Publié par : Ann & Stéphane | 31 juillet 2011

Descente sur les Canaries (576 NM)

Nous avions attendu assez longtemps le jour J pour nous élancer sur les Canaries que nous aurions été bien inspirés de patienter une journée de plus … Le vendredi de notre départ, nous avons été secoués, malmenés, battus en neige, retournés comme des crêpes comme jamais nous n’avions connu cela avec  S.A.S.³ !!

Mais reprenons par le début :

Après une série interminable de dépressions, notre météo nous indiquait une période plus propice aux grandes navigations du vendredi 22 juillet jusqu’à la fin du mois. Perso, j’estimais que nous arriverions trop tôt sur les Canaries d’où nous devons nous élancer courant novembre vers les Antilles mais comme Gauthier souhaitait participer à cette croisière et que son calendrier l’oblige à être au pays, début août …

Le vendredi matin alors que la marina semblait encore dormir profondément, nous avons quitté notre emplacement sur la pointe des pieds en direction du grand large. Il était 8.50 h quand les voiles furent établies. Une petite heure plus tard par un vent oscillant entre  90° et 70° le spi asymétrique était envoyé (mais c’est qu’on finit par l’avoir assez bien en mains avec un peu de méthode …).

La vie était belle, la mer était belle et nous avons même eu droit à nos admirateurs enthousiastes : Un puissant hors bord avec son lot de touristes réalisait son petit tour en mer et tint à venir nous  dire combien il trouvait notre spi magnifique. Super sympa ! Le plus amusant dans l’histoire c’est qu’au port, on ne s’adresse pas la parole lorsqu’on se croise mais dès qu’on est en mer, on a droit le plus souvent à de grands signes comme si nous assistions aux retrouvailles des plus grands amis … L’être humain est comme je le dis toujours, un bien drôle d’animal.

« Les moments les plus courts sont souvent les meilleurs » a-t-on tendance à dire ! Le fait est qu’une heure pile poil plus tard, il nous fallait affaler le spi car le vent était passé au 40° ! Et un peu moins de deux heures plus tard, nous avions droit à une heure de moteur faute de vent !!

A 13.20 heures et par 50° (j’espère que vous appréciez la précision car mes notes s’arrêtent là …) le génois était relancé.  Nous naviguerons ainsi exclusivement à la voile jusqu’au samedi 21 heures mais j’anticipe sur les événements …

En sortant de la baie, une fois dépassé la hauteur du Cap St Vincent, la mer est devenue mauvaise de mauvaise : Des vagues aussi hautes que creuses venant frapper notre coque plein tribord. Mais où était-on donc passé cette fameuse « houle de l’Atlantique » dont on m’a déjà tellement rabâché les oreilles ??

Cette mer là ressemblait à s’y méprendre à celle que l’on peut rencontrer entre les îles anglo-normandes mais avec plus de force, plus de hauteur, plus de creux : Serions nous par erreur remontés dans le Gascogne ?

Difficile de savoir comment un autre voilier se serait comporté en de telles conditions mais à l’évidence, notre « pullman des mers » s’était transformé en shaker.

Tout a débuté par des vagues venant frapper bruyamment notre flanc tribord entraînant S.A.S.³ dans une très spéciale sarabande du cul ! Le bateau ne gîte, ni ne roule à proprement parler …J’aurais plutôt tendance à dire qu’il part de l’arrière.

Calé confortablement dans le cockpit, le mouvement n’est nullement désagréable. Ressenti de l’intérieur, je me souviens que le mouvement m’a fait penser à un balancier !  Je préciserais encore davantage en disant qu’il s’agissait d’un mouvement latéral horizontal qui me faisait littéralement glisser d’un bord à l’autre de notre grand lit. J’ai bien dit « glisser »  et non « rouler ».

Sans deux merveilleux pilotes automatiques qui gèrent ces situations sans le moindre problème, la situation aurait été plus délicate puisqu’il nous aurait fallu barrer. Cela me fait penser avec douleur aux heures interminables que j’ai été contraint de passer derrière la barre, en les mêmes circonstances,  sur notre ancien voilier …

La situation est devenue moins drôle lorsque nous avons commencé à être aspergés de plus en plus copieusement par des « éclaboussures » aussi salées que fraîches. Ce fut ensuite deux ou trois grosses déferlantes qui vinrent  noyer le pont avant jusqu’à notre capote !!

