Publié par : Ann & Stéphane | 18 mars 2012

01 au 15.03.2012 – Martinique & Dominique.

Jeudi 01.

Furieux, je suis furax après Porthos !! Il n’arrête plus de pleuvoir , un vrai déluge. Hier, j’ai passé ma journée calfeutré à l’intérieur du bateau tellement cela tombait dru. Va sérieusement falloir qu’il retrouve la formule magique pour arrêter tout cela sinon cela va chauffer pour ses oreilles !

Désolé, je me suis emporté et j’en ai oublié de vous narrer notre dernière aventure. En fait, « Otter II » n’est pas équipé d’un déssalinisateur en sorte que l’eau reste un problème à bord. Notez qu’avec 650 litres, nos amis se débrouillent excessivement bien pendant plusieurs semaines (!) mais sans excès bien évidemment. Aussi lorsqu’Athos leur a montré son récupérateur d’eau de pluie, l’idée a vite été adoptée sur « Otter II ».

Cela fait depuis quelques jours déjà que je vois Porthos s’afférer à construire son récupérateur : Un vrai travail de pro ! Il ne restait évidemment plus que la pluie qui avait littéralement déserté la Martinique !! C’est donc en désespoir de cause que notre ami Porthos s’est lancé dans l’apprentissage de la « danse indienne de la pluie » avec des résultats tellement inespérés que l’alerte orange a été déclarée sur toute la Martinique !

Le seul petit problème c’est que si Porthos en jouant à l’ apprenti sorcier, parvient à provoquer les éléments, il ignore tout de comment  les arrêter !!

On connaissait les 7 plaies d’Egypte, on devra bientôt y ajouter les 7 plaies de Martinique ! Durant cinq longues journées, nous avons subi la plaie du vent avec une moyenne constante de 25 nœuds quotidiens, maintenant nous avons à supporter la plaie de la pluie avec des dizaines d’hectolitres qui nous tombent toute la journée sur la tête … A quand la troisième plaie ?

Moi qui ne lit jamais pour le plaisir, je me suis farci carrément tout un roman en deux jours ! Je dois bien avouer que l’absence de ma petite femme me pèse de plus en plus et qu’à défaut de trouver le courage de faire face à mes obligations, je me suis lancé tête baissée en ce bouquin. Pas terrible, terrible et puis cette manie de décrire à l’infini tout ce qui entoure les personnages et dont on n’en a rien à foutre. Mais qu’est-ce que c’est barbant toute cette littérature de remplissage ! Ils sont tous comme cela  les bouquins que vous lisez ? Et puis l’histoire de fond … Rocambolesque pour ne pas dire burlesque : Imaginez le type qui découvre que sa jeune mariée est en fait, sa demi-sœur. Soit, une idée de travail comme une autre mais de là à imaginer que le mari fait croire à tout le monde qu’il est mort noyé pour réapparaître sous les traits d’un autre homme grâce à la chirurgie plastique et tout cela pour ne pas avoir à révéler à sa jeune épouse qu’ils ne pourront jamais avoir d’enfants ensemble … Je vous jure. Quel esprit tordu cet auteur. Et après tout cela, on s’étonne qu’il y a tant de détraqués sur terre.

Vendredi 2.

D’après ce que m’en a dit Dartagnan, il semblerait que la coque sous-marine de  « Umialtak » soit dans un état aussi lamentable que celle de « S.A.S.³ » il y a quelques temps … Pour preuve, la présence en grand nombre de microscopiques crevettes : Très, très mauvais signe. Il est un fait que « Umialtak » a séjourné une quinzaine de jours en le lagon intérieur de la marina de Rodney Bay où l’eau est encore plus trouble qu’au « Marin ».

Pour ma part, j’en ai enfin fini avec le nettoyage de la coque sous-marine de S.A.S.³ sauf que j’ai déjà constaté la présence d’un petit duvet vert sur toutes les parties qui avaient déjà été nettoyées … Je crains malheureusement que l’antifouling  soit bel et bien mort ! Je vais donc devoir déjà programmer un nouveau carénage … La prochaine fois que nous mettrons de l’antifouling, nous ferons très attention à en choisir un spécifique pour les eaux chaudes car soleil, chaleur et couleur blanche font un drôle de cocktail explosif. C’est carrément infernal ! Vous allez sans doute me dire : Laisse tomber, ce n’est pas si grave que ta coque soit sale. C’est ce que je pensais au départ mais le résultat n’a rien à voir avec ce à quoi nous sommes habitués en nos eaux froides. Certes, nous perdions un peu de vitesse mais jamais en les proportions que nous rencontrons ici aux Antilles. J’ai même cru pendant tout un temps que mon speedo déconnait au point que nous en avons totalement revu son calibrage sans jamais en être satisfait : Une fois, notre allure était manifestement trop rapide et la fois suivante, trop lente ! A l’analyse, je pense que toute la zone de la sonde du speedo n’étant plus qu’une forêt vierge, cela a influencé le bon fonctionnement de la roue à aube. En tous les cas, depuis que notre coque sous-marine est à nouveau présentable, tout est revenu dans l’ordre avec notre calibrage de départ.

