Publié par : Ann & Stéphane | 12 décembre 2011

Traversée de l’Atlantique (2.700 NM)

Tome 1 : Le livre de bord.

En lisant le titre, vous aurez compris que si vous ne disposez pas de votre après-midi, vous feriez autant mieux de remettre à plus tard cette lecture …

Comme je vous sais également sensibles de la percussion, vous aurez compris que si le tome 1 sera plutôt « technique » et donc barbant, le tome 2 intitulé « Mes commentaires de la traversée » répondra davantage à vos attentes d’autant que mon petit doigt me dit que cela sera croustillant … Un peu de pub ne fait jamais de tort !

Pourquoi commencer par le plus barbant ? Pour être certain que vous le lirez, petits malins …

Dimanche 20.11.2011 – Midi (heure locale).

Depuis la veille, nous sommes cinq à bord :

Ann (mon épouse) : « Maya l’abeille » dit « Maya » , Gauthier (mon fils) : « Speederman » dit « Speed », Marie-Charlotte (ma fille) : « Allô maman, bobo » dit « Bobo », Philippe (ami de ma fille) :  « Le bien aimé » dit « Love » et votre serviteur : « Le pacha » dit « Pacha ».

A l’idée de la traversée, Maya est stressée, Speed impatient d’en découdre, Bobo panse ses plaies, Love curieux  de ce qu’il va découvrir et Pacha totalement neutre.

Au moment précis de lâcher les dernières amarres, Maya constate que nous avons oublié de mettre en route le groupe électrogène nécessaire aux propulseurs ! Qu’à cela ne tienne, il suffit de …

Véritable moment d’épouvante : Du jamais vu, de l’incompréhensible, de l’incroyable, le groupe refuse tout net de démarrer !!!! Comme nous n’imaginions pas de partir sans groupe électrogène (pas de groupe … pas de déssal.), j’ai imaginé de remettre sine die notre départ !

Tandis que Maya lançait déjà ses appels téléphoniques tout azimut, je me suis rappelé que notre groupe était équipé d’un fusible spécial et que peut-être le problème pourrait se situer là … BINGO ! Un mauvais augure ? Par la suite, notre groupe n’a plus jamais refusé de démarrer du premier coup !

Alors que nous faisons le plein de fuel, nous nous rendons compte que l’anémomètre B&G est en panne !!!!  Un autre mauvais augure ? Durant toute la traversée, il refusera obstinément de nous donner la moindre indication quant à la vitesse du vent ce qui a constitué pour nous, un véritable handicap à la navigation.

En refermant un peu trop brutalement le coffre tribord, je déclenche involontairement l’alarme du bord !!!! Un cri d’alarme du bateau ?  Il est rarissime que l’alarme se déclenche de cette manière même s’il ne s’agissait pas d’une première.

Malgré tous ces signes inquiétants et sans même remettre en question notre départ, nous avons quitté la sympathique marina de Tazacorte (La Palma – Canaries) pour midi après avoir fait nos adieux  à Manolo (Il s’agit d’un sympathique marineros qui était de garde pour la journée du dimanche).

Nous savions que l’ARC et ses 270 bateaux s’élançaient au départ de la marina de Las Palmas (Canaries) à 12 heures UTC pour Santa Lucia (Antilles). En fait, les deux îles ne sont séparées que de 22 NM.

A la sortie de Tazacorte (il devait être midi … heure locale), nous avons été fraîchement cueillis par une houle très, très creuse qui nous a beaucoup surpris d’autant que le vent restait très variable en direction avec de véritables trous d’air nous obligeant à recourir brièvement (moins d’une heure) au moteur.  J’avais imaginé  des conditions beaucoup plus clémentes pour entreprendre notre traversée de 2.700 NM …

Un peu éloigné de La Palma, nous trouvions un vent fort, bien établi qui nous imposa deux ris dans la GV et la trinquette. Ceux et celles qui ont suivi notre traversée sur internet, nous ont rapporté avoir lu des indications de vent sur le site, de l’ordre de 10 à 15 nœuds ! Selon nos propres sources (bulletins météos et rapports VHF avec d’autres bateaux) nous avons rencontré en quasi permanence (sauf les deux derniers jours de navigation où nous avons connu pétole) des vents de 18 à 25 nœuds de vent réel de NE à S.SE.

Durant les deux ou trois premières heures de navigation, il m’a fallu « m’adapter » à notre navigation : J’avais un peu le sentiment désagréable de ne pas être dans le coup et surtout de ne pas faire corps avec le bateau. Je rencontre souvent ce genre de réel désagrément lorsque nous reprenons la mer après une longue période d’immobilisme.

Sans doute parce que nous commencions à nous amariner, nous avons progressivement renvoyé toute la toile au cours de la journée pour passer notre première nuit en mer, sous génois et GV arrisée à 1 ris.

Même si le soleil était bien présent, la journée fut relativement « fraîche » m’obligeant notamment à recourir à mon ciré pour mon quart de nuit !

Les quarts furent les suivants : Speed jusque 23 heures, Pacha de 23 heures à 3 heures, Bobo et Love de 3 heures à 6 heures,  Maya et Love de 6 heures à 8 heures. Nous n’avons pas fait de quarts de jour mais il y avait toujours quelqu’un derrière la barre à vérifier le cap.

Nuit  « courte » pour tout l’équipage …

Lundi 21.11.2011.

Et déjà les premiers dégâts : L’écoute de génois a littéralement été cisaillée pendant la nuit, par la retenue de bôme !! Personne n’y avait prêté attention mais effectivement les deux écoutes  se touchaient en se croisant … Une grande première !

De même, la mince écoute qui aide à faire descendre la GV, restée fixée à un taquet, ne résista pas à la force du winch hydraulique et explosa pour la troisième fois depuis sa mise en service.

Soucieux depuis le petit incident technique rencontré lors de notre descente sur les Canaries, Speed insista pour que je vérifie le système de barre qui se révéla parfaitement en ordre de marche. Ceci m’obligea de grand matin, à vider complètement le coffre tribord surencombré …  Mais la prudence reste la maîtresse des vertus.