Question vent, celui-ci était monté mais comme je pense l’avoir déjà raconté, on ne sent pas le vent monter en force sur S.A.S.³ !! Je me souviens que l’on m’avait parlé d’un vent qui ne dépasserait pas les 23 nœuds et que j’ai vu sur l’anémomètre s’afficher 29 nœuds …

Mais le plus pire fut encore la circulation intensive des  cargos à hauteur du détroit de Gibraltar : Il y en avait partout et comme de bien entendu, il m’est revenu l’honneur d’avoir à me dérouter pour le premier : C’est ce qu’on appelle élégamment « la loi du plus fort » car en tant que voilier et nous trouvant en dehors de toute zone balisée, nous avions la priorité …  Par expérience, je sais qu’il est préférable de remonter sur « l’obstacle » plutôt que de vouloir l’éviter mais en le cas d’espèce, cette manœuvre nous faisait remonter au vent que nous avions jusque là entre 90° et 110° … Joie et bonjour les déferlantes sur le pont ! Mais Bon Dieu, Ann pourquoi ne m’as-tu pas mis mon Pampers ce matin ?

Plus tard, nous avons eu droit à deux remorqueurs tractant une plate-forme pétrolière qui venaient de notre tribord comme la première fois. C’est en de telles circonstances que l’on se rappelle que l’on est catholique et que l’on est prêt à tous les engagements  pour éviter d’avoir à remonter une nouvelle fois « l’obstacle » d’autant que celui-ci était particulièrement long, imposant et intriguant tout à la fois.

Comme S.A.S.³ est équipé d’enrouleurs hydrauliques, c’est sans la moindre hésitation que j’ai fait enrouler totalement la trinquette aux fins de diminuer notre portance au vent. Le temps m’a semblé s’arrêter …

Avant la fin de l’après-midi, j’ai encore eu droit à un troisième cargo venant sur notre tribord !

Sur le coup de 18 heures et parce qu’il fallait bien que quelqu’un se dévoue en prévision de la nuit à passer, j’ai été dormir en notre cabine arrière. Enfin quand je dis « dormir » il m’a été rigoureusement impossible de fermer l’œil …

C’est à partir de ce moment là que les choses ont réellement commencé à se gâter sur le pont !

Comme je n’y étais pas, je ne peux décrire que ce que j’en ai ressenti du fin fond de ma cabine : Cela a commencé par un bon coup de gîte qui a fait valser par terre les livres de la bibliothèque du local de communication et autres babioles. Suivi de la double chute d’Ann voulant ramasser les livres (cela je ne l’ai pas « entendu » mais on me l’a racontéMauvais esprits que vous êtes !)

Grâce au Ciel, les livres de la bibliothèque de notre cabine arrière sont situés sur le côté bâbord ! Je les ai entendus tous se lever comme un seul homme pour retomber bruyamment en place ! Le coup au cœur que je me suis payé … Vous me voyez bombardé par Ken Follett, Sulitzer ou Kitty Sewell !

Un peu plus tard, rebelote mais cette fois-ci j’ai entendu la vague submerger totalement le cockpit et noyer au passage mon MP3 et l’un de nos deux électroventilateurs du local technique ( !!)  Je ne vous dis pas l’impression surréaliste … C’est idiot mais après cela je me suis surpris à des exercices d’apnée dans mon lit !

Après ou avant le petit  tsunami, je ne sais plus,  j’ai entendu un énorme bruit provenant juste au-dessus de ma cabine ! Par la suite, j’ai appris qu’une erreur de barre de Gauthier avait entraîné un va-et-vient de la bôme pourtant maintenue en place par une retenue … Trop lâche !

A h oui … Le Bruit ! En fait, le chariot de GV Harken est composé de trois chariots reliés entre eux par des pontets fixés à chaque fois par deux vis en inox. Lors du claquement de la voile, quatre têtes de vis inox ont sauté comme des bouchons de champagne désolidarisant du même coup les  trois chariots devenus impossible à régler …

En début de nuit, cela s’est un peu calmé et la situation à bord est redevenue « normale ». Cela continuait malgré tout à tanguer pas mal et malheur à celui qui ne se tenait pas fermement lors de ses déplacements à bord …

A minuit, Gauthier est venu me chercher pour que je monte de quart … Que j’ai tenu jusque 6 heures du matin en partie avec Ann. Camille quant à elle, n’a jamais tenu de quart car c’était totalement inutile en raison de son inexpérience de la navigation.

