Publié par : Ann & Stéphane | 16 mai 2012

01 au 15.05.2012 – Saint Martin

Lundi 01.

Le ciel est bas et gris, le vent bien soutenu et la mer agitée et pourtant je suis profondément heureux comme un gamin d’avoir quitté notre « lagon » pour la « Baie de Marigot » distante de 8 NM en faisant le tour par l’extérieur ! Ici, cela respire davantage le grand large, on voit « Anguilla » en face et les bateaux qui mouillent dans la baie, font partie de la « norme » … Et puis, et puis, quand j’ai réalisé qu’en restant dans le « lagon », ma coque risquait d’être colonisée par toutes sortes de sales bestioles comme déjà vécu au « Marin » (Martinique), je n’avais plus qu’une idée en tête : Quitter cet endroit maudit.

Bien entendu « S.A.S.³ »  tangue un peu et j’attends avec impatience que le vent retombe un peu pour aller nager, nettoyer la coque ou encore sonder les fonds du mouillage !  Notre MaxSea et notre guide nautique ne sont pas d’accord quant aux profondeurs minimales de la baie, qui tournent autour des 3 mètres alors que « S.A.S.³ » cale 2.50 mètres ! L’enjeu est donc d’importance mais lequel des deux croire ? Si la météo était plus clémente, je me serais bien avancé un peu plus en direction de la petite ville de « Marigot » en me fiant à notre sondeur mais il y a trop de clapot et surtout le mouillage est encombré. Je suis convaincu que dès que le vent tombera, tout ce beau petit monde s’en ira et que nous pourrons nous rapprocher sensiblement de la côte. Entre-temps, j’envisage d’aller avec notre annexe, reconnaître les fonds avec une sonde à main, histoire de me faire une idée plus précise des possibilités qui nous sont offertes.

C’est amusant mais une fois de plus, nous avons jeté l’ancre à l’arrière de tout le monde, en une zone que je tenais précisément à éviter car lors de nos deux précédents repérages en annexe, j’y avais relevé la présence de clapot alors que celui-ci était inexistant plus profondément dans la baie … Enfin, nous verrons bien à la pratique s’il y a lieu de changer à la première occasion ou au contraire, de rester sur place.

J’ai retrouvé le goût de la lecture en commençant mon nouveau livre ! Je m’étais forcé jusque là à lire les aventures d’une famille canadienne avec quatre enfants, partie dans un tour du monde avec des moyens financiers très limités. Bizarre mais alors que ce récit aurait dû me passionner, il m’a profondément barbé … Peut-être et sans doute parce que vu de l’intérieur, le romantisme n’est plus au rendez-vous ou encore parce que le livre ne rencontre plus mes attentes actuelles.

Demain risque d’être une très longue journée car nous avons pris rendez-vous pour l’entretien du moteur de notre annexe ! Comme le moteur peut difficilement être dissocié  de l’annexe (poids élevé et présence d’un trim), c’est toute l’annexe qui doit être sortie de l’eau ! Par chance, nous avons repéré juste à hauteur du pont c’est-à-dire à 200 mètres de notre mouillage actuel, un concessionnaire Yamaha parfaitement équipé pour ce type d’opération au détail près que nous devons lui amener l’annexe pour 9.30 heures et que nous ne pourrons la reprendre que dans le courant de l’après-midi … Impossible donc de rejoindre le bateau durant ce laps de temps sans oublier que Ann a rendez-vous avec son médecin pour son opération de la vésicule biliaire !

Mercredi 2.

Bénis des Dieux sans doute, nous avons profité d’une journée ensoleillée alors que la météo ne prévoyait que de la pluie … Encore une chance, puisque nous avons passé la plus grande partie de la journée à flâner dans la très sympathique petite ville de « Marigot ». Vers 15 heures, nous reprenions avec soulagement notre annexe.

Alors que nous étions de retour à bord, la pluie a commencé à tomber pour ne plus  s’arrêter que par moments !

