait du vent (force 4 à 5 mais seulement 3 dans la baie) mais le plus important restait qu’il y avait du soleil …

Les opérations du bord ont été menées correctement sans énervements et pour 10 heures, nous étions en route. Dès que nous avons passé le cap de l’île, nous avons trouvé un vent à 110° qui nous  a permis de lancer le génois.

Comme annoncé par la météo, le vent était de force 5 (19 nœuds de vent réel) et la mer agitée mais l’après-midi, le vent est redescendu à force 4 et la mer est devenue plus tard, belle. Pas âme qui vive, sauf un cargo au large de St Barth et un voilier loin sur tribord et en sens inverse, vers 18 heures.

Ayant pris un médicament contre le mal de mer, je suis en pleine forme et j’en ai profité pour somnoler  toute la journée dans le cockpit … Je n’ai donc quasiment rien vu de cette journée qui est donc passée comme une fusée.

La nuit fut du même tonneau avec un force 4 de SE venant sur 110°. Quant à la houle, elle vient de notre bâbord. Si elle était venue de ¾ arrière cela aurait été mieux mais on ne peut pas tout avoir !

Nuit très étoilée et présence d’une demie lune jusque vers minuit. Il fait assez doux même si un peu plus tard, nous avons été nous couvrir plus chaudement sans pour autant devoir recourir aux cirés. Quels étaient nos quarts ? J’ai tout simplement décidé qu’il n’y en aurait pas … Par contre, nous avons dormi dans le cockpit, prêts à bondir sur nos deux jambes en cas de la moindre alerte. Nous avions mis une zone de garde avec alarme sonore assez forte sur le radar, ce dernier tournant toutes les 10’. De surcroît, j’avais enclenché l’Active Echo qui a fait des merveilles et je ne peux oublier l’A.I.S. qui est une superbe invention …

Vers 1 heure du matin, un cargo a croisé notre route sur notre avant. Aucun problème mais une attention redoublée jusqu’à ce qu’il nous ait dépassés.

Vers 2 heures du matin, un grain que nous avons frôlé  … Par précaution, nous avons enroulé durant une demi-heure, tout le génois ne marchant plus que sous GV.

Perso, j’ai bien dormi mais une fois passé minuit, je n’étais pas assez chaudement couvert notamment au niveau des genoux. Nuit, très tranquille et lever du soleil à 5.20 heures !!

Lundi  28.05.12.

Il fait super beau et chaud – vent de force 4 – belle houle venant de bâbord. A 10 heures, nous avions parcouru 171 NM ce qui reste une très belle performance. Dans l’eau, nous marchons de manière quasi permanente entre 7 et 8 nœuds.

Nous avons chacun pris une douche chaude ce matin et le confort est incroyable. Quant à « S.A.S.³ » il est depuis le départ, sur ses rails et ne demande rien à personne. Le seul petit hic reste que de temps à autre à cause d’une vague plus forte que les autres, la bôme de GV fait un mouvement de va-et-vient aussi bruyant que désagréable.

En fin d’après-midi, le vent semblait s’estomper et il m’a fallu faire violence pour ne pas envoyer Ann à la gare lorsqu’elle m’a demandé de prendre un ris dans la GV avant que la nuit ne tombe !! Mais je me dois d’être honnête car assez curieusement, le vent a très fortement adonné durant toute la nuit faisant du même coup grimper notre vitesse aux alentours des 9 nœuds. Nous avions un vent de 15 à 20 nœuds de vent réel.

Mardi 29.05.12.

Il continue à faire beau et chaud. Depuis l’apparition des prémisses d’un fameux coup de soleil, nous portons en permanence un T-shirt et une casquette contre les insolations.

Au relevé de 10 heures, nous avions parcouru sur les derniers 24 heures, 194 NM soit une bien meilleure performance encore que la veille !

Vers 16 heures et en utilisant le MMSI  donné par l’A.I.S. Ann a pris contact avec le cargo « Manfred Douce France » qui se dirigeait vers le Venezuela  avant de repartir vers Gênes où son nouvel armateur  turc doit en prendre livraison ! Très sympa comme petite conversation.

Durant l’après-midi, le vent a forci entre 25 et 30 nœuds de vent réel sans que je n’en ai ressenti quoi que ce soit sauf que la vitesse du bateau batifolait allègrement avec les 11 nœuds.  Voyant l’évolution du temps, Ann a alors fait pression pour prendre un second ris dans la GV !! Je m’y suis résigné mais je n’en voyais absolument pas le motif : « S.A.S.³ » était au comble de la jouissance et depuis le départ, il se débrouillait excessivement bien sans nous alors pourquoi vouloir lui écorner les ailes ? Mais bon … Ce que femme veut, Dieu veut !

Avec le début de soirée, c’est le génois qu’elle a voulu réduire … Je suis certain qu’on aurait pu encore améliorer notre performance en laissant toute la toile mais en finale, « S.A.S.³ » m’a donné l’impression de nous dire : « Je m’en fous que vous me réduisiez la toile … Je fooooonce ! » Ce que j’aime ce bateau, c’est super dingue.