Durant la journée, nous avons été contraints  à une heure de moteur faute de vent mais par chance, il suffisait d’aller un peu plus loin pour le retrouver.

Après 24 heures de navigation, le trip loch journalier indique 147 NM. Nous avons relevé en permanence,  la présence d’un léger courant contraire dont l’existence continue de nous surprendre encore aujourd’hui !

Ciel gris mais un peu plus chaud.

Comme nous descendons en direction du Cap Vert pour aller chercher les Alizés, le vent vient sur l’arrière.  Si jusque 120°- 130° les voiles tiennent plus ou moins  en place, nous subissons depuis le départ,  une houle croisée avec des creux de 3 à 4 mètres qui font de temps en temps faire de belles embardées au bateau. La mer est infecte, désordonnée, agitée mais pas dangereuse, à l’image de ce que l’on peut rencontrer à hauteur des îles anglo-normandes !

La tenue d’un cap est quasi impossible car le vent change constamment  de direction nous obligeant à une navigation « bipbip ». Durant les 17 jours de la navigation, nous n’avons jamais barré ou tellement si peu que cela ne vaut pas la peine d’en parler ! Nous étions en permanence sous pilote automatique et le rôle de celui qui était de quart ou de garde était de corriger sans cesse le cap d’un ou de plusieurs degrés sur tribord ou sur bâbord (à chaque degré, un bip sonore). A défaut, les voiles partaient sur l’autre bord pour mieux claquer ensuite sur le bord de départ … Avec la bôme canoë particulièrement imposante dont est équipé S.A.S. ³ vous imaginez le stress d’un empennage involontaire !

Nous avons beaucoup appris du bateau durant cette traversée et notamment, nous avons totalement démystifié ce problème de bôme.

17.48 heures. Sommes sous génois et GV arrisée à 2 ris. Nous avons souvent pris des ris pour des motifs de pur confort ou de sécurité durant la nuit. Je n’ai pas souvenir que nous ayons agi parce que le bateau nous l’imposait : S.A.S.³ est bien trop doux et bien trop stable pour nous faire ressentir ce type de besoin.

19 heures. Déjà la nuit noire et le jour ne poindra qu’à 7 heures ! Nous avons connu des nuits de 12 heures ce qui signifie que nous avons réalisé la moitié de cette traversée … de nuit ! En tant que petit plaisancier, nous ne sommes pas habitués à des nuits aussi longues puisque nous prenons nos vacances essentiellement en juillet et en août où les nuits sont beaucoup moins longues ! Je suis convaincu que vous n’aviez pas pensé à ce « détail ».

21 heures. Maya nous fait partir plein Ouest en interprétant mal un sms reçu via Irridium  de Sylvie. Sylvie  a été notre météorologue depuis la terre, durant cette traversée. Ceci n’a pas empêché Maya d’être notre météorologue à bord au départ de fichiers météos reçus par internet via Fleet Broadband. Nous disposions également d’informations météo via notre Mini C.

Les moyens de communication du bord se sont révélés parfaitement performants … J’attends maintenant juste la facture. Aie !

Ce n’est pas sans raison que j’ai taxé mon épouse du surnom de « Maya l’Abeille »  dont je m’en expliquerai bien davantage en le tome 2 …

Alors que nous étions dans notre lit en train de chercher le sommeil, Maya comprend son erreur et nous contraint  à faire un empennage de nuit par vent arrière bien établi.  Je râle tellement que je ne parviens plus à trouver le sommeil au point d’aller dormir dans le cockpit mais il fait froid et donc, retour obligé à la chambre où je trouverai en finale, le sommeil. Personne ne me réveillera jusqu’au matin …

Les quarts furent les suivants : Bobo et Love de 20 heures à minuit, Maya de minuit à 3 heures, Speed de 3 heures à 6 heures et  Bobo et Love de 6 heures à 9 heures.

Durant la nuit, un cargo fut repéré au loin sur tribord.

Mardi 22.11.2011.

Vent bien établi au 130° – Génois et GV 2 ris – Petits moutons en mer – Vitesse moyenne du bateau dans l’eau 9 nœuds .  Le bateau semble – enfin – sur des rails.

En présence de vent, la vitesse moyenne de S.A.S.³ oscille entre 8 et 10 nœuds. En présence d’un vent un peu musclé et en laissant la toile, cette vitesse moyenne oscille entre 10 et 12 nœuds. Quant aux surfs, ils montent jusque 14 nœuds. Voilà ce que nous a appris en autres choses, cette traversée.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 152,8 NM.

La journée sera une alternance de soleil et de nuages.

Durant l’après-midi, tout l’équipage jouera dans le cockpit à Trivial Poursuite.

17 heures. Un banc de dauphins vient jouer avec le bateau.

Les quarts de nuit étaient les suivants : Pacha de 20 heures à minuit, Speed de minuit à 3 heures, Bobo et Love de 3 heures à 6 heures, Maya de 6 heures à 9 heures.

A partir de 21 heures, je suis seul dans le cockpit et dans le noir le plus total. La fatigue me tombe dessus et le vent monte par rafales affolant régulièrement le speedo à 12,5 nœuds  – Nous sommes alors  à 100° du lit du vent.

Comme Speed avait souhaité qu’on ne réduise plus la toile durant la nuit et que S.A.S.³ supporte très bien ces surdoses de vent, je reste totalement impassible. A 23 heures, Speed vient me rejoindre dans le cockpit : Il dort dans la cabine avant tribord  (la « crew cabine ») et a l’impression d’être dans une F1. Il serre les fesses mais n’en pouvant plus, il vient m’aider à enrouler  le génois  et à mettre la trinquette avec sa bastaque … J’ai réellement bien ri de la situation !

Durant son quart, Maya a subi un grain  et a vu grimper le speedo à 14 nœuds !

Nuit normale pour votre serviteur.  A partir de la seconde nuit,  je n’ai plus connu de problème particulier pour trouver le sommeil. Par contre, j’ai relevé que mes nuits n’étaient jamais exceptionnellement longues alors que j’en avais tout le loisir et que cela m’aurait fait passer le temps ! Maya n’a pas très bien dormi les deux premières nuits mais par la suite, elle n’a plus connu de problème particulier. Ses nuits furent toutes excessivement courtes et entrecoupées tant elle a stressé durant toute la traversée quant à ce qui se passait à bord.

