Publié par : Ann & Stéphane | 13 mai 2012

16 au 30.04.2012 – Antigua – Barbuda – Saint Barthélémy – Sint Maarten – Saint Martin.

Lundi 16.

Le temps est à nouveau ensoleillé et c’est fou comme tout apparaît plus beau …

Nous attendons un technicien pour le réglage de notre antenne satellitaire qui depuis notre second séjour  à « l’îlet Cabrit » (Guadeloupe), nous joue étonnamment des tours ! J’étais si heureux de pouvoir regarder tous les soirs, mon journal télévisé… C’était mon moment préféré de la journée. Oui, bon , ok … J’avais d’abord à subir les émissions de Ann comme « Un dîner presque parfait » (franchement insupportable) ou encore « Money Drop » (limite supportable) mais cela faisait passer la soirée agréablement. La télévision quoi qu’on en dise, met une certaine ambiance à bord et donne le tempo !

Je vois à vos mines renfrognées que vous ne voyez pas du tout où je veux en venir en parlant de « tempo » et comme je m’en voudrais de ne pas éclairer votre lanterne, attachez vos ceintures car voici venu le moment tant attendu de la leçon de psychologie à deux sous :

Vous n’ignorez pas qu’il existe un décalage de 6 heures avec la France et que donc quand le JT de 20 heures passe sur vos écrans, il n’est chez nous que … 14 heures ! Vous imaginez bien qu’à cette heure de la journée, nous sommes en train de nous baigner, de nous faire rôtir au soleil ou de lire un bon bouquin. C’est donc à 20 heures, heure locale, que nous regardons le même JT que vous ! Que ne ferait pas la Métropole pour ses territoires d’Outre-mer …

Je sens que vos esprits brumeux sont en train de percevoir les prémisses du cours d’aujourd’hui. Je continue donc …

Dans les îles, où nous ne connaissons pas l’heure d’été et l’heure d’hiver, le soleil baisse rideau vers 18.30 heures  quel que soit le moment de la saison. Pour l’Européen que je suis, déjà ne plus avoir à régler ma montre en heure d’été  et en heure d’hiver, est frustrant en soi mais qu’à 18.30 heures, il faille allumer toutes les lumières, vous imaginez le profond traumatisme que je subis quotidiennement. Sans compter le traumatisme en sens inverse … A 6  heures, le soleil est haut dans le ciel et tout le monde s’anime !! Quand donc les « Mousquetaires » décident de l’heure du départ du lendemain … Invariablement, c’est 6 heures du matin ! Les monstres …

Je n’ai donc plus que mon JT de 20 heures pour me caler sur un horaire qui me convient beaucoup mieux que celui des îles. Capici ? Si toi pas comprendre, toi envoyer moi un mail …

Vous allez me répondre qu’il me reste l’internet. Que néni … A « Antigua », ils connaissent les méga yachts avec hélicoptère sur le pont arrière mais pas encore le système 3G !! Donc … Pas d’internet à bord de « S.A.S.³ » à moins d’utiliser notre connexion satellitaire. Seulement voilà, la dernière fois que nous avons utilisé ce moyen super efficace au demeurant,  pour connaître la météo du lendemain, il nous en a coûté 25 € la communication …

Reste le bistrot où pour le prix d’une consommation, vous disposerez d’une connexion internet illimitée ! Mais voilà, ma maman ne m’ayant pas habitué à fréquenter les cafés, je ne m’y sens pas à l’aise pour surfer sur internet …

Quand j’au vu « Michael »  arriver à bord, j’étais plein d’espoir mais quand il est venu pour la dernière fois, trois jours plus tard, j’étais plus désespéré que jamais car non seulement il n’a rien pu faire pour nous aider mais de surcroît, je suis maintenant convaincu qu’un super technicien nous sera nécessaire pour remettre de l’ordre en nos réglages …

Mardi 17.

La journée pourrait se résumer de la manière suivante : « Bonjour, Michael » … « Au revoir, Michael » … Je traduis bien entendu directement de l’anglais puisque « Antigua » est une ancienne colonie anglaise où personne ne parle le français of course !

