Publié par : Ann & Stéphane | 20 décembre 2011

Tome 2 : Mes commentaires de notre traversée de l’Atlantique.

Durant toute la traversée, je n’ai pas arrêté de ressasser comment je pourrais qualifier de la manière la plus adéquate possible, cette fabuleuse expérience de vie.

Beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît de trouver le juste qualificatif  tant des notions aussi diverses que rapprochement de la nature, vie de famille, expérience nautique exceptionnelle, surpassement de soi, fusion corporelle avec son bateau, approfondissement de sa géographie, adaptation à un milieu hostile, esprit de découverte, gestion de son temps, de son sommeil, de son estomac, de son corps et j’en passe, sont présentes en cette aventure.

J’ai cherché, cherché et encore cherché mais un seul mot s’est imposé à moi  durant toute cette période:  C-h-i-a-n-t !  Oups, le mot est sorti plus vite que je ne le pensais d’autant que deux jours avant notre arrivée, je ne le pensais déjà plus tellement j’étais heureux de deviner l’arrivée proche.

Et aujourd’hui  qu’est-ce que j’en pense ?

Mitigé comme sentiment. J’ai le souvenir d’un sérieux ras-le-bol après une semaine de mer que j’ai été contraint de supporter pendant 10 autres longs jours et qu’à certains moments, cela fut d’autant plus dur que je me devais me taire pour ne pas plomber le moral de mon équipage.  J’ai toujours eu le besoin de m’expanser et le fait de ne pas avoir pu le faire librement, n’a rendu encore que plus dur l’épreuve.

Mais l’être humain est à ce point bien fait que bien évidemment la mémoire ne retient qu’exclusivement le bon côté des choses en sorte qu’avec le temps qui passe et qui efface les mauvais souvenirs,  cette traversée fut tout bonnement g-é-n-i-a-l-e.  C’est bien la seule impression d’ailleurs qu’en retient Ann.

J’en tire pour conclusion que les longues traversées ne font pas exactement partie de ce que je recherche et qu’une navigation de trois ou quatre jours reste un standard idéal pour moi.

Je pense malgré tout que si j’avais à refaire la même traversée, celle-ci serait tout différente et j’aurais sans doute beaucoup moins de mal à la gérer !

Le plus difficile fut les  diverses inconnues que nous avons eu à surmonter : Durant la première semaine, je me suis ainsi posé la question de savoir comment allait être notre navigation dès lors que nous aurions touché les Alizés, comment allaient être nos quarts de nuit, quelle route idéale y avait-il lieu de suivre, combien de temps allait nous prendre la traversée, si nous allions rencontrer les bateaux de l’ARC, où et comment , comment nous allions réagir sur la durée, si nous aurions assez de diesel pour nos besoins  etc .

Nous sommes descendus vers un point situé à l’ouest des îles du Cap Vert comme recommandé par tous les bons guides nautiques, pour trouver les fameux Alizés alors qu’en finale, ceux-ci ne nous ont jamais quittés depuis Tazacorte !

J’ai vainement espéré qu’une fois que nous aurions touché les Alizés, nous allions être « sur des rails » avec des vents portant stables en force et en cap. Au lieu de cela, nous avons connu des vents très instables qui nous ont rendu la vie impossible car une veille permanente derrière la barre à roue était nécessaire.

En fait de « vents portant », nous avons eu droit à du « vent arrière » qui nous a contraints à tirer de longs et inlassables bords rallongeant d’autant la distance de départ.  Le trajet réellement parcouru est ainsi beaucoup plus important que les 2.700 NM annoncés !

J’avais retenu de la lecture du livre d’Alain Bombard qu’en toute hypothèse, les vents et les courants nous pousseraient de l’autre côté de l’Atlantique … Une autre idée reçue à laquelle je voudrais tordre le cou. Je n’oserais prétendre que l’affirmation soit inexacte  en soi mais c’est loin d’être aussi simple que de se laisser porter sans rien faire surtout si on a fait choix d’un point de chute bien précis. On est très éloigné de la gentille sinécure à laquelle je m’attendais.