Mercredi 23.11.2011.

Bol de céréales comme petit déjeuner. Assez rapidement cette formule rapide et pratique a fait force de loi à bord, durant toute la traversée.

Il y a du vent (20 à 23 nœuds de vent réel), du soleil, la mer est bien formée, GV à 1 ris et génois … Vitesse moyenne 9 nœuds.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 165,8 NM.

13.23 heures. Nous avons franchi le Tropique du Cancer … Température beaucoup plus généreuse et sous le soleil, on cuit littéralement.

17 heures. On a l’impression que le jeu se calme mais je reste particulièrement méfiant. Speed cherche à s’occuper et me tanne le cuir pour monter au mât voir le problème de l’anémomètre.  Déjà à la marina, je ne suis plus aussi à l’aise pour monter au mât de S.A.S.³ que je ne l’étais en son temps, au mât de S.A.S.  Alors, vous imaginez l’opération en pleine mer … J’en ai le froid dans le dos pour lui et je refuse.

17.30 heures. Banc de dauphins. La mer est toujours aussi grosse et désordonnée même si on a l’impression fausse que cela se calme.

19.23 heures. Un poisson volant vient se cogner le nez sur la vitre du carré ! Je le remets à l’eau immédiatement.

Les quarts de nuit sont les suivants : Bobo et Pacha jusque minuit, Speed de minuit à 3 heures, Love de 3 heures à 7 heures et Maya de 6 heures à 9 heures. Avant de partir, Love était stressé à l’idée d’avoir à faire seul un quart de nuit et je l’avais rassuré en lui affirmant que nous serions à chaque fois deux pour les réaliser. Mais dans la pratique, il s’est avéré que S.A.S.³ marchait tout seul, qu’il n’y avait personne sur l’eau et que la veille n’était rendue obligatoire que par l’inconstance du vent ! De surcroît, Love apprend très vite …

L’idée du quart en solitaire s’est vite imposée comme le moyen de raccourcir le temps de quart de tout le monde.

23.30 heures. Le vent tombe mais pas la houle ! Cela gigote dans tous les sens. Impossible de continuer ainsi. Nous mettons donc le moteur. Comme la GV balance d’un bord à l’autre, nous décidons de l’affaler mais nous ne sommes pas nez au vent.  Tout le monde est sur le pont sauf Love parti se coucher très tard.

Jeudi 24.11.2011.

02.15 heures. Le vent refait son apparition ! Nous coupons le moteur et repartons sous GV et génois.

Tous les matins, nous trouverons des poissons volants échoués sur le pont.

09 heures. « Scarlet Oyster » (Oyster 48’) apparaît à l’horizon sur notre arrière bâbord à 0,61 NM de distance (précision relevée au radar). Il nous voit, met le spi symétrique et commence à nous rattraper.

11.03 heures. Comme cela lui prend plus de temps que prévu, il change de spi symétrique  (le vent souffle à plus de 20 nœuds et la mer est toujours aussi formée avec une houle croisée … S.A.S.³ marche à 10 nœuds par 120°). 

12.30 heures. Il arrive à notre hauteur mais reste à grande distance.

13 heures. Satisfait, il affale son spi et part sous génois au près sur l’autre bord … !

 Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 170 NM .

15 heures. Sous pression depuis le départ pour mettre le spi et en raison de l’apparition d’un nouveau spi (bleu) à l’horizon …, j’autorise l’envoi du spi symétrique car le vent est un peu tombé et que la mer semble plus calme. Il s’agit d’une grande première puisque nous ne l’avons encore jamais envoyé !

Alors que le spi est monté assez laborieusement dans sa chaussette jusqu’en haut du mât, j’ai  le sentiment que le vent est à nouveau monté !  En accord avec Speed, nous décidons de tout affaler ce qui se révèlera encore plus laborieux qu’à la montée !! J’ai pu constater que la drisse est un peu grosse pour le taquet coinceur …

Speed se rend alors tout d’un coup compte qu’il n’est plus d’une première fraîcheur par manque de sommeil.  Durant la traversée, il ne parviendra pas bien à s’adapter à l’étroitesse de son lit superposé. Ce n’est pas pour rien non plus que j’ai baptisé sa cabine « crew cabine ».

L’autre voilier sous spi dont nous ne recevrons pas l’AIS, retirera son spi une heure avant le coucher de soleil et partira ensuite comme une flèche !!! Durant la nuit, nous verrons de temps à autre son feu blanc sur l’avant bâbord.  Speed aura l’impression que nous l’avons dépassé durant la nuit mais cela me paraît improbable.

Les quarts de nuit seront les suivants : Bobo de 20 heures à 23 heures, Pacha de 23 heures à 1 heure, Maya de 1 heure à 3 heures, Love de 3 heures à 5 heures et Speed de 5 heures à 7 heures.

Bobo passera de facto son quart avec Love et ils supporteront ensemble une petite pluie. Les petites pluies sont relativement fréquentes de nuit. Pour ma part, je n’en ai souvenir que de deux !

23 heures.  Je monte de quart et me rends compte qu’il y a du vent ! Arrêt immédiat du moteur et renvoi de la GV. L’opération se révèle difficile et dangereuse par manque de lumière. Dans le cafouillage général, la dernière latte de GV se prend dans la bastaque et finit … dans l’eau ! Nous avons commis l’énorme erreur d’affaler totalement la GV contre l’avis de Maya, lorsque nous avons mis le moteur. Il est en effet, apparu périlleux de vouloir monter la GV en pleine nuit et beaucoup plus aisé de relâcher un ou deux ris car la voile est déjà suffisamment haute pour ne plus s’accrocher intempestivement dans les lazys …

Vendredi 25 .11.2011.

La GV et le génois  établis, nous faisons notre quart « en amoureux » Maya et votre serviteur jusque 2.30 heures du matin … Mort de fatigue, je l’abandonnerai  à son quart pour aller dormir. Love montera de quart vers 3.30 heures et Speed tiendra le quart de 5 heures à 8 heures.