Nous avons profité de la journée pour nous renseigner comment faire le plein de diesel de « S.A.S.³ » … Vous allez évidemment me dire … Mais c’est bien simple, tu vas au ponton d’essence … Sauf qu’à « Falmouth », il n’y a aucun ponton d’essence ! En fait, les pontons de la marina sont équipés de bouches à essence au même titre que des robinets d’eau !!

C’est donc super simple : Il faut appeler ½ heure à l’avance,  la marina qui indique un ponton où faire le plein … Sauf qu’en pratique, la première marina nous a indiqué qu’avec les régates, elle ne pourrait s’occuper de nous avant vendredi, la seconde, pas avant le lendemain et la troisième, nous a fait tellement sentir que cela leur pesait que nous sommes partis sans faire le plein nulle part !

A chaque fois qu’un méga yacht quittait la marina, tous les autres actionnaient leur beuglante. C’était méga impressionnant. Le dernier de la journée à quitter la marina, actionna également son klaxon en signe d’au revoir mais étonnamment personne ne lui répondit ! Comme je trouvais cela profondément vexant pour lui, je suis donc sorti avec ma trompette de brune à deux sous  et j’ai fait « puuuut, puuuut, puuuut » lorsqu’il est passé devant « S.A.S.³ » … Je ne suis pas convaincu que l’équipage ait apprécié outre mesure ma marque de sympathie !

Mercredi 18.

« Umialtak » avait décidé de rejoindre « Otter II » à « Joly Harbour » et nous comptions en faire autant mais avec « Michael »  à bord …

Comme ce dernier déclara forfait en milieu de matinée, nous n’avons pas demandé notre reste et nous sommes partis sans regret. Il faut dire que le problème de la TV cumulé à celui du remplissage de nos tanks, nous avions le moral dans les talons.

Plutôt que prendre la passe le long de la côte  avec le risque permanent de percuter un haut-fond de corail, nous l’avons pris très au large et bien évidemment, toutes voiles dehors.  Comme notre route faisait une sorte de demi-cercle, nous avons rencontré divers types de vent et à chaque fois, il a fallu s’y reprendre en nos réglages de voiles. Pas toujours facile à gérer d’autant que nous remontions de plus en plus au ventLe vent oscillait tout de même  autour des 18 nœuds de vent réel.

A la perpendiculaire de « Joly Harbour », nous avons obliqué droit vers le chenal balisé. Quand je dis « balisé », il s’agit d’un bien grand mot car les piliers de chenal sont dépourvus de toute couleur en sorte que l’on s’interroge beaucoup sur leur signification exacte.

La marina qui s’inspire visiblement de « Port Grimaud » (France), était quasi déserte et donnait  à l’ensemble, un air triste et désolé … Je suis très loin de partager l’enthousiasme de Jean & Marjo de « Otter II » pour cet endroit. Par contre, le ponton essence était très fonctionnel et après une petite attente, nous avons été servis très correctement. Pour l’appontement, D’Artagnan était monté à bord et je lui en suis d’autant plus reconnaissant que j’ai eu le sentiment d’avoir un peu perdu la main …

La ligne de flottaison de « S.A.S.³ » descendue de quelques centimètres (nous avons mis 1.170 litres sur les 2.100 litres de capacité totale) nous avons repris la route du mouillage extérieur. En positif pour lui, une profondeur pas trop importante (7.50 mètres)  et de l’espace à revendre … En négatif, une eau laiteuse et un plan d’eau un peu rouleur.

Jeudi 19.

Comme d’hab. « Otter II » et « Umialtak » ont quitté le mouillage pour « Barbuda » (32 NM) à 6 heures du matin tandis que « S.A.S.³ » s’ébrouait vers 9.30 heures …

Navigation très agréable au près serré (25° à 30° du vent apparent) par une mer absolument déserte. « S.A.S.³ » était sur ses rails et Ann et votre serviteur se contentaient de suivre de loin, l’évolution des choses.  A l’approche de « Barbuda », nous avons eu le plaisir d’avoir un lièvre qui eut la délicate attention de se laisser foudroyer sur place.