A 22.30 heures, nous étions à hauteur de Bonaire et à minuit, nous contournions le cap en direction de la marina de Kralendijk  distante encore de 8 NM ! C’est à partir de cet instant précis que nous avons enroulé le génois et marché au moteur – au ralenti – sous GV arrisée à deux ris, nez quasiment au vent. Malgré cela, nous marchions encore trop rapidement et j’ai été contraint bien malgré moi, de retourner   jusqu’au cap pour ensuite revenir vers la marina !

La nuit était bien trop noire (la lune s’est couchée vers minuit …) pour se risquer à faire une entrée dans une marina sur laquelle nous avions très peu d’informations. Bien évidemment et vu de jour, nous avons regretté après coup, notre manque de confiance en nous d’autant que si le jour s’est levé à 5.20 heures, il a fallu attendre 6.30 heures pour qu’il fasse totalement jour…

Cette partie de la nuit fut la partie la plus pelante de toute la traversée même si nous bénéficions de la protection de l’île contre la houle et en partie, contre le vent : Il n’y avait rien d’autre à faire que d’attendre le lever du jour sans pouvoir pour autant se laisser aller puisque « S.A.S.³ » n’entendait aucunement ralentir son allure … Ce fut le seul et unique quart de veille de notre traversée !!

Mes commentaires sur cette traversée.

C’est la plus e-x-t-r-a-o-r-d-i-n-a-i-r-e navigation qui nous a jamais été donnée de réaliser !! C’est sans conteste, la plus belle, la plus équilibrée, la plus innovante et la plus prenante de toutes nos navigations et encore je pèse mes mots.

Mais reprenons par le début …

Depuis un mois, nous étions à Saint Martin sans naviguer ce qui déjà, constituait pourtant un mauvais point de départ ! Comme je l’ai déjà maintes fois écrit, on « s’encroûte » très rapidement et par la suite, je rencontre quelques difficultés voire un sérieux stress à me remettre en selle. Malgré tout cela, je n’ai connu que relaxation et détente dès le départ. Bon … ok … J’avoue qu’il m’a fallu juste le temps matériel pour que « S.A.S.³ » soit sur ses rails pour baigner dans le parfait bonheur mais  vous avouerez quand même que comme préchauffage, c’est bien peu.

Nous partions pour le total inconnu, rien qu’à deux et pour trois jours d’affilée de navigation ! Si, pour le « total inconnu » et « rien qu’à deux » restent notre règle général, par contre « pour trois jours d’affilée de navigation » il s’agissait d’une grande première … Comment allions-nous vivre cette nouvelle expérience alors que jusque là, nous n’avions jamais au mieux passé qu’une seule nuit en mer rien qu’à nous deux !

Nous aurions pu envisager sans problème d’avoir du monde à bord d’autant que nous avons un couple d’amis qui arrive à bord le 14 juin mais nous souhaitions surtout pouvoir partir immédiatement dès que nous aurions une « bonne fenêtre météo » ce qui supposait une grande liberté d’action.

Cette « fenêtre météo » ne se fit pas attendre puisque deux jours après le passage du technicien de Pochon sa. Ann estimait que c’était le moment où jamais : Il était annoncé deux jours de vent de SE de 15 à 20 nœuds de vent réel … Seul le jour de notre arrivée sur Bonaire risquait d’être un peu plus musclé avec des vents de 25 à 30 nœuds. Ce n’était pas exactement ce que j’entendais par « bonne fenêtre météo » mais il semblait acquis que nous ne pourrions espérer mieux !

Le dimanche matin, après avoir correctement dormi et déjeuné, nous sommes partis sans trop d’appréhensions notamment grâce aux expériences déjà vécues par « Prosper’Aim » et par « Otter II »Au détail près que ce sont des habitués de la navigation en couple, sur très longues distances ! Nous étions ainsi réconfortés en l’idée qu’il était parfaitement possible de dormir en mer sans faire de quart de veille !! Je pense même avoir amélioré la surveillance électronique préconisée, par des moyens que nos petits camarades ne possèdent pas. Je sais cependant que la grande majorité des plaisanciers misent le plus souvent sur leur seule bonne étoile …

A bord de « S.A.S.³ » la surveillance électronique se décompose de la manière suivante :

1.       Alarme sonore en cas de détection de l’A.I.S. d’un autre bateau (cela concerne tous les bateaux de commerce, les bateaux de grande croisière, les pêcheurs selon les pays et une minorité de plaisanciers équipés d’un transpondeur/émetteur A.I.S.).

2.       « S.A.S.³ » étant équipé d’un transpondeur, le bateau se signale aux autres bateaux : La grande majorité des plaisanciers possède un récepteur A.I.S.

3.       « Active Echo » : Il s’agit d’une amplification du signal radar donné par « S.A.S.³ » qui le fait paraître pour un cargo sur les écrans des autres bateaux …

4.       « Active Echo » a sa propre alarme qui signale immédiatement lorsque son écho a été capté. C’est remarquable car tout de suite, on sait qu’il y a un autre bateau sur zone … Bien entendu on peut avoir cette information par le radar du bord mais encore faut-il l’activer  et surtout étendre assez loin son champ d’action pour détecter un autre bateau !