Vers 8.30 heures, apparition sur notre tribord de « Blue Ocean »  (cata Lagoon 56’) battant pavillon polonais. Il va plus vite que nous et passe de notre tribord arrière à notre bâbord avant.  Maya vient me réveiller pour envoyer le spi asymétrique.

Lors de mon arrivée sur le pont, tout avait déjà été préparé par Speed … Le spi est envoyé sans problème. Le vent est bien établi et la mer très belle : Une grande première durant cette traversée ! S.A.S.³ marche à plus de 10 nœuds. Tout est assez doux … Juste de temps en temps, une petite survente.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 152,4 NM .

Après le déjeuner, Speed a trouvé l’idée de se faire tirer par le bateau … Le vent est un peu tombé et S.A.S.³  file maintenant  à 5 nœuds. Je me laisse séduire par l’idée mais entre-temps le speedo est remonté à 8 nœuds : J’ai à peine le temps de me mettre à l’eau que mon maillot est arraché par la vitesse ! Par chance, je parviens à préserver ma pudeur. La traction est tellement forte que je me fais aider par Speed pour remonter sur la jupe arrière !

14.18 heures. Sur le tribord avant, nous apercevons distinctement  un jet d’eau. : Pas de doute, il s’agit d’un cétacé . Nous en aurons la confirmation lorsqu’il sondera et que sa large queue s’élèvera au-dessus de la surface de l’eau.

17.30 heures. Nous affalons par prudence, le spi asymétrique avant la nuit.

18 heures.  Nouvelle petite baignade en traction derrière le bateau. Speed est très à l’aise à ce petit exercice.

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 20 heures à 23 heures, Bobo de 23 heures à 1 heure, Speed de 1 heure à 3 heures, Love de 3 heures à 6 heures et Maya de 6 heures à 9 heures.

Nuit plus chaude et surtout moins noire que la veille.  L’augmentation des températures et l’éclaircissement de la nuit en raison de la lune, modifieront progressivement mon aversion pour les quarts de nuit.

Samedi 26.11.2011.

Au matin, Maya me signale l’AIS de « Gunvor XL » (X Jacht 55’) à 10 NM sur l’avant. Nous avons pensé qu’il devait être sous spi symétrique pour suivre un aussi bon cap.

9 heures. Maya s’inquiète de notre cap trop au Sud. On vire de bord mais ce dernier nous fait piquer vers les Bahamas … On revire de bord et on décide d’envoyer le spi symétrique (258 m²). Nous sommes encore dans l’euphorie de la journée sous spi que nous venons de connaître au détail près que la mer est à nouveau beaucoup plus houleuse et le vent beaucoup plus soutenu …

Le spi est envoyé correctement mais les réglages restent  encore sérieusement à peaufiner (l’absence de barber hauler est criant). Mais bon … Le spi est sorti pour la toute première fois de son sac ! Il est superbe, orné du même Petit Prince que l’asymétrique mais tellement, tellement grand !

Le vent semble se renforcer quelque peu mais S.A.S.³ est très stable malgré une houle qui atteint parfois les 3 mètres.

10.30 heures. La mâchoire du tangon de spi s’ouvre accidentellement laissant s’envoler l’écoute de spi !!! Branle bas général de combat à bord et affalage en catastrophe du spi. En finale et grâce au ciel, aucune  casse !

Nous aurions pu le renvoyer correctement mais j’avais déjà fait le plein d’émotions pour le mois et il me fallait  « respirer ».

Question repas, nous avons compris au cours de la traversée que l’idéal consistait en un petit déjeuner léger et simple (des céréales), un repas de midi consistant pris ensemble dans le cockpit (blanquette de veau, haché Parmentier etc.)  et un repas du soir plus facile à cuisiner et entraînant moins de vaisselles (pizza, quiche, repas lyophilisé, canelloni  etc.)

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 158,2 NM .

15.30 heures. Nous avons parcouru 1.000 NM … Il en reste encore 1.700 NM ! Quand je l’écris après coup je me rends subitement compte que cette traversée n’est décidément pas de la tarte !

Après le dîner, tout le monde dort. Le soleil tape très dur et il fait vite mourant de chaud à l’intérieur.

J’ai passé mon temps derrière l’écran radar que j’appréhende maintenant beaucoup mieux. Bien que nous vivons sur le bateau depuis plus d’un an, j’ai rarement l’occasion ou l’envie de parfaire mes connaissances en matière de mode d’emploi des instruments de navigation …

En réalisant toutes mes petites manipulations, j’appuie sur une touche intitulée « supprimer toutes les cibles ». Effet du hasard ou mauvaise manipulation, le signal AIS du X Jacht 55’ disparaît de l’écran !! Loin d’être anodin, ce constat alimentera par la suite, de très nombreux énervements de ma part car nous ne recevrons pour ainsi dire plus jamais de signal AIS des autres bateaux rencontrés !

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 22 heures à minuit, Bobo de minuit à 2 heures, Speed de 2 heures à 4 heures, Love de quatre heures à 6 heures et Maya de 6 heures à 9 heures.

Durant la nuit, la mer est devenue encore plus agitée qu’elle ne l’était déjà  !!

Sur notre arrière à plus de 15 NM et nous coupant la trajectoire parcourue, je relève l’AIS d’un bateau sans indication de nom. Nous avons souvent constaté que nous ne recevions pas toujours des signaux AIS complets , le nom du bateau n’apparaissant par exemple que bien plus tard. En le cas d’espèce, l’AIS renseignait que le bateau faisait fonctionner son moteur.

Speed a souvent connu des problèmes pour trouver le sommeil  mais j’ai également relevé que les enfants regardaient toutes les après-midi de un à trois films sur la télévision du carré et allaient toujours se coucher alors que la nuit était déjà tombée depuis déjà bien longtemps … Maya et votre serviteur ont passé pour leur part, plus sagement le plus clair de leur temps dans le cockpit pour éviter d’avoir le mal de mer. Je crois que c’était plus psychologique qu’autre chose car nous avons malgré tout passé pas mal de temps à l’intérieur sans jamais être malade mais souvent avec le besoin de « prendre l’air » …

Durant son quart, Speederman (l’homme qui n’a jamais peur de rien) n’a pas hésité à faire un empennage tout seul en sorte que nous filons maintenant plus vers le Nord.