Je ne sais pas pourquoi mais je devine que certains n’y comprennent rien ! Alors pour vous, les obtus du chapeau, un tout petit mot d’explication … Tout d’abord, le marin étant un grand superstitieux par définition, cela porte malheur d’évoquer à bord d’un bateau, l’animal à longues oreilles, cousin du lièvre. Notez qu’à une époque, cela portait malheur d’avoir une femme à bord … Mais en finale, ce commentaire nous éloigne totalement de notre sujet.

Je disais donc … « Avoir un lièvre » signifie qu’un autre bateau est devant vous et qu’il devient LA cible à rattraper. « Foudroyer sur place » traduit la manière dont nous l’avons rattrapé, dépassé et distancé.  Mon ami Portos n’a évidemment pas manqué l’occasion de me rappeler « qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Mais qu’est ce qu’il peut être rabat-joie à ces heures, celui-là !

Sur place, nous étions donc en tout et pour tout … Quatre voiliers ! Le pied diraient certains, le désert préciserait votre serviteur …

Si le mouillage était champêtre à souhait avec  sa plage de sable fin à perte de vue … Il était tout aussi rouleur et cela n’était pas de nature à me séduire. L’eau quant à elle, était un peu moins laiteuse qu’à « Joly Harbour » mais trouble malgré tout … En bref, le genre d’endroit que je préfère fuir à toutes jambes. Je me doute que beaucoup parmi vous, vont avoir la mine renfrognée en lisant ce commentaire mais nous n’avons pas tous la même approche de l’île enchanteresse et perso, j’aime bien avoir la « civilisation » à portée de main … C’est d’ailleurs pour ce motif que je suis plus que persuadé que le Pacifique n’est réellement pas fait pour moi. Et voilà comment on écourte drastiquement un tour du monde …

Par contre et preuve que je suis quand même sensible à Mère Nature, j’ai été époustouflé en me mettant à l’eau pour ma petite nage quotidienne, de tomber nez à nez avec deux « rémoras queue blanche » qui avaient fait élection de domicile sous la coque du bateau !!

Perso, j’aurais affirmé qu’ils faisaient chacun 1 mètre de long mais selon mon guide des poissons coralliens, leur taille n’excède pas 76 centimètres ce qui en fait malgré tout de fameuses bestioles ! Toujours selon ce guide, il leur arrive de se fixer à la coque des bateaux !! Par chance … Pour eux, s’entendant … Ils n’ont pas pris le risque mortel de se coller à la coque de « S.A.S.³ »

Vendredi 20.

Quelle nuit, mon Dieu … Quelle nuit ! Ma pauvre Ann n’a pas cessé de vomir et de se tordre le ventre de mal ! Et quand elle m’a parlé d’aller voir un médecin, j’ai immédiatement compris que  c’était grave car elle n’est pas du genre douillet comme votre serviteur. Nous avons malgré tout attendu que le jour se lève car il faisait nuit noire et que j’avais un impérieux  besoin de me reposer un peu avant d’entamer les 62 NM qui nous séparaient de « Saint Barth » …

A 6 heures du matin, l’ancre était levée et nous partions comme des voleurs – au moteur – dans une mer légèrement formée et un vent de 15 à 20 nœuds de vent réel … La météo avait annoncé deux jours de franche accalmie !

La navigation fut très silencieuse … Ann se tordait de douleur et votre serviteur stressait à l’idée de ne pas avoir pris la bonne décision. Il était utopique d’espérer trouver une assistance médicale sur place,  « Antigua » était plus proche mais on y parle anglais et nous ne savons rien de la qualité de son service médicale, j’aurais pu appeler le Cross et demander l’envoi d’un hélicoptère mais j’étais convaincu que vu notre position, nous relevions  de la compétence « d’Antigua ».

Il était terriblement frustrant de relever que si nous marchions  à la voile, nous aurions été beaucoup plus vite. De surcroît, avec un vent de cette force, par le travers, « S.A.S.³ » aurait été dans son élément. Au lieu de cela, on se faisait rouler au moteur … Seul et fatigué, je n’ai pas imaginé envoyer la grand-voile d’autant qu’il fallait encore la descendre par la suite. J’ai par contre, déroulé en partie le génois pour donner plus de stabilité au bateau.