Je n’ai pas trouvé non plus comme il me l’avait été affirmé, qu’arriver aux Canaries était le principal obstacle à surmonter et qu’à partir de là, la navigation s’avérait « facile ». Au contraire, si nous nous sommes contentés de suivre la ligne droite tracée sur la carte pour atteindre les Canaries, atteindre la Martinique au départ des Canaries  s’est révélé hautement tactique. Il suffit de regarder les dates d’arrivée des participants de l’ARC pour se rendre compte combien la taille des bateaux n’est pas le facteur déterminant.

J’avais imaginé que nos quarts de nuit se limiteraient  à une simple veille toutes les deux ou trois heures, histoire de se donner bonne conscience. Mais une fois encore et à cause exclusivement de ces maudits Alizés, cela n’a pas été possible.

J’ai toujours entendu parler de « la longue houle de l’Atlantique ». Il faut croire qu’elle était absente cette année mais nous ne l’avons rencontré qu’une seule et unique fois et c’était aux abords de l’île d’Yeu (France) … Encore une idée reçue à laquelle j’avais une folle envie de tordre le cou !

En fait de longue houle, nous avons connu une mer désordonnée, agitée et horripilante ainsi qu’une houle croisée en raison de la présence de dépressions dans le Nord générant une houle de N.O.  … Pas une partie de plaisir comme dirait dans l’un de ses commentaires, mon ami Bernard. Et pourtant cela m’aurait fait tellement du bien de connaître de temps en temps une mer d’huile, histoire de prendre le temps de vivre, de profiter du pont de son bateau, de remettre tout à l’endroit … De faire une pause en somme.

Le fait de partir en même temps que l’ARC ne fut pas la meilleure idée que j’ai pu avoir contrairement à ce que vous a sans doute laissé penser la lecture de mon livre de bord.

Hormis la réelle pression que nous avons tous ressenti à des degrés divers, d’être parmi les meilleurs, il y a eu cette interrogation permanente de savoir si nous n’étions pas trop Nord ou trop Sud puisqu’assez curieusement nous n’avons croisé de près ou de loin le plus souvent qu’une vingtaine de bateaux de l’ARC sur ses 270 participants !!

Est-il nécessaire de préciser que nous n’avons jamais entrepris cette traversée avec un quelconque esprit de régate ou de performance ?

Sans doute que non et pourtant tout le monde s’accorde à dire que nous avons réalisé cette traversée de l’Atlantique en un  temps record.  Pour ma part, je pense effectivement que nous n’avons pas été mauvais sur ce coup là mais si nous avions eu dans l’idée de poursuivre un quelconque record nous aurions été en mesure avec un voilier tel que S.A.S.³ d’en pulvériser quelques uns en d’un seul coup !

A l’image du bateau que nous nous sommes fait construire, nous privilégions avant tout notre petit confort . Quant à la notion de sécurité, elle fait partie intégrante de mes gênes.  Cela m’a poussé à refuser d’envoyer le spi certains jours sur cette traversée de même que nous avons systématiquement ou presque réduit la toile avant la tombée de la nuit. Question performances, nous avons perdu beaucoup du potentiel du bateau.

Bien évidemment , le revers de la médaille fut une énorme pression sur mes épaules tant de la part de mon équipage que de moi-même pour aller au-delà de soi. La frontière entre la prudence et le fait de ne pas oser est bien mince …

La question de l’envoi ou non des spis m’a très fort contrarié la vie (véritable euphémisme) jusqu’au jour où nous avons explosé la potence de spi de notre mât !! Il y avait beaucoup trop de vent pour envoyer notre spi asymétrique mais au plus profond de moi-même j’ai pensé comme mon fils que les conditions étaient favorables en sorte que sans en avoir pris la décision, je ne m’y suis pas opposé.

