Publié par : Ann & Stéphane | 14 juin 2011

08 au 09.06.2011 – Povoa (Porto) – Oeiras (Lisbonne).

Nous avions décidé de rester à Povoa, un mois notamment en raison d’un tarif mensuel particulièrement avantageux (300,00 € !!) mais il y a un moment où l’odeur du large vous attire …

Profitant d’une belle ouverture météo après deux jours de tempête (34 nœuds de vent enregistré dans la marina), nous avons quitté Povoa ce mercredi 08.06.11 vers 10.30 h.

Sortir de notre boîte à chaussures sans rien toucher, ni abîmer restait malgré tout une gageure tant cela a pris du temps de retirer les nombreuses amarres qui « sanglaient » S.A.S.³ dans son emplacement         …

Grâce au ciel nous avons pu profiter de l’aide de nombreux plaisanciers … Merci à Piet, Pierre, Benjamin et autres inconnus avec qui nous avons fait brièvement connaissance.

Tout ranger sur le pont et hisser la grand-voile prit également énormément de temps avant de pouvoir réellement nous élancer sur notre trip de 174 NM ! J’aurais sans doute dû rester dans l’avant-port pour réaliser toutes ces manœuvres mais j’ai toujours le sentiment qu’il n’y a pas assez de place pour S.A.S.³ (Ann ouvre la fenêtre, on dégouline de chaud ici … A moins que ce soit ce maudit col de chemise qui une fois de plus, est trop serré. Maudits chemisiers qui font toujours des cols trop étroits.)

Un vent bien établi de force 3 soufflait au près bon plein (par le travers) tandis qu’une belle houle de l’Atlantique secouait le bateau sur le ¾ arrière. En fait, j’ai remarqué après un certain temps qu’il s’agissait d’une valse à trois temps :

Premier temps, une vague plus grosse que les autres, fait basculer le bateau sur un bord,

Deuxième temps, la quille et la grand-voile contrebalancent le mouvement,

Troisième temps, le bateau se stabilise !

Pour être précis, il faudrait  ajouter un quatrième temps … Une pause entre deux roulements.

Est-cela ou une trop longue  période « à terre » toujours est-il que je ne suis pas en phase avec S.A.S.³ la première heure, je suis également victime d’une somnolence aigüe (pas moyen de garder les yeux ouverts alors que nous avons passé une délicieuse nuit !)  et d’un mal être généralisé (je ne trouve pas de position agréable) durant plusieurs heures  et alors que nous naviguons sous toiles !

A la réflexion, je pense avoir été victime d’une forme de mal de mer qui a disparu brutalement en « un clic » lorsque nous avons essayé les divers moyens de communication du bord pour prévenir la marina d’Oreias de notre arrivée puisque nous n’avions plus de réseau GSM et que nous avions oublié de nous en préoccuper avant de lâcher les amarres !

Nous avons vu quelques voiliers en mer qui tous remontaient vers le Nord depuis la Méditerranée le plus vraisemblablement. A chaque fois, j’avais droit de la part de Ann au petit rituel sur la VHF : « Philippe, Philippe, Philippe pour S.A.S. Canal 72 over ». Comment voulez-vous qu’avec une identification aussi floue quelqu’un de censé réponde ! Vous imaginez tous les Philippe entendre le message et répondre. Notez que cela aurait été amusant …

Petit mot d’explication :  Ann  a un « ami » sur facebook , un certain « Philippe » qui était avec son voilier à Figueira Da Foz et qui remontait sur Povoa le jour de notre descente. Un manque évident d’informations précises était à déplorer.

Cependant je n’en ai pas cru mes yeux lorsque je vis cinq marsouins se diriger résolument vers S.A.S.³, sortir la tête de l’eau et crier d’une même voix : « Philiiiiiiiiiiiiiiiiipe » … Bon d’accord, cela c’est que j’ai rêvé dans un très bref moment d’assoupissement.

Pour la petite histoire, nous avons appris une fois à Oreias que « Philippe » était  toujours  Figueira Da Foz en raison d’un incident survenu à bord.