Les derniers milles furent les plus longs mais nous sommes malgré tout arrivés à bon port pour 14.30 heures.  Il nous fallait encore mouiller l’ancre  devant la marina …

Pas toujours aisé de trouver le bon endroit où l’ancre croche bien et où on ne dérange personne. Je suis effaré de relever l’inconscience avec laquelle certains plaisanciers jettent leur ancre : Ils voient une place, ils s’y mettent sans prendre en considération l’aire d’évitage de leur bateau et des autres bateaux aux alentours et sans tenir compte de la moindre intimité à laquelle chacun a droit.

Nous avons du nous y reprendre à trois fois et je dois rendre grâce au courage exceptionnel de Ann qui se tenait derrière la barre. Techniquement, il est possible d’ancrer seul le bateau car nous avons deux commandes pour la chaîne d’ancre (à la proue et dans le cockpit) mais je ne l’ai jamais fait et je ne me voyais absolument pas le faire en ce mouillage fort encombré. Rentrer dans la marina n’était pas une solution puisqu’on s’y amarre le cul au quai en jetant l’ancre sur l’avant …

A « Saint Barth », on vit au rythme des îles en sorte que le service des consultations de  l’hôpital était fermé pour le week-end à partir de 15.30 heures ! Par chance, la Capitainerie orienta  Ann vers un médecin généraliste absolument charmant qui la prit totalement en charge.  J’ai été contraint de rester au bateau après avoir déposé Ann avec l’annexe car il est périlleux  – même si certains inconscients ne se gênent pas de le faire – de laisser le bateau seul alors que nous venions à peine d’ancrer : Le risque de dérapage de l’ancre est bien réel durant les premières heures. De surcroît, il est difficile d’apprécier de prime abord, l’aire d’évitage exact du bateau. Au « Marin » (Martinique) nous avons ainsi assisté au dérapage spectaculaire d’un voilier qui venait de s’ancrer et dont les occupants étaient partis tranquillement  faire des courses … Encore une chance pour eux que nous avons pu les joindre par téléphone, leur site internet étant inscrit en toutes lettres,  sur leur bôme.

Une cholécystite a diagnostiqué le charmant médecin ! ! Une quoi ? Une c-h-o-l-é-c-y-s-t-i-t-e … Qu’est-ce que c’est encore que cela pour un stuuuut ? Des pierres dans la vésicule biliaire avec inflammation de la vésicule bien entendu  … Rien que cela … Ben dis donc, tu fais les choses  en grand quand tu t’y mets ! Une cholécystite … Je connaissais la cystite mais pas encore la cholé-machin-truc … Enfin comme on dit toujours  « Les voyages forment la jeunesse »  et moi, j’aurai appris quelque chose aujourd’hui.

Et la suite des opérations ? C’est là que cela se Corse (non, ce n’est pas une coquille, il y a  bien  une majuscule à Corse …) car il va falloir dans un premier temps combattre l’inflammation par des piqures dans la fesse et dans un second temps, hop sur le billard  … Rien que cela … Ben dis donc !

Et qui c’est qui va faire tes piqures ? … Toi … Quoi ! Moi ? Gloups ! Appelle le médecin, je ne me sens pas bien tout d’un coup !

J’ai suivi les indications à la lettre : « Diviser la fesse en 4 morceaux et piquer dans le carré supérieur extérieur ». Le problème restait que personne ne m’a dit jusqu’où je devais enfoncer l’aiguille … Je l’ai donc enfoncée jusqu’au bout. Je dois reconnaître que c’était plutôt dur à enfoncer mais en mettant tout le poids du corps, j’y suis arrivé non sans peine. Ce qu’en pensait Ann ? Je l’ignore car elle était entre-temps tombée en syncope …

Ensuite, « aspirer pour être certain de ne pas avoir piqué dans une veine ». Là encore, les informations fournies étaient plutôt vagues car jusqu’où fallait-il aspirer ? Par précaution, j’en ai retiré trois seringues avant d’injecter le médicament.