Une fois envoyé, nous nous sommes immédiatement rendu compte qu’il y avait trop de vent mais le plus incroyable fut de relever le comportement de S.A.S.³ qui loin de partir au loft, a supporté merveilleusement la pression sans broncher mais je ne vous dis pas le déplacement latéral du bateau :  La vague ainsi créée remontait plus haut que le franc bord du bateau ! Tout simplement  impressionnant.

L’affalement du spi asymétrique en ces conditions, ne se révéla pas être un jeu d’enfants d’autant que je dois bien reconnaître que la chaussette à spi reste encore un mystère pour moi : Sur S.A.S. nous avions deux spis symétriques sans chaussette.

Le seul côté positif que j’ai trouvé à la présence de l’ARC, fut de voir la monotonie de nos journées égayée par la présence de l’un ou l’autre bateau de l’ARC.  Avec certains de ceux-ci, nous avons même eu l’un et l’autre contact radio bien sympathique mais toujours extrêmement court … et en anglais !

Nous n’avons pas eu le sentiment de sécurité qu’aurait dû nous procurer la présence de plus de 200 bateaux dans les environs (Ils étaient plus de 270 inscrits mais seulement 213 sur la ligne de départ !) car nous n’en avons vu tout au plus que quatre ou cinq d’assez près au cours de toute la traversée et encore souvent de manière trop furtive.

Par contre, nous avons subi la pression de la part  de régatiers prêts à tout pour gagner : Lorsque vous voyez vous débouler dessus un autre voilier sous spi, vous ne pouvez vous empêcher de réagir en vous posant la question de savoir pourquoi vous n’en feriez pas de même. C’est assez « humain » comme réaction au détail près que si j’avais  sans doute l’équipage adéquat pour « spier », Ann et moi ne disposions pas de l’expérience et du recul nécessaires pour le faire en toute sécurité sans compter que S.A.S.³ est équipé de deux spis de petits temps car nous n’imaginions pas envoyer à deux, nos spis par plus de force 4.

Si dans les mois qui ont précédé notre traversée, nous nous sommes posés la question de réaliser cette traversée sous l’égide  l’ARC,  après avoir parlé avec plusieurs voyageurs au long cours qui n’ont généralement qu’une mauvaise image de l’ARC, la question de notre participation ne s’est même plus posée. Et maintenant que nous sommes en Martinique, je me réjouis d’avoir su préserver notre indépendance et notre liberté d’action.

Je continue de penser que l’ARC répond à une certaine attente mais à l’image  de notre « one off » de voilier, je me sentirais mal à l’aise en ce moule de surcroît trop anglophone pour moi. Mais qui sait « il n’y a que les ânes qui ne changent jamais d’avis » dit l’adage !

Ce que nous retenons tous de l’aventure est l’incroyable confort à la mer de S.A.S.³ (merci encore à notre génial architecte V. Lebailly ainsi qu’au chantier Garcia pour cette merveilleuse réalisation qui dépasse de loin nos plus folles espérances du départ). Pour mon jeune équipage, ce confort était même too much et si c’était à refaire, il choisirait un voilier au comportement plus « sportif » ! Comme quoi il faut de tout pour faire un monde …

Le bateau s’est révélé tellement stable à la vague que nous avons réalisé toute la traversée sous pilote automatique. Encore heureux que nous en avons deux en manière telle qu’ils ont travaillé en alternance de 24 heures.

Les deux pilotes sont équipés du même vérin hydraulique Lecomble & Schmit mais les boîtiers de commande sont différents : L’un est de B&G et l’autre de Raymarine. Cela nous a posé un problème en ce que le B&G barre de manière beaucoup plus douce que le Raymarine car il enregistre les mouvements du bateau en sorte que mon équipage voulait toujours ne mettre en fonction que  ce dernier …

Je n’ai pas été très heureux par ailleurs, de nos instruments de navigation B&G en raison essentiellement d’un anémomètre qui s’est mis en grève … Le jour de notre départ.  Le manque d’indication de la vitesse du vent nous a fort handicapés en le choix des voiles et sans doute nous n’aurions pas connu d’incident avec notre spi si nous avions pu évaluer plus exactement la force du vent.

