Publié par : Ann & Stéphane | 10 avril 2011

Traversée du Golf de Gascogne (358 NM)

La Rochelle, mercredi 06.04.2011.

Après bien des hésitations, il est décidé de partir ce mercredi 6 avril en profitant de l’ouverture des portes à 17.30 heures.

A cette fin, nous réalisons le plein de fuel la veille du départ pour relever avec horreur que la calibration de notre jauge à diesel est parfaitement fantaisiste !! De surcroît, nous ne parvenons pas à capter le satellite Hotbird pour le décodage de nos programmes de TV par satellite malgré tous nos essais depuis lundi … Et comme si cela ne suffisait pas, Pochon sa. nous a donné rendez-vous le jour de notre départ pour nous installer un système d’arrêt automatique du groupe électrogène faisant le pendant du système de mise en route automatique déjà installé.

La journée du mercredi s’annonçait fort chargée d’autant que notre fille, Marie-Charlotte, arrivait par le train de 15 heures bien décidée à participer à notre traversée du Golf de Gascogne !

Dire que je me suis beaucoup démené serait parfaitement inexact ! Il n’en a pas été de même de Ann qui s’est encore « tapé » le dernier avitaillement du bord  … Par contre, nous avons eu trois techniciens durant toute la journée et pour les essais de TV nous avons été amenés à déplacer le bateau en un endroit plus « aéré » du bassin.

Tranquillement,  j’ai vu les heures s’égrener en me demandant si nous allions devoir ou non postposer notre départ au lendemain matin. Ann stressait davantage tout en ne pouvant faire plus que de prendre la position du Lotus !

Comme il semblait  que les dés étaient jetés, nous avons déplacé en fin d’après-midi, le bateau à son emplacement habituel et bien évidemment … ce fut pour ainsi dire le moment choisi par nos deux derniers techniciens pour nous informer qu’ils en avaient encore pour cinq minutes avant de nous libérer : Branle-bas de combat à bord !

Les dernières explications quant à la calibration de notre jauge à diesel, furent « expédiées », le tuyau d’eau enroulé et ramené à bord, le long fil électrique lové et déposé sur le pont arrière pour être casé dans l’un des coffres de la jupe lorsque de manière aussi inattendue qu’inexpliquée, l’anneau de fixation de la prise du câble se désolidarise de l’ensemble, roule sur le pont et … tombe à l’eau ! Il est … 19.10 h et les portes du bassin se ferment à 19.30 h.

C’est en de tels moments que l’on mesure toute la profondeur de la célèbre maxime : « To be or not to be » ! En le cas d’espèce, la question se résumait de manière plus prosaïque  : « Rester ou partir » !

Ceux qui me connaissent, savent que je ne lâche jamais : A 19.25 heures,  je remontais à la surface avec l’anneau en main alors que Ann m’houspillait  à partir sur le champ ! C’est donc en combinaison de plongée dégoulinante, l’eau à ras dans les chaussons de plongée que j’ai pris les commandes de S.A.S.³  et franchi in extremis, les portes du bassin.

Le temps de parcourir le chenal et mes deux petites femmes rangeaient tout le bordel accumulé pêle-mêle sur le pont arrière. Le temps était très calme, la mer belle et le soleil déclinait doucement.

Dès que nous fûmes un peu plus au large et avant qu’il ne fasse nuit noire, nous avons envoyé la GV et ensuite, nous avons dîné à l’intérieur.

A 22 heures, Ann m’annonçait qu’elle allait se coucher de même que Marie – Charlotte. Je restais donc seul dans le cockpit bien harnaché.

Une nuit assez noire et un nombre incalculable de bateaux de pêche ! Alors que je pensais me laisser discrètement piquer du nez durant mon quart voilà qu’il m’a fallu garder un œil sur les écrans de contrôle. Par chance, les bateaux de pêche français sont  pour ainsi dire, tous équipés du système A.I.S. (chaque bateau équipé d’un émetteur A.I.S. donne son nom, sa position, sa vitesse, son cap etc.  À l’attention des autres bateaux qui peuvent le rencontrer et ainsi éviter les routes d’accident. Tous les cargos en sont obligatoirement munis. Pour les bateaux de plaisance cela dépend trop souvent du budget équipement … la plupart des plaisanciers ne disposant que d’un récepteur A.I.S. ).

A 2.30  heures du matin, Ann stressée depuis plusieurs jours, ne parvenant pas à trouver le sommeil, est venu me rejoindre dans le cockpit. J’aurais pu descendre de quart mais je sais combien il est pénible de se retrouver seul à la barre de nuit sans période d’acclimatation. Aussi, je suis resté avec elle, m’octroyant seulement la liberté de m’allonger dans le cockpit.

Un peu plus tard, nous faisons une route de rencontre avec un pêchou qui ne nous avait pas vus ou ne voulait pas nous voir ! Dans le doute, je lui envoie un petit coup de projecteur de recherche en sa direction. Au troisième essai, ce dernier me renvoie un coup de projecteur témoignant du même coup qu’il nous avait bien vus. Ouf ! Mais pour toute précaution, j’ai mis les gaz à fond pour le passer de manière définitive.