Enfin, « injecter le médicament lentement ». Facile à dire « lentement » mais c’est quelle vitesse quand il s’agit d’une seringue ? J’en avais tellement marre après une heure que j’ai appuyé une bonne fois pour ce qui restait dans la seringue. C’est à ce moment précis qu’Ann qui était toujours dans les patates, a fait un bond qui a bien failli casser l’aiguille ! C’est décidé, la prochaine fois, je la bâillonne et  je l’attache au lit. 

Samedi 21.

Prise de sang et visite chez le charmant toubib, pour Ann … Amusant mais elle ne m’a pas demandé de l’accompagner ! Par contre, j’ai trouvé très étrange qu’il lui ait demandé si elle était battue à la maison ! Va quand même falloir qu’il ne lui mette des idées saugrenues dans la tête maintenant  …

Quant à votre serviteur, il a passé sa journée derrière son écran de PC, notamment, pour mettre à jour, notre blog puisque nous disposons à nouveau d’une connexion internet plus ou moins digne de ce nom.

Dimanche 22.

En fervents catholiques que nous sommes, nous avons respecté le « jour de repos » dominical en nettoyant tout l’intérieur du bateau. Il faut reconnaître que nous avons eu beaucoup de peine à nettoyer tout le sang qui a giclé à chaque fois que j’ai retiré la seringue …

Nous avons passé le restant du temps de la journée, à bouquiner au soleil … Vraiment pas emballant le livre que je lis et qui raconte le tour du monde d’une famille canadienne avec quatre enfants. Du même coup, je traîne à le terminer !

Lundi 23.

« Alphonse » a déserté ! Je suis tout à la fois, rassuré et triste ! Rassuré parce que « Alphonse » ne semblait pas des plus commode et m’obligeait chaque matin, à me tenir un peu écarté du bateau lorsque je nageais  autour et triste parce que je trouvais assez sympathique d’avoir un barracuda d’environ  50 centimètres de long, qui montait la garde sous la coque.  Pour avoir souvent vu en plongée, des barracudas même en banc,  je n’ai aucune crainte de cet animal. Toutefois, lorsque j’ai constaté que « Alphonse » suivait mes mouvements dans l’eau en tournant sur lui-même, je me suis quand même posé la question de savoir s’il oserait m’attaquer …

Si l’eau est si bleue à « Saint Barth » c’est que les fonds sont de sable blanc immaculé et comme il s’agit de sable en grains et non, de sable de construction comme à « Antigua » et à « Barbuda », l’eau est cristalline … On dirait de l’Evian ! Ceci m’a permis de suivre depuis la surface, l’évolution de quatre raies pastenagues qui fouillaient le sable en se dirigeant vers notre ancrage.

Nous avons été nous promener dans les ruelles de « Saint Barth » et sommes tous les deux littéralement tombés  sous le charme de l’endroit qui s’apparente à un petit  « Saint-Tropez » … Et encore, nous y avons été en début d’après-midi et ce n’était pas le meilleur moment de la journée pour s’y balader ! L’endroit est assez calme en cette période de l’année et la marina n’accueille que trois ou quatre gros yachts à moteur.

Mardi 24.

Nous attendons l’arrivée de « Umialtak » et de « Otter II »  qui sont restés tout ce temps à « Barbuda ». Je suis assez curieux de les entendre  raconter leur séjour sur place.  A les entendre, j’en conclus qu’hormis la réserve ornithologique et les homards qu’ils ont dégustés comme des goinfres, nous n’avons rien raté.

Le mouillage de « Saint Barth » est plutôt chahuté depuis  dimanche ! Malgré cela, la vie à bord de « S.A.S.³ » reste très agréable même si je souhaite de plus en plus ardemment que tout cela se calme un peu tant c’est surtout quand on monte ou descend de l’annexe que l’exercice s’avère périlleux !

Tout à l’heure en revenant de la marina, j’ai failli écraser une tortue !  Elles pullulent dans les Antilles … On en voit en mer, dans les mouillages et même,  dans les marinas.

Avec « Umialtak » et « Otter II » nous avons fait « St Barth by night ». Je suis certain que cela vous en bouche un coin que des vieux croulants comme nous, savons encore sortir le soir. Vous n’imaginez pas l’ambiance … C’était super sympa et de surcroît, nous étions de retour pour mon émission préférée de « Bonhommet  et p’tit lapin ». Mouais, bon, d’accord, en 1960 vous n’étiez pas encore nés et donc vous ne pouvez connaître mais je ne parviens plus depuis cette époque, à m’endormir tant que le marchand de sable n’est pas passé !