Assez curieusement et bien que le vent soit tombé, le mouillage loin de se vider, continue de se remplir  comme un œuf !! La situation ne manque pas de me surprendre car le plaisancier moyen ne tient généralement pas en place … Pour une fois que je serais heureux que cela se dégage un peu, voilà qu’ils ont tous pris la décision de m’enquiquiner en restant sur place ! Enfin, je ne désespère pas …

Rien de tel que de nager autour de son bateau dans une eau claire et douce … Le seul petit « hic » reste les très nombreuses annexes qui sillonnent la baie dans tous les sens sans oublier les diverses navettes expresses qui nous passent tantôt sur l’avant, tantôt sur l’arrière : Une vraie autoroute ! Et que dire de maman canard et de ses cannetons ! Plusieurs fois par jour, je compte jusqu’à 10 annexes jaunes de marque AB qui suivent leur guide comme des élèves,  leur moniteur de ski ! J’ai appris qu’il s’agissait en fait, de randonnées de 2 ½ heures en annexe qui rencontrent, faut-il le dire, un franc succès auprès des touristes. Tout cela fait pas mal de remous évidemment …

Jeudi 3.

Il pleut bergère et ronron petit patapon …  Je devrais impérativement nettoyer la coque sous-marine avant que le travail ne devienne insurmontable mais voilà que l’autre jour, j’ai terminé sur la journée, mon policier en format livre de poche et qu’aujourd’hui, j’ai attaqué un nouveau roman qui me passionne !!

Vous pensez que c’est grave Docteur ? Ben … Euh … Disons … Que c’est un peu surprenant à votre âge mais somme toute il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Il s’agit sans doute d’un trouble psychosomatique  qui se règlera de lui-même. Merci, Docteur … Ce sera 100,00 € … Il me semble que vos honoraires ont augmenté Docteur … Non, non, c’est juste que le cas posé est plus complexe que la dernière fois … Ah !

Quand il faut, il faut … Donc, debout les morts et en avant pour les petites courses … Nous sommes juste rentrés … Qu’il pleuvait déjà copieusement ! Mais bon, la chambre à air du pneu arrière de notre vélo pliable a été changée et nous avons  à nouveau, internet à bord.  Pour notre vélo de marque « Brompton », il nous fallait trouver un pro … Un vrai pro car démonter la roue arrière n’est pas une mince affaire (cfr. notre aventure à Sanxenso – Portugal) ! Quant à l’internet, Ann s’excitait parce que nous ne captions plus que l’émetteur hollandais de Tellnet plus puissant que l’émetteur français de Digicel ! Comme je m’en doutais, le problème est survenu parce que nous n’avions plus de crédit sur notre carte 3G …

La soirée fut particulièrement arrosée. Je n’ai jamais vu tomber autant d’eau … Notre annexe s’est même transformée dangereusement en piscine !! Une annexe de connaissances indirectes s’est même cassée en deux par suite du poids de l’eau alors que l’annexe était suspendue à des bossoirs !

Vendredi 4.

Profitant d’une vague positive, nous avions  ce matin à bord, un informaticien qui remettait un peu d’ordre dans mon PC portable ! Le problème était délicat car si partout ailleurs, je captais l’internet sans difficulté … Sur le bateau, je ne parvenais plus à me connecter à la Wifi du bord !! Il nous fallait donc trouver 1) un informaticien 2) qui accepte de venir au bateau … Par chance, nous avons trouvé cet oiseau rare qui semble avoir découvert que pour un motif inconnu, mon PC portable ne se connecte plus automatiquement à la Wifi du bord. Il faut donc le faire manuellement ce qui ne pose pas problème quand on connaît la procédure …

Comme nous profitions d’un vent exceptionnellement favorable, j’ai poussé la chansonnette jusqu’à changer la connexion électrique bôme/mât qui était cassée et les élingues de l’arceau qui sert à remonter l’annexe car elles présentaient des traces d’usure inquiétante.

Samedi 5.

Journée sans le moindre vent et soleil au rendez-vous … Il a fait donc chaud !

Rien à faire mais une coque foncée laisse vite apparaître de disgracieuses tâches blanches ! En fait, il s’agit de sel qui sous l’effet du soleil, s’incruste à la peinture  … Si on ne les élimine pas régulièrement,  le travail devient ensuite exténuant et décourageant.

Pour éliminer ce sel, du vinaigre blanc d’alcool est très efficace et depuis notre première mésaventure en le domaine, nous veillons  au grain. Bien entendu, nous ne disposons pas d’un équipage qui passe quotidiennement une loque sur la coque comme nous avons pu le relever sur les mégas yachts rencontrés … Aussi, c’est Ann qui se coltine le sale boulot (généralement vers 6 heures du matin …) alors que le nettoyage de la coque sous-marine m’est exclusivement réservé ! Mais je dois bien reconnaître que la présence à mes côtés, d’« Albert », un barracuda d’au moins 1 mètre de long, m’a encouragé en la peine !