Alors que jusque là j’avais plutôt bien supporté le froid de la nuit, une fois allongé dans le cockpit, celui-ci m’envahit de la tête aux pieds et m’empêche tout sommeil réparateur ! Aussi vers 3 heures,  j’abdique définitivement  et pars m’allonger sur mon lit dans la cabine arrière où les bras de Morphée m’attendaient avec impatience. Mon Dieu que Morphée peut être ensorcelante …

J’ai ainsi dormi jusque 9.15 heures tandis que Marie-Charlotte prenait le relais de Ann vers 7 heures. Ann s’installa alors dans le carré en standby.

Une fois que tout le monde fut réveillé, le petit déjeuner fut servi au carré : La mer est belle, la chaleur s’est invitée et le soleil brille de mille feux … Idyllique !

Nous marchons toujours au moteur à 1800 tours environ par un vent d’E de force 4 à 5 B soit plein vent arrière . Nous  aurions pu essayer de tangoner le génois ou mettre le spi symétrique … mais quand cela glisse, dévale et avale les milles à près de 10 nœuds dans l’eau, on ne change pas un couple qui gagne et on crie « Vive Volvo ».

Plus tard dans la journée, nous avons profité d’une orientation plus Sud Est du vent pour mettre le génois et continuer de filer à près de 10 nœuds dans l’eau !

Sur l’eau, pas âme qui vit et pourtant selon les données affichées par notre A.I.S. nous étions encerclés de pêcheurs !

Journée de flâneries, de siestes, de lecture, de jeu avec les dauphins etc.

18.30 heures,  nous dînons (spaghetti) tous ensemble dans le carré.

Marie-Charlotte s’occupe du quart,  je reste en standby et Ann nous annonce qu’elle est crevée et qu’elle va dormir.

Minuit, Ann monte de quart tandis que je reste en standby ce qui se révéla une profonde erreur de ma part car en finale, il vaut mieux pour moi soit de monter de quart soit de dormir. A  1.15 heures,  je n’en peux plus, je ne suis pas bien, j’ai un peu mal de tête !  A l’invitation de Ann, je ne me fais pas prier et  je vais dormir dans mon lit.

5 heures du matin, Ann me réveille : Elle n’en peut plus . Comment a-t-elle pu tenir jusque là je me pose la question quand on sait que cela fait maintenant quelques nuits qu’elle ne trouve plus le sommeil. Je monte de quart et Ann reste en standby dans le carré où elle parvient à trouver enfin le sommeil !!

Les deux heures de quart qui suivent, furent certainement les plus douloureuses de cette traversée : Il fait nuit noire,  le vent est monté jusque 24 nœuds de vent réel, S.A.S.³ dévale les vagues dont on ne devine que l’écume bouillonnante, à plus de 10 nœuds parmi une noria de bateaux de pêche espagnols qui sont pas équipés d’un « transpondeur » (émetteur) A.I.S.  m’obligeant à scruter en permanence l’horizon !! Je n’ai qu’une envie,  qu’un souhait, qu’une pensée … Crier « Stop, on arrête tout » !

Deux heures dans une vie, ce n’est qu’un moment qui passe. Mais cette nuit là, j’ai égrené chaque minute , j’en ai ressenti toute la longueur,  le poids,  l’importance, j’ai médité à l’envi, la définition du mot « seconde » ! J’ai eu envie de craquer pour que tout s’arrête … mais rien n’y a fait.

A 6 heures 53 minutes et 32 secondes j’ai perçu les toutes premières lueurs du jour : Quel bonheur ! Quel pied ! Quelle délivrance ! Ouf ! Vive la vie ! C’est quand même chouette le bateau … Et comme un bonheur ne vient jamais seul, le vent redevient maniable à 16-17 nœuds de vent réel.

A 10 heures et alors que se dessinent les premières falaises de la côte, je rejoins mon lit … J’en ai à ce point besoin que je suis incapable de déjeuner.

Vers 11 heures, le vent réel tombe à 9 puis à 6 nœuds … Le moteur est relancé.

Une heure et demie plus tard, je me lève, déjeune, me rase, prend ma douche et … passe un maillot de bain : Il fait superbe et la chaleur est au rendez-vous.

Nous arriverons dans la baie de La Coruna à 14.30 heures soit une traversée du Golf de Gascogne de 358 milles en 41 heures équivalant à une moyenne de 8,7 nœuds sur le fond.


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Responses

  1. « Loin de ressembler à un long fleuve tranquille » …
    … rien ne vous sera donc épargner… même pas un départ tout en douceur de votre voyage tant rêvé …
    Mais à voir ton sourire sur ton visage bien rasé ;-), on peut imaginer le soulagement après cette 1ère étape …
    Profitez bien du soleil espagnol …
    A bientôt
    Henri

  2. … et encore « Happy Birthday » … au capitaine en second …

  3. Bon, les amis, à voir les photos, ça n’a pas l’air trop dur la vie de retraités…:-)
    Et avec tout ca, on sort déjà les maillots…(avec ou sans le bonnet chouchou?)
    Je voulais quand même vous faire savoir qu’il ne fait pas trop moche ici non plus et que même le spi est déjà sorti (ah, je t’en bouche un coin non?) On vous souhaite une bonne continuation et on vous fera savoir où nous comptons passer le we de pâques (se sera certainement moins exotique, plutôt Zieriekzee ou qq chose dans le genre…:-))

  4. Bon, à voir les photos, j’comprends mieux pourquoi Ann vois double !! Vous êtes en stand by pour l’apéro ou quoi ?????
    Profitez à fond de ce voyage et envoyez nous encore de belles photos !!
    Gros bisous à tous, Véro


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