Dimanche 27.11.2011.

Au lever du jour, grand soleil qui tape dur, mer agitée et vent frais. Au petit déjeuner : Panne Quakes au sirop d’érable 100% canadien (ce sirop nous a été offert par nos délicieux amis canadiens de « Umialtak » auxquels nous pensons souvent).

Comme presque toujours,  personne à l’horizon.

Maya téléphone à Sylvie car elle est inquiète de ne plus recevoir de sms de cette dernière.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 154,7 NM.

15 heures. Spi à l’horizon. Pas de AIS. Nous virons de bord . Il nous reste à parcourir 1.572 NM …

Vent S.SE.

17 heures . Cargo à 15 NM par le travers bâbord. Il s’appelle « Expansa » et fait 100 mètres sur 16 mètres.

Les paris sont ouverts … Speed parie 16 jours de traversée, Love 18 jours, Bobo 20 jours, Pacha 21 jours et Maya 30 jours pour conjurer le sort (elle a lu le blog d’un catamaran qui a connu la pétole la quasi majorité du temps de sa traversée … Madame en avait pêté un câble) . Nous mettrons très exactement 17 jours pile poile !

17.30 heures. Voilier sur tribord sous GV et génois. Les deux bateaux ont plus ou moins le même cap mais  S.A.S.³ avance plus vite : Ouuuuuuuuuuuuf !

Nous entendons un appel sur le canal 16 de la VHF ! Le message s’adresse au voilier sur bâbord .. Nous essayons de prendre contact avec lui mais il ne semble pas nous entendre. Comme nous avons un transpondeur AIS, nous pensons qu’il doit normalement être en possession de notre MMSSI  ainsi que du nom de notre bateau. Beaucoup plus tard, nous relèverons que notre transpondeur ne fonctionne tout simplement plus et sans doute depuis bien longtemps …

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 21 heures à minuit, Bobo de minuit à 2 heures, Speed de 2 heures à 4 heures, Love de 4 heures à 6 heures et Maya de 6 heures à 8 heures.

Lundi 28.11.2011.

Vers une heure du matin, le vent se renforce et l’état de la mer devient « dantesque ». Véritable nuit de samba où personne n’a trouvé le sommeil plus d’une heure !

1 heure. Réduction du génois.

2 heures . Remplacement du génois par la trinquette. Comme la GV est toujours  haute et que Speed refuse qu’un ris soit pris, le bateau est déséquilibré …

3 heures . Durant le quart de Love, Maya qui n’en peut plus … prend d’autorité un ris dans la GV.

4 heures. La trinquette est remplacée par un génois réduit.

8.30 heures. Le génois est totalement déroulé.

Au lever du jour, la mer est plus « maniable » même si elle reste formée et agitée. Le vent, mieux établi, tourne aux environs des 30 nœuds selon nos estimations.

Nous fêtons nos 30 ans de mariage au beau milieu de l’Atlantique !

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 175 NM et le DTA (distance totale restant à parcourir) 1.422 NM.

15.38 heures. Sur bâbord, sur l’horizon arrière, un voilier sous spi bleu avec croix blanche sans AIS. Nous aurons un contact VHF avec « Uxorious 4 » (Swan 62’).

17 heures . Sur l’horizon arrière bâbord toujours, un autre voilier sans GV, ni génois !

Prise d’un 2è ris dans la GV pour la nuit qui s’annonce incertaine. Le premier quart de nuit sera agréable car – ENFIN – le vent est stable et donc le bateau aussi.

Minuit . Nous sommes au milieu de notre traversée !

Mardi 29.11.2011.

Excellente nuit avec GV arrisée 2 ris et génois.

La mer est toujours aussi bien formée et le vent bien établi mais depuis ce matin, le moral de l’équipage s’est envolé parce que nous faisons route en ligne directe vers la Martinique …

Le soleil cuit « doré sur tranche ».

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 162,1 NM – DTA 1.285 NM.

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 21 heures à minuit, Bobo de minuit à 2 heures du matin, Love de 2 heures à 4 heures, Speed de 4 heures à 6 heures et Maya de 6 heures à 9 heures mais … de facto, Bobo n’étant pas en état de faire son quart, les quarts de nuit furent les suivants : Pacha de 21 heures à minuit, Maya de minuit à 3 heures, Love de 3 heures à 6 heures et Speed de 6 heures à 9 heures.

Matinée de détente dans le cockpit : Musique ! Moment rare et pourtant tellement bon mais lorsqu’on est plusieurs, chacun se doit de respecter la tranquillité des autres.

Le soleil tape tellement fort que la casquette commence à ne plus me quitter la tête et malgré mon bronzage avancé, je commence à rougir !! Me voilà contraint de porter un T-shirt pour me protéger du soleil !!! Le point négatif de cette traversée restera pour Speed, la chaleur insupportable à certains moments …

Alors que le coup de midi est « sacré » pour Love qui relève chaque jour précisément le loch journalier, Bobo est aux abonnés absent sur ce coup ci !!!

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 158,1 NM – DTA 1.125 NM.

Après-midi un peu trop tranquille et pas âme qui vive, sur l’eau.

Toujours du vent, beaucoup de soleil et une mer bien formée.

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 21 heures à minuit, Bobo de minuit à 2 heures, Speed de 2 heures à 4 heures, Love de 4 heures à 6 heures et Maya de 6 heures à 9 heures.

Après un début de nuit plutôt calme, cela bouge  de nouveau assez fort.

Du jamais vu mais durant mon quart, le speedo est descendu sous les 7 NM et Bobo l’a même vu descendre à 4 NM !!!

Pendant la nuit, un voilier (pas de réception d’un signal AIS) nous croise sur l’arrière en venant du tribord avant !!!

Mercredi 30.11.2011.

Pacha et Bobo ont le moral en chute libre … Ras la casquette de cette traversée ! Le reste de l’équipage semble avoir meilleur moral.

Depuis ce midi, nous avons déployé le bimini car l’équipage et Pacha en particulier, ne supportent plus ce soleil.

 Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 160,6 NM – DTA 1.004 NM.

Mer désespérément vide  à l’horizon. La seule lecture du livre de bord peut donner à penser que nous avons rencontré un grand nombre de bateaux mais ce raisonnement ne tient aucun compte du facteur temps. Les journées sont longues et les nuits encore plus. Les enfants s’occupent comme ils le peuvent, Maya est toujours occupée à faire quelque chose mais votre serviteur ne se sent pas trop en état de faire quoi que ce soit ce qui donne encore plus de lourdeur au temps qui passe.

Si la politique du cap à suivre durant la descente vers les îles du Cap Vert, n’a pas posé beaucoup de discussion, depuis que nous faisons route vers la Martinique, nous sommes contraints à tirer des bords pour éviter d’avoir le vent sur la fausse panne avec une houle croisée. Nous n’avons d’ailleurs vu aucun voilier tirer en ligne droite sur la Martinique.

Autant dire qu’avec trois skippers à bord (Pacha, Speed et … Maya), les discussions furent de temps en temps un peu houleuses quant à la politique à suivre …

13.54 heures. Voilier sur l’horizon arrière tribord. Semble descendre vers le Sud sous spi blanc alors que  S.A.S.³ fait cap vers l’Ouest.

Il s’agit de « Elphin 2 » (Océanis 50’) qui nous annonce lors de notre échange radio être 7è de la division 1 cruising de l’ARC : Nous sommes donc avec le peloton de tête de l’ARC ! Tous nos échanges radio – sans exception – ont été en anglais à l’intervention de Speed et de Bobo. J’ai bien essayé de prendre contact en français avec l’un ou l’autre bateau rencontré mais personne n’y a jamais répondu.

18 heures. Empennage volontaire et très doux de la GV. Nous remettons le génois pour entendre ensuite distinctement dans le carré à hauteur du pied de mât, un grincement assez prononcé !!! En recherchant l’origine du bruit, j’en viens à conclure que le grincement provient du pied de mât … Panique à bord !

Immédiatement et pour éviter que le mât ne tombe, nous enroulons le génois, relâchons la tension des pataras, plaçons la bastaque et prenons deux ris dans la GV.

Appels téléphoniques tout azimut au chantier Garcia, au constructeur du mât, à Gonzague Delemazure. Merci encore à eux d’avoir pris le temps d’essayer de nous venir en aide au beau milieu de l’Atlantique …

Personne n’estimera qu’il existe péril en la demeure et tout le monde nous conseillera de recourir au WD40 ! Entre-temps le bruit avait totalement disparu et ne réapparaîtra plus qu’épisodiquement par la suite. Pour ma part et après avoir pris conscience comme le mât pouvait être sollicité au cours d’une telle traversée, je n’y ai plus prêté attention.

Rassuré, j’ai fait remettre progressivement la toile.

Manque de sommeil, énervements, émotions, Speed ne parvenant plus  à récupérer, les quarts de nuit sont chamboulés : Pacha de 21 heures à 23.30 heures, Maya de 23.30 heures à 4 heures, Bobo de 4 heures à 6 heures, Maya de 6 heures à 9 heures … Speed participera au quart de 7 heures à 9 heures.

Jeudi 01.12.2011.

Au matin, mer formée et vent fort alors qu’en début de nuit, tout semblait se calmer …

En milieu de matinée, nous prenons une queue de grain : Plus de pluie que de vent.

Pas d’accalmie de la houle comme annoncée par la météo !

Bien que je ne sois pas très chaud à l’idée, Speed monte au mât (un vrai singe !) pour obtenir la confirmation qu’il n’y a rien à faire à l’anémomètre. Il se plaindra que cela bouge méchamment en haut du mât …

Alors que tirons plein Ouest, le vent bascule et nous oblige à descendre SO !

Succession de petits grains faisant tourner le vent et nous obligeant à divers empennages. Un moment donné nous ne savons plus quel cap prendre !! La mer n’est pas belle à voir.

16 heures. Le soleil fait sa réapparition en force. Nous sommes en mesure de tenir un cap plein Ouest avec une GV arrisée 1 ris et trinquette : S.A.S.³ est à nouveau sur ses rails.

Selon nos calculs les plus probables, nous devrions arriver en Martinique … Jeudi prochain (nous arriverons le mercredi midi).

Pacha et Bobo (la pomme ne tombe jamais loin de son arbre …) en ont ras le bol depuis le début de la semaine mais « font avec » à défaut d’autre choix.

La météo annonce un week-end à spi suivi de 4 jours de pétole. Le vent devrait souffler jusque vendredi.

Le bruit au mât réapparaît après chaque empennage. Cela semble venir de l’intérieur, à hauteur de l’épontille, mais il faut ouvrir les plafonds et je décide d’attendre une accalmie avant d’attaquer cette  petite vérification.

Le bateau commence à se salir sérieusement …

Vendredi  02.12.2011.

11 heures. Au lieu d’attendre que tout le monde soit bien réveillé et bien reposé, Maya l’Abeille qui termine son quart,  nous incite à envoyer immédiatement le spi symétrique !  Il en résulte un cafouillage sur le pont pas possible et une écoute de hale-bas de tangon à remplacer !

Dans un premier temps, Maya me fera empanner la GV rien qu’à nous deux. Ensuite, elle nous fera envoyer le spi sur un bord avec pour résultat de marcher à petite vitesse sur un cap assez proche de celui que nous avions …

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 157,3 NM – DTA 871 NM.

12 heures. Il est décidé de mettre le spi sur l’autre bord ! Sous la direction efficace de Speed, nous affalons le spi, changeons le tangon de bord et relançons à nouveau le spi. Nous sommes maintenant sur le cap de la Martinique par 130°-140° à plus de 9 nœuds.

12.30 heures. Maya prend peur pour notre spi en présence de vilains nuages gris qui font craindre des grains. Le spi est définitivement affalé. Bobo en profite pour se brûler la main avec l’écoute du spi …

13 heures. Maya me demande l’autorisation d’envoyer le spi asymétrique !!!! … Je refuse tout net.