Ce fut notre principal exercice du jour.

Le soir, nous retrouvions « Umialtak » et « Otter II » à un restaurant de « Port La Royale » situé au fond du « lagon ».

Dimanche 6.

Quand on commence un travail, il faut le terminer … Et aussi incroyable qu’il puisse y paraître, toute la coque sous-marine de « S.A.S.³ » est propre !!  En nettoyant chaque fois un tiers de la surface, les deux autres tiers ont tout le temps de se salir en sorte que jamais je ne peux me vanter d’avoir une coque intégralement propre. Mais cette fois, par miracle, le nettoyage fut beaucoup plus facile que d’habitude en manière telle qu’en deux opérations, le travail était réalisé !

Tout est arrivé assez bêtement … Je voulais me rafraîchir en nageant autour du bateau. Bien évidemment, mon regard s’est porté sur la coque de « S.A.S.³ » et je n’ai pu m’empêcher de prendre une éponge genre tampon Jex bleu pour nettoyer la ligne de flottaison que je trouvais fort chargée. Mon bras a glissé plus bas que la flottaison et j’ai été surpris de la surface de coque nettoyée. Le mouvement était lancé …

Normalement, nous aurions dû rejoindre « Umialtak » et « Otter II » au mouillage de la « Baie de Grand-Case » situé à 3,5 NM  un peu plus  au N.E. de notre position mais comme nous attendons  ce lundi, la réception d’un colis important, je n’ai pas eu le courage de quitter notre mouillage actuel. Nos amis ont quitté le « lagon », en empruntant le pont situé tout près de notre mouillage sans faire tout le tour par l’extérieur. Nous n’avions pas osé cette option par crainte de notre tirant d’eau plus important … Nous les avons donc vus passer ! Snif, snif …

Lundi  7.

Alors que le matin même, il nous était annoncé que le transporteur faisait le pont du 08 mai … Nous avions malgré tout le bonheur de relever qu’il n’en était rien et que notre colis était – enfin – enfin – arrivé !

Sur notre lancée, nous sommes partis à la découverte des différents shipchandlers qui nous avaient été renseignés et auprès de qui nous avions toujours trouvé porte close jusqu’à présent ! C’est dingue mais j’ai le sentiment que vous êtes toujours en vacances … Quand ce n’est pas le week-end, carnaval, Pâques, la fête du travail ou l’armistice de la seconde guerre mondiale, vous faites le pont ! Y a-t-il encore quelqu’un qui travaille ? Voilà le type de questions que je me pose trop souvent ! Le plus amusant reste que les congés de chaque côté de la frontière, sont différents à Saint Martin et à Sint Maarten !

Pour le surplus, il fait toujours aussi chaud en l’absence totale de vent et le mouillage ne se désemplit pas !! C’est réellement exceptionnel mais cela fait depuis plusieurs jours que nous n’avons plus de vent mais de la pluie par intermittence !

Mardi 8.

Journée de tous les dangers malgré l’armistice  …  Puisque nous avons décidé de remplacer le coupe-batterie défectueux et le groupe hydrophore : Normal, nous venons enfin de recevoir les pièces de rechange !

Question « coupe-batterie relais électromagnétique », l’opération s’avérait périlleuse  car il s’agissait avant tout d’éviter les courts-circuits involontaires ! Tous ces bidules électromachinchouettes  sont évidemment les uns à côté des autres et en voulant dévisser un boulon avec une clef plate, vous avez vite fait de mettre en contact deux points qui ne doivent surtout pas l’être ! C’est donc habillé d’une salopette,  bottes en caoutchouc, gants de chirurgien et lampe frontale que votre serviteur s’est glissé dans les entrailles de « S.A.S.³ » pour d’abord isoler au moyen de plastiques, la zone à opérer. Le corps dégoulinant de sueur, j’ai ensuite délicatement enlevé les différents fils électriques qu’il m’a fallu correctement isoler pour enfin déboulonner le « corpus delicti ». C’est amusant mais on se rend compte très vite que tous ces bidules n’ont pas été montés dans l’esprit qu’un jour, il faudra peut-être les changer … Par la suite, il a fallu tout remonter …