Je n’ai pas eu de souci particulier durant mon quart et grâce à l’A.I.S. j’ai pu me rendre compte qu’il y avait beaucoup de monde sur l’eau ! Mais bien évidemment ce qui était parfaitement trompeur, c’est l’échelle de la carte avec laquelle nous naviguions : En gros, vous voyez un spot lumineux sur l’écran correspondant à un autre bateau mais celui-ci ne semble pas avancer malgré son apparente proximité ! Vous jeter un œil à l’horizon et pas la moindre loupiotte à voir !! Vous poussez plus loin vos investigations et vous apprenez que le bateau est à plus de 10 NM de vous …

J’ouvre une parenthèse pour préciser combien cette navigation très hauturière n’a aucune commune mesure avec toutes les navigations que j’ai pu entreprendre auparavant. C’est réellement totalement différent. Si pour beaucoup être « en pleine mer » loin de tout et de tous peut leur sembler la pire chose à surmonter, c’est en fait tout le contraire : Vous n’avez plus à vous soucier des divers écueils de la côte (tête de roche, banc de sable etc.), plus à vous soucier des paniers de pêcheur qui constituent l’une des plus grandes plaies en navigation, plus à vous soucier des bateaux de pêche qui n’ont cure de vous car si vous êtes sur l’eau c’est pour votre plaisir tandis qu’eux c’est pour gagner leur vie, plus à vous soucier des bouées qui se trouvent toujours là où elles ne devraient pas être, plus à vous soucier des ferrys et autres malles qui abusent de leur priorité, plus à vous soucier des cargos qui vous opposent le plus souvent, la loi du plus fort, plus à vous soucier des autres c… qui comme vous « se baladent » sur l’eau en pensant qu’ils sont seuls au monde. Il n’y a plus que vous et les dauphins pour vous tenir gentiment compagnie.

Autre parenthèse : La navigation de nuit. Est-il nécessaire de réaliser une veille ? Jusqu’à présent : OUI  mais celle-ci peut parfaitement se réaliser de l’intérieur et de manière sporadique. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ? Je pense que cela résulte encore des trop nombreux traumatismes que nous avons connus : Nous avons appris à naviguer et nous naviguons le plus souvent en des eaux très fréquentées (Mer du Nord, Pas de Calais, Manche,  Anglos Normandes, Goulet de Brest etc. …). De surcroît, une fois bien calé dans les coussins du cockpit de S.A.S.³ on se dit qu’en finale, on y est sans doute même mieux qu’à l’intérieur d’autant que s’il faut réagir, on peut le faire immédiatement sans encombre. Mais sans doute nous évoluerons encore avec le temps …

Contrairement à ce que je pensais mais sans doute sommes nous encore en des latitudes trop élevées, si le jour met beaucoup de temps à se coucher, il en met encore deux fois plus pour se lever !! C’est absolument dingue d’autant qu’il s’agit du moment le plus froid de la journée (et quand je pense que lorsque nous avons acheté nos deux cirés, j’avais le sentiment de réaliser une dépense aussi importante qu’inutile … Ils n’auront jamais autant servi).

Retrouver son lit qui vous a fait fantasmer durant des heures ! Car bien évidemment quand on ne parvient pas à trouver le sommeil durant son quart de repos et malgré « l’immense » repos accumulé … Le quart de veille reste un supplice d’antan.  Ok  je me dois d’être honnête … Sur S.A.S.³ le « supplice » est plutôt douillet et on n’hésite pas à fermer les yeux !

Vers midi c’est un peu l’heure du réveil général car contrairement à toutes vos attentes, vous étiez trop fatigué pour trouver le sommeil !!!  Vous avez donc plus ou moins bien « somnolé » … Rien de tel que de faire sa toilette avec une bonne douche chaude : C’est tout simplement divin et pendant une grosse demie heure après, vous vous sentez dans une forme d’enfer. Il faut en profiter pour déjeuner si la météo vous le permet car ces moments de bonheur ne durent qu’un temps.