Quand nous étions à la Gomera et que les premiers signes de disfonctionnement sont apparus, j’ai pensé assez ironiquement acheter un anémomètre à main ! Je n’en ai pas trouvé sur place et puis le problème semblait s’être résolu de soi … Grave erreur.

Si j’avais un conseil d’ami  à donner aux futurs candidats acheteurs de matériel B&G, je leur dirais de prévoir en même temps que leur achat,  un instrument de secours !! Et quand je pense que je me suis laissé convaincre par Pochon sa. pour B&G en raison de sa grande fiabilité … Vous noterez que le jour même où Pochon sa. est venu remplacer la carte mère de l’anémomètre-girouette, l’instrument fonctionnait à nouveau !!!

Je ne l’ai pas noté au livre de bord mais durant la traversée, tout mon équipage a réalisé de savants calculs du meilleur cap en comparant le heading (cap magnétique suivi) et le bearing (cap à suivre pour atteindre le point programmé) donnés par les instruments  B&G. Oui mais voilà … Il est apparu (la question n’est toujours pas tranchée aujourd’hui …)  que soit l’un , soit l’autre  n’est plus juste ! Vous parlez de fiabilité !

Mais que penser du système AIS de Furuno qui nous a laissés croire sans la moindre alerte que si les autres bateaux croisés n’avaient peut-être pas de transpondeur (émetteur) AIS, ils recevaient au moins notre propre signal en sorte que nous naviguions en toute sécurité .

Outre la sécurité lié à ce problème de AIS, c’est tout notre plaisir de pouvoir situer la flotte de l’ARC du moins en un rayon de 24 NM autour de S.A.S.³ dont nous avons été totalement privés. Il ne vous surprendra pas d’apprendre que depuis que nous sommes en Martinique, nous recevons les AIS des bateaux rencontrés … J’en déduis que ce bel instrument ne fonctionne plus après 48 heures de fonctionnement ininterrompu !

Je me dois encore de tordre une autre idée reçue : Les Canaries concentrent chaque année, un nombre important de plaisanciers en transhumance vers le Brésil ou les Antilles. En déduire que vous trouverez sur place tous les techniciens et les pièces nécessaires pour la mise en état de votre bateau avant la traversée, serait une énorme erreur de votre part. Mieux encore et par exemple, nous n’avons pas réussi à faire déplacer le seul représentant B&G pour toutes les Canaries alors qu’il est situé à Porto Caleiro (Lanzarote) et que nous étions à la marina Rubicon (Lanzarote) … C’est dire le service après vente que l’on peut obtenir sur ces îles.

Le problème rencontré avec le moteur Yamaha de notre annexe que j’ai relaté en des articles précédents, en est un autre exemple.

Notre groupe électrogène Northern Lights dont tout le monde nous dit le plus grand bien, a fonctionné du tonnerre à raison de deux fois quatre heures par jour. Cela pourra paraître beaucoup pour certains mais nous n’avons été économes en rien et il ne peut être perdu de vue qu’il s’agit d’une navigation 24 heures sur 24. Nous pensons également qu’avec l’augmentation sensible des températures, nos quatre réfrigérateurs (frigo principal, frigo de la table de cockpit, surgélateur & ice maker) ont certainement été plus sollicités qu’auparavant.

L’avantage de recharger les batteries (1 parc de 1.000 A en 24 V. et 1 parc de 600 A. en 24 V.) au moyen du groupe électrogène est certainement la consommation en diesel (de 3 à 6 litres suivant la demande de production d’électricité) par rapport au moteur principal qui consomme beaucoup plus  que l’annonce officielle : Celle-ci à 1.700 tours s’élève à 15 litres/heure !

Nous avons consommé environ 650 litres (moteur principal et groupe électrogène). Il est impossible de préciser davantage sans refaire le plein des réservoirs … S.A.S.³ est équipé d’un système de monitorings qui restera ma plus grande erreur lors du choix  de l’équipement  de ce bateau : Le calcul du niveau de diesel résulte de celui de la variation de pression. En bref, lorsque le bateau bouge un peu, l’indication fournie varie en une fourchette de 300 litres … Encore heureux que nous avons du diesel à raison de 2.100 litres !