Pour le groupe hydrophore ou groupe d’eau, le travail était d’une toute autre nature : Il fallait totalement démonter le groupe de départ pour mettre à sa place, un nouveau groupe d’eau d’une autre marque … Bien entendu, nous aurions préféré le remplacer par un identique, histoire de remercier le fabricant de nous avoir livré une pareille saloperie, mais la firme a entre-temps fait faillite ! Il nous a donc fallu faire preuve d’ingéniosité pour surmonter les difficultés qui n’ont pas manqué d’agrémenter notre après-midi de bricolage. Mais je vous rassure de suite, tout fonctionne et nous avons à nouveau un bon débit d’eau à nos robinets (les pompes à eau « standards » ne peuvent couvrir  adéquatement les besoins du bord à cause d’un débit insuffisant).

Comment nous sommes nous débrouillés durant ces dernières semaines sans notre groupe hydrophore ? Mais simplement parce que nous avons une pompe à eau « standard » monté en secours.  CQFD.

Mercredi 9.

Il fait toujours aussi chaud à l’intérieur même si le vent nous a montré le bout de son nez : Notre chaîne d’ancre est  à nouveau tendue ! En l’absence de vent, le bateau bouge sur lui-même et la ligne d’ancrage peut prendre sur le fond, des formes en S ou en 8. C’est toujours gênant car lorsqu’un autre bateau vient mouiller l’ancre à proximité, il lui est impossible de deviner l’aire d’évitage de « S.A.S.³ » puisque sa chaîne d’ancre n’est pas tendue mais plutôt en tas à l’aplomb de la delphinière  …

En y regardant de très près, il y a quand même des mouvements dans le mouillage  qui se présente de manière un peu plus clairsemé que ces derniers jours. Il n’empêche qu’hormis les  mouillages  du « Marin » et de la « Baie Sainte Anne » de Martinique, je n’ai jamais vu de mouillage aussi « stable » que celui de la « Baie de Marigot » de Saint Martin. Même le « lagon » tout proche semble être affecté d’une curieuse désaffectation !

Après la journée bricolage de ce mardi, j’étais bien décidé à attaquer un autre problème de taille : Mon secrétariat ! Avec le temps qui s’écoule bien trop vite selon mon goût, j’ai de plus en plus de mal à me concentrer sur mes mails et d’une manière générale, sur l’inévitable paperasserie auquel je dois faire face. Par chance, j’ai mes enfants et mon épouse qui chacun en leurs domaines respectifs, me soulagent le plus souvent de toutes ces tâches qui me sont devenues insupportables alors qu’elles faisaient parties intégrantes de mon ancienne vie !

Sur la route qui doit le mener aux îles Vierges Britanniques, « Umialtak » est venu en fin d’après-midi, nous faire ses adieux ! C’en est fini du temps béni des « 4 Mousquetaires » : D’Artagnan s’en retourne résolument vers son Québec natal où la reprise de la vie professionnelle l’attend de pied ferme. Le résultat des courses selon l’une de mes expressions préférées, paraît-il, reste que nous perdons de véritables amis que nous avons eu l’immense plaisir de côtoyer régulièrement ces derniers mois. Nous ne pouvons plus qu’espérer qu’ils parviendront à se libérer l’année prochaine, pour partager avec nous ce bonheur d’être sur l’eau.

Quant aux deux autres Mousquetaires, nous nous sommes donné rendez-vous à Curaçao où les trois bateaux devraient passer la période des cyclones avant de se lancer dans de nouvelles aventures à la fin de cette année …

Un des moments de la journée que je privilégie énormément c’est lorsque la nuit est tombée et que les lumières du rivage illuminent celui-ci de mille feux. C’est féérique ! Souvent, je m’installe confortablement dans notre cockpit et je reste de très longues minutes  à contempler le spectacle. Cette vie continue de me plaire énormément  voire même plus qu’au départ maintenant que je me suis acclimaté aux Antilles. Certes, l’Europe continue de m’attirer comme un aimant mais je sais par expérience qu’il ne s’agit que d’un mirage et que la réalité n’a rien de très enviant. Maintenant savoir de quoi demain sera fait, est une question que je ne me pose même plus !

Jeudi 10.