Mercredi 25.

Attention, attention, attention … Ames sensibles s’abstenir … Voici venu le dur moment du cours de psychologie à deux balles que je vous autorise bien volontiers, à brosser  …

Pas à dire mais depuis que les deux autres « Mousquetaires »  sont arrivés au mouillage, l’ambiance est réellement toute autre. C’est dingue comme l’être humain a besoin du contact des autres et cela même s’il fuit le plus souvent, sur son bateau, son quotidien d’autrefois où la pression des « autres » était souvent devenue  trop forte ou trop encombrante! Précisons qu’en notre cas d’espèce, nous sommes partis non pour fuir quoi que ce soit mais tout simplement parce que nous souhaitions profiter au maximum, pour les quelques belles années qui nous restent …,  de notre passion pour la voile, la plongée et le monde aquatique en général.

Seulement voilà, il suffit qu’il y ait foule quelque part pour qu’immédiatement, chacun se sente agressé en son « espace vitale » et ne pense qu’à se tenir éloigné de « l’autre » au point de vivre en marge de toute vie sociale ! Le résultat ? Une très grande solitude plus ou moins bien ou mal vécue selon les équipages. Il est frappant de relever combien sont ceux qui regrettent comme il est difficile d’établir une connexion avec un autre bateau, comme il était plus aisé auparavant de nouer des contacts ou comme dans le Pacifique, l’ambiance au mouillage est plus sympa.

Si nous vivons sur « S.A.S.³ » en parfaite symbiose sans l’apport des autres, le gsm, l’internet et en une moindre mesure, la télévision restent  des liens primordiaux vers le monde extérieur. Le contact avec les autres équipages n’est pas évident car les situations et les motivations sont souvent forts divergentes des nôtres. Il est donc bien rare qu’une relation durable s’installe … Nous avons beaucoup de connaissances mais très peu de copains !

Attention, attention, attention … Le cours de psychologie à deux balles est T-E-R-M-I-N-E … Youpiiiiiiiiiiiiiiiiiie !

Dans les Antilles plus que tout autre part que nous connaissons, il est possible de rencontrer des bateaux que l’on ne voit décidément nulle part ailleurs ! Vous verrez dans le diaporama, un méga yacht  (32 mètres) turquoise  « Gliss » qui sort totalement de l’ordinaire par son côté totalement rétro … Le voilier fait réellement penser à une Cadillac des années 50 !! Mais je vous laisse juge d’apprécier …

L’après-midi, nous avons décidé d’aller tous ensemble à la plage de « Shell Beach ». Très belle mais petite baie à l’eau turquoise dont l’horizon était littéralement bouché par la présence à quelques mètres du rivage (!), d’un autre méga yacht (32 mètres) « Toto ». Cette manière de vouloir en mettre plein la vue à quelques « pauvres » touristes qui n’aspirent qu’à un peu de quiétude, nous a profondément choqués d’autant que tous les soirs, « Toto » s’en retourne pour la nuit, à notre mouillage …

Jeudi 26.

Journée « sous tension » pour votre serviteur. Déjà, nous nous sommes levés à 5.30 heures du matin mais de surcroît,  une heure plus tard, le mouillage était relevé et la GV hissée … Direction « Simpson Bay » de « Sint Maarten » (17 NM) car nous avons rendez-vous avec un technicien pour notre TV satellitaire !  C’était pour votre serviteur, le rendez-vous  de la dernière chance …

Si Ann m’a semblé – à tort  – n’être pas trop chaude pour hisser la toile, j’y tenais particulièrement, histoire de conserver une excellente coutume que son problème de santé risque de mettre sérieusement en péril ! Par un vent réel de 18 à 20 nœuds dans le 140°, « S.A.S.³ » s’est déhalé sans paresse malgré un génois batifolant à ses heures. Nous aurions pu mettre le spi asymétrique mais jusque là je n’aurais pas osé pousser le bouchon d’autant qu’en temps normal, nous ne le mettons pas rien qu’à deux …

Petite navigation sans problème qui nous a amenés vers 9.30 heures à jeter l’ancre à « Simpson Bay ». Quand il s’agit d’un mouillage inconnu, nous n’avons jamais l’esprit tranquille quant à savoir ce qui nous attend,  si nous allons trouver de la place, s’il n’y aura pas trop de houle etc. etc. On a beau avoir un guide nautique, avoir des plans et des photos, cela ne donne jamais la profondeur de champ et on est toujours surpris … Tantôt agréablement et tantôt désagréablement.