Notre déssalinisateur Sea Recovery (dont le fonctionnement nécessite celui du groupe électrogène) a marché de heure et demi à trois heures par jour à raison du niveau d’eau dans les réservoirs. J’ai particulièrement fait attention à ne pas laisser descendre le niveau des réservoirs en manière telle que si l’appareil devait tomber en panne, nous puissions encore disposer d’une quantité suffisante d’eau dans les réservoirs. Bien entendu, nous avions de surcroît, une réserve importante d’eau et de boissons les plus diverses que nous avons très peu entamée.

Amusant de relever que depuis qu’il fonctionne quotidiennement, il démarre du premier coup alors qu’en mode de fonctionnement mensuel, je dois m’y reprendre à cinq ou six fois pour le faire démarrer !

Le programme de navigation MaxSea  a relativement bien fonctionné sauf que le livre de bord automatique ne reprend plus (cela fonctionnait avant notre arrivée à La Rochelle) la vitesse dans l’eau du bateau. Cela fait maintenant des mois que j’attends de Pochon sa. La Rochelle une solution au problème mais le S.A.V. Pochon sa. me laisse parfois fort rêveur d’autant que la facture électronique de départ n’est pas de celle que l’on pourrait se payer tous les jours mais sans doute ont-ils plus à faire avec de nouveaux clients …

Au départ, nous avions pensé couper le PC de navigation (MaxSea) pour réaliser des économies d’énergie et surtout parce que l’Atlantique nous semblait si vaste qu’y voir sa position nous semblait incongru … Encore une idée reçue à qui il faut tordre le cou !

Le développement de la technologie est tel que nous avons suivi en direct, minute par minute, l’évolution de S.A.S.³ sur l’immensité de l’Océan. Il faut juste ne pas perdre de vue l’échelle de la carte du ploter sous peine de quelques désillusions …

Je n’ai pas donné de nos nouvelles durant la traversée comme beaucoup d’autres le font comme je le remarque aujourd’hui ! Pourtant les moyens de communication de S.A.S.³ (Fleet Broadband, Irridium et Mini C) ont parfaitement fonctionné et ont été à juste tire sollicités. Mais si les moyens existent, ils ont un coût difficilement chiffrable et j’avais peur des mauvaises surprises à l’arrivée comme nous l’avons déjà connu par le passé (au retour de nos vacances de 15 jours à l’île Maurice et suite à un malentendu avec l’opérateur internet, nous recevions une facture de Mobile Internet de 1.500,00 € … En finale mais non sans peine, nous avons obtenu gain de cause et le montant nous fut crédité en retour).

Par ailleurs, le « scribe » de la famille est votre serviteur et je ne me voyais pas trop en train d’écrire mes mémoires à l’intérieur. Quant à le faire à l’extérieur, c’est quasiment impossible en raison de la luminosité !  J’ai malgré tout fait une petite tentative mais celle-ci ne s’avéra pas outre mesure, concluante.

Si aucun de nous n’a réellement subi le mal de mer, certains symptômes comme un certain endormissement ou un besoin d’air frais pressant se sont fait ressentir à certains moments. C’est plus encore la chaleur et le soleil qui ont été difficiles à vivre ! Et pourtant au départ, j’ai regretté la fraîcheur du temps … On ne sait jamais apprécier les bienfaits de Dame Nature.

S’occuper l’esprit à bord fut la plus complexe des tâches de chacun durant toute cette traversée. Sans conteste, je fus le plus passif de tous les membres de l’équipage et c’est pourquoi je me suis affublé du surnom de « Pacha » en le sens péjoratif du terme.

J’en suis seul et unique responsable et j’en ai certainement le plus souffert aussi ! En cours de traversée, j’en ai pris conscience et j’ai essayé d’y remédier mais par manque d’envie profonde et sans doute de courage, je n’ai rien tenté concrètement.  Lors de traversées aussi longues, le mal de mer latent  et sournois, le manque de sommeil, l’inactivité forcée, la chaleur, l’incertitude  sont autant de facteurs qui vous placent dans un état tant psychique que physique qui n’est pas votre état « habituel ».