Malheureusement, en cette matinée du samedi, le petit déjeuner n’est pas trop bien passé en raison d’un manque évident de sommeil de tout l’équipage au grand complet. Nous étions tous plus ou moins nauséeux.

Les vagues venaient un peu plus sur le travers arrière, la mer était « agitée » mais sans plus, le vent tournait dans les  10 – 15 nœuds si ma mémoire est exacte et … Le soleil avait disparu ! Un comble. Depuis plus de deux mois, le soleil ne nous avait jamais quittés et maintenant que nous descendions résolument vers le Sud nous avions droit à un ciel nuageux.

Milieu d’après-midi, Ann est partie s’allonger et je l’y ai suivie vers 18 heures (Gauthier m’avait demandé quel quart je voulais faire. J’avais préféré reprendre le même quart que la veille d’une part pour ne pas trop modifier mon horloge biologique mais aussi parce que celui-ci m’avait assez bien convenu par le passé).

A peine sur mon lit, un grincement strident situé juste sous mon matelas m’interpella. Il est vrai que peu de temps auparavant j’avais pris un peu la barre et l’avais trouvée  étrangement dure à certains moments ! Maintenant que ce bruit m’empêchait de surcroît de trouver le sommeil, je n’ai plus eu d’autre choix que de résoudre le problème qui n’apparaissait pas de manière évidente. Ceci m’entraîna dans le coffre arrière tribord, à démonter des parois et à resserrer un boulon du système de barre … C’est un peu résumer rapidement un travail de deux bonnes heures car trouver la « panne » consista en la plus grande difficulté. J’en ai profité pour approfondir mes connaissances du bateau …

Vers 3 heures du matin, Ann est venue me chercher. Nous marchions au moteur depuis la veille 21 heures. Quel bonheur pour moi de ne pas avoir dû prendre cette pénible décision … Ce n’est pas tant que le vent était tombé mais il venait beaucoup trop sur l’arrière.

En montant de quart, Ann m’avait signalé un cargo qui suivait manifestement la même route que nous mais en sens inverse. Il était évident qu’à un moment donné ou un autre, nous allions devoir manœuvrer.  Je l’ai donc gardé du coin de l’œil durant tout mon quart jusqu’au moment où j’ai enfin pu visualiser ses feux. Le temps s’écoula lentement.

Comme il ne semblait pas modifier sa route d’un iota et que nous étions chacun d’un côté de la route, il me parut évident qu’il nous fallait chacun nous en écarter en tirant respectivement sur bâbord. Ce que je fis pour ma part. Qu’elle ne fut pas ma surprise en voyant son feu rouge alors que j’aurais dû voir son feu vert ! Sur le coup j’ai pensé qu’il s’agissait d’une erreur et ensuite que je distinguais sans doute son étrave …

Le C.. n’avait rien de trouvé de mieux que de couper la route en tirant sur tribord en sorte que malgré ma manœuvre d’évitement, IL NOUS FONCAIT DESSUS !!! J’ai donc rectifié en virant sur tribord avec l’impression qu’il manœuvrait pour entrer en collision. J’ai réellement eu les chocottes de ma vie.

J’ai vérifié par la suite sur le plotter pour voir si ce changement de cap était justifié d’une manière ou d’une autre et je n’ai pu relever qu’une seule chose : Le cargo avait repris sa route initiale !

J’ouvre une petite parenthèse avec les communications sur la VHF et plus spécifiquement la nuit ! Déjà quand vous êtes au milieu de nulle part et qu’il n’y a pas le plus petit bateau à l’horizon, entendre une voix sortir de votre combiné VHF surprend.  Mais la nuit, c’est carrément la grande folie ! On entend de tout sur le canal 16 depuis des sons bizarres plus proches d’un bruit que d’une langue parlée et qui s’adresse à on ne sait qui,  jusqu’aux appels répétés à l’envi à un destinataire qui manifestement fait la sourde oreille, en passant par des conversations interminables alors que la canal 16 est un canal de sécurité qui doit rester libre à cet effet et qu’il existe des « canaux de travail » réservés à ces autres finalités.

Quant aux appels « all ships » en espagnol ou en anglais … Pas moyen d’en comprendre un traître mot !

Après être descendu de quart vers 8 heures du matin, j’ai – enfin – pu trouver un peu de sommeil ainsi que Ann d’ailleurs. Pas suffisant bien évidemment mais assez tout de même pour me faire passer une bien meilleure journée que la veille : J’ai enfin pu manger quelque chose de plus consistant et retrouver une bonne forme physique  …

Durant cette journée de dimanche, nous avons remis la voile. La mer était belle et les vagues venaient cette fois de l’arrière. Le ciel était par contre, toujours couvert.

Nous avons même fait une rencontre insolite avec le flotteur d’un panier de pêcheur qui devait mouiller par 3.200 mètres de fond …

En fin de journée, j’ai opté cette fois-ci pour le quart de 18 heures à minuit. Je ne vous dis pas le pied ! En fait, il n’a fait nuit que vers 22.30 heures et la fatigue ne s’est fait ressentir que passé minuit … (j’ai eu les pires difficultés à réveiller Gauthier au point que j’ai dû abandonner pour revenir ensuite à la charge un quart d’heure plus tard). J’ai évidemment beaucoup mieux compris pourquoi les enfants semblaient en si meilleure forme durant la journée qu’Ann et moi !

Durant mon quart, j’avais constaté que le vent soufflait de temps en temps en rafales : Le vent montait en force, S.A.S.³ s’envolait littéralement jusque 10 et 11 nœuds puis après quelques minutes, tout retombait et la vitesse en revenait à sa moyenne de 7 à 8 nœuds.

Quant au génois, je passais mon temps à l’enrouler partiellement lorsque le vent se faisait trop vent arrière et que la voile faseyait et le déroulais chaque fois que le vent forcissait en remontant vers les 120°. C’était un peu impressionnant d’autant que nous avions été prévenus d’une petite montée en puissance du vent durant la nuit mais si on ne cédait pas à la panique, c’était plutôt amusant.

Une nouvelle fois, il revint à Gauthier la pénible décision de relancer le moteur en raison d’un vent trop arrière.

La nuit fut bonne encore que j’ai trouvé qu’elle aurait pu être meilleure. J’ai dormi mais dans mon sommeil j’ai eu le sentiment permanent que je m’envolais et qu’il fallait absolument que je me cramponne !!

La matinée du lundi fut très agréable avec l’apparition des premières îles des Canaries. Nous sommes restés au moteur et ce fut notre plus grande erreur mais nous avions tellement le sentiment d’être arrivés que mettre encore les voiles (Gauthier avait pris un ris dans la GV pour éviter les claquements de celle-ci durant la nuit) nous parut inutile.

Avant midi et pour avoir bonne conscience, j’ai mis le moteur au point mort et j’ai regardé ce que cela donnait … J’ai ensuite remis le moteur et pris un second ris !

Nous avons eu droit à la visite de quelques grands dauphins qui ont joué avec l’étrave du bateau … Bien faire la distinction avec les très nombreux marsouins auxquels nous avons eu droit jusqu’à présent. J’ai mitraillé avec mon appareil photos comme j’ai pu mais je ne suis pas convaincu d’avoir un cliché exploitable …

Un peu plus tard, c’était un jet de vapeur au large sur bâbord qui a retenu toute mon attention. Celui-ci était régulier même s’il fallait être un peu patient entre deux jets. Il ne pouvait s’agir que d’un cétacé mais nous n’avons pas fait le détour pour nous en assurer.

Ce n’est que lorsque nous avons atteint l’extrême Nord de Lanzarotte que le soleil est réapparu. Mais lorsqu’il frappe, cela pique tellement fort que l’on se croirait dans un micro ondes et que vous n’avez plus qu’une idée de courir aux abris !

L’île est totalement aride comme chacun le sait … et s’étend sur plus de 50 kms de long que nous avons longés jusqu’à son extrémité Sud où se trouve situé la marina Rubicon.

Ces 25 NM m’ont paru une éternité, le pire calvaire de cette croisière malgré une moyenne de 7 à 8 nœuds sur le fond ! Il était tentant de relancer la voile mais les guides nautiques indiquent qu’en raison de la présence d’autres îles, des accélérations aussi brutales qu’imprévisibles de vent doivent imposer la prudence.

Nous n’avons pas relevé la moindre accélération de vent ! Par contre, si le vent était pour ainsi dire tombé au Nord de l’île au point de rendre la température assez insupportable (il faisait surtout lourd, irrespirable même à certains moments.  Ceci explique peut-être le fait que Camille ait connu un léger mal de mer alors qu’elle en avait été épargnée jusque là !), celui-ci est remonté par la suite pour devenir tempétueux avec près de 21 nœuds de vent réel.

Sa direction a eu également de quoi nous surprendre : Vent arrière jusqu’au dernier cap et au près serré dans la baie de la marina !!

Nous sommes arrivés à la marina lundi 25.07.2011  à 18.30 heures ce qui nous donne une moyenne honorable d’un peu plus de 7 nœuds.

Prendre un emplacement en la marina, ne fut pas une sinécure en raison de la force du vent : Nous devions nous arrêter au ponton d’accueil mais le vent m’en éloignait et malgré nos deux puissants propulseurs hydrauliques, je ne suis pas parvenu à accoster les 40 tonnes de S.A.S.³ !!

Par chance et en manœuvrant dans l’avant-port, j’ai pu accoster à un ponton perpendiculaire au ponton d’accueil.

S’il est grisant de pouvoir manœuvrer avec précision cette grande bêbête avec seulement trois manettes … Il est totalement dégrisant de sentir son bateau dériver sous l’effet de la poussée du vent  et alors que la manette du propulseur est à fond !

« Un peu plus vers bâbord, papa … » « Je sais, je sais Gauthier mais je suis déjà  à fond de manette ! »

En principe, nous resterons à la marina Rubicon jusque début septembre.

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Responses

  1. Ces premiers pas vers le « grand large » ont donc laissé leur pesant d’émotions…je suis surpris, à te lire, de la variété des conditions rencontrées. Si le cockpit de SAS 3 est submergé…que doit il en être de voiliers de taille plus modestes : les roaring forties avant l’heure ?
    Belle nave en tout cas, la boîte à souvenirs se remplit et les marins semblent toujours avoir la tête dans les étoiles…Super !

  2. Très bon article papa mais il est important de corrigé certaines erreurs!

    1) »Camille quant à elle, n’a jamais tenu de quart car … »

    Camille, pour sa première traversée, m’a accompagnée pour la majorité de mes quarts!!

    2) « Nous étions tous plus ou moins nauséeux. »

    Moi, je me sentais très bien! J’ai regardé la tv, préparé à manger, communiqué avec les dauphins….

    3) »J’ai enfin pu manger quelque chose de plus consistant et retrouver une bonne forme physique … »

    Que ton fiston que tu aimes tant t’a préparé car il était le seul a se sentir bien! CFR: 2

    4) »J’ai évidemment beaucoup mieux compris pourquoi les enfants semblaient en si meilleure forme durant la journée qu’Ann et moi ! »

    Ça s’appelle la jeunesse Papa, il va falloir t’y faire!

    5) « Un peu plus vers bâbord, papa … »

    Ce ne sont pas le mots que j’ai utilisé, mais je préfère cette version!

    Superbe expérience,

    Merci

  3. Au plus je lis vos aventures, au plus je me dis qu’il n’y a rien de mieux que les bateaux à moteur…… Je ne pense pas que je pourrais supporter de pareilles traversées, je préfère nettement le Blue Lightning (je ne dois rien faire en plus !) ça bouge sûrement moins !!! Bon séjour dans votre marina (je trouve qu’on a pas un très bel été en méditerranée, il ne fait pas si chaud que cela et quel mistral dans notre coin !)
    Bon vent et gros bisous.
    Mumu

    • Bonjour Mumu,

      Ravi d’apprendre que tu lis ma prose ! Le bateau à moteur a ses avantages et ses inconvénients comme le prix galopant du gasoil …

      Je ne suis pas convaincu qu’un bateau à moteur bougerait moins que S.A.S.³ en les mêmes conditions de mer. Il faut déjà un très, très grand bateau pour ne plus sentir le roulis et encore: Il suffit de prendre la malle par mauvaise mer pour en être convaincu.

      Ceci étant dit, le voilier est un choix très personnel: On aime ou on n’aime pas.

      Bisous,


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