En le cas d’espèce, nous avons été agréablement surpris de relever une bonne profondeur (6.50 mètres)  et surtout un mouillage plus étendu qu’il  y paraissait sur documents. Par contre, ce dernier est assez rouleur en partie à cause des bateaux à moteur qui passent à fond les manettes …

Si je n’avais pas été aussi nerveux, je n’aurais pas hésité à qualifier cette journée  de plus beau jour de ma vie car en une petite heure, « Andrew » nous avait rétabli notre connexion télé !! Comme le technicien de Martinique l’avait supputé, le problème se situait au niveau du réglage de l’antenne qui a sans doute bougé  en raison des mouvements du bateau …  Petite cause, grands effets puisque nous avons été privés  de TV durant 15 jours,  faute bêtement de trouver un technicien compétent !! C’est un des grands problèmes des Antilles avec celui des délais  …

En fin d’après-midi, nous franchissions le pont qui donnait accès au « lagon » sorte d’immense lac où se concentrent marinas, mouillages, services techniques, chantiers etc. Une fois encore, sur le papier, c’est idyllique mais dans la réalité … A fuir à toutes jambes quand on n’est pas fana des marinas. Alors pourquoi avoir dépensé 120 $ pour y avoir accès ? Pour permettre à « Andrew » de finaliser son réglage de l’antenne car à l’extérieur cela roule beaucoup de trop ! C’était déjà pas mal à « Saint Barth » …

Vendredi 27.

« Andrew » (qui ne parle qu’anglais ! A « Sint Maarten » on ne parle pas le néerlandais …) nous rejoint au bateau pour le peaufinage du réglage de notre antenne satellitaire. Il nous fait la meilleure des impressions même si durant son passage à bord, un couple de Suisses vient le trouver pour un problème de radar qu’il ne semble pas maîtriser …

Confiant malgré tout en ses capacités, nous lui demandons s’il ne veut pas paramétrer un de nos stores électriques du carré qui est bloqué en position semi ouverte ! S’il aborde le problème avec assurance, après une petite heure, il se dit navré et nous laisse en plan avec un store démonté et ouvert …

Une fois encore et faute d’obtenir de l’aide de « Oceanair » (fabricant  du store) … Nous revoilà plongés à réinventer la technologie jusque minuit où nous succombons au désespoir et à la fatigue. Le réglage de ces stores nécessite à chaque tentative de tout remonter et de tout remettre en place (la simple remise dans les clips est une torture en soi !)  car il est indispensable que l’ensemble soit en traction pour le moteur entraîne l’enroulement des guides ! C’est carrément affolant : Une fois, le store descend mais ne monte pas – Une autre fois, rien ne bouge – Une autre fois encore, il monte d’un côté mais descend de l’autre – Une autre fois encore, il monte mais se tord dans la largeur – Une autre fois encore, le store monte et descend avec un bruit insupportable etc. etc.

C’est à peine si nous verrons la journée et la nuit passer …

Samedi 28.

C’est fini … Je n’y crois plus ! C’était hier soir que nous avions encore nos chances  mais  là je baisse les bras !! Ann s’obstine et à la quatrième ou cinquième tentative, tout fonctionne parfaitement !!! Vous n’imaginez pas le soulagement, la fin du supplice, la découverte qu’il existe une autre vie à côté de celle de tous les emmerdements !

Nous profitons de la journée pour partir en annexe, à la découverte de cet immense plan d’eau de plusieurs milliers d’hectares qui comportent deux sorties : L’une sur « Simpson Bay » (Sint Maarten) et l’autre sur « Baie de Marigot » (Saint Martin). C’est tout simplement extraordinaire malgré un vent franchement tempétueux.