Le ciel est toujours aussi maussade avec une fine pluie intermittente obligeant  à  fermer régulièrement  les hublots … Qui sont si tôt rouverts après le passage de l’ondée !

Quel est ton programme ? me demande  Ann  avant de partir faire des courses.

Je n’en ai encore aucune idée ! La liste des choses que je devrais ou pourrais faire, est longue mais j’ignore encore si j’aurai le courage de les aborder. C’est bien souvent au cours de mon petit déjeuner que les brumes matinales se dissipent dans ma tête et qu’il me vient alors l’une ou l’autre envie. Comme j’ai le sentiment d’avoir bien travaillé les jours précédents, je me laisse séduire par le confort des coussins du cockpit d’autant plus que j’ai hâte de connaître la fin du roman que je suis en train de lire. L’histoire est un peu étriquée et j’ai souvent un peu de mal à cerner où tout cela va me mener d’autant que je ne suis pas habitué à une histoire de tueur en série … La fin ne manque pas de sel même si comme souvent, on reste toujours un peu sur sa faim.

En allant rechercher Ann au débarcadère de Marigot, un vieux monsieur un peu cradingue nous demande si nous pouvons le remorquer jusqu’à son voilier car le lanceur de son moteur est cassé. Après un instant d’hésitation, je me déporte jusqu’à sa hauteur et quelques secondes plus tard, une amarre relie désormais les deux annexes. Le tirer ne pose aucun problème d’autant que cela ne nous oblige même pas à faire un détour !

Alors qu’il agrippe le bordé de son bateau, je fais marche arrière pour détendre la remorque. Bien mal m’en prend puisque cette dernière s’enroule  sur mon hélice calant du même coup, mon moteur. Après avoir actionné le trim pour relever le moteur, je défais la remorque et la lui restitue. Si nous sommes totalement libérés,  le moteur ne tourne plus et le vent nous pousse vers notre bateau …

A ma grande stupéfaction, je ne parviens pas à relancer notre moteur !! J’ai beau tourner la clef de contact, il ne se passe absolument rien !  Je réamorce en vain, la pompe à essence ! Une sourde angoisse m’étreint le cœur … Ma B.A. va-t-elle se transformer en nouvelle catastrophe ? Sans que cela ne me surprenne outre mesure,  mon vieux monsieur un peu cradingue ne se soucie nullement  de nous …

Alors que je me résigne à sortir les rames, je prends conscience subitement que ma manette de gaz est toujours enclenchée ce qui interdit tout démarrage ! Voilà comment stupidement on peut se faire de belles frayeurs. C’est surtout un peu l’œuf de Colomb … Il suffisait d’y penser.

Vendredi 11.

Si « Umialtak » nous a informés par mail, qu’ils étaient bien arrivés aux  « Iles Vierges Britanniques », « Otter II » nous a signalés qu’ils venaient enfin de se mettre en route pour « Curaçao » soit une des îles ABC (Aruba, Bonaire, Curaçao) situées au large de la Colombie, face Atlantique. Comme ils doivent parcourir + /- 470 NM, ils comptent faire la traversée en 3 ou 4 jours. Je dois bien avouer que je les envie un peu même si je trouve parfaitement prématuré de déjà rejoindre notre « zone d’hivernage ». Perso, je me verrais plutôt rejoindre nos amis Canadiens avant de foncer sur Curaçao mais nous dépendons du passage du technicien de Pochon sa. …

Au demeurant, le mouillage de la « Baie de Marigot » me comble à beaucoup de points de vue et représente à mes yeux, le meilleur mouillage que nous ayons rencontré jusqu’ici. Ce que j’aime dans ce mouillage ? Houlà … La question est vaste mais en gros : L’eau y est douce et claire, il y a bien comme certains jours comme aujourd’hui, un peu de clapot mais pas de houle, une profondeur généralisée de 4 mètres est idéale, il y a beaucoup de monde mais chacun conserve son espace vitale, la petite ville de Marigot est réellement très sympa, avec une bonne annexe on relie les côtés français et hollandais de Saint Martin sans aucun problème via l’immense  lagon intérieur, les services techniques et magasins divers ne manquent pas, il y a du passage et donc de la vie et surtout, surtout … Il n’y a pour ainsi dire aucun méga yacht pour venir me gâcher la journée ! Petit bémol, je ne vois pas de spot de plongée dans les environs immédiats.