Si la journée  s’annonçait superbe, il nous fallait très vite penser aux quarts de nuit que nous devions organiser d’autant que nous n’étions que deux à bord !

Par principe, Ann & moi nous ne fixons pas de durée précise à nos quarts : Quand nous n’en pouvons plus, nous faisons appel à la relève. L’avantage réside en l’ignorance totale en laquelle celui qui est de quart et celui qui est au repos se trouvent !

Pour celui qui est de quart … Il n’a pas à regarder sa montre toutes les minutes en voyant le temps s’égrener avec une lenteur désespérante. Et pour celui qui est de repos … Il n’a pas à s’énerver à ne pas trouver le sommeil en regardant sa montre toutes les minutes en voyant le temps passer à la vitesse d’un TGV.

Bien évidemment et quelque soit le système de quarts choisi, l’important est de pouvoir dormir lorsqu’on est au repos sinon les montées/descentes de quart se succèdent  à un rythme effréné … Si depuis le début de mon aventure avec  S.A.S.³ je (malheureusement pas Ann … Aie !) dors super bien en ces occasions, cette fois-ci je ne suis pas parvenu à trouver le sommeil !!

A posteriori, Ann m’a fait remarquer que j’avais bu pas mal de Coca Cola (lorsque nous naviguons, il s’agit de notre boisson préférée) et malheureusement, je suis hyper sensible à la caféine.

J’ai été m’allonger dans mon lit vers 16 heures mais comme le vent venait tout simplement  de se casser, nous marchions au moteur. Celui-ci étant situé sous le plancher du carré (mais non, biesses que vous êtes, pas sous le plancher des vaches), on n’est pas dérangé par le bruit de fond dans la cabine arrière.

Un moment donné (je n’ai pas noté l’heure … Désolé !)  je me suis fait la réflexion que si Ann était tombée à l’eau, elle risquait d’attendre longtemps avant que seulement je ne m’en rende compte à moins bien entendu qu’elle ait pris la précaution avant de tomber, de prendre l’Irridium (téléphone satellitaire) avec elle …

En tendant l’oreille, je ne parvenais pas à savoir si elle était encore à bord  … Angoissante perspective ! Je décidai donc de sortir de mon lit pour aller aux nouvelles. Ann était tranquillement installée dans le cockpit en train de lire un bon bouquin et me conseilla de retourner dans mes plumes !

Vers 21.30 h lorsque le soleil commence à décliner sérieusement, je décidai de monter de quart pour plus facilement m’acclimater à la tombée de la nuit : Rien n’est plus terrifiant que de sortir de sa bannette pour se retrouver en une totale obscurité alors qu’on sent les dangers omniprésents autour de soi : Brrrrrrrrrrr …

C’est un peu surprenant mais nos estomacs sont restés résolument fermés durant toute cette croisière ! Il faudrait peut-être que j’envisage de lancer une nouvelle formule amaigrissante : Croisière sur voilier en équipage réduit.

Avec la nuit, l’humidité et le froid ont fait leur apparition.  Perso, dès le départ,  j’ai eu très froid malgré un soleil bien présent au point  de  devoir me changer pour des affaires chaudes … et enfiler ma veste de ciré ! Incroyable mais … Vrai.

Avec la nuit, le froid s’est encore intensifié au point que nous avons ressorti bottes et pantalons de ciré. J’ai  pas dit que c’était le Pôle Nord (vous lisez tout de travers ou quoi ?) mais c’était  pas l’Equateur non plus.

Le plus fatiguant demeure cette houle perpétuelle qui vous secoue  avec des pics vers le haut mais aussi vers le bas ! Contrairement à un trajet en voiture, il n’est malheureusement pas possible de dire « pouce »  … On ne peut que subir dans les mauvais moments.

Durant la journée, nous avions été une fois de plus consternés par le nombre de paniers de pêcheurs disséminés sans aucun ordre, ni la moindre logique. C’est usant de passer le plus clair de son temps à scruter la surface de l’eau à la recherche d’un indice (aucune législation en la matière en sorte que les flotteurs de surface prennent toutes les formes et les couleurs  imaginables depuis la bouée orange fluo au bidon blanc d’Ariel – Je précise : Bidon vide) de la présence de ces véritables pièges à hélice.