Même si j’avais l’intention  vendredi de prendre mes jambes à mon coup, je me suis totalement révisé et décidé de ne partir pour la « Baie de Marigot » que lundi matin. C’est toujours un peu ainsi lorsque ma première impression est mauvaise … Je finis par m’acclimater et ensuite j’ai un certain mal à quitter l’endroit. Ce que je trouve d’agréable dans le « lagon » c’est un plan d’eau sans la moindre houle … Et puis, j’ai tellement envie de me faire une overdose de télévision !

Dimanche 29.

Cela souffle encore plus fort que hier mais la météo l’avait annoncé … Nous ignorons par contre, de quoi sera fait demain car nous  n’avons plus internet à bord. Notre carte 3G Digicel ne fonctionne que dans les territoires français …

Appel sur la VHF de « Otter II » à l’instant même où Ann la branche pour écouter la météo ! Ils sont au mouillage de « Simpson Bay » et envisagent de pénétrer dans le « lagon » ! Nous ne nous attendions à les revoir que lundi et  à  la « Baie de Marigot » … « Umialtak » pour sa part, est resté  à « l’île Fourchue ». En fait, Jean & Marjo ont passé une affreuse nuit en raison du vent et ont préféré braver les éléments pour trouver un endroit moins exposé.

« Otter II » ira jeter l’ancre un peu plus loin dans le « lagon » pour éviter des frais de mouillage réservés à la seule partie hollandaise du « lagon » … Depuis « Antigua », même le mouillage forain est devenu payant ! Marinas « pompes à fric » diront certains, nécessité d’entretien répondront les autorités …

Sympathiques retrouvailles en tous les cas, au moment même où nous allions attaquer le grand nettoyage intérieur hebdomadaire …

Durant la nuit, nous aurons droit à de sérieuses rafales de vent (35 nœuds) qui me feront vérifier notre ancrage plusieurs fois durant la soirée et passer une mauvaise nuit à Jean …

Lundi 30.

Jour non férié du côté français mais jour férié du côté hollandais (fête de la Reine) …

« Umialtak » est venu nous rejoindre et a mouillé son ancre tout près de « Otter II ». En comparant nos parcours, je relève que « S.A.S.³ » aura payé 120 $ pour franchir le pont + 60 $ pour un mouillage d’une semaine – « Otter II » aura payé 26 $ pour franchir le pont et « Umialtak » n’aura juste rien payé du tout !! Rou – Rou – Rou … C’est peut-être pour cette raison que nous nous attardons à notre mouillage du côté hollandais ! Il faut bien rentabiliser notre investissement que diable !

Mais comme toujours après quelques jours passés au même endroit, j’attrape des fourmis dans les jambes et j’ai envie de bouger d’autant que je n’ose pas faire de l’eau, ni nager autour du bateau en raison de la qualité douteuse de l’eau. Comme le vent semble s’être calmé, nous avons décidé de quitter le « lagon » pour rejoindre par l’extérieur, la « baie de Marigot » que nous avons visitée à deux reprises déjà, avec notre annexe.

Je suppose aussi que je commence doucement à en avoir ras le bol de côtoyer tous ses mégas yachts de 30, 40, 50 & 60 mètres de long qui semblent avoir élu pour partie, domicile dans le « lagon » (côté hollandais) ! Certes, ils sont magnifiques mais ils finissent par me donner de sérieux complexes à nettoyer du matin au soir et du soir au matin : Tout est rutilant de propreté même la coque ! A côté, « S.A.S.³ » me paraît sale, négligé et tellement petit que ma fierté de mon bateau en prend un sérieux coup … On ne joue décidément pas à armes égales et à la longue, cela commence à me pomper le dard.

Je n’ai jamais prétendu posséder le plus grand et le plus beau voilier mais jusqu’à présent, on jouait dans la même cour et même face à d’autres voiliers plus grands (72’ – 82’) je parvenais à trouver que notre « S.A.S.³ » était par exemple, mieux équipé ou plus rapide. Mais là, c’en est carrément écœurant !

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