Samedi 3.

La pluie est partie mais pour mieux faire place au vent qui souffle à nouveau en tempête … C’est absolument dingue ! J’ai réellement l’impression de me trouver dans les « bouches du Diable » !

 Mais le pire reste encore que nous avons à nous protéger en permanence des bateaux de location ! A bien y réfléchir, on pourrait parler de la troisième plaie de Martinique !! Il est un fait que les bases de location de voiliers sont légion aux Antilles et que nous devons bien reconnaître – mais alors,  totalement à contrecœur  – que c’est grâce à ces bases que les marinas se sont développées dans la région. Il n’en demeure pas moins pour autant que ces bateaux de location et en particulier les catas,  sont de vrais dangers ambulants pour les autres plaisanciers. Ces bateaux sont conduits par de parfaits irresponsables qui n’ont aucune notion de la navigation aussi les incidents ne sont pas rares : Et que je te hisse ma GV en plein mouillage ce qui a pour effet de faire déraper le bateau sur les autres bateaux au mouillage … Et que je te passe par l’avant tellement près qu’ils en viennent à frôler votre chaîne d’ancre qui se tend justement sous l’effet d’une rafale de vent … Et que je te circule au milieu des autres bateaux du mouillage à plus de 7 nœuds …Et que je te prenne au passage, ta bouée d’orin et du même coup, que je t’arrache tout ton ancrage … Et que je te mette trop peu de chaîne au regard de la profondeur en sorte que lorsque le vent se lève durant la nuit, tu viens t’empaler sur mon avant … Et que je te jette l’ancre tellement à proximité de ton bateau que nous pourrions dîner ensemble … Et que je te frôle au point que j’ai envie de te dire de monter à bord tant que tu y es … Et que je te jette mon ancre tellement en dépit du bon sens que sa chaîne surpatte la vôtre … etc. etc.

Dimanche 4.

Si le soleil est à nouveau de la partie, le vent l’est toujours autant … Rien que du grand banal, en somme. Les « 4 Mousquetaires » sont toujours « groupiiir » (Ne cherchez plus où vous avez entendu cela … C’était dans le film « Mais où est donc passé la 7è compagnie »)  au mouillage de la baie Sainte Anne et il faut dire que sans eux, la vie à bord serait réellement très ennuyeuse. C’est bien pour cela que j’aimais tant le « Marin »  …

A défaut de me taper une contractuelle ou une camomille,  je me « tape » la lecture de mon second bouquin …  (Tiré cette fois, du film « Et la tendresse bordel ! » ). Bof, je pense qu’en finale, je me « taperais » avec plus de plaisir,  une contractuelle !

Ce soir c’est « Grand Conseil » à bord de « Otter II » : Les « 4 Mousquetaires » et leur famille … Il ne manquait que Ann. Comme les débats sont secrets, je ne suis donc pas en mesure de vous en révéler le contenu mais en gros, nous pourrions tous lever l’ancre ce vendredi pour les « Saintes » (Guadeloupe) avec des variantes suivant les bateaux. Un arrêt à la « Grande Anse d’Arlet », à « Port Saint Pierre » ou en Dominique a été évoqué par les uns et les autres. En finale, tout dépendra de la météo du moment et de la houle qui sévit ou non en les endroits de mouillage sélectionnés. C’est pour cela que nous formons les « 4 Mousquetaires » : Nous avons en commun des aspirations, des conceptions, des approches voire des modes de vie. Je redoute déjà le moment terrible où Dartagnan nous abandonnera définitivement pour rentrer en son Québec natal.

Lundi 5.

Je suis réveillé par un appel téléphonique de « Isa » (pour les obtus du chapeau, il s’agit du diminutif de « Isabelle »)  qui me dit qu’au vu du clapot dans la baie, ils préfèrent ne pas plonger. Après une rapide inspection des lieux, je partage le point de vue : Il y a beaucoup trop de vent et de clapot pour réaliser en toute sécurité la petite plongée que nous avions programmée  ensemble d’autant que nous comptions explorer un nouveau « spot de plongée ». Bien entendu, celle-ci reste techniquement possible mais comme il n’y aurait personne en surface pour faire la sécu, vous imaginez la situation si je ne parvenais pas à revenir à l’ancre de l’annexe … Et puis, rien de tel que trop de sécurité plutôt que pas du tout.

Allez faire une course en annexe, au « Marin » avec un force 6 n’est pas évident  ! « Prosper’Aim » et « Umialtak » en avaient fait les frais en matinée … C’est alors – trompettes svp. –  que « Force 40 » tel un beau chevalier servant,  a volé au secours de la veuve & de l’orphelin. N’écoutant que son courage, il  a pourfendu les vagues et les bourrasques au péril de sa propre vie. Il était si époustouflant mon beau « Force 40 » que plus jamais je ne le regarderai avec les mêmes yeux … Rien que d’y penser encore maintenant,  j’en suis submergé par l’émotion !

Là je pense qu’un petit lexique vous sera nécessaire … Les plus subtils auront compris que « Force 40 » est interprété par notre annexe ! En fait, c’est Dartagnan qui au lieu de parler d’un moteur « 40 CV » parle d’un « Force 40 » ! Les Américains ont leur « Force One » et maintenant S.A.S.³ a son « Force 40 » … J’adore les canadiens.

Dans le rôle de « la veuve & l’orphelin », vous retrouvez « Isa » l’épouse d’ « Athos » qui devait aller rechercher son linge à la laverie et « François-Xavier », le gars (= enfant) de « François et Josianne » qui devait faire un message au technicien qui s’occupe de son « Force 9.9 ».

Mardi 6.

Le vent n’a que peu diminué ce qui n’est pas une réelle surprise. Cela vente tellement fort tous les jours que l’on finit par avoir des difficultés à savoir s’il s’est renforcé ou s’il a faibli  depuis la veille !! S.A.S.³  tire toujours gentiment sur son ancrage et votre serviteur compte les heures qui le sépare du retour de sa dulcinée : Imaginez un peu … Cela fait une dizaine de jours voire plus que le bateau n’a plus été nettoyé à l’intérieur, le linge sale s’empile et le frigo est quasiment vide ! Vivement le retour de bobonne.

Mais non, mais non,  je ne suis pas un gros macho. Juste qu’il ne faudrait pas qu’elle se prenne la grosse tête si elle devait comprendre que sans elle, je ne suis qu’un pauvre être en sursis. Si j’ai épousé Ann il y a déjà plus de trente ans, ce n’était pas sans d’excellentes raisons, vous pouvez me croire mais n’allez pas lui répéter !

Mercredi 7.

Comme j’avais une petite envie … de plonger (Est-il nécessaire de le préciser ? Mouais, à lire dans vos pensées déçues, je pense que c’était plus que nécessaire …) et que je ne voyais de prime abord personne pour plonger avec moi en de telles conditions de vent et de mer, je me suis dit que je pourrais peut-être nettoyer la coque sous-marine de S.A.S.³ ! Je sais, je sais, cela manque totalement de romantisme mais au moins je joins l’utile à l’agréable et puis Ann m’a rapporté de splendides ventouses derniers cris que comme un gosse, j’ai envie d’essayer.

Oui mais voilà que sans réfléchir plus avant, j’ai mis le déssal  en route et il est un non-sens de vouloir le faire fonctionner en même temps que de nettoyer sa coque : Imaginez que je me fasse aspirer par la bouche !! Aurais-je entendu un cri d’effroi, Mesdames ? Soyez rassurées, il faudrait que je maigrisse déjà énormément pour me faire aspirer par une prise d’eau de mer de 5 cm de diamètre … Plus sérieusement c’est surtout que l’antifouling  risque d’être aspiré par mon déssal ce qui donnerait  mauvais goût à mon eau … Plus sérieusement encore c’est en fait, mes filtres que je mettrais d’un coup HS (hors service).

Et puis, et puis on vient me ramener cet après-midi, mon nouveau (échange en garantie) AIS Furuno  Fa-50 et je préfère être sur mon pont que sous mon pont lors de l’arrivée du technicien …

Jeudi 8.

Je n’ai pas su résister … Je sentais qu’il fallait que je le fasse … Cela me trottait à l’esprit depuis quelques jours … Et puis vous connaissez la manière imparable de résister à une envie : C’est d’y céder  bien entendu car par la suite, votre envie est passée … CQFD. Vous ne la connaissiez pas celle-là, j’en suis convaincu. Réfléchissez-y … Il n’est  pas si stupide mon raisonnement : Au lieu de vous torturer l’esprit pendant des heures, vous cédez sans plus attendre et ensuite, pfffft … l’envie est passée et votre esprit est serein ! Que veut le peuple de plus ?

Ah oui … J’ai encore oublié de vous le préciser : J’ai été nettoyer la coque sous-marine de S.A.S.³ mais cette fois, juste pour le « fun » ! Je suis barge, je sais, mais le manque d’action me pesait depuis trop longtemps et c’est tout ce que j’ai trouvé pour me sustenter !

Cela m’a permis de me rendre compte une fois de plus comme S.A.S.³ n’a pas si mal été pensé que cela, en définitive. Ouaaaaaaaaaaaaais, je sais, je fais la chochotte car je suis plus qu’intimement convaincu que S.A.S.³ a été super bien pensé. Voilà,  je l’ai dit … Vous êtes contents maintenant ?

J’ai toujours autant de mal à comprendre pourquoi la tendance actuelle est de supprimer les jupes arrières des voiliers pour les remplacer par des panneaux amovibles qui servent plus de plongeoir qu’autre chose ! Je vous assure que lorsque vous vous équipez, déséquipez et rincez ensuite votre matériel de plongée, une bonne jupe arrière bien large et bien profonde, c’est le méga pied d’autant que la nôtre est équipée d’une  échelle « perroquet », d’une douchette eau chaude/froide et d’une marche d’escalier bien pratique pour s’asseoir ou y poser sa bouteille avant de se l’enfiler sur le dos.

C’est comme cette idée parfaitement stupide de croire que parce que l’on réalise un tour du monde, on n’aura qu’à affronter des vents portants ! Si en théorie, c’est exact, c’est oublier un peu vite que la météo est parfois fort capricieuse et que durant ce tour du monde, vous aurez envie de profiter de certains endroits en sorte qu’il vous arrivera plus que de raison d’avoir à faire … du près ! Je sais que cela peut paraître incroyable mais si votre bateau (catamaran, dériveur etc.) n’est pas capable de faire un bon près serré, vous serez pénalisé bien plus souvent que par votre tirant d’eau … Ce qui est certain c’est que jusqu’à présent du moins, je bénis notre quille fixe.

Sur S.A.S.³, réunion au sommet de la dernière chance … Les quatre familles étaient représentées.  Amarrées sur le tableau arrière, quatre annexes se chamaillaient chacune son espace vital.  Une nuit noire  enveloppait les âmes  et on entendait au loin, le cri des cormorans  au-dessus des joncs … croaaaa, croaaaa, croaaaa . Vous la ressentez cette ambiance inquiétante que l’on retrouve dans tous les bons polars. Laissez-vous aller, fermez les yeux et imaginez la suite …

Nous avions  à convenir de notre départ pour « Saint Pierre »  que domine la montagne Pelée dans le Nord de l’île. L’intérêt du site réside essentiellement  en de belles  plongées sur épaves. Ce fut l’occasion de revoir ensemble et pour la énième fois nos programmes respectifs ! C’est dingue comme ceux-ci évoluent au fur et à mesure des jours pour ne pas dire des heures …

« Prosper’Aim » qui aime par-dessus tout la solitude et qui a déjà un tour du monde dans les jambes, s’est révisé une fois de plus, et a décidé après « Saint Pierre » de foncer sur Bonaire (une des trois îles ABC le long de la côte atlantique de la Colombie), un retour en Métropole étant programmé pour début mai. Notre ami « Athos » ne se plaît guère dans les Antilles et ne rêve plus que de plongées sur des sites d’exception comme ceux de Bonaire. Voir grandir ses enfants et petits-enfants, avoir à nouveau une vie culturelle, déposer son sac et laisser courir, voilà son nouveau programme. Une suite logique après plus de six ans de vagabondage sur toutes les mers.

« Otter II » est tracassé depuis des mois, par de sérieux ennuis de moteur. Aujourd’hui, « Porthos » n’envisage pas de poursuivre l’aventure tant que son moteur n’est pas définitivement en ordre. Il attendra donc à la « baie Sainte Anne » les pièces commandées et promises endéans les 8 jours. J’ai beau eu à lui expliquer que dans les îles, un délai de 8 jours ne signifie rien d’autre que ses pièces n’arriveront pas en un délai inférieur de 8 jours, l’espoir fait vivre … Il nous rejoindra aux « Saintes » de Guadeloupe.

« S.A.S.³ » est prêt à partir et lèvera l’ancre pour « Saint Pierre » samedi matin en même temps que « Prosper’Aim ». S’il n’y a pas trop de houle, il restera deux ou trois jours sur place et en le cas contraire, il poursuivra sa route vers la Guadeloupe.

« Umialtak » suit son programme de remontée par étapes, vers le Québec et rien ne devrait l’en détourner : Pas trop le choix, Dartagnan doit reprendre  le travail le 1er septembre …

Même si rien n’est encore définitivement écrit, il semblerait que nous nous rapprochons dangereusement de la fin de l’époque bénie des Mousquetaires !

Vendredi 9.

Frustré, je suis frustré de ne pas avoir pu retrouver l’axe en inox tombé à l’eau par mégarde, sur « Umialtak ». Cet axe servait à empêcher que la barre à roue ne tourne fou ! Heureusement, Dartagnan est parvenu à trouver une solution de rechange parce que s’il comptait sur ma découverte, il serait aujourd’hui encore plus frustré que moi …

Evidemment trouver un axe en inox de 3 ou 4 cm de long et le tout dans une véritable prairie sous-marine c’est comme rechercher une aiguille dans une meule de foin. Mais enfin … Cela m’aurait fait tellement plaisir d’accrocher ce foutu truc à mon tableau de chasse déjà bien fourni. Je n’ai pas réalisé de statistiques mais je pense pouvoir affirmer retrouver 8/10 l’objet perdu. Reste ces deux maudits pourcents qui me frustrent à chaque fois.

A chaque recherche, c’est un peu le même topo : Je descends le long d’un bout lesté, censé préciser le lieu de la chute de l’objet perdu et je ne trouve jamais rien. Je cercle alors en tenant le bout à la main pour ne pas trop m’éloigner du lieu de chute et lorsque je décide de remonter bredouille après une bonne demi heure de plongée … Je tombe nez à nez et par le plus pur hasard sur l’objet  tant désiré ! Il faut dire qu’avec le temps qui passe, l’objet perdu devient de plus en plus obsessionnel  !

En le cas d’espèce, ma tâche fut terriblement compliquée par le fait que « Umialtak » – en bon dériveur – n’arrêtait pas de se déplacer sous l’effet du vent. Sous l’eau, je n’avais d’autre choix que de me cramponner au bout lesté et de me laisser tirer dans un sens et puis dans l’autre. Logiquement, j’aurais dû passer et repasser sur une même ligne mais même pas ! La zone d’évitage était bien plus large qu’il n’y paraissait. Très maigre consolation, j’ai retrouvé une pince à linge appartenant à « Umialatak ».

Si le bateau était resté sur place, j’aurais certainement fait une autre tentative mais nos Canadiens ont repris leur longue transhumance vers le Nord, annihilant du même coup, toute chance de succès. Après escale à la « Grande Anse d’Arlet », ils nous rejoindrons à « Saint Pierre » ou au pire, en Guadeloupe.

Alors que l’on pourrait croire qu’avec une telle fréquentation,  les fonds de la baie seraient couverts d’objets hétéroclites, je n’ai rien vu qui puisse ressembler de près ou de loin à un objet perdu ou abandonné ! Plutôt surprenant quand on y songe … A moins que les fonds ne soient peuplés d’êtres monstrueux qui une fois la nuit tombée, sortent de terre et engloutissent tout ce qu’ils trouvent.

Petite info en passant parce qu’on me l’a souvent demandé … Nos communications satellitaires via notre Fleet Broadband (consultation internet des bulletins météo + l’un ou l’autre appel téléphonique) durant notre traversée de l’Atlantique, nous ont coûté 499,13 € ! Comme je le précisais à l’attention de ceux et celles qui s’étonnaient ne pas recevoir de nos nouvelles, si le système fonctionne merveilleusement bien, gare à la facture par après …

Samedi 10.

En finale, « S.A.S.³ » est parti tout seul comme un grand  … « Prosper’Aim » ayant décidé de partir directement sur les îles ABC au départ de la baie Sainte Anne. Le début de la fin de l’histoire des « 3 Mousquetaires » … On verra puisque nous nous sommes promis de nous revoir en septembre.

Samedi « grisounours » , mer belle et un vent de NE de 15 nœuds établis comme la météo l’avait annoncée depuis plusieurs jours. En route donc (30 NM) pour la baie « Saint Pierre » au pied de la Montagne Pelée qui éclata en 1902 en faisant de très nombreuses victimes et de bateaux coulés.

Comme d’hab. nous avons parcouru les 9 milles qui nous séparent du rocher du Diamant par vent grand largue, toutes voiles dehors au détail près qu’il nous aurait été impossible de franchir le cap sans empanner ! Généralement, nous parvenons à le passer sur le même bord car le vent a tendance à tourner plus rapidement mais pas cette fois !