Nombreux sont les plaisanciers rencontrés qui hésitent de naviguer de nuit pour cette seule raison.

Nous aurions pu nous arrêter à Figueira Da Foz vers 20 heures mais tous les commentaires enregistrés quant à cette marina,  étaient tellement mauvais que nous avons préféré poursuivre d’autant que j’aspirais réellement  à ce petit trip : Maso ! Vous pensez que je suis maso ? Vous avez peut-être raison dans le fond. C’est vrai qu’à y bien réfléchir  j’ai entamé la voile avec un solide mal de mer qui ne m’a mis que dix ans à dompter …

Où en étais-je ? Ah oui … Les paniers ! Vous le croirez ou non mais j’ai tout simplement opté pour ma « bonne étoile » puisqu’en tout état de cause, je n’étais pas physiquement en état de jouer les guetteurs en haut du mât. Mais le plus incroyable dans l’histoire c’est que cela a marché … A moins bien entendu que lors de ma prochaine visite sous-marine de contrôle de la coque, je ne découvre les cadavres de dizaines de cordage broyés par notre coupe orin monté sur l’axe d’hélice.

Mais le plus incroyable encore demeure que le seul panier que nous avons entendu toucher la coque, fut lorsque Ann montée de quart et  s’escrimant à scruter le noir pour débusquer l’imprévisible animal, cria « panier » tout en tentant une manœuvre d’évitement de la dernière chance. Ma femme aurait-elle la guigne ?

C’est pour ce motif que nous avons renvoyé la toile à … 3.30 heures du matin.  C’est plutôt incroyable mais avec  8 à 9 nœuds de vent réel par le travers et deux ris dans la grand voile, S.A.S.³ marchait à près de 6 nœuds sur le fond  (La roue à aube du loch ne s’est remise à tourner que jeudi matin !).

J’imagine déjà votre question : Deux ris dans la grand-voile !!! Quand la houle est plus forte que le vent (incroyable mais …) et plus encore lorsque nous sommes au moteur, la grand-voile passe d’un bord à l’autre avec toujours beaucoup de fracas et en faisant vibrer le mât au passage. C’est pour cette raison, que nous avons diminué la surface de la grand voile. Et si nous ne l’avons pas totalement affalée c’est uniquement parce qu’elle évite que le bateau ne joue « balancier ».

Bien évidemment dès la levée des premières lueurs du jour, nous avons enlevé nos ris et hissé la grand voile totalement … Une  heure plus tard, le vent tirait définitivement sa révérence.

En arrivant dans l’embouchure du Tage, nous avons eu droit à quelques gouttes de pluie !!! D’autant plus étonnant que nous n’avons  plus eu de pluie depuis … ?? Bref, il y a très, très longtemps. Perso, j’aurais souhaité un bon grain pour nettoyer le bateau de toute la pellicule de sable dont il est recouvert ! C’est un peu l’envers du décor : Comme il ne pleut quasi jamais, nous avons eu droit à deux « pluies de sable » que l’humidité du soir a fixé partout même en des endroits parfois surprenant comme la face intérieure du bimini ! Il s’agit d’une véritable plaie (difficile d’arroser le mât, les haubans ou encore les voiles d’avant … Depuis le haut !) au point de me faire regretter en ces circonstances (exclusivement)  nos bonnes draches nationales.

Les dernières heures de notre navigation, nous avons « somnolé » à tour de rôle (rien à faire mais je n’ai jamais été du matin) sans plus quitter notre cher cockpit jusqu’à notre arrivée (la veille de la fête nationale portugaise) à la marina d’Oreias pour laquelle j’ai eu immédiatement un coup de foudre : S.A.S.³ y est enfin mis en valeur et bénéficie d’un ponton correspondant à  sa longueur.

Vous ne le croirez certainement pas mais j’étais prêt à passer sans problème, une seconde nuit en mer … Vous avez dit « maso » ?


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