18.30 heures. Speed prend l’initiative d’envoyer le spi asymétrique jugeant le vent et la houle praticables. Une fois le spi envoyé, tout le monde se rend immédiatement compte qu’il y a beaucoup trop de vent …

Si S.A.S.³ ne part pas au lof, il fait de superbes embardées de côté provoquant des gerbes d’eau monstrueuses. La décision d’affaler ne tarde pas … Encore faut-il y arriver ! Maya qui tient d’ordinaire la barre sous spi sur S.A.S. , se dérobe à cette fonction ce que je comprends parfaitement car moi-même je ne me sens pas encore à la hauteur en ces circonstances spécifiques. C’est donc Speed qui est à la barre tandis que votre serviteur et Love tentent désespérément de faire descendre la chaussette.

Je cafouille joyeusement dans les écoutes de la chaussette que de surcroît, j’avais mal placées dans la poulie ouvrante de pont … Speed arrive à la rescousse et sans hésiter mais non sans peine, affale la chaussette.

Il reste à descendre le spi mais la drisse reste désespérément calée en tête de mât !!! Après quelques efforts musculaires, la drisse se décoince.  A l’arrivée sur le pont, il sera constaté que la potence de spi a été arrachée du mât carbone … Sa réparation sans démâter paraît bien difficile !! Comme nous n’envisageons pas de démâter, nous aurons besoin de l’avis d’un spécialiste des mâts carbone pour trouver une solution. Que du bonheur !

La mauvaise humeur me submerge car depuis le départ, je freine des quatre patins à envoyer un de nos deux spis face à de telles conditions de mer et de vent. Pour ne pas envenimer encore plus les choses, je m’isole dans ma cabine  mais impossible de fermer l’œil tant il fait chaud. La nuit est assommante de longueur : Le jour ne se lève qu’à 9.30 heures !! Je ne fermerai pas l’œil de la nuit. Depuis le départ, nous sommes restés en heure locale canarienne sans tenir compte du passage des fuseaux horaires.

Alors que je l’ignorais superbement au moment même, j’apprendrai le lendemain que Speed était monté au mât pour prendre des photos des dégâts …

Les quarts de nuit sont les suivants : Bobo de 21 heures à minuit, Maya de minuit à 3 heures, Love de 3 heures à 6 heures et Speed de 6 heures à 9 heures.

Deux cargos sans AIS sont aperçus durant la nuit !!  Il semblerait que notre AIS ne fonctionne que de manière très intermittente en réception et pas du tout en émission !

Samedi  03.12.2011.

D’ordinaire, le déssalinisateur fonctionne environ deux heures chaque jour lors du fonctionnement du groupe électrogène de 20 heures à minuit. Comme je suis le seul à bord à savoir le faire fonctionner et que je n’étais pas d’humeur le soir précédent, je l’ai mis en route ce matin. Manque de bol, j’ai été bon pour changer les cartouches 5 et 25 microns des deux filtres.

Ciel gris et mer démontée comme d’hab.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 165,3 NM – DTA 702,6 NM.

12.29 heures. Cargo sur le bâbord avant et voilier avec voiles en ciseaux (l’exception qui confirme la règle) descendant plus Sud et nous passant devant.

Les quarts de nuit sont les suivants : Bobo de 21 heures à minuit, Maya de minuit à 3 heures, Love de 3 heures à 6 heures et Speed de 6 heures à 9 heures. N’ayant pas fermé l’œil durant la nuit précédente, je vais me coucher avec un petit  somnifère.

Durant la nuit, un voilier sous spi … se dirigeant vers le S.O. nous passe sur l’arrière.

Dimanche 04.12.2011.

Au matin, deux voiliers sous voiles uniquement  en vue : L’un devant et l’autre sur bâbord.

L’un des deux qui porte un génois double (spécialité Amel), nous passe de bâbord sur tribord avant.

Nous avons  un contact radio avec l’autre qui nous signale que son AIS est sur « on » mais qu’il ne reçoit pas de signal émanant de S.A.S.³  J’ai enfin la confirmation que notre transpondeur AIS ne fonctionne pas. Plus tard, je découvrirai que « par enchantement » le transpondeur était coupé ! Mais au fait, son voilier disposait-il d’un transpondeur en sorte que j’aurais dû capter son signal ??

Plus tard, nous aurons un contact radio avec un autre voilier qui nous confirme être en possession d’un transpondeur AIS (et pourtant nous ne captons pas son signal …) et ne pas recevoir de signal de notre part (et pourtant cette fois, notre transpondeur est bien allumé).

Tout cela m’énervera au plus haut des points et comme de toute manière j’ai du temps à perdre, je « chipote » à mon programme Navnet (programme de navigation mis en place par Furuno mais moins convivial que MaxSea). Je touche à tellement de réglages que je finis pas tout dérégler en sorte que je ne parviens même plus à rentrer dans le menu du programme …

Maintenant que le programme est hors d’usage, je suis d’un coup, parfaitement calme.

En vue de l’établissement des quarts de nuit, je propose de passer brutalement à l’heure martiniquaise car le maintien de l’heure canarienne devient intenable : Le jour se lève selon cet horaire, à 9.30 heures alors qu’il fait clair jusque 22.30 heures ! Ma proposition est approuvée. Nous passons d’un extrême à un autre et le passage fut assez pénible car maintenant il fait nuit noire à 18 heures ! Mes propres quarts de nuit deviennent interminables : 18 heures à minuit. Aussi, nous avons essayé de passer d’un horaire à l’autre « en douceur ».

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 15 heures à 21 heures, Bobo de 21 heures à minuit, Maya de minuit à 3 heures, Love de 3 heures à 6 heures (le jour est levé) et Speed de 6 heures à 9 heures.

Crevée, Maya va se coucher à … 15 heures (horaire martiniquais).

Tandis que les enfants sont dans le carré en train de regarder un film, je reste seul à la barre lorsqu’un gros grain vient frapper le bateau. Le passage du grain me semble interminable mais sous GV arrisée à 1 ris et trinquette, le bateau passe très bien.

A cause du grain, le vent a tourné mais je ne me rends compte que tardivement que nous pouvons maintenant faire cap direct sur le Marin (Martinique) ! Au fur et à mesure du temps qui passe, le cap est moins bon mais assez correct tout de même.