Aussi, nous avons tiré un petit bord vers le large : Un peu chahuté par la houle au départ, un peu plus au large des côtes, nous avons profité d’un vent délicieux : Du jamais vu !! J’en tire pour conclusion que nous aurions été mieux inspirés les autres fois, de tirer un peu au large plutôt que de longer stupidement cette côte qui dévie malicieusement les vents. De surcroît, le point de vue est bien meilleur puisque d’un seul regard on visualise quasiment toute la Martinique.

Vitesse de 7 à 8 nœuds jusqu’au Diamant pour ensuite passer  à 9 à 10 nœuds jusqu’à la « Grande Anse d’Arlet » où « Umialtak » faisait escale, et monter carrément à 10 à 11 nœuds à hauteur de la baie de « Fort de France » : « S.A.S.³ » marchait du tonnerre. Mes efforts de nettoyage de la coque sous-marine n’ont pas été vains …

A 4,5 milles du but, le vent a chuté en une fois ! Nous avons donc été contraints de lancer le moteur.

Le mouillage de la baie « Saint Pierre » a cette particularité d’être très étroit car les fonds dégringolent rapidement à plus de 20 mètres ! Nous le savions mais cela reste impressionnant lorsqu’on est sur place d’autant que le mouillage était déjà saturé … Pas simple de trouver une petite place pour caser S.A.S.³ ! En finale, nous avons jeté l’ancre à la limite de la zone de pêche, juste à côté d’un gros catamaran (Privilège 745) dont nous troublons dorénavant l’intimité. Pour une fois que c’est nous les troublions et pas l’inverse …

Il reste maintenant à savoir si nous allons rester sur place et plonger sur les nombreuses épaves du site ou si dès demain matin, nous faisons route vers la Dominique ! En fait, nous ne sommes pas entièrement convaincus que si le vent se lève un peu, notre cercle d’évitage ne rencontre celui du catamaran car j’ai pu relever que notre chaîne d’ancre est posée en demi circonférence sur le fond.

D’autre part, le mouillage a tendance à être un peu rouleur … Bref, la nuit que nous allons passer déterminera sans doute de la suite des événements.

Dimanche 11.

Sommeil agité cette nuit mais Ann a pu constater que S.A.S.³ a fait un 180° sans toucher  notre voisin. En principe donc, nous pouvons désormais dormir sur nos deux oreilles !

Si le mouillage était surpeuplé hier, ce matin c’est pas moins d’une vingtaine de bateaux qui sont partis en direction de la Dominique par vagues successives à 6 heures, 7 heures et 8 heures ! Les plaisanciers sont des ponctuels … A la mi journée, le mouillage était quasi désert !

Le vent est nul ce matin ce qui est pour le moins très agréable et qui change bougrement de l’habitude. Quant à l’eau, elle est d’une douceur incroyable ! Pas de courant, pas de clapot, je n’ai jamais nagé aussi longtemps . La clarté de l’eau est normale mais sans plus par contre.  Elle est surtout vierge de toute herbe, brindille ou algue à l’opposé  de la baie « Sainte Anne » où l’eau charrie beaucoup.

Arrivée comme prévu de « Umialtak »  qui vient mouiller juste devant nous : Il y a toute la place que l’on veut d’autant que le gros cata est parti. Comme il fait pluvieux et que la visite de la ville en petit train touristique n’est pas possible le dimanche après-midi, j’ai  baptisé le  fils aîné de Dartagnan, François-Xavier ! Allez, allezPour une fois dans votre existence, essayez de voir un peu plus loin que le bout de votre nez … Vous savez que parmi les « 3 Mousquetaires », je suis Aramis … Comme vous n’ignorez rien de vos classiques, vous savez également que ce dernier est finalement rentré dans les ordres  … Vous voyez la jolie tonsure qui orne le sommet de mon crâne … Ca y est ! Je pense que vous avez compris. Un peu pénible mais bon, je vous donnerai une autre chance de vous racheter.

Ann avait imaginé que nous pourrions réaliser ce baptême  sur une épave totalement démembrée située au Sud de la baie par une profondeur de 8 à 10 mètres. Mais avant d’entreprendre quoi que ce soit, j’ai décidé d’une petite reconnaissance préalable en annexe : L’épave était bien située là où indiqué au centre de plongée mais comportait en fait, trois parties distinctes ce que j’ignorais.

De retour au bateau, je proposais à F.X. de nous mettre à l’eau à la chaîne d’ancre de S.A.S.³ et si après cette petite expérience, il en redemandait encore, d’aller plonger sur l’épave.

Si notre jeune homme est assez à l’aise sous l’eau, il rencontra quelques sérieuses difficultés à faire passer ses oreilles en sorte qu’après une plongée de 17’ à – 8 mètres, nous avons convenu de rester sur un bon souvenir.