Durant toutes mes années d’apprentissage de la voile, je me suis retrouvé bien seul  pour faire face aux manœuvres et aux décisions à prendre. A cette époque là, les enfants étaient petits et Ann avait déjà fort à faire avec eux. Petit à petit, Ann a pu se libérer des enfants et ceux-ci ont commencé à participer aux manœuvres.

Aujourd’hui, Ann me supplante en bien des domaines comme les communications, la météorologie, la navigation,  les démarches administratives et autres, l’avitaillement ou la cuisine du bord. Et surtout, elle est la « mémoire » du bord.

Sur cette traversée et sans doute à cause d’un stress qui ne l’a pas quittée un instant, elle était de tous les quarts, de toutes les décisions, de toutes les suggestions, de toutes la manœuvres, de tous les instants, elle était tout à la fois navigatrice, météorologue,  opérateur radio, cuisinière, épouse, mère, infirmière et … Skipper. C’est pour ces raisons que je l’ai taxée du surnom de « Maya l’Abeille ».

Bien entendu cette surexcitation permanente a eu tendance à m’énerver quelques fois ainsi que mon fils Gauthier. Si pour ma part, je préférais encore ne pas discuter et laisser faire, Gauthier s’est de temps à autre opposé à son dicta.

Trois skippers à bord … Il ne peut être perdu de vue que le temps passe et que les enfants grandissent. Entre-temps, Gauthier a fait ses classes de voile et aujourd’hui, il skippe  «  S.A.S. ». Il est jeune, solide, souple , intelligent, polyglotte  et parfois un peu inconscient du danger mais cela il l’apprendra avec l’expérience qui lui manque encore. Tout cela lui vaut d’avoir été surnommé par mes soins, « Speederman ».

Naviguer avec son vieux père qui n’a que le mot « prudence » à l’esprit, ne doit pas toujours  être facile pour lui. Mais contrairement à notre descente sur les Canaries qui m’avait fait craindre le pire pour cette traversée , nos relations furent excellentes exception faite de mon mouvement d’humeur lors de l’incident du spi.

S’il y avait trois skippers à bord, il n’y a toujours qu’un seul et unique technicien …  Votre serviteur. En présence du moindre problème, j’étais appelé à la rescousse. J’ai ainsi pu conserver l’idée que je servais quand même à quelque chose … J’ai pu compter en ces tâches, sur l’aide efficace tant de Gauthier que de Philippe  qui s’était déjà révélé par le passé, excellent bricoleur !

L’expérience de navigation de Philippe est assez récente mais il dispose d’une faculté d’adaptation assez incroyable et surtout il n’a pas besoin de beaucoup de sommeil. De surcroît, il peut dormir n’importe où  et durant des périodes extrêmement brèves ! Ceci constitue un indéniable avantage sur notre famille qui a besoin de beaucoup de sommeil.

Il est assez bon en informatique et dans le maniement des instruments de navigation. J’aurai certainement plus appris sur mes appareils avec lui que durant toute l’année qui vient de s’écouler !

Philippe a été apprécié par tout le reste de l’équipage mais sans doute chacun pour des motifs divers. Ceci lui a valu de ma part, le surnom de « Le bien aimé » mais comme c’était un peu long, je l’ai traduit très librement par « Love ».

Il ne reste plus que ma seconde fille, Marie-Charlotte, pour terminer le listing de l’équipage. Même si elle le souhaitait, elle ne pourrait contredire que « la pomme ne tombe jamais très loin de son arbre ». Déjà physiquement, on voit du premier regard que c’est bien ma fille mais caractériellement, elle me ressemble quand j’avais son âge. Je pense pouvoir cependant affirmer qu’elle a meilleur caractère que moi mais elle partage cette idée que si quelqu’un le fait pour elle, il n’existe plus de motif de s’en soucier.