5.       Sur le radar du bord, on cumule deux fonctions : Mise en place d’une zone de garde délimitée avec alarme sonore  en cas d’intrusion et mise en route automatique du radar à intervalles réguliers.

Avec une telle surveillance électronique, la très maigre circulation maritime est détectée très rapidement. Il ne suffit plus alors que d’avoir un œil à ses écrans …

Le résultat ne s’est pas fait attendre … J’ai dormi quasiment pendant trois jours ! Le super, super pied. Quoi de mieux en finale que de dormir tout son saoul dans le cockpit, rafraîchi par une douce et agréable brise. On se repose, le temps passe extrêmement vite et mon Dieu qu’est-ce qu’on peut être bien. C’est un peu ma seconde trouvaille de cette traversée : Dormir de jour comme de nuit, dans le cockpit est LA solution idéale.

Bien évidemment tout cela n’est possible que parce que nous naviguons sous des latitudes où il fait chaud le jour et très doux la nuit. Vers minuit, il nous fallait quand même un peu mieux nous habiller que de rester en maillot de bain … A contrario, rester à l’intérieur est insupportable tant il fait chaud et qu’il est dangereux de vouloir ouvrir les hublots !

Je me suis essayé à la lecture en naviguant ! Il m’a fallu un temps d’adaptation avant de pouvoir me concentrer sur ma lecture sans plus être dérangé par les mouvements du bateau. Cela peut paraître incroyable d’autant qu’au mouillage, le bateau peut parfois également un peu bouger mais les mouvements n’ont aucune commune mesure entre eux.

Et la télévision satellitaire ? Il s’agit d’une question qui m’a été plusieurs fois posée et je n’avais pas de réponse à donner jusqu’à maintenant. Je peux maintenant vous assurer que cela fonctionne et que cela fonctionne même beaucoup mieux qu’au mouillage ! Je suppose qu’en navigation, le bateau bouge selon une trajectoire déterminée alors qu’au mouillage, il passe sans cesse d’un bord sur un autre bord … C’est réellement super de pouvoir regarder votre journal télévisé de 20 heures avec Claire Chazal  en plein océan ! Toutefois, je n’ai pas abusé de ce délice un peu surréaliste  car comme pour la lecture, il m’aurait fallu un temps d’adaptation et cette fois, contrairement, à notre traversée de l’Atlantique, j’avais beaucoup mieux à faire …

Beaucoup de plaisanciers regardent des films durant leur navigation … Mes enfants regardaient de deux à trois films par jour durant notre traversée de l’Atlantique mais regarder la télévision et ses programmes,  c’est une mesure réellement  au-dessus !

Mais par-dessus tout, il ne faut pas hésiter à se prémunir contre le mal de mer latent ! Tout le monde connait bien entendu le mal de mer qui vous donne un teint gris/vert mais combien de personnes ont-elles pris conscience qu’il existait une autre forme de mal de mer bien plus sournoise et qui affecte surtout les gens de mer !! Je ne peux donner  d’explication mais après en avoir parlé autour de moi, j’ai relevé que nous pouvions être victimes d’une somnolence pâteuse qui nous vide de toute énergie. J’en ai été affecté durant les 17 jours de notre traversée de l’Atlantique … Un cauchemar ! Marjo de « Otter II » nous avait préconisé de prendre sans retenue du « Cinnarizine » … Ann avait été emballée par ce médicament pendant notre traversée de l’Atlantique. Cette fois, c’est votre serviteur qui vous le recommande.

Ce médicament m’a permis d’avoir la pêche durant notre traversée de trois jours et de dormir comme un bienheureux. Car le plus incroyable reste que lorsqu’on est affecté du mal de mer « latent » dont je faisais référence plus avant, on dort excessivement mal !

Un des faits à signaler aux Antilles c’est qu’il y a toujours malheureusement, beaucoup de vent … Et toujours heureusement, beaucoup de vent !! Cela peut paraître contradictoire et cela ne l’est pas ! La présence d’un vent bien soutenu peut être un grand handicap pour envoyer le spi ou au mouillage à cause du clapot voire de la houle qui en résulte. Par contre, cette même présence est divine lorsqu’elle vient du bon secteur (entre 80° et 120°)  comme lors de cette dernière traversée.

L’avantage de l’Alizé est qu’il est soutenu et souvent très stable en direction : Nous n’avons pas mis le moteur en route une seule fois entre Saint Martin et Bonaire ! Par comparaison, « Umialtak » sur sa navigation vers les Bermudes, a terminé par une journée de moteur … Durant nos navigations estivales en Manche, si durant toutes nos vacances nous avions réalisé plus de 50% à la voile, c’était exceptionnel …

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Responses

  1. J’aie bien le 10.5 knots et la moyenne de 8 à 9.
    Bravo!

    jean Paul

    • La vitesse du bateau faisait partie intégrante du cahier des charges de S.A.S.³ même si le chantier n’arrêtait pas de me répéter qu’il s’agissait avant tout d’un voilier de croisière … Nous sommes très, très heureux des performances que nous relevons. C’est entre autres pour ce motif que nous avons opté pour un quillard …


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