Le restant de la journée fut consacré  à … la lecture ! Moi qui ne lit jamais, j’en suis à mon troisième roman !! A mon avis, je vieillis … et mal de surcroît !

Lundi 12.

Difficile d’oublier cette date … C’est celle de mon anniversaire ! Et encore une année de plus à mon compteur qui en compte déjà quelques-unes !

Combien ? Je vous laisse deviner mais je vous donne un sérieux indice : Il s’agit d’un chiffre impair. Allez encore un autre indice : La somme des chiffres de mon âge donne ma date de naissance. Là, vous devriez aisément trouver …

Pour l’occasion, nous avons plongé (25’ à -55 mètres) avec le club local « Papadlo » sur une belle épave située à la limite du mouillage. Mon Dieu que c’est bon de plonger un peu profond. Cela faisait des lustres que je n’avais plus connu  ces sensations : Descendre dans le bleu sans savoir quand on va atteindre le fond, est réellement grisant ou encore cette ivresse qui vous tenaille lorsque vous parcourez l’épave  (120 m. de long) ! Perso, je serais bien descendu la tête en bas et à fond la palme comme du bon vieux temps de mon brevet de moniteur fédéral mais j’avais un peu peur de l’ivresse des profondeurs et en tout état de cause, Ann ne suivait pas en raison de difficultés à faire passer ses oreilles.

Nous serions aussi certainement restés un peu plus longtemps (le temps sur le fond était limité à 17’)  mais comme une seconde plongée était programmée juste après, il nous fallait quand même faire attention à notre air …  Assez étonnamment, nous avons eu très peu de palier (1’ à 6 m et 5’ à 3 m) !!

La seconde plongée (25’ à – 10 mètres) se réalisa … sur l’épave située au Sud de la baie  que j’avais été reconnaître en snorkeling, la veille ! La faune et la flore étaient nettement plus abondantes que sur la première épave qui était fort « sobre » de ce point de vue là mais nous avons eu un peu froid sous l’eau comme tous les autres plongeurs par ailleurs : Resté en combinaison mouillée entre deux plongées, n’est pas ce qui a de mieux en la matière …

A la fin de celle-ci, Jackie nous reconduisait à S.A.S.³ où nous débarquions notre matériel pour regonfler nos bouteilles. Que voulez-vous, nous jouons dans la cour des grands maintenant : On vient donc nous chercher et nous ramener au bateau … Bah, ne soyez pas jaloux, je suis certain qu’il le ferait même si notre bateau avait été tout petit. Super sympa notre copain Jackie et sous ses apparences très cool, très pro malgré tout. Quant au bateau de plongée, très fonctionnel … Un vrai plaisir.

L’après-midi, nous plongions (51’ à 33 mètres) sur un tombant toujours avec le club local mais cette fois tout au Nord de la baie, à la limite du Cap. Petite plongée assez sympa. Amusant mais pour ainsi dire aucun des plongeurs du matin n’était présent sur ce coup là et pourtant ils m’avaient tous donné l’impression d’en vouloir. Nous n’étions cette fois que sept plongeurs à bord !

Un peu fourbus, nous sommes rentrés au bateau rincer tout notre matos  et se préparer pour mon dîner d’anniversaire du soir. Quelle ne fut pas notre surprise, de voir arriver pour la circonstance … « Prosper’Aim » qui finalement s’était décidé à passer par « Saint Pierre » avant de rejoindre les îles ABC ! Superbe cadeau que leur présence à nos côtés, en cette occasion.

Notre soirée, tous ensemble autour d’un succulent bolo à bord de S.A.S.³, restera le moment fort de cette journée mémorable. J’ai même appris par la même occasion avec qui ma tendre épouse avait échangé des sms à 4 heures du matin ! Elle devient un peu insomniaque ma femme avec l’âge … En fait, elle demandait à notre amie Katia, la recette de sa bolognaise !

Mardi 13.

Nous en avions beaucoup parlé la veille avec nos amis … Aurions-nous encore le courage de nous lever le lendemain, suffisamment  tôt pour atteindre avant la nuit, la baie « Prince Rupert » (Portsmouth – Dominique) distante de 55 NM ? Je pense qu’il n’y a pas eu un seul de nos amis pour avoir  misé  un copeck sur cette éventualité connaissant mon aversion profonde pour les réveils matinaux et bien évidemment, ils se sont totalement plantés …

Réveillés  à  6.30 heures, nous avons levé l’ancre à 7.20 heures et les toiles étaient hissées à 8.17 heures.  J’espère que vous appréciez cette précision toute helvétique !