Son rôle à bord fut donc plus discret, moins visible et surtout moins bruyant mais on peut compter sur elle si nécessaire et cela reste le plus important. Pourquoi l’avoir taxée de « Allô maman, bobo » ? Parce qu’elle ne joue pas toujours de chance : La dernière fois qu’elle était venue à bord aux Canaries, elle se tapait une rage de dent. Pour cette traversée, elle est arrivée avec un problème d’impétigo et c’était à peine terminé qu’elle se brûlait la main avec un cordage !

Quoi qu’il en soit des « détails » j’ai réellement eu énormément de chance et de bonheur d’avoir l’équipage que j’ai eu.  Je me demande d’ailleurs comment il est possible de réaliser cette traversée autrement qu’en équipage ! Je sais que certains le font en solitaire ce que je peux encore comprendre mais qu’une grande majorité des plaisanciers habitués au long cours, entreprennent ces traversées en couple, me laisse aujourd’hui rêveur.

En fait, c’est surtout la tenue des quarts de nuit qui poserait problème si nous n’étions que deux à bord car en présence de conditions météo comme nous les avons connues, il est quasiment impossible de ne pas assurer une veille 24 heures sur 24 et cela conduirait à l’épuisement.

Au cours d’une traversée de cette longueur, il est nécessaire comme je l’ai déjà dit, de pouvoir prendre la pause, se laisser aller sans réfléchir, se ressourcer tranquillement. Si nous avions à la refaire, j’oserais parier que maintenant que nous savons mieux de quoi il en retourne, nous gérerions tout cela d’une autre manière en faisant escale aux îles du Cap Vert notamment et nous le ferions en dehors des dates de l’ARC …

Quant à notre arrivée sur la Martinique, j’estime qu’il s’agit d’un bon choix car c’est sans problème que même de nuit, il est possible d’ancrer à la baie Sainte Anne  voire d’ancrer devant la marina du Marin. Les formalités douanières y sont gratuites et simplifiées . Au Marin, on trouve beaucoup de services liés au bateau. Est-il nécessaire de préciser que j’apprécie beaucoup cet endroit de grand passage et que si nous avons été passés deux nuits à la Grande Anse d’Arlet et ensuite, à la baie des 3 îlets c’est sous l’influence de nos enfants qui trouvaient le Marin trop bruyant.

La semaine de notre arrivée, il a fait « exceptionnellement » chaud (32°) rendant toute vie à l’intérieur du bateau, quasiment impossible sous peine de se transformer en flaque d’eau ! La température de l’eau est à ce point proche de celle de l’extérieur, qu’elle ne rafraîchit par ailleurs, absolument pas … Depuis lors, les températures sont redescendues à 28° rendant la vie à bord nettement plus agréable.

Depuis ce 1er décembre 2011, la Martinique est dotée de la télévision TNT ce qui nous dote à bord de 10 chaînes en langue française.  Les programmes n’étant pas toujours terribles … Nous profitons beaucoup de notre cockpit d’autant que la nuit tombe dès 18 heures. Nous essayons d’obtenir le passage d’un technicien pour le branchement de la TV satellitaire qui nous ouvrirait un nombre de chaînes plus important mais nous sommes en Martinique …

Au demeurant, nous essayons de prendre nos marques mais nous avons chaque jour tellement de choses à faire à bord (nettoyage, entretiens, réparations) que nous ne voyons tout simplement pas le temps passer ! Mais nous commençons à nous acclimater, certainement Ann beaucoup plus vite que moi.

La plongée est toujours un peu en rade depuis Lanzarote (Canaries)  mais cela ne saurait tarder car les spots de plongée sont à portée d’annexe voire du bateau ! Il faut juste que nous en trouvions le temps …

Il est à signaler tout de même que S.A.S.³ n’a plus accosté à une marina depuis maintenant un mois  et que nous adorons ce mode de vie où l’annexe joue un rôle essentiel même si … Même si, il faut bien reconnaître que la vie au mouillage a ses propres contraintes.

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