En un sens, j’aurais bien envie de bouger un peu en allant visiter par exemple, « l’île de Tintamarre » plus au Nord et dans un autre sens, je me sens tellement bien ici, que je n’ai aucune envie de bouger ! En ce qui concerne « l’île de Tintamarre », le moment est peut-être aussi mal choisi puisque la zone vient d’être déclarée interdite aux touristes à la suite du crash d’un avion médicale … Quatre morts soit le pilote, le médecin, l’infirmière et leur malade qui devait être transféré à « Fort de France » (Martinique).

Samedi 12.

C’est décidé : Nous irons nous balader à Marigot et en profiterons pour l’une et l’autre course … Mais il  n’y a pas le feu au lac, que diable ! Rien de tel que se prélasser dans son cockpit avec un bon bouquin  … Je sais, je sais, je passe le plus clair de mon temps à lire. A vrai dire, je m’enfile les romans, les uns à la suite des autres, une vraie boulimie que les circonstances favorisent délicieusement. Par contre, je suis effaré voire scandalisé de relever les fautes d’orthographe que l’on trouve en nombre dans tous ces bouquins : Il n’y en pas un seul qui échappe à ce consternant constat ! Bien entendu il peut s’agir de « coquilles » et personne n’en est à l’abri mais quand même, l’édition d’un livre passe avant la parution, par de multiples stades dont celui du correcteur … J’ai toujours été stupéfait de voir combien les jeunes ne savent plus écrire correctement mais maintenant je finis par comprendre …

Au moment où nous aurions dû nous décider à nous mettre en route …  J’avais trouvé le courage de m’attaquer  à un petit bricolage qui me faisait très peur ! Rien de très grave mais il fallait désolidariser du mât, le hale-bas hydraulique de la grand-voile pour changer les rondelles usées de l’axe de soutien. En raison des forces et poids en présence, il ne fallait surtout pas commettre d’erreur du genre de celle qui provoquerait l’effondrement de notre bôme canoë par exemple …

Si l’opération s’est réalisée sans accroc, elle prit suffisamment du temps pour qu’il soit trop tard pour encore faire des courses …

Dimanche 13.

La fête des mères nous aura cette année, apporté une fameuse surprise …

Nous étions en train de finir de déjeuner lorsque quelqu’un frappa à la coque ! Le nez dehors, nous nous retrouvions face à face avec cinq petits Saint-Martinois  parfaitement sanglés dans leur uniforme d’école ! Je ne vous dis pas le choc …

Les enfants nous expliquèrent que dans le cadre des activités de leur école et comme la fête des mères tombait un dimanche, leur maîtresse d’école leur avait demandé de réaliser chacun une Bonne Action. Comme ils avaient repéré depuis un certain temps  « S.A.S.³ » au mouillage, ils avaient décidé de venir nous proposer gracieusement leurs services !!

C’était réellement trop mignon et nous leur avons donc proposé de nettoyer l’intérieur du bateau. Nous avons mis à leur disposition, les produits d’entretien, brosses et autres loques tandis que Ann et votre serviteur partaient faire une ballade à Marigot.

Lorsque nous sommes revenus, cela sentait bon, le frais, le propre et l’ordre  à l’intérieur … C’était e-x-t-r-a-o-r-d-i-n-a-i-r-e- comme ces enfants avaient  bien travaillé en notre absence. C’est la larme à l’œil que nous les avons regardés repartir dans leur petite annexe … C’est à ce moment précis que je me suis réveillé et que j’ai pris l’ampleur du travail qui nous attendait ! On peut rêver non !

Lundi 14.

Comme nous avons enfin obtenu un rendez-vous pour le passage du technicien de Pochon sa. (jeudi de la semaine prochaine), nous sommes à nouveau libres de nos mouvements et donc notamment, d’aller jeter l’ancre à 8 NM dans le N.E. à « l’île Tintamarre ».

Pourquoi diable ne sommes nous pas partis ? Sans doute parce qu’au plus profond de nous-mêmes, nous n’en avions pas  envie ! En tout  état de cause, Ann devait réaliser quelques courses d’avitaillement, nous devions retrouver des documents importants égarés lors de nos courses  de vendredi, nous devions passer chez le shipchandler … Et puis, et puis, cela faisait maintenant plus de trois jours que je repoussais mon envie de me balader dans Marigot !

La journée passa très vite en courses diverses  et alors que j’attendais Ann dans l’annexe, me vint à l’esprit que décidément ce type de vie me plaisait énormément ! Pas d’attendre Ann dans l’annexe, biesses que vous êtes, mais ce sentiment d’être hors du temps, hors du lieu, hors du commun. Grâce et à cause du « lagon » tout proche, nous circulons beaucoup dans Saint Martin/ Sint Maarten. Je retrouve du même coup, un peu cette  « sécurité technique» que nous avions connue au « Marin » (Martinique) mais sous une autre forme. Il n’est pas étonnant à cette suite que nous avons quelques difficultés à nous en éloigner …

Mardi 15.

Avant même que je ne me réveille totalement, nous avions décidé de partir pour « l’île de Tintamare » d’autant que le beau temps est revenu depuis quelques jours et que le vent est modéré. Toutefois, je ne parvenais pas à me décider à enclencher la vitesse …

Comme chaque matin et avant de déjeuner, je nage un bon 200 mètres aller/retour. J’adore ce trip qui m’éloigne parfois beaucoup du bateau et que je réalise invariablement d’abord contre le courant (réflexe de plongée). Je suis malheureusement toujours stressé à l’idée de me faire écharper par l’un de ces bolides des mers qui passent tantôt devant, tantôt derrière le bateau en faisant énormément de remous. Il s’agit de petites navettes « express » qui relient Saint Martin à Anguilla, notamment. Toutes les cinq minutes, je m’arrête en conséquence pour faire un rapide tour d’horizon persuadé que le cas échéant, j’aurais le temps de couler sur le fond pour éviter le monstre fonçant sur moi.

Cette journée n’échappa pas à la règle sauf que j’ai compris instinctivement mais trop tard que j’allais me faire percuter ou pire encore, broyer par les hélices du monstre !! Cela n’a duré que quelques secondes, juste le temps de me mettre en boule et de percevoir furtivement à une cinquantaine de centimètres, le côté bâbord arrière du « meurtrier » comme l’appelle Ann.  Je me doute qu’il aurait été plus héroïque de crier « maman » ou encore « Ann, je t’aime » ou peut-être même « vive la Belgique » mais en fait, je n’ai songé qu’au choc et à la douleur que j’allais inévitablement ressentir ! Que je m’en sois sorti sans la moindre égratignure, relève du plus pur miracle … Ce n’était pas encore mon heure, de toute évidence.  Je ne pense pas que j’avais la moindre chance de survie si le monstre avait dévié sa route de quelques centimètres sur son bâbord ! Et le plus con dans l’histoire c’est que mon chauffard ne s’est même rendu compte de rien alors qu’il ne s’est fallu que d’un cheveu pour qu’il ait ma mort sur la conscience !

Si cela me servira de leçon qu’il faut encore et toujours être plus prudent, cela me contraint à ne plus nager que le long du bateau et sans m’en écarter ce qui est bien triste ! Je me rends compte, en effet, que même en l’absence de ces dangereux bolides, l’accident aurait pu survenir avec une annexe ou tout simplement un bateau circulant dans le mouillage …

Après toutes ces émotions, nous avons décidé de rester sur place … Notre envie de bouger s’était totalement estompée.

Dans le courant de l’après-midi, je prenais une photo d’une tortue remontée à la surface pour y prendre de l’air, à l’endroit approximatif où j’ai bien failli perdre la vie !

Dans un contexte plus agréable, nous avons reçu ce matin, un sms de « Otter II » nous indiquant qu’ils étaient bien arrivés à Curaçao après 84 heures de navigation.

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Responses

  1. Bonjour ann et stéphane, ici jean paul (mary blue III). Tout d’abord j’espère que la santé de anne est bonne; j’ai eu la meme chose en novembre dernier; affreux et j’ai prié le chirurgien de m’opérer de suite. oef c’était passé! le MBIII est arrivé hier à Horta après 2 semaines de tempètes…Je lis vos plans des ABC, j’y etais avec mon précédent bateau. Pas mal, c’était un ‘stop’ avant Panama; mais le plus fabuleux était les San blas…
    Bien à vous d’un pays et continent ou tout est morose et ou la déprime pointe….bon soleil!


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