A hauteur de la baie « Saint Pierre », il n’y avait pas grand vent en sorte qu’après une petite heure de petite voile, nous avons mis le moteur un court instant car à l’approche du « canal » le vent est sérieusement monté jusque 20 à 23 nœuds de vent réel (force 5 à 6).

Après une embardée, nous avons réduit la toile (1 ris dans la GV et génois réduit) pour partir dans une folle chevauchée fantastique à plus de 11 nœuds dans l’eau :  S.A.S.³ était sur des rails et plus rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Nous avons littéralement laissé sur place un grand ketch et rattrapé trois autres bateaux qui étaient à l’horizon. Je ne vous dis pas les sensations … Cela  d-é-m-é-n-a-g-e-a-i-t  dans tous les sens du terme.

Le « canal » bien derrière nous, le vent s’estompa et la mer prit l’apparence d’un lac !  Mais quelques encablures plus loin, la folle chevauchée fantastique reprenait de plus belle ! Puis à nouveau, un lac !! Et à nouveau, la folle chevauchée fantastique avant un nouveau lac !

Dans la large baie, le vent soufflait fort me faisant craindre le pire pour notre nuit. Toutefois, à hauteur du mouillage proprement dit, le vent était modéré et la mer calme.  Nous ne nous attendions pas du tout à de tels extrêmes. En finale, avec une arrivée à 14.20 heures, cela donne une moyenne de 9 nœuds … Qui dit mieux.

Mercredi 14.

Je ne vous dis pas la nuit que nous avons passée … D-é-l-i-c-i-e-u-s-e.

Si quand nous sommes arrivés au mouillage, celui-ci était déjà bien occupé, nous obligeant en finale à jeter l’ancre un peu à l’écart de tout le monde, ce matin, tout le monde est parti soit vers la Guadeloupe soit vers la Martinique ! Les ferions nous à chaque fois, tous fuir ?

L’eau est aussi étonnamment douce qu’à « Saint Pierre » et les fonds tout aussi abruptes !

Vous n’imaginez pas le bonheur de ne pas avoir de vent … Tout est si calme, si tranquille, si agréable : Pas de clapot, pas de courant de surface, pas de difficultés à s’amarrer au tableau arrière,  le bateau à l’aplomb de sa chaîne d’ancre … Le paradis quoi d’autant que le soleil était à nouveau généreusement de la partie. Quand je pense que je m’étais juré que je ne mettrais plus jamais les pieds en Dominique … En fait, il y a vingt ans nous sommes venus en Dominique avec un voilier de location et j’ai gardé un souvenir particulièrement pénible des formalités douanières de l’époque.

Nous en avons donc profité pour faire une petite toilette du pont et réaliser l’un ou l’autre travail de maintenance comme changer la cartouche du compresseur de plongée ou encore d’en vidanger l’huile. Si cela peut paraître anodin, il m’a quand même fallu d’abord extraire le compresseur de son caisson spécialement aménagé sous le pont …

Jeudi 15.

Moi et ma grande gueule … J’aurais mieux fait de la fermer plutôt que de vous vanter le paradis de cette île. Je suis convaincu que vous déjà tous acheté votre billet d’avion alors  que depuis cette nuit, cela souffle en tempête (25 à 30 nœuds) rendant l’endroit nettement moins idyllique ! Nous ignorons de quoi sera fait les autres jours car nous n’avons plus  d’accès internet : Notre clef 3G ne vaut que pour les territoires français.  Il nous reste bien entendu la liaison satellitaire au cas où …

De toute manière, nous avions décidé de rester au moins jusqu’à vendredi  mais dans ce programme, « Umialtak » nous avait rejoints  ce mercredi alors que nous ne les avons pas encore vus ! Malheureusement, nous n’avons aucun moyen de rentrer en contact avec eux sauf par E-mail.

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Responses

  1. Et bien quel roman… les aventures des mousquetaires continuent… toujours aussi passionant, et de nouveau tres atisfait du bateau… bonne continuation… et l esprit restant bien place, bonne plongee, au moins la il n y a pas de contractuelles…

  2. Maman maman maman super photo et je vous que tu ne m’as pas menti! Tu es tres forte avec l’annexe!!!!!

  3. bonjour Stéphane
    je fais une petite visite sur ton blog
    et je vois, oui que la vie est dure à cerains moments
    pour toi je veux dire
    car ici en Belgique, tout roule: boulot, 25° soleil, et pas de vent 😉
    hier AG Lifras
    et un nouveau membre au CJL: Paul Cirino, président du Cyana à Nivelles
    Mais sai-stu encore ce que veulent dire ces 3 lettres? 😉
    amitiés,
    régine


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