Je tiendrai le quart jusque 22 heures.

Au début,  le vent  « shifte » souvent mais en se renforçant, il est plus établi.

Durant son quart, Love verra au moins  6 lumières : 2 sur bâbord, 3 sur tribord et un cargo sur bâbord. Durant toute la traversée, je ne verrai qu’une seule et unique fois, un feu blanc au loin !

Lundi 05.12.2011.

Lever du jour à 6 heures.

Un signal AIS sur l’écran !! « Ninfea » Amel Super Maramu sous voiles sur tribord avant.

On distingue un autre voilier sous voiles, sur tribord avant, mais beaucoup plus loin.

Vers 10 heures, un gros grain nous barre la route. Celui-ci est très étendu mais surtout pluvieux. « Ninfea » fonce vers le grain et nous distance. S.A.S.³ marche bien mais il lui manque un peu de vent. A hauteur du grain, l’Amel vire de manière totalement incompréhensible à 90° et descend plein Sud alors que le vent forcissant un peu, nous commencions à le rattraper.  Il arrivera à Sainte Lucie le mercredi 07.12.2011 à 22.36 heures …

Après avoir traversé le grain, le vent tourne et nous sommes à présent au près à 45° !! Malheureusement cela ne dure pas, le vent faiblit puis remonte un peu pour se casser la gueule après le déjeuner.

Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 163,1 NM – DTA 359,5 NM.

12.45 heures. Le moteur est lancé.

Plus tard, la voile est relancée à plusieurs reprises mais nous finirons la journée au moteur.

13.45 heures. Un banc de dauphins gris « sauteurs ».

15.51 heures. Nous observons un voilier (GV et génois) sur le tribord arrière mais très loin.

16.43 heures. Voilier sur le bâbord avant mais une fois encore, très au loin.

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 18 heures à minuit, Bobo de minuit à 1.30 heures, Speed de 1.30 heures à 3 heures, Love de 3 heures à 5.30 heures et Maya de 5.30 heures à 8 heures.

Grâce à la lune, la nuit est très claire et très douce. La mer est – enfin – calme. Mon quart de nuit en est presque agréable !

Mardi 06.12.2011.

8 heures. Il fait superbe, la mer est quasiment d’huile mais le vent est totalement absent. Depuis la veille au soir, nous sommes au moteur à 1500 tours. J’ai vainement essayé de profiter de chaque risée de vent pour postposer le lancement du moteur mais le risque est décidément de plus en plus grand d’arriver au Marin … de nuit !

10 heures. Nouvelle friction entre Speed et Maya quant à la marche à suivre (trois skippers à bord …). Je n’interviens pas directement mais je parviens  à m’engueuler avec Maya ! Joie.

Love découvre l’origine du dysfonctionnement de la Navnet et du même coup, parvient à remettre tout en le pristin état ! A sa suite, je découvre modestement d’autres remises en pristin état.

10.53 heures. Voiliers sous voiles dans le bâbord arrière : Ils bouchonnent …

11.35 heures. Voilier à 9 heures sur bâbord.

 Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 154,7 NM – DTA 200 NM.

16 heures. Nous coupons le moteur et « plouf général » dans une eau incroyablement cristalline et tiède : Le méga pied.  Nous nageons autour du bateau et relevons que la coque est restée impeccablement propre sauf un grand triangle sur l’arrière bâbord qui est brun !!!!

16.30 heures. Un voilier espagnol lance un message sur le canal 16 demandant si quelqu’un le reçoit. Nous répondons. Echange radio assez sympa mais nous nous faisons rappeler à l’ordre par un cargo qui nous croisera sur l’arrière : Effectivement le canal 16 doit rester libre pour les appels de détresse. Il existe un canal spécifique pour les conversations ship to ship.

Les quarts de nuit sont les suivants : Pacha de 18 heures à minuit, Bobo de minuit à 1.30 heures, Speed de 1.30 heures à 3 heures, Love de 3 heures à 5.30 heures et Maya de 5.30 heures à 8 heures.

Durant la nuit, je ne verrai qu’un petit feu blanc au loin sur bâbord . Mer d’huile et pleine lune.

Mercredi 07.12.2011.

Etonnamment aucun voilier de l’ARC à l’horizon.

Enchanteur d’entendre parler français sur le canal 16 : Météo côtière – Maximum 3 beaufort, temps nuageux.

 Après 24 heures de navigation , le trip loch journalier indique 153 NM – DTA 26,4 NM.

A 20 NM de la Martinique, tous les gsm du bord ont commencé à sonner pour signaler la réception de sms !

L’arrivée sur la Martinique est  totalement minée de flotteurs à peine visibles. Comme nous craignons qu’il s’agisse de filets dérivants, nous réalisons un slalom pas possible qui nous entraîne loin de notre mouillage de la baie Sainte Anne du Marin auquel nous arriverons à 12.25 heures – heure locale.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités

Responses

  1. Superbe article Pacha! Même si il y a quelques incoherences avec mes souvenirs, je vais laisser le bénéfice du doute aux lecteurs.

    J’ai plus peur pour le tome 2 mais n’oublie pas que j’ai le chien en otage!

  2. Félicitations pour l’exploit sportif et pour la rédaction de l’article.

    Malgré le préambule, je me suis fait avoir et j’ai tout lu avidement, en espérant pouvoir poursuivre immédiatement avec le tome II. Zut alors, il va falloir attendre pour la suite. Quand la sortie dans toutes les bonnes librairies, est-elle prévue?

    J’espère que vous savourez votre chance d’être au soleil. Ici, il faut pluvieux et tout le monde tousse et se mouche.

    Profitez-en bien.

    Bises,

    Catherine Nef, Bonjour

  3. Salut les p’tits loups (de mer …of course !), je viens de tout lire d’un coup. Si j’ai bien compris, la traversée de rêve ça va un peu mais à la longue on se surprend à espérer une arrivée prochaine.
    La Martinique est elle à la hauteur des efforts endurés ?
    Merci pour ces particules d’iode mâtinées d’un soupçon de soleil que nous dégustons toujours avec délice. Bises à tous deux.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :